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• »ance de Dieu, pour renverser les remparts qu’on leur « oppose, confondre les raisonnements humains, abattre « toute hauteur qui s’élève contre la science de Dieu,
• réduire en servitude tous les esprits et les soumettre à « l’obéissance de Jésus-Christ *,» — « Il est écrit, dit ailleurs « saint Paul *, je détruirai la sagesse des savants et je « rejetterai la prudence des sages. Que sont devenus les « sages, les docteurs de la loi? Que sont devenus ces « esprits curieux des sciences de ce siècle? Dieu n’a-t-il
• pas convaincu de folie la sagesse de ce monde? Car t Dieu voyant que le monde avec la sagesse humaine ne « l’avait point connu dans les ouvrages de la sagesse
• divine, il lui a plu de sauver par la folie de la prédica- « tion ceux qui croiraient en lui *. »
On le voit, le christianisme tel que l’enseigna son auteur, tel que le comprirent les apôtres, différait essentiellement de la philosophie, en ce qu’il se présentait non comme un système d’idées, comme le résultat de recherches scientifiques, mais comme une révélation proprement dite, comme un fait positif et divin, ayant un caractère historique, aussi bien qu’une signification rigoureusement dogmatique. Comme fait historique, il avait sa preuve dans le témoignage autorisé par le miracle ; et ce fondement une fois établi dispensait de toute autre démonstration. Le contenu de la révélation avait un principe certain et une raison suprême dans la réalité de son origine divine. Dès lors on n’avait que faire des procédés ordinaires de la science. Ils devenaient inutiles à l’enseignement et h la propagation de l’Évangile. Le concours de la philosophie.
* 7/ ad Corinth., 10, 4 tq.
* I ad Carmth.f r. 19 gq.
* Cf. ad CoJoss., 2, v. 8 nq .
CLEMENT D'ALEXA.NUKIE.
loin d’être utile à la religion nouvelle, aurait pu lui être funeste, en lui donnant le caractère d’un système religieux, établi et accrédité par des moyens humains *.
Toutefois, ce dédain, facile à concevoir dans des hommes tels que les apôtres, n’allait pas, comme on le prétendit plus tard, jusqu’à une condamnation absolue des lettres et de la philosophie. Les premiers instituteurs du christianisme ne soupçonnèrent jamais que pour croire il fallût s’abêtir, et que l’on ne pût être chrétien sans cesser d’être raisonnable. Si, d’une part, ils préféraient à la science qui enfle la charité qui édifie ; s’ils condamnaient avec sévérité ces hommes qui font de l’art de bien dire un trafic honteux et un moyen de séduction coupable ; s’ils n’avaient que du mépris pour une vaine science qui retient la vérité captive dans l’injustice et fait connaître Dieu sans le faire adorer ; d’autre part, ils demandaient aux fidèles une foi raisonnable, et voulaient ([u’ils fussent capables de rendre compte de leur croyance à ceux qui les inteiTogeaient.
Saint Paul, qui a flétri avec tant d’énergie la stérile science des anciens Grecs, citait, en les approuvant, des passages d’Euripide, d’Épiménide et d’Aratus. 11 écrivait aux fidèles de Rome : « Les perfections invisibles de Dieu,
1 Cotte remsrque a été faite par les Prres et en particulier par Ori> gène, c Nous sommes persuadés, dit>il,que des esprits qui n’avaientpas été formés dans les écoles des Grecs pour y apprendre les subtilités et les tours insinuants des sophistes ou les tinesses de la rhétorique n’auraient pas été capables d’inventer dea choses si propres d’elles-mémca à nous inspirer avec la foi qu'ils nous demandaient, la résolution d’y conformer notre vie. Et je ne doute pas que ce ne soit pour cette raison que Jésus voulut employer de tels hérauts ^ publier sa doctrine, afin qu’on n'eût aucun lieu de soupçonner que ce fût par l'illusion de quelques sophismes qu'elle se soutint, mais qu'au contraire les personnes intelligentes connussent évidemment que Dieu, favorisant la bonne foi de nos auteurs jointe, s'il faut le dire, à une grande simplicité, l'avait accompagnée d'une vertu et d'une efficacité qui avaient beaucoup plus fait qu'on ne saurait jamais l'espérer de l'éloquence grecque avec ses discours les plus étudiés et les mieux suivis, avec toutes ses figures et tous ses ornements. ¥ {Adv, Celt-t 1. III, col. 154. éd. Migne.)
