MICHEL FERRIER
Quarante cl neuf Psal mes île Dauid auec le cantique de Simeon et les commandement de Dieu, traduitz en rithmes J'rancoyses, par Clément Marot, et mis en musique à trois parties selon le chant vulgaire, par Michel Ferrier, de Cahors en Quercij, Paris, Nicolas Du Ciicniin, i568, iii-iG.
Nous ne savons absolument rien sur ce livre, ni sur l'auteur, compatriote de Marot.
ROLAND DE LATTRE.
L'émule de Palestrina naquit à Mons en i Sac. En i 5/i i , il était déjà maître de la chapelle de Saint-Jean de Latran,à Rome'", cl fréijuentait sans doute l'école de Goudiniel. 11 devint bientôt le chef de l'école allemande, comme Palestrina était le chef de l'école italienne. Ce fut lui, dit Burney, qui introduisit dans la musique les premiers passages chromatiques, pour faire disparaître la monotonie de la modulation. Il sut aussi donner, selon Fétis, un caractère grave et simple à sa musique d'église, et un tour agréable et facile à ses compositions légères. L'expression et le sentiment sont un des principaux mérites de ses œuvres, presque innombrables (plus de 2,387 pièces). Comme il n'appartient pas à notre Eglise, nous ne mentionnerons que les ouvrages qu'il a consacrés au Psautier, et quelques autres où nous pensons qu'il se trouve des psaumes.
Premier hure des chansons à quatre et cinq parties, par Roland Delassus, Louain, P. Falèsc, 1 h-jo (Biblioth. de Munich. — Comm. de M. Meier). Cet ouvrage contient la chanson : Que gagnez-vous à vouloir différer? sur l'air de laquelle on a mis le psaume x de Marot : Dont vient cela ?
Meslanges d' Orlande de Lassus. Paris, Adrien Le Roy et Robert Ballard, 1671 (Biblioth. de Munich. — Comm. de M. Meier). Même observation que ci-dessus.
Ican Pasqutcr. La lettre profane des chansons des Meslanges d'Orlando changée en lettre spintucllc, à quatre, cinq et huit parties. La Rochelle, Pierre Haultin, 1570-1576.
Moduli quatuor et ocio vocum partira e queritationibus lob, partim e psalm. Davidis et aliis Scripturw locis descripti, Orlando Lassusio aiilore. Rupella;,
'" Adolphe Matthieu, Roland de Latire . su vie cl nés ouvrages, GaiiJ, Busscbor frères, sans date, grand iu-S°.
apud P. HauJlinum. 1076, in-/i". — Une seconde édition de ce recueil, (|ui comprend près de cent morceaux, a été publiée à Paris, chez Adrien Le Roy et Robert Baliard, 1687, in-A°.
Meslanges d'Orlando de Lasstts, ou recueil de ses plus beaux ouura"es en musique. Paris, Adrien Le Roy et Robert Baliard, 157G, iti-â".
Le Trésor de musique d'Orhmde de Lassus, contenant ses chansons à quatre, cinq et six parties. Sans lieu, i57(), in-8°. (Biblioth. de Munich. — Comm. de M. Meier.)
Premier Hure du Meslange des pseaumes et cantiques à trois parties , recueillis de la musique d'Orlande de Lassus et autres excellents musiciens de nostre temps. Sans lieu, 1676, in-8°.
Second Hure du Meslange, etc. Sans lieu. 1578, in-8°. lean Pasquier. Cantiques et chansons spirituelles pour chanter soubz la musique des chansons profanes d'Orlando de Lassus, à quatre et cinq parties. La Rochelle, Pierre Haultin, 1 078.
Le Thresor de musique d'Orlande de Lassus, prince des musiciens de nostre temps, contenant ses chansons francoises. italiennes et latines, à quatre, cinq et SIX parties. Augmenté de plus de la moitié en cesle seconde édition. Sans lieu, 1682, in-i 2.
Lassi musicorum apud sereniss. Bauariœ ducem Guillielmmn, etc. Rectorii, Psalmi Dauidici pœnitentiales, inodis musicis redditi, atque antehac nunquam in lucem editi. His accessit Psalmus : <x Laudate Dominum de cœlis, » quinquevocum. Monachii, Adam Berg, i58/i,in-4°. — Une seconde édition de ce recueil a été publiée à Douai, en 1600. Il a été réimprimé, en i838, à Berlin, chez Gustave Krantz.
