SONNET
le ne m'estonne pas que mon ame rauie Aux sons de ces accords s'enuole dans les cieu.r. Car ces accords du ciel vont aux célestes lieux, Oii mon ame les suit, ioincte à leur mélodie;
Puis ce sacré subiect, ame de i harmonie .
Me tuant à morj-mesme, et au monde ennuyeux ,
70 LES HARMONISTES DU l'SAUTlEF..
Me tire dans le ciel il un chaînon (fracieux, Pour ij trouuer mon ame et ma parfalcte vie ;
Mais ie niesbahy fort quvn tel œuure immortel Ait peu sortir (Claudin) devons, homme mortel; Mortel? Non, car pour vray celle œuvre immortalise,
Et c'est bien la raison que, puis qu il donne à tous. Puis qu il prend sa durée et sa forme de vous. Vous ayez part au bien, lequel de vous il puise.
J. Boisseul.
Premier liurc, contenant cinquante pseaumes de Dnuul (n'" i à l) mis en musique en trois parties par Claud. Le Jeune, natif de Valetilienne, compositeur en musique de la chambre du Roy, Paris, veufue R. Ballard et son fils Pierre Ballard, 1602, vol. trois obi., avec priuilege du 2;) iiovendire 1098 (Biblioth. nation., moyenne et haute), édition inconnue à M. Fétis et à la France protestante, ainsi qu'à la Toniverke de C. F. Becker et à M. Bovet: — réimprimée en 1607 à Paris par Pierre Ballard, en trois vol. pet. in- A" obi.
Cet ouvrage est dédié par Cécile Le Jeune à Louise de Nassau, électrice palatine du Bhin '"; nous y avons remarqué les pièces suivantes :
SVR LES PSEAVMES A TROIS DE CLWDIN LE JEVME.
Claudin nous donne en ces pseaumes à trois Plus d'harmonie es consonnanccs nues , Que maint et maint qui les auroit vcstues Du riche habit de cinq et de six voix.
SVH LA IVOVVELLE EDITION DES PSEAVMES A TROIS PARTIES DE CLAVDIN LE JEV?(E.
Tu ne pouuois. Le Jeune, au poinct de ta naissance. Du los qui suit ta vie auoir plus digne nom. Puisque tes chants nouucaux font par toute la France Raieunir ta mémoire et fleurir ton renom.
Le Deuxième hure, contenant cinquante pseaumes (n°' li à c), parut à Paris
>'' Louise (Julienne) de Nassau, fille de Guillaume, prince d'Orange, lielle-fille de Louise de Coligny, et femme de I^'rédéric de Bavière, électeur palatin (Bulletin, 2' série, t. V et VI, p. 476).
LES HARMONISTES DU PSAUTlEli. 71
en 1608, chez Pierre Ballard, en trois vol. obi., avec un privilège du a5 mars 1G07 (Biblioth. nation., haute, moyenne et basse).
Le Troisième Hure, contenant cinquante pseaumh (n°' ci à ci,), parut la même année, chez le même éditeur et dans le même format, d'après la France protestante . Il fut réimprimé on 1610 par Pierre Ballard. La Bibliothèque nationale ne possède que la moyenne et la haute de cette réimpression.
M. Fétis ne connaissait de ces trois livres que l'édition de 1607-1G08, circonstance qui lui permettait de dire : r? De tous les ouvrages de Le Jeune, c'est celui qui me paraît avoir eu le moindre succès. "
Le Printempsde Claud. Le Jeune, natif de Valenciennes , compositeur de la musique de la chambre du Roij , à deu.r, trois, quatre, cinq, six, sept et huit parties, Paris, veufue B. Ballard et son fils Pierre Ballard, iGo3, six vol. pet. in-4° obi. (complet à la Bibliothèque Sainte-Geneviève). — Le texte en est emprunté aux vers mesurés de Baïf. L'éditeur promettait une suite: mais il ne parait pas qu'il ait tenu sa promesse. Un ami de l'auteur, Thomas d'Embry, s'exprime ainsi dans une odo composée en l'honneur de cet ouvrage :
Le Jeune afaict , en sa vieillesse.
Ce quviic bien gaije ieunesse i^'oseroit auoir entrepris.
Pseaumes en rers mesures, mis en musique à deux, trois, quatre, cinq, six, sept et huit parties , par Claud. Le Jeune, natij de Valenciennes, compositeur de la chambre du Roy, Paris, Pierre Ballard, 1606. in-Zi" obi. de 36 pages et 37 morceaux (complets à la Bibliothèque Sainte-Geneviève), dédiés par la sœur de l'auteur à Odet de la Noue, à qui elle dit dans sa dédicace : «L'cnuie du siècle, qui méprise vn chacun et ne fauorise qu'à soy, n'aura pas le pouuoir d'empescher que la vertu du delîunt, bien qu'esioigné de la veue, ne soit encore respectée comme présente, quand ces accords qu'elle a produits s'approcheront des aureilles capables de les gouster, et (ju'ils seront cognus estre tellement approuuez de vous qu'ils ayenl esté iugés dignes de receuoir vostre bénédiction. . . " Opuscule inconnu A M. Fétis. (Lrt France prot.)
