CLAUDIN LE JEUNE
La famille bourgeoise des Le Jeune de Valenciennes, qui était l'une des principales familles protestantes de la cité, et y joua un rôle important à l'époque des troubles religieux, donna le jour, vers ij3o, à Claudin'-' Le Jeune, célèbre compositeur et, selon Paquot, «excellent violon du xvi" siècle. » — "Il n'était, dit M. Fétis, vraisemblablement pas en France, ou du moins à Paris ou à Lyon, en 1579, époque de la Saint-Barthélémy, car il échappa au massacre de cette journée. »
Les dédicaces de ses ouvrages nous apprennent qu'il voyageait beaucoup, sans doute pour donner des concerts et des leçons, et qu'il eut pour élèves quelques-uns des plus illustres huguenots : les La Noue, Teligny, Turenne, D'yiubigné, De la Planche et Nassau, prince d'Orange, avec lesquels il resta lié toute sa vie, et qui lui conservèrent leur estime et leur protection même quand il ne fut plus.
Bien qu'inférieures à celles de Goudimel, ses compositions françaises sont, selon M. Fétis ''', celles qui eurent la vogue la [)lus décidée sous Charles IX, Henri III et Henri IV, «et la préférence qu'on leur accordait était juste, car Claudin Le Jeune ne fut pas un artiste ordinaire.»
kII est souvent, poursuit le même écrivain '*', incorrect dans sa manière d'écrire. On trouve dans sa musique beaucoup de dissonances résolues par sauts , d'enjambements de parties et de sauts de sixte majeure dans les voix, qui indiquent des études légèrement faites dans l'art d'écrire; mais il y a du goût dans le choix des motifs de ses chansons françaises et une certaine élégance dans celui des repos et des rentrées des différentes parties : en un mot, plus d'instinct que de savoir. Au surplus, le mérite de ce musicien a été exagéré par ses contemporains de la cour de France ; ses ouvrages ne peuvent soutenir la comparaison avec ceux des bons maîtres de l'école romaine de ce temps, et, sous le rapport de l'invention, ils sont inférieurs à ceux des compositeurs vénitiens, de Lassuset même de quelques anciens compositeurs français , tels que Arcadet et surtout Clément Janne-
'" Voir t. 1, f)o3. (» Introduction à la Biographie des mtwi-
'^' Il est nommé Claude dans le privilège cieii».
de quelques-uns de ses ouvrages; mais \\ a • Biographie des musiciens, article /-«•
mis sou vrai nom au litre du premier. Jeune.
qiiiii. (il.iude Le Jeune et Du Caurroy commencent iVpoque de décadence de l'école française, quoiqu'un poète ait dit à Claudin :
Qui son esprit ne satisfait
En tes chants, si pleins de merveilles,
S'il n'est un âne tout à fait ,
n eii a du moins les oreilles, n
Le plus ancien de ses ouvrages, inconnu à la France protestante, à la Biographie des musiciens et à la Tomverke de C. F. Becker, parut sous le titre suivant : Dix Pseaumes de Dauid nouuellement composés à quatre -parties en forme de motets auec un dialogue à scept [sic), par Claudin Le leiine. Paris, Adrien Le Roy et Robert Ballard, i56/i, in-/i° obi. (Biblioth. Sainte- Geneviève, MV, 898-/101 , les quatre parties, à la suite d'un recueil d'Orlande De Lassus). Réimprimé en i58o, m-à° obi., par les mêmes, avec un titre un peu différent : Dix Pseaumes mis en musique à quatre parties en forme de motetz par Claudin Le leune (Collect. de M. Gaiffe. — Superius). L'auteur les a dédiés à Messeigneurs Messieurs De La Noue et De Teligny, « à cause des bienfaits qu'ordinairement il reçoit de leur libéralité, w — La musique de ces dix psaumes de Marot (lvii, xcvi, cxxxv, xcviii, cxLix, Lxxxi, xcvii, Lxxxviii, cii et xcv) n'a aucun rapport avec notre chant ecclésiastique; c'est une composition originale, inspirée par les paroles, toutes notées jusqu'à la dernière, et où les strophes disparaissent; ce sont de véritables oratorios, dont quelques-uns pour voix pareilles. Il y a un trio dans la seconde partie du psaume xcv, et un dans la tierce partie du
En 1 58 1, Claudin composa pour les noces du duc de Joyeuse la musique du Ballet de Cércs et des nymphes, qui fut exécuté à la cour, et serait, selon M. Bouton '", le tr premier opéra régulier joué en France. "
Un air de ballet après des psaumes en motets ! on voit bien que nous nous éloignons de la première génération huguenote, que l'austérité primitive de la foi s'est voilée, que les intérêts de la politique ont été mêlés à la religion, et que l'un des nôtres pourra bientôt dire : Paris vaut bien une messe. En attendant, Claudin fréquente la cour de Henri III, dont Bour-
<•> Esquisse biographique et bibliographique musique de la chambre des rois Henri III el
sur Claude Le Jeune, natif de Vaknciennes, sur- Henri IV, par Ernest Bouton. . . Valenciennes, nommé le Phénix des musiciens , compositeur de i8li6, l)rocl). in-8° de 89 paijes.
