CT.KMENT D At.EXASDRlE
Mais il nous i*esl« à produire une preuve pluA péremptoire encore » il est possible.
Il se trouve que Clément a eu ù combattre dans les hérétiques de son temps la prétention qu’on lui prête relativement à une tradition gnostique, essentiellement diiîércnte de la tradition commune de l'Église. Nous savons par saint Irénée, et Clément nôus apprend lui-même qoe les hérésiarques des premiers^ siècles se glorifiaient de tenir, par tradition, des apôtres une doctrine secrète, et la connaissance de mystères ignorés des fidèles et de l’Église elle-même. « Professant, dit saint Irénée, une doctrine que « les prophètes n’ont pas prêchée, que le Christ n’a pas « enseignée, que les apôtres n’ont pas transmise, les héré- « tiques se glorifient d’avoir, seuls d’entre les hommes, « la science de tous les- mystères puisée, prétendent-ils, « dans une tradition non écrite, et ils trafiquent ainsi de « leurs rêveries en les faisant passer pour la doctrine du « Christ et des apôtres *. »
Parmi les Cnostiqucs qui eurent recours l'i cette prétendue tradition secrète pour établir l’origine apostolique de leurs erreurs. Clément nomme Basilide, Valentin et Marcion, qui se disaient disciples de saint Mathieu, de Glaucius, interprète de saint Pierre, et de Théodade, ami de saint Paul ; et voici le raisonnement que leur oppose le docteur alexandrin : • 11 est inutile de démontrer longue- « ment que les hérétiques n’ont formé leurs associations a purement humaines qu’ après le commencement de l'É- « glise catholique. Le ministère du Seigneur, lorsqu'il « parut sur la terre, commença sous Auguste et se ter- « mina sous Tibère ; mais la prédication des apôtres, y
' Aüver). hier., I, ch. viif, 1,
KIVHE V. 3'»«
« compris sainl Paul, sc jjiolougea jiisquo sous Nt’*ron. O t ne fut que plus tard, sous rempereur Adrien et au temps
• d’Anlonin le Pieux, qu’apparurent les chefs dos héré- « sics, tels que Basilidc, Valentin, Marcion, (fuoiqu'ils se « glorifient d'avoir été, le premier, disciple de Glaucias, t interprète de Pierre; le second, de Théodade, ami de
• Paul... Puisqu’il en est aiasi, il est clair que ces sectes
• qui se sont séparées de l’Église antique et véritable, et « celles qui plus tard encore sont dérivées de celles-là,
€ ne se sont formées que par esprit d’innovation et doivent « être regardées comme autant de caricatures de l’Église.
« D’après cela, il me parait prouvé que la véritable Église « est une, (jue c’est celle qui existe depuis l’origine et
• celle à laquelle appartiennent les justes, conformément « aux décrets éternels de Dieu. Car, comme il n’y a qu’«« « Dieu et un Seigneur, cette vénérable Église met aussi « ,si gloire à être uni<|ue, parce quelle est l’imago du
• Principe unique. Cette Église une, que les hérésies s’ef- « forcent de déchirer, participe à la nature de cet Etre « unique. C’est pour cela que nous soutenons que l’antique
• Eglise catholique est une quant à la substance, quant à « l'idée, quant à l’origine et quant au rang ; qu’elle est « une, et que dans l’unité de sa foi, procédant de ses
• deux Testaments, ou, pour mieux dire, de son Testament
• unique, donné en des temps différents, elle réunit d'a- ■ près la volonté du seul Dieu, par le seul Seigneur, ceux
• que Dieu a prédestinés, parce qu’il a prévu, dès avant « l’origine du monde, qu’ils seraient justes. D’ailleurs la « prééminence de l’église ainsi que le principe sur lequel
• elle est fondée peuvent se dire uniques, puisqu’elle sur- « passe toutes choses, que rien ne lui est égal ou sem-
• blable... Ouant aux héréti(|iies. au contraire, les uns
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« pi’omieiil le nom de leurs fondateui-s, Valentin, Marcion,
« Ba.'iilide, (/uoiqu’iU se glorifient de suivre la doctrine de • saint Mathieu, tandis que du côté des apôtres, comme il € n’y avait qu’une seule doctrine, il n'y a aussi qu'une « seule tradition ; d’autres, le nom du lieu où ils ont pris « naissance, comme les Pératiciens, ou bien du pa\'s, « comme les Phrygiens '
Ce passage, que nous avons cru devoir rapporter tout entier malgré sa longueur, nous semble établir d'une manière péremptoire que la tradition gnosfique de Clément, supposé qu’elle fut distincte de la tradition commune, n’cn était pas essentiellement différente. Quel est en effet le raisonnement qu’il emploie ici contre les faux Gnostiqiies? Vous vous gtoriliez, leur dit-il, d’être en possession de la vérité et de la tenir des apôtres, de former par conséquent la véritable Église fondée par Jésus-Christ. Cela n’est pas et ne peut être. La véritable Église est plus ancienne que vous : les aiiôtres l’avaient établie, quand vous avez commencé à dogmati.ser : la véritable Église doit être apostolique, vos sectes ne le sont pas. Vous prétendez, il est vrai, descendre des apôtres, et pour établir cette généalogie, vous vous appuyez sur certaines traditions secrètes qu’ils vou.s auraient transmises. Mais, d’une part, les noms que vous portez protestent contre cette supposition, et, d’autre part, la véritable Église, l’Église apostolique est une comme son principe (|ui est Dieu : elle est une dans sa substance, comme dans sa foi : il ne peut donc y avoir dans son sein doctrine et doctrine, tradition et tradition : « De même que « les apôtres n’ont eu tous qu’une seule et même doc-
' Sfroiii. T'/r, 17, p. H!)P.