‹ Clement d'Alexandrie, sa doctrine et sa polemiqueChapitre 16 sur 145 · CI.KMKNT D ALEXAXUKIE · texte numérisé non relu

CI.KMKNT D ALEXAXUKIE

adoptent sur parole les opinions ixdigieuses aux esprits crédules qui, de son temps, se laissaient séduire par les prestiges et les illusions des rhaiialans courant le monde sous le nom de i)rétres de Mithrns, de Cybèle ou d’Hécate, il ajoute : € Ainsi en arrive-t-il parmi les chrétiens, entre « lesquels vous en trou\ez ' qui, ne voulant ni écouter ni « vos raisons ni nous en donner de ce qu’ils croient, se « contentent de vous dire : M’examinez pas, mais croyez; « ou bien : Votre foi vous sauvera, et qui tiennent pour

• maxime que la sagesse de la vie est un jnal et que la « l'olic est un bien -, (^tue peut-on attendre d’une foi qui « enibra.sse le premier objet qui sc présente? Oui vou-

• drait se ranger |)armi les gens dont voici les maximes : « Loin d’ici tous ceux qui ont quelque savoir, quelqiu! ,sh- « gesse ou quelque prudence ; ce sont là, selon nous , de « mauvaises qualités; njais que les ignorants, les insensés « et les étourdis approchent haidiment. Si en professant

• ces principes ils se montrent dignes de leur Dieu, les « chrétiens confessent en même temps qu’ils ne peuvent

• gagner à leur cause que des personnes sans esprit, t sans jugement et sans vertu, des femmes, des enfants « et des esclaves »

Rien dans la doctrine ni dans la morale de l’Évangile ne justifiait ces calomnies de Celse, reproduites si souvent depuis et presque dans les mêmes termes par les advei-saii'es de la révélation chrétienne *. On ne peut nier cojNendant que cct habile et ardent défenseur du paganisme n’eùt

» De Taveu de Celse, ce nVdait pas une conduite commune îi tous les (’h rêlicnî».

* ürig. Adv. Celf,, lib. I.

3 Orig. Adc. lib. III.

^ c La philosophie, disait Voltaire, ne serajainnis faite pour le peuple. La canaille d’aujourd'hui ressemble en tout à la canaille d'il y a quatre mille ans. Nous n'avons jamais voulu éclairer les cordonniers et les servantes. C'est le partage dos apôtres. »

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trouvé dans le langage et la polémique de quelques écrivains ecclésiastiques un prétexte pour accuser l’figlise de condamner la raison et de proscrire la science. Les monuments qui nous restent de cette époque prouvent en effet que dans la lutte si vive qu’ils eurent à soutenir contre les hérétiques et les philosophes, les apologistes de la foi chrétienne ne portèrent pas le même jugement sur la science en général et sur la philosophie grecque en particulier. Ils accordèrent tous, il est vrai, à la raison humaine une certaine puissance dans la recherche et dans la démonstration de la vérité; car tous, sans exception, firent usage de la raison et de la dialectique pour réfuter les objections de leurs savants adversaires, et pour établir la supériorité de la révélation chrétienne sur les sy.stèmes religieux qui lui disputaient l’empire des Ames. Saint I rénée, si connu par son ferme attachement au principe de l’autorité et de la tradition, emploie fréquemment la méthode rationnelle et scientifique, soit pour réfuter les (Inostiques, .soit pour exposer le dogme catholique '. Tertullien, qui .se déclare avec tant de rigueur contre la science grecque et hérétique, s’appuie sur la spéculation et sur la dialectique dans sa polémique contre Marcion, contre Hermogène et contre Pi nxéas. Et s’il emploie celte méthode, ce n’est point au hasard et sans dessein ; car il déclare plusieurs fois do la manière la plus formelle qu’il veut procéder par raisonnements et par preuves pour ceux qui n’ont pas l’intelligence [propter non intelliycnles) Le terrain de la raison était même le seul, comme nous l’avons remarqué, sur lequel pussent .se rencontrer et s’entendre les apologi.stes et les païens. Aussi

' Ath. Hxr,, lib. I, 1-12; lib. Il, 6-31.

* Adv. Pra.r., ii: Adv. Ilcrmog., iii. — (’f. Talian., Contr. gr^'c. orai., llenn Kk*o, Manuel de Vhishire des dogmes chrétims, Iratl. Mabirc, t I, c. III, p. 109 seq.

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les sectes sceptiques inspiraient-elles la même horreur aux docteurs chrétiens que celles qui n’admettaient pas le dogme de la Providence. Réduite à ces termes, la question de l’autorité de la raison ne soulevait aucun dissentiment entre les catholiques. Aucun d’entre eux ne prétendait, comme l’ont fait de nos jours les traditionalistes après Baïus, que la raison humaine fût naturellement dans l’impossibilité absolue de parvenir par ses propres forces à la connaissance certaine d’aucune vérité morale ou religieuse. Ils s’accordaient aussi unanimement à déclarer que non-seulement la science profane ou philosophique devait être soumise à l’autorité de la foi et de la révélation, mais encore que telle qu’elle existait en dehors du christianisme, elle ne pouvait par elle-même donner à l’homme, dans son état actuel, une connaissance suffisante de la nature de son auteur, ni le conduire à ses destinées. En un mot, tous reconnaissaient, les Pères alexandrins comme les autres, la nécessité de la foi et de la révélation. Mais quand, à partir de ces deux points, il s’agissait d’apprécier la valeur intrinsèque et l’utilité pratique des sciences humaines et de la philosophie, le dissentiment commençait ; les Pères et les apologistes se partageaient en deux camps.