6iJ LES HARMONISTES DU l'SAUTIEH.
gf'ois cl IMiilibcrl se fussent sans doute soigneusement écartés, et obtient le titre de maître de la musique du duc d'Anjou, frère du roi<".
Quelques années plus tard, il fit paraître une nouvelle œuvre, intitulée: Liure de Meslnnges de Claudin Le hune, Anvers, Christode Plantin, i585, 6 vol. in-li" (Bibliotli. nation. — Supcrim, tmor, ronlra-tenor, rjuinta pars et bassiis, les deux dernières parties incomplètes), réimprimé à Paris par Pierre Ballard, 1587, in-Zi" (Biblioth. Sainte-Geneviève), en 1607, en (■) vol. \n-li" obi. — La première édition a paru avec un privilège du 28 janvier 1682 pour l'auteur, et un autre du 5 août de la même année pour l'imprimeur.
L'ouvrage contient vingt-six cbansoiis françaises, dont treize à quatre voix, neuf à cinq, deux à six, deux à huit; vingt-deux madrigaux italiens, dont seize à cinq voix, .six à six, et dix motets latins, dont trois à cinq voix, deux à six, un à huit et un écho à dix. Parmi les morceaux français, nous avons remarqué des sonnets de Pétrarque traduits par Marot, les deux chansons suivantes du même auteur : En m' ayant chanter quelquefois, — Monsieur ïahhé et Monsieur son valet, et, parmi les pièces latines, le psaume XLVi de la Vulgate : Omnes gantes, plaudile, — Sanctm Spiritus adsit nobis, — Veni, Sancle Spirilus, et un extrait du Cantique des cantiques : Adjuro vos, filiœ Jérusalem...
Voici la dédicace de l'auteur :
A MONSIEVR ODET DELA NOVE, SEKiKEVll DE TIIELIGNY.
Monsieur, Combien que l'iniure du tom|)s m'auoit retenu de ne niettie en lumière aucunes de mes œuures, si est-ce que, ne pouuant plus endurer les prières par trop importunes de mes amis, qui en auoient ia gousté quelques eschantillons , ie me suis mis à reuoir mes papiers, entre lesquels s'est offert premièrement en mains ce liure des Meslanges, lesquelles [sic) i'auoye du tout proposé de supprimer et enseuelir comme choses friuoles et vaines. Mais craignant qu'on ne les eusl imprimé (sic) sans mon sceu, en quoy faisant il s'y fusl(sans aucune double) commis beaucoup de faultes. ie me suis tant plus facilement laissé persuader à ies diuulguer, estant présent, iusqu'ù ce que l'en puisse bailler d'auitres plus au goust de cest eage. D'autant doncques, Monsieur, queie cognois que ce mien labeur a besoing de quelque bon protecteur pour le défendre contre les
'" C'est ainsi que le qualifie le privilège du eu le même titre auprès de Henri III, mais il Liure des Meslanges , dailé du 98 janvier iû82. l'eut sous Henri IV. Nous n'avons pas trouvé la preuve qu'il ait
langues médisantes, ie mo suis adressé à V. S. , estant esg-uillonné du bon naturel qu'elle a de ses tant nobles et vertueux parens. auec la prompte inclination à ceste science, laquelle iay apperceue en luy proposant les premiers rudimens. Souhaitant aussi grandement que toutes les fois que ce mien liure se présentera deuant voz yeux , qu'il puisse d'vne part seruir de louable regaillirdissemenl (sic) et de rafreschissement d'esprit, et, d'aultre part, pour tesmoignage de la bonne et entière affection que ie porte à V. S. , laquelle ie prie Dieu vouloir raainctenir en sa saincle garde.
Votre humble et affectionné seruiteur, C. LE lEUiNE.
