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CLÉM KN T D'A l.EX AN 1) Kl K .
sible, disaioiit-ils, aux simples fidèles *. Les Basilidieiis.dc leur côté, donnant à la gnose Valentinienne le nom de foi. la présentaient comme une faculté innée, comme un apanage propre à certaines natures qui la possédaient en verte d’une prédcslinalion divine sans rapport avec l’exercin personnel de rintelligence ou de la volonté*.
J/on comprend à quoi menait cette conception de la foi. C’était tout ensemble le renversement du christianisme et de la morale, ('dément ne manque jias de faire remaï qu' r ces désastreuses conséquences, qui, du reste, avaient, A’ son temps, [>as.sé du domaine de la logique dans celui des laits.
« Si la foi, dit-il, est une prérogative de la nature, croirt « n’est plus un acte moral ; la foi et l’incrédulité étant éga- * lement nécessaires n’ont moralement aucune dififérenec O et sont exemptes de mérite ou de démérite. Elles ne sau- « raient être imputées au fidèle ou à l’incrédule, puis- « (ju’elles sont produites en lui par une prédestination né- « ces.sitante du Tout-Puissant. Commcntconcevoir alorsb « péniteiK^e de l’incrédule qui se convertit, et comnn nt celte « pénitence peut-elle lui donner le salut. ^ On ne peut non « plus admettre raisonnablement ni le baptême, ni la con- « firmation, ni le Fils, ni le Père. Il ne reste plus d’autre « Dieu que cette impie distribution de natures qui fait re- « poser sur une foi nécessitante le fondement du salut >
Les adversaires de la foi que Clément avait à combattre partaient donc d’un principe contraire. Les Grecs la considéraient comme incompatible avec la science proprement dite, et, à ce titre, opposée à la nature de l’homme raisonnoble. Les Gnostiques, au contraire, n’y voyaient qu’un
> Sln,m. II. .8, p. .133, 431.
« Ibid., V, 1, p. 018.
■> Ibid., Il, 3, p. 1.14.
fait do la naturo et lui ôtaient ainsi tout caractère moral. Les premiers niaient l’ordre de foi, l’ordre surnaturel, les serorids confondaient les doux ordres. Les uns et les autres arrivaient à cette conséquence pratique que le salut s’opère avec les .seules forces de la nature, indépendamment de la foi religieuse et des omvrcs de la foi.
Ainsi les questions changent déforme suivant les temps et les lieux : le fond en est immuable. Nous retrouvons ici, i\ propos de la foi, le problème toujours ré.soln et loiijoiirs renaissant de l’existence et des rapports de l’ordre naturel et de l’ordre surnaturel.
Ce i)roblèmc. Clément sut le discuter et le l é.^oudre avec une précision et une profondeur qui ne demandent qu’à être connues pour être admirées. Il trouve dans les erreurs de scs adversaires l’occasion de définir la nature de la foi en général, de la foi chrétienne en particulier, de déterminer les éléments dont elle se compose, .son principe, son objet, son motif, la part de Dieu et de l’honnne dans .son développement, .son importance et ses rapports soit avec la raison, soit avec la liberté humaines.
Les philosophes grecs faisaient donc aux chrétiens du 11“ siècle l’objection que nous opposent les rationalistes du \i\' ; croire et savoir, leur disaient- ils, sont deux termes irréductibles et inconciliable.s. Croire c’est tout ensemble abdiquer la raison et renoncer à la science, l u vrai sage, un vrai ])hilosophc ne peut être chrétien.
Loin d’être opposée à la raison ou incompatible avec la .science, n-pond Clément, la foi leur c.st au contraire indispensable. «Les prcmieis principes, les principes in-
• démontrables doivent être admis de foi; la /ot juge en
* dernier ressort de la science elle-même. Anticipation
' de la |)ensée , elle e.-t présupposée |>our cher-
CLEMENT D ALEXANflRlE.
« cher, pour discuter, pour prouver et surtout pour ap-
• prendre'.'»
Ces expressions, prises ii la lettre, ne sont-elles pas excessives? Et Clément en attribuant à la foi un rôle si lai^<^ et si souverain' ne supprime-t-il pas celui de la raison? L’on ne voit guère, en effet, ce qui est exclu du domaicf de la foi, s’il est vrai qu’elle précède la science comme anticipation de la pensée, qu’elle en est la base, qu'elle l’accompagne dans ses déductions et la couronne dans se# conclusions. Notre docteur serait-il tombé dans le fidéisme pour réfuter le rationalisme? — On l’a prétendu, mais sans fondement, et pour montrer, sur ce point, l’exactitude de sa doctrine, il suffit de l’expliquer.
