LIVRE III
Clément distingue dans ces passages et dans plusieurs autres, avec tous les anciens, la substance même de la sagesse en tant qu'engendrée, de sa forme selon laquelle elle représente les créatures et s'imprime en elles, ce en quoi elle est Fils de Dieu, et ce en quoi elle est l'exemplaire et le principe des créatures, et c'est en ce dernier sens, c'est-à-dire dans son rapport avec le monde, qu'il l'appelle la Sagesse que Dieu a créée comme le principe de ses œuvres.
Nous retrouvons la même distinction dans le passage suivant de son Exhortation aux Gentils, où le Verbe est représenté non-seulement comme l'exemplaire du monde et la cause qui le produit, mais encore comme le sauveur qui le répare : « Nous étions en quelque sorte, dit-il, avant « la constitution du monde, car en vertu de notre produc- « tion future, nous existions dans la pensée divine. Nous « sommes donc les créatures raisonnables du Verbe ou de « la Raison de Dieu : c'est par le Verbe que nous sommes « anciens, parce qu'au commencement était le Verbe. Le « Verbe, en tant qu'il existait avant que les fondements « du monde fussent posés, était et le principe de toutes « choses et la cause qui nous a donné l'être; mais en tant « que, dans ces derniers temps, il a voulu être appelé du « nom vénérable de Christ, je le nomme le nouveau can- « tique. Ce Verbe Christ n'est donc pas seulement le prin- « cipe et la cause de notre être,— car avant que nous fus- « sions, il était en Dieu, — mais il nous a donné aussi de « bien être; et c'est pour cela qu'il a récemment apparu « aux hommes, lui qui seul est Dieu et homme tout en- « semble, afin de nous procurer une félicité parfaite1» »
1 Cohort. ad gent., 1, p. 6 et 7.
Ces textes, que nous pourrions multiplier, suffisent pour nous donner l'intelligence de la théorie de Clément touchant le problème de la connaissance de Dieu et de la nécessité de la révélation ; et en quel sens il faut entendre ce qu'il dit que Dieu ne peut être connu et démontré que par son Fils.
En effet, d'une part, Dieu ne se connaît lui-même, n'a la conscience de lui-même, ne s'affirme, ne se détermine, s'il est permis de dire ainsi, que dans son Fils. Le Fils est donc l'acte éternel, nécessaire, par lequel Dieu, se repliant sur lui-même, se connaît et s'affirme tel qu'il est et tout ce qu'il est. En d'autres termes, le Fils est la sagesse personnelle, la raison de Dieu, se connaissant lui-même.
D'autre part, Dieu en se concevant, en se connaissant lui-même tel qu'il est, conçoit et connaît par le même acte éternel et nécessaire tous les êtres possibles, et parmi ces êtres possibles ceux qu'il veut réaliser hors de lui. De là le double rapport, la double relation du Fils soit avec le Père, soit avec le monde. Le Fils est la raison du Père, l'image vivante et substantielle du Père qui se produit, se réfléchit tout entier en lui.
Il esten même temps, et en vertu de la même génération. l'exemplaire des créatures, et le principe de leur production.
Le Père connaissant sa divine essence connaît les essences ou les possibilités de toutes choses, en a les idées : car, selon la profonde remarque de saint Thomas : « L'essence « de Dieu peut être connue par lui, non-seulement telle « qu'elle est en elle-même, mais selon un certain mode de « ressemblance que les créatures ont avec elle. Chaque « créature, en effet, a une essence propre par laquelle v\\c « participe en quelque manière à la similitude do l'essen*