Psahni sacritnumvocum. Monachii. i586, in-/i°. — Les mêmes, traduits en allemand, Zurich. iSg/i, in-Zi".
Le Thresor de musique , etc. (contenant ses chansons françaises, italiennes et latines, à quatre, cinq et six parties). Rcueu et corrigé diligemment en ceste troisième édition. Cologni, Paul Marceau, i5[)li, m-W obi. (Biblioth. nation. — Superius, quintus. ténor et basse). — Il en a paru une quatrième édition au même lieu, en iSgS.
Cinquante Pseaumes de Dauid auec la musique à cinq parties d'Orlande de Lassus. Vingt autres Pseaumes à cinq et six parties par diuers excellents musiciens de nostre temps. [Hcidelberg], lerosme Gommelin. 1697, in-/i°.
Nous n'avons vu qu'un seul de ces ouvrages, la troisième édition du
Tliresor de musique, qui contient trois psaumes de Marot(ii, x, cvxx), dont un seul(lecxxx)a conservé notre mélodie. On le trouvera plus loin complet à quatre voix, bien que la partie de contra manque (aussi bien que celle du sextua) à l'exemplaire de la Bibliothèque nationale. Nous avons obtenu cette partie de l'obligeance de M. G. Becker, qui l'a trouvée dans le Second liure de chansons à quatre parues iOrlando et autres, etc., Paris, i583. Nous y avons joint le psaume x à cinq voix, dont la partie de contra extraite du Thresor de musique a été copiée pour nous par M. J. J. Maier de Munich.
Boland De Lattre, qui a travaillé sur les mélodies de sept psaumes luthériens, n'aurait-il harmonisé qu'une seule des nôtres? Cela est probable, d'après ce qu'en dit Winterfeld '", (jui ignore l'harmonisation du cxxx; mais nous n'en avons pas la preuve.
Plus heureux que nous, cet écrivain a pu consultera Breslau les Cinquante Pseaumes de i 597. A une lettre écrite en notre nom par iM. le baron Fernand de Schickler, pour en obtenir communication, le conservateur de la bibliothèque de l'Université a obligeamment répondu que ce recueil ne figure point au catalogue, et qu'il ne l'a pas trouvé non plus à la bibliothèque de la ville. Pourquoi Winlerfeld n'a-t-il pas indiqué plus exactement Un der Bresla'uer musihdiscJwn Snmmhin^) où se trouve ce précieux livre , encore mentionné dans les Musikalischen Monatsclieften d'Eitner, 1 878 ? Aucune de nos mélodies ne s'y rencontre, paraît-il, bien que les paroles en soient empruntées à la traduction de Marot et de Bèze; l'ouvrage d'ailleurs n'est point une composition originale faite sur les psaumes calvinistes par Roland De Lattre, mais un pastiche, ou mieux un arrangement comme celui auquel s'était déjà livré, de 1075 à 1078, Jean Pasquier, dont on a vu le nom tout à l'heure. Il est l'œuvre de Louis Mongart'^', (|ui, non moins épris du Psautier que de la musique du grand maître belge, adapta, ou «accommoda», pour nous servir de son expression, le
" Zur Geschichte heiligei- Tonkunsl , Leip- L'an 10517, "'* ""'" ^ mars. Suivent : un
zig, Breitkopf und Hârtel, iSSa. In-8°, II, Sonnet adressé A la mestne compagnie sur le
5^-76. premier liure des Pseaumes de Dauid accom-
'■''> En voici la dédicace : A Vhonorahle com- modes aux accords d'Orlande de Lassus, etc. , et
pagnie des iiourrissims , disciples , fauteurs el un Aduertissetiient sur le contenu en ce recueil
amateurs de la douice et saincte musique, ii de Pseaumes.
Amsterdam m Hollande, Louis Mongart dédie Simon Goulart, réfugié français et pasteur à
d'humble ajfection ce premier liure de Pseaumes Genève , a composé des hymnes sur la nmsiquc
de Dauid, pour tesmoignage de fraternelle cou- do R. De Lattre, à laquelle il les a adaptées.
ionction et gage d'amitic perdurahie en Christ. {Semeur, 1887, p. 168.)