Les uns, teIsqu’Aristide d’Athènes, saint Justin, martyr, Athénagore, apologiste, saint Pantène, et en général les philosophes grecs convertis à la foi, considérèrent la philosophie comme étant conforme en partie et sur quelques vérités avec la révélation chrétienne. .Saint Justin, en particulier, et ce n’est pas une des moindres preuves de l’élévation de son esprit, eut le mérite de reconnaître et de déclarer l’un des premiers que tout n’était pas mauvais et condamnable dans ces doctrines païennes, au nom desquelles le philosophe c\ iiicpic Crescent le faisait traîner au supplice.

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Dans ses deux apologies, il apprécie avec beaucoup d’impartialité la philosophie grecque, ou pour mieux dire la doctrine de quelques philosophes, et se garde bien de nier les choses fort bonnes et fort instructives que contiennent leurs ouvrages. Il fait dériver ces vérités incomplètes et mélangées de beaucoup d’erreui's que l’on trouve dans les écrivains du paganisme, philosophes, législateurs, historiens ou poètes, non-seulement des traditions juives et orientales mais encore du germe de la sagesse (ffTtepfxa t6ü Àoyou, J.o'yoî cr.spueniM;) déposé dans tous les esprits par la Sagesse absolue, par le Verbe qui, suivant la parole de saint Jean, illumine tout homme venant en ce monde Ce germe a pu parfois se développer chez les païens sous une influence extérieure et produire la connaissance de Dieu, sinon complètement et sans erreur, du moins d’une manière vague et confuse. Il n’hésite pas après cela à revendiquer comme appartenant au christiani.sme tout ce qui a jamais été cru et enseigné de conforme à la vérité Il réclame en quelque sorte comme chrétiens les hommes qui, à toutes les époques et chez tous les peuples, ont vécu conformément à la raison, et ont ainsi préludé h la religion du Verbe. « Tous ceux, dit-il, qui ont cm conformément à cette raison sont chrétiens, bien qu’ils aient été accusés d’athéisme * ; tels furent, parmi les Grecs, Socrate et Héraclite ; parmi les barbares. Abraham, Ananias, Mizaël, Azarias, Élie et plusieurs autres, dont il serait trop long de faire connaître les noms et les œuvres »

' 1 Apol., 41.

* II Apol., lU et 13.

* 0»z ourv ràsi xaÀâi; »5uwv tù»v «rrt.— ([[ Apol 13.)

^ M. de (lérando traduit : «t Lors même tju'ils n’ont pas eu la connaissance du vrai Dieu. » C'est une inadvertance qui change compiêteincnl la pensée de Jusltn. {Uni. comp., (. IV, j>. 21. j

^ I /pol., S *<»•

C'LÉMK.NT K'ALEXANUKIE.

Saint Justin reconnaissiiit donc après saint Paul deux espèces d’enseignement pour l’homme, deux sortes de manifestation de la- vérité et du devoir qui avaient une même origine, un foyer commun : la lumière intérieure qui luit dans toute intelligence humaine et en constitue la raison, et la révélation proprement dite, l’enseignement divin arrivant à l’homme par une intervention directe et immédiate de Dieu. Cette doctrine, que nous allons voir reprise et développée par Clément d’Alexandrie, rattachait l’ancien monde au nouveau, la civilisation païenne dans ce qu’elle avait de bon, d’honnête et de vrai à l’état plus parfait que préparait le christianisme. D’un autre côté, Jésus-Christ étant la sagesse absolue, le Verbe de Dieu, étemel et jjersonnel, le christianisme, expres.sion la plus parfaite de son essence, était seul la vérité complète et la religion de la raison même '. Ainsi s’évanouissait le dualisme funeste qui attribuait à deux principes contraires, ou au moins divers, la création et la rédemption. La révélation chrétienne ainsi comprise terminait pour toujours le scandaleux divorce entre la science et le devoir, et le funeste antagonisme entre le sentiment religieux et la raison philosophique, qui avait fait gémir Platon et tous les esprits supérieurs de l’anti- (}uité païenne On pouvait partir de ce principe pour établir d’une manière préci.se ce qu’il y avait de rationnel dans le christianisme, définir les rappoils qui unissent la foi

* I Apol., 8 et 10.

i « Quant aux autres dieux, dit Platon dans le l'imee. et k leur origine, c'est Ik un sujet de dispute qui dépasse notre intelligence : il faut sur cos matières se 6orner à croire ce qu'ont enseigné nos ancêtres, parce qu’étant, comme ils le disent eux-mémes, les descendants des dieux, iis doivent être instruits de tout ce qui a rapport k leurs pères. Loin de nous donc de ne pas croire k la parole des enfants des dieux, ^uoi^ue et qu'ilt enseignent ne soit pas toujours appuyé sur des démonstrations logiques et rigoureuses ; mais la loi nous fait un devoir de nous y soumettre, parce qu'ils parlent de choses qui sont de leur compétence. »

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