Nous n'nvons point rencoiilré l'ouvrage suivant : Recueil de phisieurf: chaiiso)i^ et airs nouueaux min en musique par Claudin Le Icune, Paris, Adrien Le Roy et veuve Ballard, lôgi, in-i6 oLl. , qui fut suivi d'un autre encore publié du vivant de l'auteur :
Dodecacorde contenant douze pseaumes de Dauid mis en musique selon les douze modes approuuez des meilleurs autheurs anciens et modernes; à detix, trois, quatre, cinq, six et sept voix, par Claud. Le leune, compositeur de la musique de la chambre du Roij. La Rochelle, Hierosme Haultin, i5g8, six vol. in-/i° obi., avec privilège du 8 septembre 1696. (Complet à la Biblioth. Sainte-Geneviève; — à la Biblioth. nation., taille, basse-contre, cinquième, sixième ou second dessus). Ces psaumes sont les suivants : cxxxviii, du premier mode, authentique; xxxv, du second mode, plagal: XLV, du troisième mode; xxni, du quatrième mode; en, du cinquième mode; li, du sixième mode; cxsiv, du septième mode; lx, dil huitième mode; xlvi du neuvième mode; lxxvi, du dixième mode; lxxh, du onzième mode; CKU, du douzième mode. — Ici notre mélodie ecclésiastique reparaît, tantôt à une partie, tantôt à une autre; mais les parties d'accompagnement diffèrent à chaque strophe, et parfois aussi le nombre des voix, qui varie de deux à sept. Ce sont de véritables motets, comme ceux de Goudimel. L'auteur a, on peut le dire, épuisé le sujet dans la multitude des combinaisons harmoniques des seize versets du psaume en, trop long pour que nous le reproduisions. On trouvera plus loin le cxxxvm, qui, bien que n'ayant que quatre versets, forme déjà un morceau assez étendu.
Le Dodecacorde est, selon M. Fétis, un des meilleurs ouvrages et des mieux écrits de Le Jeune. Le portrait de l'auteur, tête chauve et barbe blanche, est dans l'exemplaire de Sainte-Geneviève; il a été reproduit au
burin |)ar Ilawkins dans son Histoire générale tic la musique (t. 111, p. 2o4). Pierre Ballard a réimprimé ces psaumes en 1G08 et en 1G18, in-li° obi. L'édition de 1618 (Biblioth. Sainte-Geneviève, basse-contre, taille, cinquième et sixième) a subi une modification contraire à celle des rliansons de R. De Lattre, auxquelles on mit des paroles de psaumes : Dodecacortle selon les douse (sic) modes à deux, trois, quatre, cinq, six et sept voix, par Cl. Le hune, compositeur de musique de la cliambre du Roy, sous lesqueU ont esté mises des paroles morales.
Voici la dédicace de la première édition :
A MONSEIGNEVR LE DVC nE BOVILI.ON , VICOMTE DE TVRENNE, MARESCIIAI. DE FRANCE, CON- SEILLER DV ROY EN SES CONSEILS D'ESTAT ET PRIVÉ, ET GENTILHOMME DE LA CHAMBRE DE SA
MAIESTÉ'''.
Monseigneur, le ne pourroi' vous faire don de ce qui est né sous vous et les voslres; seulement veux-ie l'honneur d'eslre présentateur, pour recognoistre celuy que i"ay d'estre vostre domestique. l'ay pensé estre à propos , en vn temps où tant de discords sont accordez , donner aux François de quoy vnir les tons comme les pensées et les voix aussi Lien que les cœurs. Si ceste musique est pesante et graue, i"ay estimé que nous douons estre lassez et de nos modulations légères et de nos légères mutations. Pleust à Dieu pouuoir par le mode dorien esteindrc les fureurs que le phrigien peut auoir esmeues, et estre aussi |)uissant aux eiïeets de mon harmonie , comme Possidonius tesmoigne auoir esté Damon milezien. Aussi faut-il d'autres mouuements plus énergiques pour esleindre les phrigiennes fureurs des François. A tels effects ont eu plus de puissance l'heur et la vertu du Roy, que tous les tons du monde. Sa magnanimité n'a point eu besoin des modes, desquels Timothée resueilloit le cœur d'Alexandre. Sa patience et probité ont esté naturelles, sans que les mesures doriennes ayent fomenté les esprits. Et pour l'aduenir, ie ne voudroy pas tant de force à la musique comme luy en ont attribué les anciens. Mesmement ie n'oseroy dire d'elle ce qu'on dit des astres, asçauoir que, si elle ne violente, pour le moins elle encline. le me contenteroy de remarquer que les appétits des peuples en l'élection des modes et des mesures sont eschantillons certains de l'affection dominante en eux. Et pour ce que l'affection engendre les effects , ces mesnies marques en sont les présages. l'osera y donc conuier mes compagnons à honorer nostre musique d'argumens, de tons et de mesures sérieuses, pour donner opinion aux plus aduisez des nations voisines que nos legeretez et mutations ont acheué leur cours, qu'vne constante harmonie est establie en nos cœurs, et que la paix qui est appuyée sur
'■'' Henri de la Tour d'Auvergne, devenu duc de Bouillon cl possesseur de la principauté de Sedan par son mariage avec ClKirlolte de la Marck (i.5c)i).