LES HARMONISTES DU PSAUTIKIi. 57
texte de nos psaumes à des compositions auxquelles De Lattre avait donné une tout autre destination.
L'appendice que ce calviniste zélé a placé à la fin du recueil nous intéresse davantage-, car des vingt morceaux à cinq et six voix'" qu'il renferme quatorze ont pour sujet nos mélodies traitées en contre-point double par Florès, De Maletty, Pevernage et trois inconnus. Les six autres sont des compositions mondaines de Faignient, Manenti, Félis, Macque, Sabin, Baccusy, auxquelles a été adaptée la première strophe de six de nos psaumes (cxxvii, xc, cm, cvii, cxxxvn et cxlii).
Alphonse Florès, dont nous n'avons rencontré le nom nulle part ailleurs, était probablement un Espagnol réfugié en France pour cause de religion. C'est de Nîmes qu'il envoya à Mongart quelques beaux échantillons de son travail, en se déclarant prêt à harmoniser tous les psaumes, s'il trouvait un Mécène. Mongart en a publié trois (le xxiii, de trois strophes , le xxvni , de six , et le xcvii , de sept) , qui forment réellement seize compositions, puisque l'harmonie de chaque strophe est différente. Notre mélodie s'y retrouve partout, tantôt dans une partie, tantôt dans une autre.
Jean De Maletty, dont on sait seulement qu'il était d'origine française et qu'il a publié, en i558, à Paris, Les amours de Ronsard, à quatre voix, chez Adr. Le Roy, a suivi la même voie que Florès, et peut être considéré, dit Winterfeld, comme le compositeur le plus remarquable en ce genre. Mongart a inséré de lui , dans le recueil qui nous occupe , les six premières strophes du psaume lxxiv, les deux premières du xciv, le lxxxv en entier, les trois premières du lxviii et encore une partie du cxl et du xliii.
La première strophe du xxxiii harmonisée par André Pevernage figure aussi dans le même appendice, aussi bien que le cxxni à six voix, les m, X et cxxiii d'auteurs inconnus.
Winterfeld nous apprend aussi que, au xvn° siècle, nos mélodies jouissaient encore d'un tel crédit en Allemagne, que quelques-unes sont devenues le thème de morceaux de circonstance, chants de noces, hymnes funèbres, qui ont passé dans la psalmodie de l'Eglise luthérienne. L'élève le plus distingué de R. De Lattre , Eccard , a fait de nos cxxvui et cxxx des cantiques nuptiaux ; son élève Stobée en a traité un plus grand nombre en manière d'hymnes funèbres, ainsi que Henri Albert et d'autres musiciens. En 1617, pour se rendre agréable au duc de Brieg, qui venait de passer à
'■''' Tieize morceaux sont à six voix.
l'Église réformée, Martin Hanke publia des évangiles [tour tous les dimanches et jours de fcte, adaptés à soixante-sept mélodies de notre Psautier.
Nous trouvons aussi, dans un recueil de J. L. Lehner [Hmdert ireistlichc Lieder aus dem xvi und xvii Jahrlimdert, Leipzig, 18/17, '""^' °^^- — " '^ Bibliothèque du protestantisme), que quatre de nos mélodies ont été adaptées à des cantiques allemands par l'Eglise luthérienne : notre vni, à Der Tdffisl liin, notre xlii, à Freu dicli selir, 0 mci'ne Seele, notre lxvi, à Wie grvss isl des allmdcliligen Gûlc, et notre c\l, à Wm wir in hochslen Nolhm sein.
