I.IVRK J
avec la raiijoti, et élever sur cos ioïKlements rédilicedela science chnMienne.
Tous les chrétiens, au n' siècle comme au notre, ne se j)lacèrent pas fi ce point de vue, et dans leur polémique contre le paganisme et l’hérésie, plusieurs apprécièrent avec moins (le faveur que Justin la science et la philosophie. (,)uelquesdocteurs jugèrent l’ensemble desscienccshumaines une étude superflue, stérile, décevante, opposée au christianisme, éloignant l’homme de Dieu, une invention satanique et une source d’hérésies. De ce nombre furent Tatien, Hermias, Tertullien, et Jusqu’il un ct;rtain point saint Iiriiée (pii attaquèrent avec^ une grande vigueur, soit la philosophie grecque, soit la gnose des héréticpies.
Il est facile de se rendre compte des causes puissantes qui entraînèrent ces éloquents défenseurs de la foi, et à leur suite un grand nombre de chrétiens, à juger sévèrement et à bannir avec rigueur de l’assemblée des saints toute espèce d’étude profane, comme incompatible avec le christianisme.
La littérature grecque et romaine était (‘ssentiellementreligiem^^e; elle se confondait pour ainsi dire avec le jiolythéisme, dont elle n’était, le plus souvent, (jue l’expression brillante et poétique. Ouant la pbilosopbie, elle se séparait sans doute des traditions my thologirpies par l’indépendance de ses théories rationnelles, et plus d’une fois elle témoigna de son inciV'dulité et de son mépris pour les fables sacrées dont .se repais,sait la grossière superstition de la foule. Dès
' Tatiani Aasyrti Oratio contra Graroi. —HormiêD |)IiiloKOphi Gentilium pUlotophorum Irrtiio. — Tcrtulliani Opéra, passim oipræcip.. De Præscript.
— S. Irenæi .rltir. hteret. — .Mœhler rapporte k celte caU^gorie d écrivains ecclésiastiques les auteurs inconnus de quelques écrits apologétiques du U* siècle, tels que le Discours et r^jr/toWaiion aiu* Grecs, attribués faussement k 5t. Justin. (Pair., t. I, p. *242 de la traduction française.)
l l.EMIiM' b ALKXA.NUKIK.
le temps du poëte épicurien Lucrèce, et sous les premiers empereurs, on avait vu se produire au nom de la philosophie de plus en plus populaire une réaction assez vive contre la foi des ancêtres. A cette époque, la religion se vit impunément insultée par les poètes sur les théâtres, par les philosophes dans leurs écoles, et par les sénateurs en plein sénat *.
Mais cette incrédulité de bon ton fut moins la conséquence de la diffusion des idées philosophiques, que l’effet d’un scepticisme qui ne respectait aucune vérité, et d’une dépravation qui envahirait de plus en plus tous les rangs de la société romaine. D'ailleurs, comme on l’a remarqué^, le doute portait moins sur le principe du polythéisme que sur les fables mythologiques des poètes, et en refusant de croire à l’eflicacité particulière d’une cérémonie, on n’allait pas H dédaigner les pratiques religieuses. Enfin la religion des ancêtres conservait aux yeux des philosophes les moins crédules et des citoyens les plus graves une grande importance politique. L’attaquer, c’était renverser les bases de la société et des lois, et anéantir la civilisation qui reposait sur elle.
Cela nous explique les efforts tentés par les stoïciens d’abord®, puis par les platoniciens (Plutarque, Apulée, Maxime de Tyr, etc.), et enfin par les néoplatoniciens d’Alexandrie (Porphyre, Jamblique) , pour concilier la foi aux dieux de l’Olympe avec la science, et pour donner, à l’aide d’interprétations allégoriques, un sens philosophique à la théogonie des poètes et aux traditions sacrées des sanctuaires. Il y avait donc pour tous ces motifs, entre la
* Marc. Tull. Cic., Pro Cltientio Avilo, 61.— Cf. Tertuli.,
Lon^um eêl, xi releramus quihux nfiix tnodft et dertdeanfur cl conlemnnn/Hr omnes dti nb ipxix cuî/crihux xuis.
* M. Villctnain.
