LIVRE III
« les dons de Dieu sont marqués de sa force. Elle demeure « donc invincible contre toutes les entraves, quoiqu'il lui « ait été prédit qu'elle souffrira toujours la persécution i.
« La preuve 2 que nous avons pour sauveur le Fils de « Dieu lui-même, ce sont les prophéties qui ont précédé « et annoncé son avènement, les témoignages qui ont ac- « compagne sa naissance temporelle, les prodiges qui, * depuis sou ascension , sont annoncés et éclatent de « toutes parts. Ce qui montre que nous avons la vérité, « c'est que le Fils de Dieu est notre maître. En effet, si « toute investigation roule toujours sur deux choses, à sa- « voir le sujet et l'objet, il est évident que nous sommes « seuls en possession de la vérité vraie, car le sujet de la « vérité que nous démontrons est le Fils de Dieu ; l'objet, « c'est la vertu de la foi, plus puissante que tous les obsta- « clés qu'on lui oppose, plus forte que le monde entier « conjuré contre elle 3. »
Ainsi le christianisme est divin parce que son auteur est Dieu ; il est vrai, parce que son auteur est la vérité même.
Clément part de là pour établir que le christianisme est à l'égard de toute science humaine ce que le jour est à la nuit. « Depuis que Jésus-Christ est venu nous instruire, « dit-il, nous n'avons plus besoin d'écoles humaines : ce « docteur nous enseigne tout ; par lui la terre entière est « devenue Athènes et la Grèce. De même que quand le « soleil ne luit pas, tous les autres astres n'empêchent pas
1 Strom. VI, 18, p. 826, 827.
2 Srçy.eiwv. Clément emploie ce mot dans le sens d'Aristote, qui le définit ainsi (Analyt. prior., liv. II, c. xxvi) : Signum autem nihil aliud esse videtur quam propontio démonstratives, aut necessaria , aut probabilis. Nam quo exstante res exstat ; vel quo facto prius aut posterius, res facta est : hoc est signum indicans rem factam esse aut exstare. ■ — Le mot Tsxy:/ipto\> employé quelques lignes après dans le même texte par Clément, est défini par Aristote, loc. cit. : Indicium aiunt esse, quod scire facit.
s Strom. VI, 15, p. 801.
« que la terre ne soit ensevelie dans les ténèbres; de « môme si nous n'avions pas connu le Verbe, si nous « n'avions pas été éclairés par lui, nous serions semblables « à des poulets que l'on engraisse dans l'obscurité pour « les faire mourir *.
« Croyez donc, s'écrie-t-il plein d'enthousiasme, croyez « à l'Homme-Dieu; hommes, croyez au Dieu vivant qui a « souffert, qui est adoré ; croyez, esclaves, à celui qui est « mort ; croyez, tous les hommes, à celui qui est le seul « Dieu de tous les hommes ; croyez, et recevez en récom- « pense le salut 2. »
La révélation divine, l'enseignement du Verbe incarné était donc nécessaire au genre humain.
Cette nécessité d'où provenait-elle aux yeux de Clément? La concevait-il comme une nécessité relative ou comme une nécessité absolue? La regardait-il comme une suite de la chute originelle ou bien comme une conséquence de la nature même de Dieu et de l'homme, en d'autres termes comme une nécessité résultant de l'incapacité essentielle où est un être fini de se mettre en rapport avec l'infini par lui-même et par ses forces naturelles?
En outre, supposé qu'elle soit absolue, cette nécessité de la révélation proprement dite existe-t-elle seulement pour la connaissance et pour la conscience dans l'ordre surnaturel, ou bien s'étend-elle à toute connaissance, à toute conscience dans l'ordre naturel, de sorte que sans révélation il n'y ait pour l'homme ni exercice de la raison, ni moyen de sortir de l'ignorance, ni formation de la conscience morale?
La question revient, on le voit, à déterminer en dehors
1 Cohwt.. II, p. 86 sq. ■ //.(,/., X, p. 84.