Les psaumes pénitentiels de R. De Lattre touchent de près à notre histoire, bien que le texte en soit latin, et non la traduction de Marot et deBèze. Venu en France en 1 67 1 et présenté à la cour par Ballard, l'illustre musicien fit exécuter ces compositions en présence de Charles IX, ijui le combla de présents, dans ce même palais oîi, sous les yeux du roi, les nobles seigneurs huguenots, ses sujets et ses hôtes venus pour le mariage de Marguerite de Valois et d'Henri de Navarre, allaient être égorgés dans la nuit de la Saint-Barthélémy. L'année suivante, bourrelé de remords, voyant partout et sans cesse apparaître le sang huguenot (ju'il avait fait répandre à flots, poursuivi la nuit par des images et des bruits funèbres, mourant d'une maladie affreuse, inconnue et sans remède, le tyran se rappela la profonde impression que lui avaient faite ces psaumes. 11 voulut entendre de nouveau «les accents déchirants et plaintifs d'un roi pénitent, et ce désir s'accroissant de toute la force de son repentir, il oflrit à Lassus, pour le décider à se rendre auprès de lui . la maîtrise de sa chapelle avec un traitement considérable. La musique seule pouvait apporter quelque soulagement aux tortures morales du monarque... On fondait les plus grandes espérances pour sa guérison sur le talent de Lassus, et l'on ne doutait pas que, semblable à David, ce dernier ne ramenât par des sons harmonieux le calme dans l'esprit de Saûl'".') — Emu de pitié. De Lattre quitta Munich et partit pour la France; mais ayant appris en roule la mort de Charles IX, il rebroussa chemin.
Il est digne de remarque que c'est à l'harmonie appliquée au Psautier qu'on demandait d'apaiser les remords enfantés par le massacre des huguenots chanteurs de psaumes, et plus remarquable encore que, au moment de paraître devant le souverain juge, le roi malheureux et criminel
''' H. Delmolte, Notice hiographiqtie sur Roland Delattre . Valencieimes , i836, in-S", p. ^^5 ol 38.
qui avait dit : Tucz-ks tous, n'eut d'autre consolateur que sa nourrice huguenote, qui lui parlait du divin pardon toujours acquis au repentir'".
PASCAL DE LESTOCART.
«De Lestocart, musicien français établi à Lyon, dit M. Fétis, dans la seconde moitié du xvi" siècle, obtint en i 584 le prix de la harpe d'argent au concours du Puy de musique fondé à Evreux , pour le motet de sa composition sur le texte : Ecce quant bonum. Il a publié de sa composition : i" Odonaires de la vanité du monde, à trois, quatre, cinq et six voix; Lyon, Barthélémy Vincent, iSSa, in-4° obi. Les vers de cet ouvrage, composés par La Roche-Cboudieu (sic), ont été remis en musique par Claude Le Jeune; 2° Les Psaumes en vers latins et français mis en chant à quatre parties, distingués en plusieurs livres, en forme de motets [ibtd.); 3° Mélanges de cliansons latines et françaises, v [Biographie des musiciem.)
De Lestocart était sans doute protestant; car le texte de ses Oclonaires est l'œuvre du pasteur de Paris La Roche-Chandieu , dont voici une des médiocres strophes :
Le mondain se nourrit tousiours De Vespoir de ses vains iliscours.
Qui ne sont que fumée et vent.
Qui le vont ainsi deceuanl.
Et reiulent ton ame eslonnée ; ^'e t'eshahj donrqucs s'il est Si léger, veu qu'il se rcpaist Tousiours de veut et de fumée.
''' rr Deux jours auant la mort du roy, dit L'Esloile {Journal de Henri III, t. I, -]■>.), ronime la nourrice se l'ut mise sur vn coffre et commençoit à sommeiller, ayant entendu le rov se plaindre, pleurer et soupirer, elle s'approcha tout doucement du licl, et tirant sa couuerture, le roy commença luy dire, ietant vn grand souspir et larmoyant si fort que les sanglots luy interrompirent la parole : Ah! ma uourrice, ma mie. ma nourrice, que de sang cl (pie do meurires! Ah! que i'ai siiiui vn méchant conseil ! 0 mou Dieu ! paidoune-lesinoy, et me fais miséricorde, s'il le plail. le ne
sais où l'en suis. Que ferai-ie? le suis perdu, ie le vois bien. Alors la nourrice lui dit : Sire, les meurtres soyent sur ceux qui vous les ont fait faire ! Et puis que vous n'y preslez pas consentement, et en auez regret, croyez que Dieu ne vous les imputera pas, et les couurira du manteau de la iustice de son fils, auquel seul faut que vous ayez vostre recours. Et sur cela, luy ayant esté quérir vn mouchoii', parce que le sien estoit tout mouillé de larmes , après que sa Maiesté l'enst pris de sa main, il luy fît signe qu'elle s'en allast et le laissas! reposer.^
GO l>ES HARMONISTES DU PSAUTIER.