LIVRE III
lion extérieure, il produit tout ce qui est, et spécialement l'ordre du monde, et, en produisant cet ordre, il s’imprime, pour ainsi dire, dans la création elle-même. Ainsi son opération le rend visible, manifeste ce qu’il y a de caché en lui, comme l’œuvre fait connaître l’ouvrier, t Partout, dit « Clément, l’homme doit respecter la présence du Verbe, < qui est partout, et qui, partout répandu (ttoviti xeyypé- « voî), voit les moindres détails de la vie humaine, seni- « blable au soleil qui, parla splendeur de ses rayons, n’il- « lumine pas seulement le ciel, la terre et l’immensité des « mers, mais, pénétrant par les fenêtres et les moindres
• ouvertures, introduit sa lumière jusque dans les parties « les plus reculées des maisons '. »
V. Outre la nature, l’enseignement est, selon Clément, un second moyen par lequel Dieu s’est de tout temps manifesté à l’homme. Par enseignement, le maître d’Alexandrie entend l’ensemble des révélations positives faites au genre humain depuis son origine. « Sans enseignement,
« dit-il, il n’est point de science, et, à plus forte raison,
« point de gnose. Mais l’enseignement suppose un maître.
• Cléanthe reconnaît pour maître Zénon, Théophraste
• Aristote, Métrodore Épicurc, Platon Socrate. Remon-
• tant jusqu’à Pythagore, Phérécyde, Thalès, et les pre- « miers sages, je m’arrête pour demander quel fut leur « maître. Me répondrez- vous : Les Égyptiens, les Indiens,
« les Babyloniens , les Mages ; je vous demanderai de « nouveau qui ceux-ci ont eu pour maître. Enfin je vous
• conduirai jusqu’au premier homme, et encore une fois
• je vous demanderai quel fut son maître. Un autre ' homme? Il n’y en avait pas. — Un ange? Mais les an-
* Strom. F//. 3. p. 840.
« gcs, comment auraienHIs pu lui palier, puisque leur n langage n’csl pas de ceux que perçoit roreille de € l'homme... Au reste, les anges, nous le savons, n’étam 1 eu.\-mômes que des créatures, les anges et les princi-
* pautés ont, îi leur tour, eu besoin d’un maître. Reste
• donc la Sagesse ellc-mèmc, comme l’appellent les pro- « phètes, le Conseiller de Dieu, le Verbe, le Maître de « toute créature, qui, dès le commencement du monde, a « parlé de diverses manières et enseigné de plusieurs fa- « çons. C’e.st donc à bon droit qu'il a été dit : N’appelez ■ personne votre maître sur la terre... De meme donc que € toute paternité dérive de Dieu créateur, ainsi c’est du « Seigneur que découle la connaissance des choses bonnes « et honnêtes, tant la connaissance qui justilie par ellc- « même que celle qui conduit et aide à la justilication '.
Clément applique spécialement à la connais-sance de Dieu, principe de toute connaissance, ce qu’il dit ici de b vérité en général. Il en résulte qu’outre les moyens naturels que l’homme possède pour s’élever à Dieu, il a été enseigné dès le principe par Dieu lui-même.
VI. Relativement au degré de la connaissance naturelle de Dieu, Clément établit qu’elle est incomplète, et, en fait, mêlée de beaucoup d’incertitudes et d’erreurs, car elle n’atteint, et encore d’une manière imparfaite, qu’une jwrtie des vérités divines, à savoir l’existence d’une nature divine, ses princi|)aux attributs, tels que l’étemité, l’immutabilité et la simplicité, rinfmité, l’intolligence, la sagesse, la bonté et la justice parfaites, sa providence et même son unité. « La philosophie grecque, dit-il, qui proclame la € Providence la récompense réserv ée à la bonne vie, et
> Slrom. VI, 7. p. 709, 770.— Cf. Matt. XXXIII, S, 9, 10.
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t la punition qui attend la mauvaise, traite sommaire-
• ment de la théodicée. Mais elle n’enseigne la science « de Dieu ni exactement ni complètement. Elle ne traite, « comme nous, ni du Fils de Dieu, ni du gouvernement
• de sa Providence, car la véritable religion lui était in-
• connue Toutes les créatures , dit encore Clément dans un passage admirable qui résume avec précision sa doctrine sur la connaissance de Dieu et ses divers degrés, « toutes les créatures ont en elles-mêmes comme un sen-
• liment de Celui qui est le Père et le Créateur de toutes
• choses... Dans la grande famille humaine, qui se partage « en Crées et Barbares, pas une peuplade de laboureurs,
• pas une tribu nomade, pas une nation civilisée qui puisse
• vivre et se soutenir sans la croyance à un être supérieur.
• Courez de l’Orient à l’Occident, du Nord au Midi, par-
• tout vous trouverez une seule et même anticipation au « sujet du monarque suprême, parce que les effets de « cette puissance créatrice embrassent tous les lieux. Mais
• des philosophes grecs, curieux de la vérité et excités « par la philosophie des barbares, sont allés plus avant : « ils ont attribué la Providence à celui qui est invisible, « unique, tout-puissant, et le souverain principe de ce qui
• est beau. Cependant si nous ne les leur enseignons, ils « n’aperçoivent pas les conséquences de celle vérité. Ils « sont forcés de l’envelopper d’obscures circonlocutions.
• Ils ne connaissent ni ce qu’est Dieu, ni comment il est
• Seigneur et Père, et Créateur; en un mot, ils ignorent
• la mi.séricordieuse économie de la vérité, si la vérité ne « les instruit elle-même. »
Clément distingue ici, comnje on le voit, trois especes
'Slrum. V'/, 15. p. soi.
176 CLKMENT D ALEXAN DHIE. ;
de connaissance de Dieu : 1° la connaissance cowimuiKà j tous les hommes, parce qu’elle appartient à leur nature, mais non pas également distincte, également pure, égal^ ment développée ; 2° la connaissance philosophique : b philosophes appliquant tes forces de leur raison à l’idée d« Dieu qu’ils trouvent naturellement en eux-mêmes, aids d’ailleurs dans leur recherche, soit par un secours intérieur du Verbe, soit par la révélation primitive et hébraïque, s’élèvent à une notion de la nature divine plus distincte, plus développée, plus pure, et conçoivent la Providence, à laquelle croit confusément la foule, comme l’action d'iu être souverain, unique, immatériel; 3° la connaissana surnaturelle, essentiellement distincte des deux autres, dont elle dillere par son principe immédiat, son objet, son étendue, sa certitude et son efiicacité.
VII. La connaissance surnaturelle a son principe immédiat en Dieu qui la produit intérieurement par sa gràceet extérieurement par sa parole; la connaissance commuiieet philosophique vient aussi de Dieu, mais d’une manière indirecte et médiate. La connaissance surnaturelle a pour objet spécial Dieu, sa Providence, son Verbe, l’économie de l’Incarnation, de la Rédemption et du salut. La connaissance naturelle et philosophique a plus particulièrement ce monde pour objet ; elle ne connaît Dieu que par l’action de sa Providence sur cet univers matériel. Elle est par conséquent incomplète. Elle n’atteint la vérité qu’en partie, d’une manière conjecturale et par des raisonnements où se môle souvent l’erreur '. De là l’imperfection et l’infirmité de la vertu philosophique et son peu d’efficacité
* Slrom. V/, 7, p. 768 : rf" ciovTot (et fùoeooci) rii
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