‹ Clément Marot et le Psautier Huguenot (volume 2)Chapitre 6 sur 177 · ODE · texte numérisé non relu

ODE

A Monseigneur Monsieur Roger de Bellegarde, gentilhomme ordinain>

de la chambre du roy, Claude Goudimel.

Comme iadis les poètes , Les Sybillcs et Prophètes, Remplis d'vn diuin esprit.

A u Dieu des dieux le plus sage EiKommencerent Vouurage Qu'ils cotKherent par escrit;

A uisi mm . dont la poitrine Se meut , s'eschauffe et mutine , Par mains accords bien réduits , -4 toi. qui es l'Accord mesme, Je présente le proeme De l'œuure que te conduis,

Œimre porté sur les ailes Des louaîiges immortelles Du Dieu iadis adoré Par la troupe fugitiue , Qui vit la déserte riue Du pays tant désiré.

Car, comme la renommée De la harpe d'Iduméc

U LES HAIiMOMSTES DU PSAUTIEII.

S'vspaml (htiUms ]'vniuei-s .

lïuultuil qiivn roij plein tradrvsse A la cliiinle rlumleressc Daigna manier ses vers;

Ainsi cesle mélodie.

Faite beaucoup plus hardie , Ira suiuunl pas à pas De ces louanges sacrées Les roules plus asseurées Contre l'oi,d)U du trespas.

Tellement tjue la noblesse De ceslc anlupie Déesse, loinle à son premier hon-beur.

Ati lieu d'amours et de noises, Dedans les bouches Franfoises A recouuré sa grandeur.

C'est reste mcsme noblesse Pour qui l'on dit qu'en la (irerr D'vn seul nom csloient nomme:

Les annonceurs des présages , Les Musiciens, les sages Et les poètes estimez.

Ceste grandeur reconuerle Rendra la cille déserte Oii régnent 1rs l'oluple: , Et la Musique diuine Sentira de médecine'^' A toutes aduersitez.

Car, comme les Platoniques Pensent que les Bepubliques Et les roijawnes terriens Changent , ainsi que se change L'entresuitte et le meslange Des accords nnt.siciens;

1'' Murot :iv.iil ilil ilii Psaulioi' :

C'est im inrdin plein d'herben et racines, Où de tous iiuiii.r se tromient wedcrines.

LES IIAUMUNISTES DU PSALTIEH. 35

.1/».?/ cpst arcnrd releste.

Qui poursuit cl qui déteste L'empire de Ciipidon, Fera que verrons changée D'amour la flamme enragée En vu céleste brandon.

Qui est-ce donc qui mérite De ces Accords la conduite, Sinon im qui soit né tel Que la discrète sagesse , La vaillance et la noblesse.

Doit rm iour rendre immortel?

Ce sera toi. Bellegarde .

Que Dieu de son œil regarde, Qu'vn roij chérit de Joueur, Que toute la France honore, Que ie prise, et qui encore As du tout gaigné mon ciœur.

Nous trouvons encore dans la Fleur des chansons, de De Lattre et Goudimel. recueil mentionné plus haut et dédié «à M. I. du C, seigneur de la V., docteur tresexpert en la vieille et nouuelle médecine et poëtc fort excellent, de Paris ce i" de may i o-jh, par son Ireshumble frère et entier ami. G. E. P., -^ une pièce qui n'est citée nulle part :

EPITAPnE SVR I.A MORT DE M. C. GOVDIMEL.

Sous le pénible faix de ce poudreux tombeau. Du mielleux Goudimel la cendre se repose. Surmonté par la mort qui domte toute chose, Mais non ce qui cstoit d'icchuj le pins beau; Car son esprit gentil, qui luit comme vn Jlambeau Par tout cest vniuers , pour In douceur enclose Dans ses tons musicaux , par cil qui tout dispose , Est ores iouissant d'vn repos tout nouueau. Et comme, estant ici/, d'vne douce musique Il louangeoit son Dieu, manant maint cantique

Du Roy-prophele hcbreu à ses plaisants accords, Ainsi estant aux deux auec ioije et liesse, Il rend grâces à Dieu pour ce que de largesse Il l'afaict iouissant des célestes thresors.