L'exem[»laire qui a appartenu à Agrippa d'Auhigné contient l'autographe suivant de la main du vaillant capitaine, poète et historien :
Par ces vers mesurez de Clamliii d upi)eil Que, si par vn docle urlla musique harmonique Compassé les accords au pied de la métrique , Il rcussil des deux vn tres-parfait accord.
{Bulletin, 1, 208.)
Odel de la Noue, fils do Bras-de-Ker, a l'ail pour cet ouvrage le douzaiii suivant :
Pur CVS pscaumes mesurés Les esprits sont attirés D'vne si forte puissance.
Que soit docte ou ignorant [S'il n'est tout plein d'impudence Ou du tout saïui iuirement) Doit auoucr sans réplique Parfaictc noslre musique; El que Le Jeune est celwj Qui la rendit si exquise, El qui, si haut l'ayant mise, Tira rechelle après lui.
Missa ad phicilum, auctorv Claud. Le Jeune, cum (juinque et se.v vocibus, Paris. Pet. Ballard, 1607, in-fol. — Messe trouvée dans les papiers de Le Jeune; le Kyrie. \e Gloria et le Sanctu.i sont à cinq voix: le Credo et VAgnus, à six. Cet ouvrage a l'ait dire à M. Fétis : kU est vraisemblable que Le Jeune n'appartint pas toujours à la religion réformée. " Nous n'en savons absolument rien, mais le fait d'avoir composé une messe, un Magnijïml. un Vent sancle Spirilus et autres morceaux latins, ne nous semble pas j)rouver, vu l'époque où ils furent écrits, que Claudiu ait jamais été catholique. A l'époque de l'édit de Nantes, un musicien huguenot a fort bien pu se passer la fantaisie de composer des morceaux catholiques, d'autant plus qu'il avait épuisé sous toutes ses formes la matière du Psautier protestant. Airs à trois, quatre, cinq et six parties par Claudin Le Jeune, compositeur de la musique du Roij, Paris, Pierre Ballard, 1608, in-8° obi. (Bibliolh. nation., haule-conlre , taille, basse-contre et sixième; il y a aussi quelques parties à la bibliothèque Sainte-Geneviève): ouvrage inconnu aux bibliographes et dédié «à M. d'Aubigné, gouverneur pour le Roy es islcs et
LES HARMONISTES DU PSAUTIEll. 73
cliasleau de Maillozais. " par Cécile Le Jeune, dont le frère, w ayant receu tant de bien et de faneur de d'Aubigné. ne pouuoit moins aussi que de lui en faire quelque reconnoissance. ^ — Ce sont des chansons presque toutes d'amour, mais assez-pudiques pour qu'une huguenote comme Cécile ait pu les |)ublier.
Le second livre des Airs, etc. parut la même année et fut dédié «à M. Maistre Gabriel l'Alleman. conseiller du Roy et lieutenant criminel de la ville, prevoslé et vicomte de Paris. i — Le premier livre contient soixante-six morceaux écrits dans les six premiers modes; et le second, cinquante-sept dans les six autres modes ; ils étaient composés depuis longtemps et n'avaient point encore été imprimés.
Octonutres de la vanité et inronstancr du monde . ims en mustque à trois el quatre parties , par Claud. Le Jeune, etc. . Paris , Pierre Ballard , 1 6 i o et 1 6 1 1 . quatre vol. pet. in-/i° obi.; — réimprimés par le même en i 6/ii, dans le même format. L'édition de i(j/ii (Biblioth. nation., dessus, haute-contre, taille et basse) est dédiée par P. Ballard au chancelier Séguier, avec une épigramme de Colletet en l'honneur de ce magistrat. Le recueil contient trente-six morceaux, c'est-à-dire douze de trois strophes, écrits dans chacun des douze modes.