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« sa puissance éternelle et sa divinité sont devenues visibles • depuis la création du monde par la connaissance que les « créatures nous en donnent ; en sorte que les philosophes « sont inexcusables de ce qu’ayant connu Dieu, ils ne l’ont « pas glorifié *. »
Évidemment, par ces paroles, l’ Apôtre n’entepd pas condamner la raison, ni en contester la valeur, puisqu’il blâme les philosophes de n’avoir pas conformé leur conduite aux lumières qu’ils en recevaient, et de n’avoir pas honoré Dieu comme elle leur prescrivait de l’honorer. En présentant la révélation comme une voie plus sûre pour mener l’homme à la connaissance de la vérité, et surtout comme un moyen plus efficace et moralement nécessaire pour le déterminer à la pratique de la vertu, les apôtres n’avaient nullement la pensée de méconnaître la valeur incontestable de la lumière naturelle, de ce rayon d’en haut, qui, suivant l’expression tant de fois répétée de saint Jean, éclaire toute intelligence raisonnable à son entrée dans la vie. Ils n’avaient pas l’intention de proscrire ce qu’il y avait de vrai et de beau dans les lettres et la philosophie du monde païen. Leur mission, d’une part, et, de l’autre, leurs habitudes les rendaient indifférents à l’endroit de la science ; mais cette indifférence n’était pas de l’hostilité ; et si, dédaignant le concours de la philosophie, ils ne recherchèrent pas son alliance, ils ne posèrent du moins aucun principe qui dût un jour rendre tout rapprochement impossible.
Les disciples immédiats des apôtres imitèrent la conduite de leurs devanciers et demeurèrent à peu près étrangers au mouvement scientifique de leur époque. « Ces
* Ad Rom , 1-20.
hommes divins, dit le savant évêque de Césarée dignei» disciples de si grands maîtres, élevaient l'édifice des Églises dont tes apôtres avaient jeté les fondements. Travaillant avec un zèle infatigable à. la prédication de l’Évangile, ils répandaient par toute la terre la semence salutaire de la parole ; car la plupart de ceux qui embrassaient alors l’Évangile, remplis d’un amour ardent pour la vérité, commençaient par distribuer leurs biens aux pauvres, suivant le précepte du Sauveur, et quittant leur patrie s’en allaient par le monde remplir le ministère d’évangélistes, annoncer la foi en Jésus-Christ à ceux qui n’en avaient pas encore entendu parler. Ils leur communiquaient les livres sacrés de l'Évangile, et après avoir ainsi posé les fondements de la religion dans un pays infidèle et barbare, ils y établissaient des pasteurs h qui ils confiaient la culture de ces plantations nouvelles, et passaient ensuite sous la garde et la protection de Dieu chez d’autres peuples et dans d’autres contrées; car l’Esprit saint opérait encore alors par ses serviteurs un grand nombre de prodiges extraordinaires, de sorte que dès qu’ils commençaient à prêcher on voyait quelquefois des peuples entiers embrasser tout d’un coup la foi du vrai Dieu et recevoir dans leurs cœurs les règles de la piété. »
C’est ainsi que procédaient les premiers missionnaires du christianisme. Ils s’emparaient du inonde au nom de Jésus-Christ, Dieu fait homme, mort pour nous et ressuscité*; pour convaincre les esprits et changer les cœurs, pour transformer des païens en chrétiens, il leur fallait quelque chose de plus puissant, de plus irrésistible que les séduc-
1 Euücb., Hwt. eccï., 1. III, c. 37, p. 87. Pari», 1678.
* Cf. Epist. ad Dtoÿnetum , Oper. S. Just., c. Il, p. 939, ed. Bened. Paris, 1749.