nos constances est vue (rnnquillité de durée et non pas vn nie d"Alcions. Pour toucher vil mot (lu ])arliculier de mon ouurage,deux raisons m'ont empesché de coller tous les modes par leurs noms. Premièrement i'ay voulu fuir l'ostentation des vocables recherchez, puis après, la dissension des anciens et leurs diuersilez d'opinions sur tels noms requiert vn plus curieux esprit que raoy, qui ay mieux aimé eslre leur disciple que leur iug-e. Je diray en passant que les diuersilez d'opinions sur l'ionien s'appointent par la différence du premier ionien et du dernier, estant le premier louable , auant le passage des Ioniens en Asie, lesquels depuis ont chanté, comme vescu, avec mollesse et lasciueté de mœurs. Quant au lidien, on la départi en mixolidien , pour appaiser le diflerent d'Olimpe et de Pindare, le premier et le plus ancien desquels s'en est serui aux chants funèbres et aux Epicedies; le second, plus nouueau, aux Epithalames. El pour ce que cette matière meriteroit vn Iraitté à part . que ie prendra v courage de faire , selon le traitement que receura des François ce mien premier pari, lequel s'en va se ielter à vos pieds, auec asseurance que, pour l'amour de son père, vous l'honorerez tant. Monseigneur, que de luy mettre la main sur la leste, et me tenir h iamais
Vostre tres-humble et tres-obeissant seruiteur. C. LE JEVNE.
Si. comme la précédente, cette préface n'offre aucune trace de la piété naïve et expansive de Bourgeois, de Jambe-de-Fer et de Scrvin, on y retrouve pourtant encore le sérieux huguenot qui avait porté Glaudin à vouloir supprimer, k comme choses friuoles et vaines», les chansons honnêtes mais amoureuses des Meshnigcs. Celle-ci a le même caractère de gravité qui convenait à une œuvre entachée d'un peu de pédantisme (nous voulons parler de la composition d'un morceau dans chacun des douze modes, affectation qui reparaît dans plusieurs ouvrages posthumes du même auteur), et de plus elle exprime le sentiment du patriote et de l'artiste, qui voudrait que la musique française cessât de mériter sa réputation de légèreté, en même temps que la vertu de l'intègre citoyen, qui, au sortir des guerres civiles, forme des vœux pour la durée de l'union et de «la paix appuyée sur nos constances. "
«Le P. Mersenne rapporte, dit M. Fétis, une curieuse anecdote sur le danger que coururent Claude Le Jeune et ses meilleurs ouvrages pendant la guerre de la Ligue contre Henri IV, et sur le secours que Mauduit leur porta dans cette circonstance. Pendant le siège de Paris, dit-il. Claudin Le Jeune s'enfuyait parla porte Saint-Denis, emportant ses compositions non encore publiées, notamment le Dodécncorde. H fut arrêté par des sol-
66 LES llAltMOMSTES DL* l'SAUTlEli.
dais (le la Ligue, el ce l'ut Miiuduit (|ui aiTêla le bras du .sergent, au moment où celui-ci lançait toutes ces compositions dans le feu du corps de garde." Mauduit parvint ensuite à faire relâcher le musicien, qui lui dut sans doute de n'avoir pas le sort de Goudimel.
