LIVRE III. LOI
« plade de laboureurs, pas une tribu nomade, pas une « nation civilisée qui puisse vivre et se soutenir sans la « foi à une Nature supérieure. Aussi de l'Orient à l'Occi- « dent, du Nord au Midi, partout Ton trouve une seule « et même anticipation (irpo^tg) au sujet d'un monarque « suprême, parce que les effets de cette puissance créa- « trice se font sentir en toutes choses et en tous lieux *.. ». Ce sens commun, inné dans tous les hommes, qui nous persuade naturellement de l'existence d'un maître et d'un Père dont la Providence veille sur notre faiblesse, c'est là ce que Clément appelle connaître Dieu par périphase 2. La périphase n'est donc pas proprement une vue de l'inielligence, ce n'est pas la conclusion d'un raisonnement, le résultat d'une recherche, c'est un élan spontané du cœur qui confesse Dieu sans le chercher; c'est, selon le mot si connu de Tertullien , le besoin d'une âme naturellement chrétienne, qui, dans ses dangers, sent qu'elle a un Père au ciel et laisse instinctivement échapper vers Lui un cri d'invocation et de détresse. Ainsi Dieu ne se manifeste pas seulement à nous naturellement par l'intelligence et la raison, il nous élève aussi à Lui par le cœur, par la confiance que nous inspire la sollicitude toute paternelle dont nous entoure sa Providence.
La foi est donc distincte et par son objet spécial et par son mode de perception du nous et du logos. Mais elle s'y rattache et les suppose. L'idée première de Dieu est donnée
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* rï. Strom. V, 14, p. 730. sq., et Strom. I, 18, p. 372.
par l'intuition, ['emphase. C'est de cette idée que pari instinctivement la foi pour affirmer que Dieu est Père, qu'il est Providence et souverain Bien. Voilà pourquoi Clément dit qu'il n'y a pas de foi sans connaissance. Lu foi suppose aussi le logos ou la raison déductivc, parce que c'est à l'occasion de l'ordre et de l'harmonie qui éclatent dans le monde matériel qu'elle s'élève à l'affirmation de l'ordre et de la providence dans le monde moral. Mais outre cette base rationnelle, la foi a un autre fondement qui lui est propre : c'est le sens moral de l'âme, le sentiment de~sa misère, le désir naturel du bien, l'amour inné de la perfection etdu bonheur. De là vient que la foi ne procède pas avec la mémo rigueur que la raison, qu'elle persuade plutôt qu'elle ne démontre, mais, par contre, elle saisit l'homme tout entier. «Il n'y a donc pas lieu de s'étonner, dit le P. « Speelman, que Clément attribue àla foi, même naturelle. « une si large action dans la condition actuelle du genre « humain ; qu'il en fasse, comme la synthèse du Moi, l'ex- « pression des besoins du cœur tout autant que de ceux « de l'intelligence. Nous-mêmes ne donnons-nou.> pas au « sons moral une fort grande extension l ? »
C'est par celte analyse si remarquable de la foi naturelle que Clément prélude à la défense de la foi chrétienne qu'il avait pour objel principal de faire connaître et de venger. Suivant sa méthode constante, méthode nécessaire contre les adversaires de la, révélation, il pari de l'ordre naturel pour s'élever à l'ordre surnaturel, el il s'applique à eu découvrir et à en montrer les rapports et les harmonies* Ici. il établit non-seulemeni qu'il y a une loi naturelle, mais encore que celte foi est pour la science profane ce que la
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