L'auteur de ces vers et l'éditeur de la Fleur des chansons, dont les initiales sont G. E. P. ou R. E. P., est un harmoniste qui place «Goudimel l'emmiellé" immédiatement après De Lattre, r. la perle des musiciens, n et promet de donner «quelque meilleur ouurage, (pii sortira bientôt de sa boutique, sans l'emprunter d'autrui." C'est aussi un protestant; on le reconnaît à son langage : Ireslmmble frère , et : Je prierai le Seigneur qu'il vous tienne en sa garde, en même temps qu'à l'affectation qu'il met à ignorer la Sainl- Barthélemy. C'était prudence, et voilà sans doute pourquoi la destinée des musiciens qui ont travaillé sur nos mélodies est restée envelojjpée de mystère. Le Psautier coûta l'exil et |)eut-êlre la vie à Marot aussi bien qu'à Goudimel; mais que devinrent Bourgeois, Jambe-de-Fer, Crassot, Michel Ferrier? On ignore s'ils vivaient encore en 1672 et s'ils n'ont pas aussi (■té victimes de l'effroyable crime béni par le pape.

André du Gros est un peu plus explicite dans le sonnet de condoléance qu'il adressa à Mélissus sur la mort de Goudimel'"; mais il ne prononce pas non plus le mot de Saint-Barthélémy.

Pourquoi Ceshahis-lu que malheureusement On ait à Goudimel ainsi raui la vie , l'eu que de nuire à nul il n'eut iamais enuie . Honorant la vertu , cheminant rondeinetU '! Pourquoi demandes-tu si c'est le paijeinenl De ses diums labeurs pour l ingrate patrie? Oste de ton esjn-it. Mélisse, ie te prie. Et cete question et cet estonnemenl.

Voudrois-tu de sa mort cause plus suffisante Que d'auoir esté bon et de vie innocente ? S'il eust esté athée , idolâtre ou sans foi , Traistre, meurtrier, voleur, pariure abominable,

(" Il se trouve dans les épigrammes de Jean Poslhius, Jean Sarrazin et Simon Gnii- Mélissiis; noire ami Eug. Haag l'a vu et meii- lard; mais il ne l'a pas cité, lionne, ainsi que quatre pièces de Mélissus,

LKS HAHMONISTES DU PSAUTIEH. 37

Alors pourrois-tu bien, nu rogne où tu nous voi, Trouuer cete mort rare et fort csmerueiahlo.

Après la réimpression des psaumes de Goudimel à Charenton en 1607, sans doute sous leur forme la plus simple, nous n'en connaissons plus que trois publiées en français avec le nom de l'auteur : l'une de Delft, 1608, dont nous n'avons pas le titre, mais que M. Georges Becker a eue en sa possession; puis Les Pseaumes de David mis en rime, etc. et en musique à IV parties par Claude GouJimel. Reveus de nouveau sur le texte des derniers exemplaires imprimez à Pans et accommodez maintenant pour l'usage de ceux qui veulent chanter en Partie (sic) dans l'église. Genève, J. Ant. et Samuel de Tournes, 1667, in-12 (Biblioth. de Neucliâtel); réimprimés au même lieu par les mêmes, l'année suivante (Gollect. de M. Alf. André):

Nous lisons dans l'avertissement de l'édition de 1 668 :

On peut dire que cet ouvrage est nouveau en quelque façon, nou qu'il n'ait déjà veu le jour, mais parce qu'outre que , les exemplaires des autres impressions manquants , celleci le fait revivre; d'ailleurs nous avons changé quelque chose en la forme, car premièrement nous avons oslé toutes les notes figurées pour donner plus de facilité à chanter en parties, à ceux particulièrement qui n'ont pas une parfaite connaissance de la musique. . . Au reste, le lecteur remarquera qu'il y a quelques pseaumes dont le clianl commun est le supei-ius; c'est pourquoi nous l'avons noté d'une main pour avertissement.

Ge serait une erreur de penser, d'après ces lignes, que les De Tournes ont réellement fait çà et là des changements de quelque importance à l'œuvre de Goudimel: ils n'ont eu qu'à supprimer les vingt-sept harmonies plus compliquées, qu'il avait écrites pour des airs déjà employés, et à rétablir partout l'harmonie consonante des cent vingt-trois mélodies. Quant aux notes figurées qui restaient ensuite à retrancher, il ne valait guère la peine d'en parler, tant elles sont peu nombreuses (voir les psaumes 1, 11, iv, xxxui, etc.), et parce qu'elles ne se trouvent que dans les cadences; quant aux airs notés à la partie de superius, on se rappelle que c'est Goudimel lui-même qui les y avait mis. Le travail des correcteurs s'est donc borné à presque rien: cependant on fera bien de ne se fier qu'à l'original.

