‹ Clément d'AlexandrieChapitre 76 sur 226 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

divine a été considérée comme la première que doivent se poser l'intelligence et le cœur de l'homme. Le peuple est ici d'accord avec les philosophes, la science avec le sentiment, et le poëte n'était pas seulement l'interprète de la philosophie, il était l'écho de la nature humaine, quand il s'écriait : « Heureux qui est parvenu à connaître la cause « première des choses !. »

L'expression de Clément est donc aussi juste qu'énergique : la connaissance de Dieu est pour l'homme une question de vie ou de mort, et par conséquent son premier besoin, comme son premier devoir "2. Dès lors la possibilité de cette connaissance ne peut être l'objet d'un doute, et ce n'est point sur le fait, mais sur l'origine et le mode dont Dieu peut et doit nous être connu que porte le problème que nous avons ici à discuter et à résoudre.

L'homme, abandonné aux forces de sa nature, aux lumières de sa raison, peut-il se sauver de l'ignorance absolue de Dieu? La philosophie peut-elle, par ses propres ressources, soulever le voile qui couvre et cache à nos regards le mystère de l'existence et de la nature du premier principe? L'homme raisonnable trouve-t-il dans sa conscience, dans sa raison et dans la nature visible, des moyens capables de l'élever jusqu'à Dieu? Ses ressources naturelles sont-elles suffisantes pour lui faire connaître Dieu, autant qu'il peut et doit être connu? L'homme est-il en droit de repousser comme inutile et superflu tout secours qui lui viendrait d'ailleurs et de plus haut que la nature? La raison et l'expérience ne démontrent-elles pas au contraire que l'homme réduit à ses ressources naturelles ne peut ni chercher Dieu ni le trouver, tel que Dieu peut et

1 Félix qui potuit rerunn coguoscere causas. (Virgile)

2 Cf. Strom. V, 10, p. 084. -

veut être trouvé, s'il n'est aidé d'une assistance spéciale par celui qu'il cherche?

Répondre à ces questions, c'est résoudre le problème de la révélation. Quelle est la réponse qu'y a laite Clément d'Alexandrie?

Cette réponse, nous la connaissons en partie1. 11 nous reste à l'exposer tout entière, et à déterminer comment el dans quelle mesure le docteur alexandrin jugeait nécessaire la révélation proprement dite.

Que Dieu existe, ou, en d'autres termes, qu'il y ait audessus du monde et de l'homme une nature intelligente et sage qui ait produit l'homme et le monde, qui les conserve qui les gouverne par sa providence, et les dirige à ses tins, c'est aux yeux de Clément une vérité première et si incontestable qu'il ne pense pas qu'on la doive prouver. « C'e>t . « dit-il, une conduite criminelle de demander des prem « de l'existence d'une Providence divine. Et à cause de « cela peut-être ne faut-il pas s'efforcer de la démontrer, « d'autant qu'elle est manifeste par l'art et la sagesse qui « reluisent dans tous ses ouvrages. Et celui qui nous ;i « départi l'être et la vie nous a faits participants de la « raison, afin que la raison fût la règle de nos jugements « et de notre conduite2. Oui, l'homme est tel par sa na- « ture, qu'il est en relation d'amitié avec Dieu. Et comme « nous appliquons chaque animal aux choses qui con- « viennent à ses aptitudes naturelles, ainsi considérant en « l'homme qui est né pour la contemplation du ciel et qui « est une plante vraiment céleste ce qui lui est propre et « ce qui l'élève au-dessus des animaux, nous l'exhortons « à se procurer la connaissance de Dieu3. »

1 V. liv. II, c. m, p. 107.

? Strom. F, 1. |». (iiii.

* Cohorl. adgent., p. 80: Htyuxc y<kp 6 ètv6p(tntos ©1

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