‹ Clement d'Alexandrie, sa doctrine et sa polemiqueChapitre 59 sur 145 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

■éc«ssité de U révéUtloa. — Pivenea eepéoea de couMUeaence de Dlea.- GoaoluaiOD.

L’analyse que nous venons de faire ne permet pas, ce semble, de mt^prise sur la doctrine de Clément d’Alexandrie. 11 n’est p<as possible d’assimiler, comme on l’a fait, sa théorie de la connaissance de Dieu au mysticisme néoplatonicien, et l’on ne serait pas mieux fondé à le représenter comme le précurseur du fidéisme ou du traditionalisme modernes. Vexterionsme est tout ce qu’il y a de plus opposé à sa doctrine touchant l’origine de nos connaissances, laquelle peut se résumer dans les principes suivants.

I. La connaissance de Dieu est le premier besoin comme le premier devoir de la nature humaine. Pour l'homme, « ignorer Dieu, c’est la mort : s’elTorcer de con- « naître ce qu’il est, se l’approprier par la science et par < la démonstration, c’est le principal des enseignements

• de la vie ; c’est celui qui tout d’abord doit être inculqué

• à l’àme. »

II. Dieu peut donc être connu de l’homme, et il veut en être connu. Mais comment et par quels moyens?

HL « I>a lumière des hommes, c’est le Verbe, par qui « nous voyons Dieu » Dieu se fait connaître à l’homme

* Coliûrt, ad p. 7ü.

Digitiz

179 CL'ÊMENT D’ALEXANDRIE.

par son Verbe, soleil divin des intelligences, naturellement et sumaturellement : naturellement par le Verbe créateur, sumaturellement par le Verbe réparateur et sauveur. .4 as deux espèces d’enseignement correspondent deux ordre? différents de connaissance,

IV. Dans l’ordre naturel, l’homme, éclairé par le Verbe, connaît Dieu comme Vérité, comme Beauté, comme Bonté par deux moyens généraux : la nature et l’enseignement. La nature, selon la belle définition de Tertullien, c’est « tout ce que nous sommes et ce en quoi nous sommes h »

Dieu se manife.ste à nous parce que nous sommes, c’està-dire dans et par notre intelligence, notre raison et notre cœur. Dieu a imprimé le cachet de lui-même dans notre âme. Il l’a faite à son image. De là l’idée de Dieu que porte en elle toute créature raisonnable, idée qui ne se dément jamais complètement, et qui tend sans cesse à ramener l’homme, fût-il tombé dans le plus profond abîme des ténèbres et de la dégradation, vers la Vérité, vers ta Beauté et la Bonté absglues, même sans qu’il s’en rende compte à lui-même *.

Ce n’est pas seulement dans ce que nous sommes que Dieu se montre à nous, mais lorsque, nous détournant de nous-mêmes, nous cherchons à le fuir pour les créatures, son idée nous y poursuit et nous apparaît à travers le voile des choses créées. Car le Verbe, dont nous portons l’image empreinte au fond de notre âme, se reflète aussi dans la création sensible, dont il contient en lui-même, comme personne réelle et subsistante, l’idée, les types, les raisons, ou l’exemplaire vivant et parfait. Par son opera-

• Habtt Deus Ittlimonium tolum quod tumut et m quo nimu». — Aie.

Marc., 1. 10, p. 70. .

• Cohort, ad gent., p. 59, 04, 78, 79.— -Cf. »S/rotn. V, 13, p. 696 Fi/, “• p.833.

Page 1