Le nom de Goudimel a disparu des neuf éditions qu'il nous reste à

38 LES HARMONISTES DU PSAUTlEIi.

indiquer. Celle de Neuchàtel, 1701, dont l'existence nous est révélée par ie titre suivant : Les Pseanmcs de David mis on vers français et en musique à IV parties, avec les cantiques sacre: , accommodez tl l'tisafre de ceux qui désirent de chanter en parties dans l'église. Revus et corri^rès très-exactement sur l'édition de Neuchàtel de ijoi, aprouvé (sic) par les pasteurs et professeurs... de Genève. La Neuveviile, Jean-Jacques Marolf, 1739, in-12, en un volume, les quatre parties en regard (Bil)lioth. de l'Arsenal). L'harmonie contenue dans cet ouvrage est celle de l'édition des De Tournes, modifiée seulement par l'addition d'un # h la note sensible.

C'est également la hnsse de Goudiniel (jue nous retrouvons dans Les Psaumes de David mis en vers français, revus de nouveau .sur les précédentes éditions, avec les cantiques sacrez pour les principales solennitez des chrétiens et sur divers autres sujets; on a aussy ajouté dans cette nouvelle édition en faveur des amateurs de la musique au plein (sic) chant la hassc, Zurich, David Guessner, 171."), in- 1:2 (Bibliothèque de la Société biblique prot. de Paris); de même que dans Les Pseaumes, etc., revus et approuvés par les pasteurs et professeurs... de Genève. Nouvelle édition à deux parties, savoir dessus et basse au premier verset. Mises en partition pour la commodité de ceux qui voudront accompagner le chant de quelque instrument. .. Genève. P. Pellet, 17 5g, in-ia (Biblioth. de l'Arsenal). Dans ce dernier ouvrage, lesy« graves ont parfois été portés à l'octave.

C'est encore l'harmonie de Goudimel sans notes figurées, mais un peu remaniée et non conforme au texte des De Tournes, qui reparaît dans les quatre Psautiers suivants :

Les Psaumes de David à ir parties, avec les cantiques sacres pour les principales solennités des chrétiens, etc. Lausanne, Société typographique, 1777, in-8° (CoUect. de M. le pasteur Maillard); — réimprimés avec le même lilre à Lausanne, chez Henri Vincent, i8o3, in-12 («iû/. ); — réimprimés avec le même titre chez le même en 1812, in-ia (Biblioth. de la Soc. bibliq. prot. de Paris); — réimprimés avec le même tilre chez le même en 1818, in- 19 (Collect. d"0. Douen). La plupart des retards qui produisent un si bel effet ont disparu de ces éditions.

Nçus lisons ce qui suit dans un journal publié à Lausanne (Le Chrétien évangélique, 1861, p. a/iâ) : L'édition remaniée parles De Tournes «a été réimprimée jusqu'à nos jours sans changements réels: c'est celle (|u'on met encore entre les mains de nos écoliers, et d'après laquelle on a rédigé

le livre de basse chiffrée dont se servent nos organistes. Le recueil de l'Eglise libre a eu le bon esprit, en la reproduisant en notation moderne , (le conserver cette harmonie ancienne, v

Pour être entièrement exact, nous devons dire que les changements dont parle l'écrivain que nous venons de citer sont plus importants qu'il ne le donne à penser, et que, si le fond de l'harmonie du recueil de Lausanne'" appartient bien à Goudimel, ce n'est pourtant que du Goudimel traité çà et là très-librement, où l'on ne découvre presque plus de retards, mais où figure, en revanche, la mesure à six temps alliée à celle à quatre temps. Voir un exemple plus loin.

Ainsi l'œuvre de notre grand compositeur martyr, qui parait n'avoir pas été réimprimée en France depuis le xvii° siècle, n'a pas cessé, d'être en usage dans la Suisse française.

Elle n'eut pas moins de succès en Hollande, où plus de trente auteurs '-'. à commencer par Luc de Heere et Dathenus, ont arrangé des Psautiers sur nos mélodies; nous n'avons malheureusement pu consulter l'ouvrage de Van Iperen , qui doit contenir à ce sujet d'utiles renseignements : Âc ; keltjlœ Historié vaii hat Psahu-Gcstwg (1er Christenen . . . , en inzonderheid van onze verbclcrdc nederluisclw Psaliuberymiiioe. . . Amsterdam, 1777-1778, 2 vol. in-8° '^'.