Second Hure des Meslanges de Claud. Le Jeune, compositeur de la musique de la chambre du Roy , Paris, Pierre Ballard, i6i 9, six vol. in-li" obi. (complet •à la Bibliothèque Sainte-Geneviève), dédié à M. de la Planche, seigneur de Morlieres, aduocut en la cour de parlement, par sa tres-humhle seruante Judic Mardo, mece de l'auteur ^^\qm de son vivant était honoré de la même bienveillance que ledit sieur a bien voulu reporter sur Judic et sa sœur. Ouvrage réimprimé à Anvers en i 6 i 7. On y trouve quinze chansons françaises à quatre voix, sept madrigaux italiens à quatre, treize chansons françaises à cinq'-', sept à six, un psaume à cinq (le en), un à six en forme de canon (le cxvn), deux motets latins : Benedicile Dominum, omnes ange, et Tristitia obsedit me; un Magnificat à quatre, cinq et sept voix; un motel latin à dix : 0 Domine qui ego sum; deux fantaisies à quatre, sans paroles; une à cinq sans paroles, arf?»«itehonem moduli: Benedicla est cœlorumregina.
Les Meslanges de (ilaudin ont été arrangés en tabulature de lulh; nous ne connaissons pas l'édition imprimée ; mais M. Henri Bordicr nous en a
' La France pnilrslanle en fait un neveu. - Ealre aulies celle qui commence par:
qu'elle appelle Louis. Ilelas. mou Dieu, Ion ne s'est lournec, etc.
Iti LES HARMONISTES DU PSAUTIER.
offert une belle copie manuscrite, suivie du Dodécucorile urraiifjé de la même façon et de la Première Feslinc : D'vn triste hyver.
SAMUEL MAUESCIIAL.
Ce compositeur, qui ont de son temps une grande célébrité, naijuit à Tournai au milieu du xvi° siècle; dès iSyti il était notaire, musicien de l'université et organiste à Bàle, où il mourut âgé de quatre-vingt-six ans, le 12 janvier iG/io. Selon la Biographie des musiciens , il abjura le catholicisme pour embrasser la Réforme '". Il a barmonisé nos mélodies à quatre voix, et son Psautier a eu un nombre considérable d'éditions. jus(|u'i] la fin du xviii" siècle. Nous empruntons le titre de la première à M. Riggenbach : Der/rautz Pmllervoii Herrn Amhrosio Lobwasser D. . . Hiebevor ausz der Frantzôsischen Composition, mil gleicher Melodeij und Zalil der Syllaben in Teutsclie Reymcn zierlich und lieblicli gebracht. Deszgliehen elliclie von H. D. Martin Lictlwr und andeni GollsgeleJirlen mannern gestelUe Psahnen und geistlielie Lieder. Jetzund auffs newe mil vier Sltnimeii ziigericlitel, aho dnsz das Choral alheit in Discanlydcrglcichem vormnien im Triuk nie auszgangen. Durch Samuelem Mareschallum, der Stall und Universitel zu Basel Musicum and organislen. Basel, Ludwig Kônigs, 1606 '■^'.
Balduanus [Bibliothèque philosophique, p. 181) cite Mareschal comme auteur d'un traité élémentaire de musique intitulé : Porta musices, das tst- Einjuhrung zu der cdlcn kunsl Masica; mil einem kurtzen Bcricht und Aulednng zuder Violen, etc., Basel, 1699, in- 4°.
Nous devons à l'obligeance de M. le professeur Riggenbacb, de Bàle, la copie des deux psaumes de Mareschal qu'on trouvera plus loin.
SWEELINCK.
«Swelinck (Jean-Pierre), ou Sweling, ou enfin Sweelinck, organiste à l'église principale d'Amsterdam, naquit à Deventer vers i5io. rtDoué, dit la Biographie des musiciens, d'un fjénic heureux pour la musique, il s'y
'" Voir Eiggenbach, Der Ktrchcngesaiig in ■'■ D'après ia Biographie <Ics musiciens, au
Basel, 1870, in-K", p. 80, et Winterfeld, Dct- contraire, la première L^dilioii a'irall paru i\
Evangetische Kirchengesnn/; , Leipzig, i8/i3, Leipzig en i5ç)i. in-4°, I, aiy.
adonna de bonne heure, et par un travail assidu acquit dès sa jeunesse une grande habileté sur l'orgue et sur les instruments à clavier alors en usage. Désirant étudier les principes de la composition, il se rendit à Venise en lôby. et se mit sous la direction de Zarlino. De retour dans sa patrie, il ne tarda point à s'y faire une grande réputation; on le considéra comme le plus grand organiste du monde : il était, en effet, l'un des plus liabiles. On lui conféra la place d'organiste de l'église principale d'Amsterdam; lorsqu'il jouait, les habitants accouraient en foule pour l'entendre. On doit considérer Sweelinck comme le fondateur et le père de la grande école des organistes allemands, car il eut pour élèves Melchior Schild, de Hanovre; Paul Syffert, de Dantzick; Samuel Scheidt, de Halle; Jacques Schultz ou Pretorius et Henri Scbeidman, maître de Jean-Adam Reinke et de toute l'école de Hambourg, « etc.