L'année même de l'impression du Dodécacorde , il obtint un privilège [)Our ses deux Psautiers complets à trois et à quatre voix ; mais de même que son confrère Du Caurroy, qui mourut au moment de mettre sous presse ses Mélanges, dédiés par son neveu au duc de Bouillon, il ne vit point paraître ces publications. De ses douze ouvrages connus , il n'en publia lui-même que quatre : ainsi se réalisa une fois de plus la mélancolique devise qu'il avait mise dans ses armoiries (une ruche et cinq abeilles, dont une rentre au logis) : Sic vos non robis. Le fut sa sœur (Jécile, e.sprit ferme et distingué, qui fit imprimer les autres. Encore ne put-elle accomplir jusqu'au bout la tâche qu'il lui avait léguée à l'heure suprême ; elle fut remplacée, pour le dernier ouvrage, par une nièce, Judic Mardot, non moins jalouse de l'honneur de l'artiste, (ilaudm fut inhumé à Paris, le 9.C) septembre iGoo, dans le cimetière protestant de la Trinité, rue Saint-Denis, et eut pour successeur, comme compositeur de la musique du roi, Guedron , (pii publia en celle cpialilé des airs à ([ualre et cinq parties, en i(Jo8.
Tous les ouvrages de Claudin qu'il nous reste à citer sont donc posthumes, et attestent la grande renommée qu'il avait su conquérir, à une époque si troublée et si peu favorable aux beaux-arts.
Les CL Pseaumes de Dauid mis en musique à quatre parties par Claud. Le Jeune. natif de Valent, etc. (sic), Paris, veufue feu Ballarcî et son fils Pierre Ballard, 1601, en 5 vol. in-t 2 obi., dédiés au duc de Bouillon, prince de Sedan (Collect. de M. Lutterotb, Imsse-contre et taille): — réimprimés à la Rochelle par J. Haultin, en 1 ()o8, in-/i", avec un titre plus exact : Les Pseaumes de Dauul mis en musique à quatre et cinq parties par Claud. Le Jeune, etc. — L'édition de Ballard renferme aussi les psaumes à cinq voix, mais comme ils ne sont qu'au nombre de douze (lxvii, lxix, lxî, lxxii, lxxxii, lxxxvi, xc, xcv,cxi, cxviii, cxxxix et cxlu), on a cru pouvoir ne pas les mentionner dans le titre de l'ouvrage. Bien que la même inexactitude ait été reproduite par plusieurs des éditions postérieures, il n'y a en réalité qu'un seul travail, sous des noms différents. La cinquième partie est la mélodie tantôt chantée au soprano aigu, tantôt à la contre-basse. Les réimpressions
en sont nombreuses : Paris. Pierre Ballnrd, i (S i3, in-i •?. obi. (Collection de M. Lulteroth, basse-contre; Bibliothèque nationale, h(mle-contre\: — Paris, Pierre Ballard, i()i&, in-8°; — Genève, François Le Febvre, iGiy, in-12 obi. (Collection de M. Alf. André, ténor): — Genève, Jean De Tournes, ifiay, petit in-/i", musique à chaque verset, mais tous les versets n'y sont pas. On trouve dans le cinquième fascicule la Suite des Pseanmes de Dnuid à cinq et six parties, insqties au nombre de trente-huit, nouueUement adioitstez aux douze de Claudia Le Jeune par Jean Le Grand'^^K Ces trente-huit psaumes portent les numéros suivants : i, ii, m, n , v, vi, vu,
VIII , IX , X , XV, XXIII , XXVIH , XXXII , XXXIll , XXXIV, XL, XLIl , XLV, XLVII , L , LVIII , UX, LXl, LXII. LXV, LXVI, LXXH . XCII , XCIX , G , CX , CXXXIII , CXLVI, CXXXVl .
cxix, cxLViii et CL (Biblioth. nation., basse-contre; Collect. de M. Henri Bordier, toutes les parties complètes, sauf le ténor des huit premiers psaumes). Il y a dans cette édition deux portraits en regard, celui de Marot et celui de François 1". — Amsterdam, iGag, i633; — Leyde, Justus Livius, i635, in-12, avec un portrait de Le Jeune et ses armoiries; — Amsterdam, Louis Elzevier, 1 6/i(5 , in-i 2 (Collect. de M. Fétis); — Paris, Pierre Ballard, i65o, in-i 2 (Collect. de M. Fétis); — Schiedam, 166/1, in-i 2 , avec une traduction hollandaise sous ce titre : Psalmen Davids opvijf Stemmen, door Cl. Le Jeune', et enfin une de i665 en cinq volumes.