En Allemagne et dans la Suisse allemande, elle fut popularisée grâce à la traduction d'Ambroise Lobwasser, jurisconsulte saxon. Durant un séjour qu'il fit en France, il fut tellemeni ravi de l'iiarmonie de Goudimel, que, pour la transporter au delà du llhin, il traduisit les psaumes de Marot et de Bèze en en conservant scrupuleusement le rhythme. Son travail, achevé dès i565, ne parut qu'en l'^j'i (Biblioth. nationale), et les éditions en furent, selon iM. Bovet (p. a 9 9), aussi nombreuses que celles de notre Psautier français.

Le Franconien Mélissus Schedius, poète lauréat de la cour de Vienne

'" Voir ies Psaumes et cantiques pour les ouvrage que lorsque ces lignes étaient déjà

assemblées de culte et pour V édification privée , sous presse.

û* édition, Lausanne, Georges Bridel, 187a, En ce qui concerne les origines do notre \n-ili ; et les Psaumes et cantique» à detix ou Psautier, Van Iperen, qui écrivait quarantetrois voix à l'usage des écoles et des cultes , a' éd. , deux ans après Baulacrc , n'a pas fait faire un Neucliàlel, S. Delacliaux, iSOi , in-16. seul pas de plus à la question. Ajoutons seule- (-> Voir F. Bovet, Ilisl. du f'sautiei; p. 9^. ment qu'il reproduit la mélodie du psaume <;i "* Nous n'avons réussi à nous procurer cet deJ. Uilenliove, dill'éreule de la noire.

UQ LES HAIiiVlONISTES DU PSAUTIER.

et bibliothécaire à Heidelberg'", qui avait publié, l'année précédente, cinquante psaumes adaptés à nos airs, décria l'œuvre de son concurrent. De là des jeux de mots : pour les uns, l'œuvre de Mélissus n'était que miel, d'autres comparaient à ['ambroisie celle d'Ambroise et de Goudimel ïemmiellé; les luthériens au contraire disaient : Ein anderer lob Wasser, Ick lob den Wein : «Que d'autres louent l'eau, Vaqueux Lobwasser; pour nous, nous [glorifions le vin " (des cantiques de Luther); et encore : Lob wass er? «Qui le loue?» Malgré cela, la traduction de Lobwasser régna bientôt sans partage, et pour plus d'un siècle et demi, dans toutes les Eglises réformées de l'Allemagne et de la Suisse allemande; les luthériens seuls conservèrent les anciennes versions du Psautier, et après la mort de Lobwasser l'accusèrent de cryptocalvinisme. Ce qu'ils ceprochaient à sa traduction et à la nôtre, s celte syrène du calvinisme, v c'était de ne pas a|)plif|uer à Christ tous les psaumes indistinctement. Lo Lobwasser luthérien publié en ifii'j par Wùstholtz n'est (jue la traduction d'Ambroise accommodée aux préjugi's luthériens.

L'édition originale de Lobwasser, qui pourrait à la rigueur tenir lieu de Goudimel, est à la Bibliothèque nationale et dans la collection Félis à Bruxelles; nous avons encore vu à la Nationale trois Lobwasser de 1678, 1 G/iG , 1 G/i(), à l'Arsenal un de 1 G 1 12 , et dans la riche collection de M. Weckerlin un autre sans date imprimé à Zurich. L'édition de Cassel, W. Wessel, 1607, contient des airs composés et harmonisés par le landgrave Maurice de Hesse pour les psaumes qui n'ont point de mélodie propre.