Nous empruntons la liste de ses psaumes au volume intitulé Jan Pieler Sweelinck (lôio-iGai). Regiiia Cœli, publié par la Société musicale de la Néerlande du Nord, à Utrecht, chez Louis Roothan, 1869, grand in-S".
Psaumes en hollanchis, traduits par Lobavsser à quatre et huit voix. On n'eu connaît aucune édition ; d'ailleurs Lobwasser a traduit les psaumes en allemand et non en hollandais, et c'est l'harmonie de Goudimel qu'il a reproduite. 11 y a donc quelque inexactitude dans le titre de cette composition.
Pseaumes de Dauid mis en rime française par Clément Marot et Théodore dv Beze, mis en musique à quatre, cinq, six et huit parties [en trois livres), Leyde, G. Basson, 161 a- 161 4, in-/i".
Premier Hure des Pseaumes de Dauid, nus en musique à quatre, cinq, six' et sept parties, par maître Jean Piere (sic) Siveling. ladis organiste d'Amsterdam. Contenant l Pseaumes, desquels aucuns sont tout au long. Seconde édition. Haerlem, aux despens de Dauid van Horenbeeck, par Harman Antboine kranepœl, 162/1, in-i".
Le hure second des Pseaumes de Dauid, nouuellement mis en musique à quatre, cinq, six, sept, huit parties, par Jan P. Swelmck, organiste. Contenant XXX Pseaumes, desquels aucuns sont tout au long. Amstelredam, aux despens de Hendric Barentsen. i(ji/j, in-4" (sept psaumes à !\. neuf à .^ . onze à 6, un à '7 et deux à 8).
Liure troisième des Pseaumes. etc. Contenant .y\x Pseaumes, desquels aucuns sont tout au long. Amstelredam, aux despens de Hendric Barentsen. 1 G 1 '1
(trois psaumes à 3, cinq à k, cinq à 5, sept à 6, deux à 7, liuil à 8). On y trouve cette j)ièce :
SONNET SVn LES PSEAVMES DE DAVID, MIS EN MVSIQVE PAR J. P. SH'EELINCK.
Toul raid hors tic vioy , ars d'vtw douce Jlamme , Espris d'vn sainct amour par ces diuins accords , Se rallumer ie sens au milieu de mon ame Vn esprit toul nouueau, qui desdaiifne ce corps.
Esprit, tu es bien prompt, et ce pendant se pasme Le corps, que tu deuois mouuoir par tes ressorts. Ne suijuanl, ce dit-il, celuy que ie reclame, le ne suis plus viuant, ains au nombre des morts.
Stveelinek, en mariant les tons auec le sens, Fait si bien que le corps, par sa douce harmonie, Suit et vit en smjuant l'esprit tout en vn temps.
Dont Dattid par ses mots tenant l'amerauic. El puis Sawlinck tirant le corps par ses accents , A l'esprit et au corps rauis rendent la vie.
Luire quatrième cl conchisionnal des Psentimes. etc. Contenant un Pseaulmes, desquels aucuns sont tout nu long. Hacrleni, aux despens de Uauid van Horenbeek, par Hernian Antlioine Cranepœl, iGai (huit psaumes à h. vingt-trois à 5, sept à G , deux à 7. trois à 8).
Jan Pieter Swelinck's dess Wcltberiihmten Musici und Organtstcn zu Amsterdam VI Hollandl, vierstinimige Psalmen, auss der ersten, andern und dntten Theil seuicr ausgegangeucn Franzosichen Psalmen absonderlicli coUigirt und mil Lobivasserschen Texl untcrlrgl. Frankfurt an der Oder. Martin Guthen, 1616. — Cet ouvrage, qui contient vingt et un psaumes (i, m, ix, xv.
XX, XXIII, XXIV, XXVI, XLIV, LXXIV, LXXV, XC , Cil, CXIV. CXX, CXXI , CXXIV, CXXVIl .
cxxviii, cxxxiv et cxxxviii), a été réimprimé à Berlin, en 1618, par (îeorges Rungen pour Martin Guthen (CoHect. de M. G. Becker. cantiis et ténor).
Jan Peler Sweelinck's dess weitberiimten Musici und Organisten zu Ambstelredam ui Hotlandt, sechstimmige Psalmen, au.s dem I und andercn Theil seincr
ausgegangenm franlzoxischcH Psahnni uhsomlerlicli colligiret , und mil Lobwiisserschen Text initcrlegt, etc. Berlin, Georges Rungen, i6i6,in-/i".
Il a aussi composi' d'autres ouvrages qui , vu sa qualiltî d'étranger, ne rentrent pas dans notre cadre.
C'est à l'obligeance de M. Heye, d'Amsterdam, qui travaille à retrouver et à republier toutes les œuvres de Sueelinrk, que nous devons les deux psaumes qu'on trouvera plus loin.