LIVRE II
sans loi ni sans culte. Tl s'est manifesté à lui dès l'origine, et les vestiges de cette révélation primitive se rencontrent plus ou moins chez tous les peuples.
Cependant, à ce secours premier et universel, il en a joint avec le temps de plus spéciaux. S'il gratifia les Hébreux de la loi écrite et des prophètes, il donna aux Grecs la philosophie et des sages. Enfin, dans la plénitude des temps, il vint lui-même nous enseigner sa doctrine et ses préceptes i.
Ainsi, dans la pensée de Clément, il y a trois économies distinctes : celle de la nature aidée de la philosophie, celle de la loi mosaïque et des prophètes, enfin celle de la grâce ou de Jésus-Christ. Toutes trois sont des dons, mais subordonnés.
Sous le rapport de Y enseignement, la philosophie n'est qu'une espèce d'école primaire, et la loi hébraïque une espèce de pédagogie en comparaison de l'école royale et supérieure du christianisme.
Sous le rapport de la législation, la philosophie ne fait que des esclaves, et la loi, que des serviteurs, tandis que le christianisme produit des enfants et des héritiers.
Enfin, sous le rapport du culte, le christianisme est comme un temple dont l'hébraïsme serait le péristyle, et la philosophie les degrés 2.
« Ce n'est donc pas sans raison, conclut notre illustre « docteur, que la loi a été donnée aux Juifs et la philoso- « phie aux Grecs jusqu'à l'avènement du Sauveur. Il fal- « lait que chaque peuple eût son Testament, ou plutôt le « Testament parvenu jusqu'à nous, depuis la création du « monde, à travers les générations et les siècles est un,
i Strom. VII, 2, p. 834, 835.
a Ibid. p. 835.
« quoiqu'il diffère par le mode et l'application. Il suit de « là que le don du salut est un et immuable et qu'il émane « d'un seul Dieu par un seul Seigneur, bien qu'il se soit « opéré et s'opère de diverses manières. Depuis sa con- « sommation par l'incarnation et la rédemption du Verbe, « tous les peuples sont appelés à s'unir dans la foi à l'É- « vangile, à former une nation nouvelle consacrée à la « justice et réunie sous un même pasteur par le Maître « commun des Grecs et des barbares, ou plutôt du genre « humain tout entier. Ainsi donc, fils des doctrines de la « Grèce, enfants de la loi mosaïque, tous ceux que la foi a soumet à son empire se confondent en une seule famille « et composent un seul peuple à qui le salut est donné. « Le temps ne peut séparer ces trois familles : autrement « l'on pourrait croire à l'existence de trois natures : ce « sont les trois alliances diverses d'un seul et même sei- « gneur1. »
Nous ne connaissons pas, dans l'antiquité ecclésiastique, de plus éloquent ni de plus solide plaidoyer en faveur de la philosophie. Clément n'a oublié aucun des titres qui doivent lui concilier le respect du chrétien. A-t-il exagéré, comme l'ont prétendu Brucker et quelques autres critiques allemands, sa dignité et son importance? L'analyse que
1 Novum dédit nobis Testamentum : qux enim sunt Judxorum et Qrmcorum sunt vetera. Nos autem qui nove ipsum , tertio génère. colimus. sumus christiani. Aperte enim, ut arbitror, ostendit unum et solum Deum, a Grmcii quiJcm gentiliter, a Judxis autem judaice, nove autem a nobis cognosci et spiritualité)-. Prasterea autem ostendit quodidem Deus suppeditavit utrumque Testamentum, qui etiam Grxcis dédit grxcam philusophiam . per quam omnipotens a G gloria afficilur . Id autem hinc quoque est manifestum . Ex grmea quidem cette disciplina, et ex legali, in unum genxts populî eui salus datur, conoregantw qui (idem admittunt, non tempore divisis tribus populis, ne quis triplices existimet naturas, sed diversis eruditi Testamentis, cum sint umus Domini, Do mini verbo. — Strom. VI, 5, p. 76 1 . — Mérita ergo Judxis quidem lex. I • itutcm data est philosophia usque ad adventum : exeo autem tempore imtver- .salis est rocatio ad pecuUnrem populum justitix, per eam qum est ex fide doctrinam, etc. — Strom. ]'I, 7, p, 893.