‹ Clement d'Alexandrie, sa doctrine et sa polemiqueChapitre 3 sur 145 · UVRE I · texte numérisé non relu

UVRE I

pure. 11 raconte, selon l’expression si juste de l’un des historiens de sa vie, il raconte comme un témoin ce qu’il voit dans le sein de son père ; il révèle le monde divin d’où il est descendu, et vers lequel tout cœur humain aspire ; il rend témoignage à la vérité, en s’affirmant et en sc manifestant lui-même.

S’il rencontre sur sa route quelque esprit rebelle, quelque Pharisien enflé de la science de la loi, il en appelle non à l’évidence intrinsèque des vérités qu’il annonce, mais à l’autorité de ses œuvres, qui attestent sa mission et sa nature divine. « .Te parle, et vous ne me croyez pas; « cependant les œuvres que j’accomplis rendent témoi- « gnage de moi ^ » 11 en appelle aux prophéties, c’est-àdire encore à des faits et non à des idées. « Interrogez les « Écritures, vous y trouverez la preuve de ma mission » En un mot, s'il daigne accepter quelquefois la discussion de la part de ses contradicteurs, c’est uniquement sur le fait de sa mission divine, jamais sur la vérité intrinsèque de .ses enseignements. 11 consent à donner une garantie à la raison, en prouvant sa divinité par les prodiges qu’il opère; mais, ce besoin légitime de toute créature raisonnable une fois satisfait, il exige, sans autre démonstration, la soumission de ses auditeurs à la vérité qu’il enseigne.

Tel est le fondement du devoir et de la nécessité de la foi. A une doctrine qui se présente appuyée sur une autorité divine on no peut, on ne doit répondre que par la soumission la plus absolue de l’esprit. Soumettre la parole de Dieu à l’examen, et mettre en doute sa vérité, n’est pas seulement un acte de déraison, c’est un mépris coupable delà véracité divine.

• Joann., 10-25.

> Joann., 5-39,

CLÉMENT D ALEXANURIE.

Aussi Jésus-Christ revient-il, en toute occasion, avec la plus grande insistance, sur la nécessité de croire. C’est la foi qu’il exige, avant toutes choses, de ses disciples, comme une condition indispensable de connaissance et de salut Il condamne les Juifs, qui n’ont pas cru en lui, malgré les preuves qu’il leur a données de sa puissance divine *. « Si « vous ne croyez en moi , vous mourrez dans votre « péché » Si l’incrédulité produit l’aveuglement et la mort, la foi, au contraire, est un principe de lumière et de vie. C’est à la foi que Jésus pardonne; c’est la foi qu’il exauce, qu’il admire, qu’il béatifie. Enfin, c’est à leur foi que ses disciples devront la puissance d’opérer des prodiges plus étonnants que ceux dont il a rempli la Judée ♦.

Le caractère de la mission que Jésus-Christ donne à ses apôtres est en parfaite harmonie avec la nature de la doctrine qu’ils doivent propager dans l’univers. « Comme mon « Père m’a envoyé, je vous envoie. Tout pouvoir m’a été

• donné au ciel et sur la terre : allez donc, et enseignez « toutes les nations, les baptisant au nom du Père, du Fils < et du Saint-Esprit; leur apprenant à observer les pré- « ceptes que je vous ai donnés. Voilà que je suis avec vous

• jusqu’à la consommation des siècles ®. Le consolateur, « qui est le Saint-Esprit, que mon Père enverra en mon « nom, vous enseignera toutes choses, et vous fera rcs- « souvenir de ce que je vous ai dit ®, Vous recevrez la « vertu du Saint-Esprit, qui descendra sur vous, et vous « me rendrez témoignage jusqu’aux extrémités de la

> Luc, 10-Î2.

* Joann., I5-'^4.

* Joann., 8-94.

* Joann., 14-12.

> Malth., 28 18-199.

* Joann , 14-26.

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LIVRK I.

• terre Quand on vous traînera devant les tribunaux « des hommes, ne préméditez point ce que vous devez « dire ; mais dites ce qui vous sera inspiré à l’heure même ; « car ce n’est pas vous qui parlez, mais le Saint-Esprit « qui parle en vous *. Celui qui croira sera sauvé, celui « qui ne croira pas sera condamné. »

Ainsi les apôtres étaient établis les témoins irrécusables d’un fait divin, qui comprenait la vie et les enseignements de leur maître. Leur parole, soutenue par la vertu de l’esprit de vérité, ne pouvait être que la reproduction, que l’écho fidèle de la parole divine qui avait retenti dans les bourgades de la Judée. En leur confiant le ministère de la prédication, celui qui les envoyait se résen'ait le soin d’en assurer la vérité et la puissance. Ils n’avaient qu’à répandre, sous la conduite de f Esprit saint, la semence de la parole évangélique, telle qu'ils l’avaient reçue : c’est d’en haut qu’elle devait recevoir sa fécondité.

Il est certain que les apôtres ne comprirent pas autrement leur mission. Profondément convaincus de la divinité de leur maître, pleins de confiance dans l’assistance qui leur est promise, ces pauvres bateliers n’hésitent pas à se poser à la face de l’univers en témoins d’un Dieu crucifié. Aucune difficulté ne les embarrasse, nul obstacle ne les arrête, nulle impossibilité ne les effraye. Jamais le monde ne vit un pareil spectacle. Le courage de ces hommes que l’on reçoit comme des dieux, ou que l’on poursuit à coups de pierre, n’est dépassé que par leur confiance inébranlable dans le succès. Ils disent à tous, dans un langage barbare, et avec un ton de vérité et de convic.-

• AcI.. l-«.— Luc, 24-28.

* Marc, 13-n.

tioa inimitable : « Nous vous prêchons la parole de la vie « qui était dès le commencement, que nous avons enlen- « due, que nous avons vue de nos yeux, que nous avons

< regardée avec attention, que nous avons touchée de nos

< mains ; car la vie s'est rendue visible ; nous l'avons vue,

« nous vous en rendons témoignage ; nous vous l'annon- « çons, cette vie éternelle qui était dans le Père, et qui « est venue se montrer à nous Nous sommes témoins « des faits que nous annonçons, nous et l'Esprit saint, que • Dieu a répandu sur ceux qui sont dociles à sa parole *.

« Les Juifs cherchent la vérité dans les miracles ; les Gen- « tils invoquent la sagesse humaine. Pour nous, nous prê- « chons Jésus-Christ crucifié, qui est un scandale aux » Juifs et une folie aux Gentils » Les apôtres se regardent donc avant tout comme les historiens de leur maiti'e. Ils s'annoncent comme des témoins, comme des témoins qui ont vu, entendu, touché. Ce témoignage, ils le répètent sous toutes les formes, ils le soutiennent jusqu'à la mort ; mais ils ne cherchent pas à adoucir par les artifices et les délicatesses du langage, ou à rendre vraisemblable par la force du raisonnement un récit qui devait paraître si incroyable, si absurde à des Grecs et à des Romains. « Ils « craindraient, disent-ils, d'anéantir la croix de Jésus- « Christ, s'ils se dépouillaient du caractère de témoins et « d'organes de la parole divine, pour prendre le rôle de « rhéteurs ou de philosophes Les armes de notre milice « ne sont pas des armes charnelles et n'ont rien de la fai- « blesse de la chair ; mais elles sont puissantes de la puis-

' Joaim., ï * Act., 5-34.

^ Z od Connth.t *ü ^ I ad Corinth., 17.

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