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lions du langage et les rigoureuses mais lentes déductions de la science/ S’ils n’avaient eu d’autres armes à leur service la philosophie aurait une secte de plus à compter dans ses annales, mais l’univers serait encore païen.
« La ruine de l’idolâtrie, dit Bossuet, ne pouvait pas « être l’ouvrage du seul raisonnement humain. Le raison- « nement n’avait point de part à une erreur si brutale : c’é- « tait un renversement du bon sens, un délire, une fréné- ■ sie. Raisonnez avec un frénétique et contre un homme « qu’une fièvre ardente fait extravaguer, vous ne faites « que l’irriter et rendre le mal irrémédiable; il faut aller / à la cause, redresser le tempérament et calmer les hu- « meurs dont la violence cause de si grands transports »
De louables efforts furent tentés par Socrate, par Zénon et son école, pour épurer les croyances et les mœurs. On vit même pendant le premier siècle de l’ère chrétienne des philosophes parcourir le monde en même temps que les prédicateurs de l’Évangile, pour exciter les hommes à la fuite du vice et à la pratique de la vertu Que gagnèrentils avec leurs discours pompeux, leurs sentences sublimes, leurs raisonnements si artificieusement arrangés? Socrate y trouva quelque gloire et l’accusation d’avoir corrompu par ses enseignements la jeunesse d’Athènes. On répéta les belles maximes des stoïciens, sans se croire obligé de les pratiquer; et les plus éloquents censeurs d’Athènes, d’Alexandrie et de Rome durent se contenter des largesses ou des applaudissements de leurs auditeurs, charmés et convaincus, mais très-peu convertis.
11 n’y a pas lieu de s’étonner de cette impuissance. La
' Hi»(. «m'r., 2' ()., XI.
’ Biron, ad iixn., 16, t. I, p. 705; ed. Antrerp., 1619.
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science, avec ses démonstrations abstraites et interminables, avec son origine humaine, ses doutes, ses problèmes, son arsenal d’érudition, qui demande tant de loisir et de ' patience, pourra sans doute réunir quelques esprits d’élite sous les ombrages du jardin d’ Académus ^ ou dans la paisible enceinte d’une école, et faire prendre une heureuse direction à leur activité morale ; mais elle ne sera jamais le patrimoine de la multitude, et demeurera toujours impuissante pour régler ses mœurs. Pour donner le courage de la vertu à cette foule, qui forme cependant la grande majorité de la société humaine, et sur laquelle pèsent les privations, le travail et la souffrance , il faut autre chose que des idées abstraites, qu’elle n’a ni le temps ni le pouvoir de comprendre. Il lui faut une religion qui lui parle au nom de Dieu de ses devoirs et de ses destinées, une morale qui soit l’expression de la volonté divine, un autel près duquel elle puisse se réfugier dans sa détresse, un prêtre qui lui représente cette Providence dont elle a un si grand besoin, qui partage sa vie et en adoucisse les épreuves par ses consolations et par ses aumônes.
C’est parce que le christianisme réunit dès le principe ces divers caractères, qu’il n’eut besoin que d’être enseigné et connu pour s’établir et se propager, en dépit de toutes les oppositions et de tous les obstacles. Sa force était dans son origine et dans sa nature. On l’accepta, parce qu’on le crut divin, parce qu’il était prêché comme venant d’en haut par des hommes qu’on ne pouvait soupçonner d’imposture, et qui donnaient à leur témoignage nonseulement l’autorité de leurs vertus et de leurs bienfaits, mais encore la consécration de leur sang et de leurs miracles.
D’ailleurs , n’ était-il pas lui-même un miracle perma-