LIVRE III
« divine. Ainsi, Dieu connaissant son essence comme imi- « table par la créature, la connaît comme l'essence propre « et le type de cette créature. Et ainsi des autres *>. » — Le Verbe, Fils naturel de Y Intelligence parfaite, image vivante du Père, contient donc en lui-même avec l'essence divine les essences de toutes les choses possibles, les types, les idées, les raisons de toutes les existences. En tant qu'il connaît l'essence de Dieu et en elle les essences des choses existantes ou possibles, le Verbe est la Eaison de Dieu, le principe de toute connaissance. En tant que contenant en lui avec l'essence de Dieu les essences des choses qui doivent être produites, les décrets divins qui doivent les produire, il est le principe de la production des êtres, leur exemplaire et leur type. « La philosophie des barbares, dit « Clément, reconnaît, elle aussi, deux mondes, un monde « intelligible, un monde sensible : le premier archétype « du second, qui est l'image de cet éclatant modèle 2. »
Ainsi considérant en Dieu ce en quoi il est Père, premier principe, Clément a pu dire qu'il était absolument simple, indéfinissable, innommable et indéterminé, et qu'on ne pouvait proprement l'appeler science, sagesse, vérité. Ce n'est pas à dire qu'il en fasse un Dieu abstrait et sans vie, semblable à l'Un de Plotin, ou qu'il admette en Dieu, comme les Gnostiques, un état primitif d'indétermination et de silence. Il n'admet pas que Dieu ait jamais été sans raison, sans intelligence, sans sagesse, sans activité. Il veut dire seulement qu'en Dieu la raison, la sagesse, la puissance ne sont pas des facultés, des habitudes, comme dans l'homme, mais un acte pur par lequel Dieu se dit tout ce
1 Summa Th., Qusest. XV, a. 2 c. ApudF. Hugonin. —Ont. IIe p., cb. x, p. 351.
2 Strom. V, 14, p. 702.— Cf. Ibid., p. 711.
qu'il est, tout ce qu'il peut, tout, ce qu'il veut ; el par cet acte pur, par cette affirmation étemelle, nécessaire, il produit, nécessairement son Verbe, terme immédiat, subsistant de sa raison et de sa sagesse. Cela étant, si la Sagesse subsistante n'existait pas, le Père ne penserait pas, ne se connaîtrait pas lui-même, ne serait, en un mot, ni sage, ni raisonnable, ni actif. La raison en acte dans le Père suppose donc et produit nécessairement la raison subsistante,, c'est-à-dire le Verbe.
C'est en ce sens que le Père en tant que Père n'est pas à proprement parler science, sagesse, vérité et ne peut, par conséquent, être connu ni démontré. Il n'est tout cela que dans son Fils : son Fils, en effet, est le terme de sa connaissance, de son opération. « C'est en lui, comme le « dit Clément, que viennent aboutir et se concentrer « toutes les puissances de l'Esprit. » Mais comme, d'après notre saint docteur, le Fils est Dieu unique avec le Père, tout son raisonnement se réduit à dire que Dieu, en tant qu'il est Père, ne peut être scientifiquement démontré, mais qu'il peut l'être en tant qu'il est sagesse, science, puissance, vérité.