‹ Clement d'Alexandrie, sa doctrine et sa polemiqueChapitre 118 sur 145 · SD · texte numérisé non relu

SD

d'instruction : la première « la catéchèse, qui mène à h foi * » par les premiers éléments ; et la seconde, la gnose, qui mène à la perfection. Ces deux instructions, il les appeik, après saint Paul, lait et aliment solide, t Le lait, ditil. « est la première instruction, la catéchè.se, comme la pre-

• mière nourriture de l’âme ; et la nourriture solide, c’eft

* la contemplation des initiés (èmTTuy.ri Beopix) , les chairs I* et le sang du Verbe, c’est-à-dire la compréhension (k € la puissance et de l’essence divine *. » Clément troorr dans cette distinction de lait et d’aliment solide un argument pour prouver « que la connaissance des mystères est « le partage du petit nombre, et qu’il ne faut pas tout « communiquer au vulgaire *. »

Il y avait donc, .selon cette doctrine du docteur alexandrin, deux enseignements dans l’figlise : un enseignemen! commun donné à tous indistinctement, et qui contenait ks éléments de la foi ; et un enseignement supérieur, s’il est permis d’employer ce terme, qui non-seulement devait demeurer caché aux infidèles, mais n’était communiqué aux fidèles eux-inémes qu’avec discrétion, et à mesure qu’ils s’en montraient dignes. Cet enseignement supérieur et mystérieux se trouvait dans l’Écriture, mais .sous le voile de symboles et de figures dont la tradition gnostique, qui de Jésus-Christ s’était transmise aux apôtres et à leurs successeurs, pouvait seule donner le sens divin et la signification authentique. De là l’importance donnée par Clément à l’interprétation du sens figuré des Écritures. Il insistait d’ailleurs d’autant plus volontiers sur cette distinction entre un enseignement commun et un enseignement

' Pædag. I, (j., p. 116.

* Strom. T'. 10, p. 68't, > rhid. V, 10, p. 685.

LIVKK T,

>lus approfondi et plus mystérieux du christianisme, qu’il ' trouvait un moyen puissant d’exciter la curiosité de ses ludileurs, et une sorte de conformité avec la méthode sui- , ie par les plus célèbres philosophes, qui devait les frapper *t leur plaire. * Les pythagoriciens et Platon, leur disait-il,

• ne sont pas les seuls qui aient eu des secrets dans leur « enseignement ; les é|)icuriens eux-mêmes prétendent « avoir certains dogmes cachés, et ne pas permettre à tous « la lecture des écrits qui les contiennent. Les stoïciens, à « leur tour, disent posséder certains écrits dont Zénon est « le premier auteur, et dont ils ne permettent pas aisé- « ment la lecture à. ceux de leurs disciples dont ils n’ont

• pas à l'avance é|)iouvé par eux-mêmes le sincère amour € de la sagesse. Les aristotéliciens distinguent aussi leurs « écrits en ésotériques, ou intérieurs, et en exolériqves, ou « extérieurs et communs. Faifm, les philosophes qui ont « institué des mystères ont couvert leurs dogmes du voile « des fables, afin d’en cacher la connaissance à la foule. « Or si ces philosophes ont cru devoir tenir secrètes des « opinions humaines, et en écarter ceux qu’ils eji jugeaient « indignes, n’était-il pas plus important encore de ne pas « divulguer la sainte et bienheureuse contemplation des « mystères de la vérité subsistante ^ ? •

Ces témoignjiges semblent suflisamment établir que Clément a réellement distingué, outre l’enseignement et la tradition commune dans l’Église, un enseignement plus relevé et une tradition gnostique *. Mais ce qui est moins contesUdîle encore, c’est que cette distinction, si elle existe.

» SIrom, V, 9, p. 680-6S1.— Cf. Potter, .4mio(. in /iimc lociim.

* Ce qui nous confirme dans cette opinion, c'est que l’on trouve la même distinction dans saint Denys, dont la doctrine, dit Bossuet (Tradit. drt nouv. mysl., ch. xvi, sect. 6), parait prise de quelques endroits de saint Clément d’Alexandrie. Saint benys parle partout de traditions ca-

CLEMENT O’ALEXANDKIE.

consiste tout entière dans la forme, et non dans le fond de la doctrine que renferment ces deux espèces de tradiüo#. Guerike lui-méme le reconnaît, bien qu’il y mette quelq* hésitation

En effet. Clément ne dit nulle part que la tradition gn<>tique renferme des dogmes qui lui soient particuliers, nui' seulement qu’elle entre plus avant dans la connaisano intérieure des mystères de la foi, qu’elle pénètre les set' les plus profonds des divines Écritures, et découm la strité divine sous les symboles qui la recouvrent et la fâchent aux yeux du vulgaire et quelquefois du fidèle loimême. Quant au fond de la doctrine, il est le mênr dans la tradition commune que dans la tradition gnor tique.

Clément définit l’objet de la tradition gnostique ou h connaissance qu’elle produit, « la science et la compr-^ « hension ferme et inébranlable des choses présentes, f»- « tures et passées, science enseignée et révélée par le Fik « de Dieu *. » En vain demanderait-on cette science i la philosophie, ajoute-t-il, on ne pourrait l’obtenir € si, en se « rangeant sous la discipline de Jésus-Christ, on n’écou- « tait la voix prophétique où l’on apprend comment sont. « comment ont été, comment seront les choses passées.

ebées, qu’il appelle hiérarchiques, sacerdotales, incominunictblei vulgaire. On ne devrait pas. selon Bossuet, comprendre les simples dans ce vulgaire, qui, d'après Clément et saint Denvs, est exclu de iicsa* naissance des traditions cachées. ~ Il nous semble qu'il faut dittÎDg^r'f entre le lait et le droit. Sans doute, tous les fidèles sont appelés « is fection, et, par conséquent, U la connaissance des mystères les plus profonds de la foi ; mais, do fait, le plus grand nombre ne répond pas à vocation et ne t»o rend pas digne de participer à cette connaissance. croyons que, dans ce dernier sens, Clément a pu dire et a dit en que la gnose était dupetit nombre, et qu'il y avait une doctrine spéen* lement propre aux parfaits.

’ De Schol. Alex. cath. Theol.^ n. 143.

* SIrnm. VI, 7, |>. 771.

Page 1