‹ Clement d'Alexandrie, sa doctrine et sa polemiqueChapitre 48 sur 145 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

sans loi ni sans culte. Il s’est manifesté à lui dès l’origine, et les vestiges de cette révélation primitive se rencontrent plus ou moins chez tous les peuples.

Cependant, à ce secours premier et universel, il en a joint avec le temps de plus spéciaux. .S’il gratifia les Hébreux de la loi écrite et des prophètes, il donna aux Grecs la philosophie et des sages. Enfin, dans la plénitude des temps, il vint lui-même nous enseigner sa doctrine et .ses préceptes

Ainsi, dans la pensée de Clément, il y a trois économies di.*tinctes : celle de la nature aidée de la philosophie, celle de la loi mosaïque et des prophètes, enfin celle de la grâce ou de Jésus-Christ. Toutes trois sont des dons, mais subordonnés.

Sous le rapport de Y enseignement, la philosophie n’est qu’une espèce d’école primaire, et la loi hébraïque une espèce de pédagogie en comparaison de l’école royale et supérieure du christic^nisme.

Sous le rapport de la législation, la philosophie ne fait que des esclaves, et la loi, que des serviteurs, tandis que le christianisme produit des enfants et des héritiers.

Enfin, .sous le rapport du culte, le christianisme est comme un temple dont l’hébraïsme serait le péristyle, et la philosophie les degrés *.

« Ce n’est donc pas sans raison, conclut notre illustre « docteur, que la loi a été donnée aux Juifs et la philoso- « phie aux Grecs jusqu’à l’avénement du Sauveur. 11 fal-

* lait que chaque peuple eût son Testament, ou plutôt le « Testament parvenu jusqu’à nous, depuis la création du

• inonde, à travers les générations et les siècles est t/n,

' Sh-om. VU, *, p. 834, œ.

^ Ibid, p, 836.

. quoiqu’il diffère par le mode et l’application. Il suit de

• là que le don du salut est un et immuable et qu’il émane

• d’un seul Dieu par un seul Seigneur, bien qu’il se soit « opéré et s’opère de diverses manières. Depuis sa con- « sommation par l’incarnation et la rédemption du Verbe, « tous les peuples sont appelés à s’unir dans la foi à l’É- « vangile, à former une nation nouvelle consacrée à U « justice et réunie sous un même pasteur par le Maître « commun des Grecs et des barbares, ou plutôt du genre « humain tout entier. Ainsi donc, fils des doctrines de k

• Grèce, enfants de la loi mosaïque, tous ceux que la foi ■ soumet à son empire se confondent en une seule famille t et composent un seul peuple à qui le salut est donné. « Le temps ne peut séparer ces trois familles : autrement « l’on pourrait croire à l’existence de trois natures : ce « sont les trois alliances diverses d’un seul et même sei- I gneur*. »

Nous ne connaissons pas, dans l’antiquité ecclésiastique, de plus éloquent ni de plus solide plaidoyer en faveur de la philosophie. Clément n’a oublié aucun des titres qui doivent lui concilier le respect du chrétien. A-t-il exagéré, comme l’ont prétendu Brucker et quelques autres critique? allemands, sa dignité et son importance? L’analyse que

* Novum (Udit nobù Testametitum : quæ enim «uni Judgorum et Græcorum sunt vétera. Nos autem qui nove ipsum ^ tertio genere. eoUmus, snmus cfcn»hani. Aperte enim, ut arbitror, ostendit urmtn et soliim Oeum, a gentiliter, aJudæts autem judaice, nove autem a nohis cognosci et spiritualiitf. Prwterea autem ostendit quod idem Deus suppeditavit utrumque Teslamentum. qui etiam Græcis dédit græcam philosophiam, per quam omnipoiens a Grteu gloria afficitur. Id autem hinc quoque est manifestum. Ex græca quidem cerf* disciptifta, et ex UgaU\ in unum genus populi cui salus datur^ congregantuf qui fidem admittunt. non tempore divisis tribus popuUs^ ne tripurei timet naturas^sed diversis erudUi Testamentis, cum «mt uniu« Dummi, untus Domini verho. — Strom. F/, 5, p. 76 1 . — .Vmfo «■90 Judæie quidam lex, Grrev autern data est philosophia usque ad advenium : ex eo autem tempore satû est vocatio ad peculiarem popuJum justitiæ, per eam qute est ex fide deetrinam, etc. — Strom. VI, 7. p. 8'^3.

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