LIVRE TI
« (^uand saint Paul parle aux Athéniens du Dieu in- « connu, dit Clément, il .suppose qu’ils le connaissent .seu- « lement parpén/j/io.se il en est de même dans son dis- 1 cours aux Lystriens. * Or, cette connaissance de Dieu par l)ériphnse, propre aux infidèles, est une espèce de sens commun (T-jy^hB-nTii) , inné à tous les hommes ; c’est la foi naturelle en une Providence qui veille sur nous et nous entoure de ses bienfaits. Clément l’oppose à Yépignose des Juifs. « Quand le pilote réveille Jonas et lui dit : Pourquoi (lors-lu? Lève-*oi et invoque ton Dieu; ce mot ton indique celui cpie le prophète connaissait par épigno.se ; lorsqu’il ajoute ensuite : Afin qu’il nous sauve et que nous ne périssions pas, il exprime la voix de la nature et du sens commun »
Ainsi la connaissance de Dieu, que les Juifs tenaient de l’enseignement divin, était plus parfaite que celle des gentils, tout en demeurant inférieure h la gnose produite par la révélation chrétienne.
Enfin, la philosophie corrige de .son mieux le vice et fait pratiquer la vertu; mais, sous ce rapport encore, elle est aussi inférieure à la loi mosaïque que celle-ci à la loi évangélique. La philosophie ne fait que des esclaves, tandisque la loi produit des serviteurs et le christianisme des enfants et des héritiers ®.
Clément n’a donc pas mis la philosophie sur le même rang que la loi mosaïque, ni confondu l’ordre naturel avec l’ordre surnaturel. La loi mo.saïque est un testament proprement dit, une alliance positive de Dieu avec le peuple choisi; la philosophie n’est qu’un quasi-testament un se-
1 ibrrâ et non 7TC£tf^9{v que portent quelques éditions fautives.
• Strom. r. p. 730.’31.
*ïlxd. VII, 9, p. 834.
* Oï»v
cours indirect, ménagé aux Grecs par la Providence.
Est-ce à dire que notre docteur n’ait accordé à la phfl> Sophie grecque, telle qu’il l’entendait, qu’une portée pure ment rationnelle? Non, assurément. 11 regardait comme ui fait incontestable l’introduction, par voie d’emprunt, dr l’élément surnaturel dans la philosophie. De là le respec: qu’il professait pour les dogmes philosophiques dans lesquels il croyait retrouver, comme nous l’avons dit les vestiges de la révélation, soit primitive, soit hébraïque; de là aussi la vertu qu’il leur attribuait pour l’amélioratioD des mœurs.
Quant à la partie de la philosophie qui est exclusivemeii; le fruit du génie de l’homme et qui comprend, avec certaines vérités, les procédés scientifiques, la logique, la dialectique, les mathématiques, etc. , Clément en prit aussi la défense et la déclara bonne et utile, soit pour réfuter la sophistique, soit pour acquérir la science de la foi, soi! enfin pour gagner plus facilement les esprits cultivés à U doctrine de Jésus-Christ *.
En dernière analyse, les idées de Clément sur le rôle providentiel de la philosophie concernant le salut des hommes peuvent se ramener, comme on l’a fait *, aux principes suivants :
Dieu montre sa miséricorde dans les siècles des siècles, en coordonnant toutes choses, et chacune, par son Fils, pour le salut des hommes. Mais, comme il a suivi une ccttaine progression dans l’œuvre de la création, ainsi a-t-i! procédé comme par degré dans l’économie de la rédemption.
Jamais il n’a laissé le genre humain sans enseignement.
1 Voir le chapitre précédent.
^Strom.I, i,p.33I; 6. p. 336 . — F/, 5 et 8, p. 761, 771 ; — T/L 3 p. 83fl; — I 30, p. 375 et pax.«im.
* P. Speelman, 1.1.