Il est essentiel, d’abord, de remarquer que la foi doiii parle ici Clément n’est pas la foi théologique, c’est-à-dire l’adhésion de l’esprit à une vérité révélée de Dieu, adhésion fondée sur l’autorité de sa parole. Ce n'est pas non plus uniquement la foi humaine, dans le sens ordinaire de ce mot, c’est-à-dire la croyance à l’autorité d'autrui. Clément attribue au mot foi un sens plus étendu et plus profond. Parmi les définitions qu’il en donne, les unes lui sont propres ; il emprunte les autres à divers philosophes. Citons d’abord ces dernières.
« Épicure, dit-il, cet homme qui met le plaisir à plu#
« haut prix que la vérité, définit la foi une anticipation de « la pensée, c’est-à dire l’inclination do l’àme (irtci)cj)
« vers quelque chose d’évident ou vers la compréhension
• d’une chose évidente. De son côté, Aristote dit que la « foi est le jugement qui suit la science et par lequel on
• ,S/rom. //t 4, P . 41'>, 130, 137 : llcmt oïîvratt rf,i ttiv
9!‘:Xr,{. — t»5,* ixnni//r,{ t, jrat cm/ r.itriçîr.,
LIVRK 111.
« affirme que telle ou telle chose est vraie. 11 en conclut
• que la foi est supérieure à la science et son critérium. t Tou.s les philosophes sont unanimes à déclarer que la
• foi seule peut atteindre le premier principe des « cho.«es *. »
D'après ces définitions, que Clément adopte sauf à les compléter, la foi est d’abord une anticipation de la pensée. L’anticipation, comme Épicure l’c-xpliquait lui-méme, est l’adhésion spontanée de l’esprit à quelque chose d’évident, La foi ainsi comprise se compo.se donc de deux éléments : la notion préconçue d’un objet et l'adhésion qu’y donne l'esprit. Or, continue Épicure, sans l’anticipation l’on ne jieul ni chercher, ni douter, ni prouver, ni réfuter. Comment, en etîet, sans la notion préconçue d’une chose pourrait-on avoir le désir et faire l’elTort de la mieux connaître? 11 faut donc non-seulement que la prénotion existe, mais que l’esprit y adhère avant d’arriver à la compréhension évidente de son objet
Cette adhé.sion de l’esprit, comme la notion qui la précède, est d’abord spontanée et irrénéchie. A ce premier moment, l’intelligence comme la volonté y sont plus pas^ âves qu’actives. Mais il y a un second moment où par la réflexion de l’esprit la volonté devient elle-même active. Li foi prend alors le caractèffe d’un acte moral, d’un a.ssentiment libre {(jvyy.7X7Qc(n;) Ainsi à l’origine de toute opinion, de toute doctrine, se trouve un acquiescement de l’esprit, spontané d’abord, délibéré ensuite, qui n’est autre
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•S'r-jm. r, 1 et 13. p.lM.") et 697.)
imi CI.ÉMIi.NT U Al.KXANDKlK.
chose que la foi. En ce sens, penser, c’est croire; vouloir, c’est encore croire, car l’anticipation est l’origine de l'activité intellectuelle et morale.
11 est facile, après cela, de déterminer les rapports de la foi naturelle avec la science (iî:i<rzr,ar,) . La foi dilïèredela science en ce qu’elle ne procède pas du raisonnement. la science est essentiellement démonstrative et s’appuie sur les données de l’expérience, tandis que le caractère propre de la foi est d’affirmer sans démonstration son objet, fimmatériel et l’invisible. Est-ce à dire qu’elles n’aient rien de commun, qu’elles s’excluent nécessairement l’une et fautre, que le savant ne puisse être fidèle? Le prétendre, c'est méconnaître la nature de la science. En effet, la science est fille du raisonnement et de la démonstration; mais la démonstration il .son tour, à moins d’être .sans terme, suppose (pielquc chose qui n’est pas démontré, qui ne peut l’être : ce sont les principes qui lui servent de base et de point de départ. Or, qui lui fournit ces principes que tous les philosophes s’accordent à regarder comme indémontrables? La foi. Car, par là même que ces principes sont indémontrables, il faut de toute nécessité les admettre sur leur propre autorité. Ainsi, en dernière analyse, toute démonstration a pour point de départ une foi indémontrable '. Après la foi, l’intelligence et les sens peuvent fournir sans doute des principes de démonstration. Car les données de l’intelligence, du nods, et celles de la sensation sont simples cl irréductibles. Mais la sensation n’atteint que le sensible et le contingent, et ne s’élève pas jusqu’à la région de l'iin-
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Strom. Vm, 3, p. 917.)
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