Cet ouvrage a «eu beaucoup de succès, dit M. Fétis, et l'on en a fait plusieurs éditions et des traductions anglaises et hollandaises, à Paris. Genève, Leyde,Amsterdam, Londres, etc. Ces psaumes sont écrits presque tous en contre-point simple de note contre note, sur les mélodies du culte prolestant, placées dans la partie de ténor, comme les psaumes de Goudimel; mais ceux-ci sont mieux écrits. On a ajusté sur la même musique la version allemande d'Ambroise Lobwasser. » On trouvera plus loin quelques-uns de ces psaumes.
Voici la dédicace de ce Psautier :
A M. MONSEIGNEVR LE DVC DE BOVILLON, PRINCE SOVVEEAIN DE SEDAN ET RAVCOVRT , VICOMTE DE TVRENNE , CAPITAINE DE CENT HOMMES D'ARMES DES ORDONNANCES DV ROV, PREMIER GENTILHOMME DE Si CHAMBRE, MARESCHAL DE FRANCE.
Monseigneur, Dieu VOUS auoit donné vn seruiteur entre plusieurs, et à moy vn seul frère, qui, sur la cognoissance qu'il eut de sa mort, de tout ce qu'il iaissoit eut particulièrement soing ''' Jean Le Grand manque à la France protestante.
68 LES lIAKMOiNISTES DU PSAUTIER.
(le ni'obliger à faire après liiy ce qu'il niioit résolu durant sa vie. touchant l'impression de ses œuures en musique, et noniiuenient des Pseauines de Dauid, desquels il vous en présenta douze , comme pour escbantilloa Jl y a quelques années , auec dessein , quand il auroit ourdi tout l'œuure, de le vous oU'rir, à fin qu'il eut cest honneur, ayant ù voyafrer par le monde, d'auoir tousiours j)our sauf conduit le tiltrc do voslre illustre nom, qui n'apporteroil moindre bon heur à l'ouurag;e que vos mains ont exercé de libéralité enuers l'ouiirier. Or, Monseigneur, le sexe dont il a pieu à Dieu de m'abbaisser et les sérieuses occupations qui vous détiennent, estant ce que vous estes en son Eglise, et en cest Eslat, m'interdisent d'vser de grand langage sur ce subiect. Car ie croy de vostre pieté qu'elle aura pitié de cest orphelin , que le père desiroit vous présenter auant que luy défaillir, ce que ie vien faire à caste heure, obéissant à sa dernière volonté. Et quoy que peut estre vous ne le cognoissiez par les mains qui le vous offrent, ie m'asseure que, s'il vous plaist seulement l'ouir, sa voix sulTira pour le vous faire recognoistrc , et que vous daignerez bien l'accueillir, à lin que comme il a esté conceu en lieu de vostre authorité,etnourri sous l'ombre devosfauesrs, il puisse comparoistre plus hardiment en public, s'il a ceste grâce que vous estimiez qu'il en est digne. Car vostre iugement, grand es plus grandes choses, mais très-grand en la nmsique (comme ie l'ay souuent entendu du deffunct , professeur de vérité et non de llatterie) , vostre iugemenl , dy-ie. Monseigneur, luy seruira de garantie contre les atteintes de ceux qui pensent cacher leur ignorance par reprendre ce qu'ils n'entendent pas , ou calomnier ce qui est préférable h ce qu'ils peuucnt. Si vous en receuez du plaisir, le public y en cercbera à vostre exemple; et nioy accomplissant en cecy le désir de l'aulheur, lors que ie le suiuray oii il est , au moins i'emporteray ce contentement qu'en lui rendant cest office, vous. Monseigneur, aurez aggréé le deuoir où s'en est mise vostre tres-humble et tresobeissante seruanle.
CECILE LE JEVNE.
Suivent plusieurs pièces de vers concernant l'auteur; en voici cinq que nous n'avons pas encore citées :
EPITAPHE DE CLAVD. LE JEVNE, CELEBRE MVSICIEN.
Lame par qui viuoit le corps Qui rend ce lombean vénérable Ëust bienfait la mort pitoyable Par ses mélodieux accords;
Car es deux elle auoil app-is , Allant qu estre à son corps vnie.
Les vrais tons de leur harmonie.
Qui sont infuz en ces escrits.
LES HARMOiMSTES DU PSAUTIER. 69
Mais elle, venant seiourner Où le discord reigne et Veniiic, Voulut à sa première vie Libre s'en pouuoir retourner.
Du Alaurier.
SVR LKS PSEAVMES EN CONTREPOIMT DE 51. LE JEVNE.
Soiibs ce simple contrepoint Se cache vn art admirable.
D'autant plus inimitable.
Qu'il semble ne l'estre point.