' rull., /)c Xalttra devrum.
l.lVRi; I. 4fi
pl)ilo?opliio nf la roligion païenne, une secrète alliance que les progrès du cliristianismc ne firent que rendre plus intime et plus étroite. Aussi les chrétiens n'eurent-ils pas d’ennemis plus acharnés et plus redoutables que les professeurs de belles-lettres et de philosophie. Ceux-ci ne se contentaient pas de combattre dans leurs écrits la religion nouvelle des barbares, ils en faisaient dans leurs écoles un but constant de railleries. Plus d’une fois ils excitèrent le gouvernement à prendre des mesures violentes contre les disciples de Jésus-Christ ^ L’on comprend que les victimes d’une haine si ouverte aient conçu de vives défiances et de fortes préventions contre une science au non) de laquelle ils so voyaient persécutés, et qu’ils aient attribué ;'i la philosophie elle-même l’abus qu’en faisaient contit> eux les philosophes.
Ces préventions des chrétiens se fortifiaient d’autant plus qu’ils comprenaient moins l’utilité et le secoui's qu’ils pouvaient tirer de la science profane. Le christianisme était une religion positive et divine; il était, d’après la doctrine de l’Apôtre, le résumé de toute vérité. A quoi bon y ajouter la philosophie? Les chrétiens n’avaient pas besoin de curiosité après Jésus-Christ, ni de recherches après l'Kvangile. Ils étaient appelés non à discuter, mais à croire, non à repaître leur esprit de .spéculations stériles, mais à servir Dieu et à gagner le ciel par l’exacte observation de sa loi. Que pouvait-il donc y avoir de commun entre Athènes et Jéru.salem, entre l’Académie et l’Église*? A quoi
’ S. Theoph. ad Autolymm^ lib. I. — S. Justin. Il, Apoi,, 3. — Tatiani, Conlra græcos orat., S *9 — CeU., paxsim. — Cf. Baron , vlnn. ecci., ad annum LXXŸ^ Vil. — Bo.ssuot, Hwt., univ., II* partie. — Luciani Prendomantis et Peregrinus. Cf. Capueronnier, Mémoires de l'Académie des inscriptions et heUes-leltreSf t. XXVIlI.
* Terlull., Pr.r<rrip adv. /jjpt., c. viî.
«'LEMEXT P ALEX ANURIE.
bon ronnaitre ia raison dernière des choses, savoir, par exemjile. pourquoi et conuneiit le soleil et les autres astres accomplissent leurs révolutions? De quelle utilité pouvaient être pour un chrétien l’étude des théorèmes de géométrie, la connaissance de la dialectique et les autres sciences spéculatives, puisqu’elles étaient impuissantes à nous ensc'igner et à nous faire accomplir nos devoirs * ? D’un autre côté, la foi étant une force divine n’avait besoin, pour triompher des résistances de l’esprit humain et pour entraîner sa soumission, que de sa propre puissance. L’art de la persuasion, les oniements du style, les charmes de la parole, et toutes ces formes de discours inventées par les rhéteurs et pr les sophi.<tes pour gâter le cœur en flattant l’oreille, étaient des moyens superflus et indignes d’un prédicateur de l’Évangile ^
Jaîs apôtres n’étaient-ils ps des hommes dépurvus de tonte science humaine*? .Saint Paul, plus versé que les antres dans la connais.<ance des lettres profanes, avait condamné d’avance par son e.vomple et pr sa prédication les vains ornements du langage. N’avait-il pas déclaré e.Vfire.sMunent aux fidèles de Corinthe que la sagesse de ce monde est une folie aux yeux de Dieu? N'avait-il pas dit après les prophètes : « Jà* .'seigneur seul connaît ce qui fait
• l’objid des discussions des sage.s et il sait que leurs dis-
• putes sont vaim*s ; il déjoue toutas leure ruses et con- « fond leur sagesse. Prenez gaixle qu’on ne vous tromp
• par le moyen de la pliilosopliie. et des drécours st‘duc- < tenrs, «don la tradition des hommes et contre la sagesse
• Sfrom r/, 11, p. T80.— I. I, p. :«6.-Cf. S. Iron., Il, 98.
• Non fnim ttlin trrmone rtgnnm Dri. (I (’orindi., IV, Ifl, W.'— S/row. /, !), p. 349.
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