LIVRE H
nous venons de faire répond suffisamment à cette imputation. D'une part, il maintient, sous tous les rapports, la supériorité de l'Ancien Testament sur la philosophie. Quant à la portée surnaturelle qu'il attribue à cette dernière, il se fonde principalement sur ce fait qu'elle n'est point uniquement le fruit de la raison, mais tient de la révélation primitive et hébraïque ce qu'elle a de plus pur, de plus élevé, de plus grand, sa dogmatique. Enfin, même dans ces conditions, Clément refuse à la philosophie la vertu de sauver l'homme par sa propre puissance. Elle n'entre dans l'économie du salut qu'en tant qu'elle y prépare et qu'elle peut, comme cause coopérante (oruvatnov), aider à la formation du gnostique ou du fidèle parfait. C'est à quoi Clément borne son importance.
Seule et sans le secours de la foi, la philosophie est, dans l'état présent de l'humanité, insuffisante pour l'élever jusqu'à la connaissance et à l'amour nécessaires de son Créateur, pour l'établir par la connaissance, la piété et le culte, dans cette ressemblance et cette union avec Dieu, laquelle est, par le fait de la volonté divine, son salut et sa fin dernière.
Sur ce nouveau terrain, Clément rencontrait d'autres adversaires. Après avoir défendu les lettres et les sciences humaines contre les préjugés et les terreurs d'un certain nombre de chrétiens, il avait à convaincre les philosophes païens de l'insuffisance de la philosophie comme source de connaissance et comme règle de conduite, et par conséquent de la nécessité de la foi. 11 avait, de plus, à déterminer et à définir contre les Gnostiques, la nature et l'excellence de cette foi défigurée par leurs systèmes. Suivons-le dans l'examen de cette grave et importante question.