LIVRE V
sa propre lumière, ainsi Dieu ne peut être connu que par lui. Nous ne voyons pas Dieu par une lumière étrangère ; mais ce par quoi nous le connaissons est l’objet même de la connaissance*. Connaître Dieu, comprendre l’infini, c’est être l’infini lui-même. Si donc l’homme parvient à la connaissance de l’infini, ce n’est pas par la raison, mais par une faculté infinie comme l’objet qu’elle embrasse, identique avec cet objet, dégagée par conséquent des liens de la réflexion qui lui imposeraient une limite. Cette faculté, c’est l’esprit ; mais l’esprit transformé, exalté, ou plutôt rendu à sa propre nature; c’est l’esprit dégagé pour un temps de tout lien avec la matière, de tout commerce avec la personnalité humaine. Cette simplification du principe pensant, rétabli dans sa pureté originelle, dégagé de tout ce qui n’est pas divin (aTrJ.&xaç) , produit l’extase ou l’enthousiasme, qui n’est autre chose que l’identité du sujet et de l’objet de la connaissance (évcoai?) *. Ainsi, ce n'est pas l’homme, à proprement parler, qui connaît Dieu ; mais le principe divin qui est dans l’homme ; et la condition de cette connaissance est l’extase, c’est-à-dire une faculté tout impersonnelle, où le moi ne se retrouve plus, et qui, excluant la réflexion, s'identifie avec son objet »
Tel est, en résumé, le mysticisme de Plotin. En quoi ressemble-t-il à la théorie de Clément, ou plutôt on quoi ne diffère-t-il pas de celte théorie?
Une première différence se révèle dans la conception même de la nature du premier principe. Le premier principe de Plotin est l’unité abstraite de Parménide. Il n’a ni
' Enn,, V, liv. III, ch. xvii.
« IbiJ., VI, liv. IX, ch. i.\.
> Ibid., V, liv. yill, ch. H.— Cf. Doehne, Op. I., p. 80-90, et Jules Simon, Ht*/, de VÈcole d'Alex.p (. I'^, p. 261-20*2.
Digilizc; ly Guttgle
Cl KMENT D ALESANORIE.