‹ Clement d'Alexandrie, sa doctrine et sa polemiqueChapitre 12 sur 145 · I.IVKK I · texte numérisé non relu

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taipiit PII possession de la gnose , apanage exclusivement propre aux natures pneumaliques.CelXc distinction leur donnait toute liberté, et leur livrait sans défense le canon des Écritures reçu par l’Église. Ils pouvaient, de par leur science supérieure, le modifier et l'interpréter à leur gré, et selon les exigences de leurs systèmes, fabriquer sans scrupule des évangiles nouveaux, supprimer en tout ou en partie les faits qui ne se laissaient pas plier à leurs interprétations arbitraires, et autoriser du nom de .lésus-Christ ou de quelques-uns do ses apôtres les dogmes les plus contraires à son enseignement.

Telle fut en effet leur méthode. « Les (mostiques, dit Clément, comme des écoliers pervers qui chassent leurs maîtres, éloignent de leurs églises les prophéties toujours suspectes à leurs veux, parce qu’ils en craignent les réprimandes et les avertissements *. La prétendue évidence qui sourit à leur raison particulière, ils la préfèrent constamment aux oracles du .Seigneur parlant par la bouche dos prophètes, aux vérités de l’Évangile et au témoignage par lequel les apôtres les ont confirmées Lors même qu’ils veulent bien admettre les livres des prophètes, ils ne les admettent pas tous, ni chaque livre dans son intégrité, ni avec le sens que réclament le contexte et l’onsemblc de la prophétie. Ils cherchent au contraire quelques termes équivoques, les interprètent selon leurs idées, prennent des mots isolés et ne s’occupent pas du sens des expressions, mais seulement du son matériel tel qu’il se présente »

• Sirom. K/;, 16, P 891.

’ IJ. ibid., p. 892.

^ Id. ibid,, p.89l. — Cf. Slrom. III, 4, p. 523: fm'm scrip/um esse

jMalach., 111, 15], Deo resliterunt et sahi /acti stml : illi autem (Gnos/in) Deo impudenii addunf . . . . et hor ad salutrm cotiferre e.ristitmmt quad treafon Tf notant.

n.KMEN'T I> A1.KXANDU1E.

Ou peut se former une idée de la manière dont ils dénaturaient les expressions de l’Écriture, quand elles ne s’accoixlaient pas avec leurs systèmes, par l’interprétation que donnait liéracléon, le plus renommé des disciples de Valentin *, du texte de saint Jean : Tout a été fait ]Xir lui, et rien na été fait sans lui. Tout a été fait par lui ; cela veut dire ; tout, excepté le monde. Rien n’a été fait sans lui; rien signifie le monde avec tout ce qu’il contient^. J.es chrétiens qui se croyaient le droit de réclamer contre une exégèse si extravagante étaient impitoyablement relégués dans la catégorie des on û?uV/Me«. Us ne comprenaient pas parce que leur nature les condamnait à la simple foi et ne comportait pas la science

Ainsi la gnose qui par sa nature échappait au contrôle de la raison était pour le mémo motif indépendante de la foi et supérieure à elle. Tout en maintenant ses prétentions à une origine divine et chrétienne, elle regardait les Écritures et la tradition de l’Église comme une expression incomj)lètc de l’enseignement du Verbe, comme une lettre morte, comme une enveloppe qui, sous le voile des mots, cachait des vérités et des mystères dont le pneumatique seul avait le secret. En dernière analyse, les Gnostiques comprenaient le christianisme comme Philon et la cabale

* Strom, IV f 0, p. 595 1

* Omnia per ipsum facta «uni, omiiia muncio excepta et gutf? in ipso «uni. — El sme eo factum e*t nihU eorum. sciîicet quæ simt in miindo et creatione. Sani lui a été luit le iicant du monde du la crt^ation. Ilurftcléon jouait sur les mots TTsévT* et «Jr^! {v. Le jcu de mots ne peut se rendre en français. — Voici une autre interprétation du mémo Héracléon, conservée comme la précédente par Orijjène : Quod factum est in ipso vita ; in ipso voulait dire, d'après liéracléon, dans les hommes pneumatiques ; de sorte qu’il en résultait runité essentielle du Verbe et aes pneumatiques. [Frag. comment. Ileracl. in S. Joanu. Evang. apud Matsuet. Opp- Irenx, Appendiv, p. 30^, 3tU.)

* (Je procédé expéditif est aujourd'hui encore à l’usage de nos adversaires rationalistes et en particulier des mythologues allemands. Pour croire aux miracles, discnt-ils, il faut être privé de la fantUc critique.

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avaient compris le judaïsme, comme Porphyre et Jamblique s’elTurcérent plus tard de faire envisager le polythéisme. L’arracliant violemment à ses bases positives et historiques, ils chercltaient à l’enlratner dans les régions vagues et indéterminées d’une conception métaphysique, particulière , indépendante. A l’autorité du fait et du témoignage , unique base rationnelle possible de toute révélation de Dieu aux hommes, ils .substituaient l’autorité du sentiment, de l’illumination directe. Ils arrivaient par ce moyen h transformer une religion positive et divine en un mysticisme religieux se prêtant à toutes les interprétations. se jvliant à toutes les directions, admettant toutes les alliances, laissant h l’imagination tous ses caprices, ii l’esprit toute son indépendance, au cœur toute sa liberté, et ne formant de .ses partisans qu’une as.sociation humaine et scientifique.

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