Le nom de Lobwasser devint si populaire qu'on finit par lui attribuer non-seulement la composition de nos mélodies, dans une traduction danoise parue en iliGa (^Nogle Dtitnds Psalmer. Rmiivys iidsntle tmder Lobwassers Melodj , Bovet, p. 3o5)'-'. mais encore inq)licitement l'harmonie de Goudimel sous la l'orme simplifiée que lui donnèrent les De Tournes en 1GG7. C'est elle que nous retrouvons dans ces Psautiers italien et ladin à quatre parties, qui appartiennent à la Bibliothèque du protestantisme français :

Li CL sacri salmi di Davide. Ed alciini canlici ecclesiastici... Tradotli cd

'" On prétend qu'il ne laissait pénétrer thèque du protestantisme : !»P/iiiom«?a juat ai.'!

personne dans cette bibliothèque. Canzuns spirkuales sun divers temps et occa-

!-' Nous trouvons encore des timbres comme siuiis... in melorlias dit Siniler, iras Johannem

celui-ci : S'po cir canlar sco Ps. cm Lobwas- Martinimn ex Marltms/. m., ininisler data Bn-

ser, dans un très-curieux recueil de chansons selgia (la Remosch... Ex stanipa iu Scuol, Iras

ladines à quatre parlics, qui est à la Biblio- Jacobo N. Gudina, anno 17.^1,-' in-i6.

LES IIAK.MUMSÏES DU PSAUTIER. il

accoinodntt aile Mélodie di A. [jobivasser, da Andréa G. Planta, M. I. C. iii slrada iiella Staiiiperia di Giovanni Janetlo, anno i/'io, in-12.

Ils psalmis de Daeid, segond melodia de A. Lobivasser. . . liiol compoiiii et miss in rima volgare, tras Valentin de Nicolai, minister délia Baselgia da Chrtsti a Vettan... Stampa tras Jaeobo Gadina, etc., Scuol anno 1762. in- 13.

Peu après (jue les De Tournes eurent fait disparaître les notes figurées du Psautier en harmonie consonante de Goudiniel, un Suisse lui fit subir de plus importantes modifications. Non-seulement il enleva aussi les mêmes notes figurées, mais il s'écarta çà et là du texte primitif, sans pourtant faire une œuvre nouvelle et originale. A en juger par deux morceaux pris au hasard, qu'on trouvera plus loin, son Psautier n'est iju'un Goudimel très-légèrement modifié, ^ous empruntons à la Patrie de Genève (3 août 1870) la notice que M. Georges Becker a consacrée à ce nouveau correcteur.

.lEAN ULRICH SULTZBERGER.

Félis a le mérite d'avoir élé le premier qui l'ait cité (vol. VIII, iGti) comme musicieu. Les renseigiieraeuls sont malheureusement très-précaires, (ju'ou les compare aux nôtres! La dale de sa naissance est inconnue.

Nicolas de GralTeuried nous apprend pai' une épître adi'essée à Sullzberger qu il est en Suisse, car il dit ;

Ihr tsolt die schôiien Gaben Und dm Talent den Eiich der HeiT vertraiil niclil vergraben Ihr wolt liiermit i^rzei;jen dass dan rauche ScliweUzptlaiid Auch gule Componiêlen hab, mil welclien es kanii prangen Dnimfahrelfort und machet eiich durch singen mehr bekannl. So reei'del Ihr und Euivrer nam ziir Ewrzeit gelatigen.

C'est-à-dire : frVous ne voulez pas enterrer les dons et les talents que Dieu vous a confiés; vous voulez prouver f[ue le rude pays de la Suisse a aussi de bous compositeurs, desquels elle peut faire parade, ^î etc.

En 1670, il fut nommé Ziuhenisl (joueur de zink, espèce de cornet en bois courbé et percé de trous), et directeur de la musique vocale et instrumentale de la ville de Berne. Sultzberger était un musicien de talent; ses mélodies sont simples et expressives, son harmonie riche sans être surchargée. Le premier œuvre qu il a publié a [lour litre : Saloiiions Dcss Ebreisclicn Kôiiigs Gcistliclie Wohllusl oder Holics Lied : lu Palmcii oder Dattelrciinen, mit beggefiigten Newein, vont fûrUeJp.ichen Johann Sclwppcn ''

"* Célèbre violoniste et roinpositeur de Hambourg.

Zi2 LES HARMONISTES DU PSAIITIEI'..

gescUlen Sangivciscn, aiich Kûrltcn Erldârunrjm dcsn jjclsdkhen Vcrxlmulcn, Ucidus nacli art der Gcspvàch Spiele, aiiJJ' ojjhnlliclier Sckanbury fdvijcstcllel Durcit Filip von Zeseii, icltundcr aiij' vielfidùger anhaltcn und bcijàhrcn , nocit mil eiiier Slimme vervolhommnel uiid mil viclen Melodeyen vermchret : von .lohiuii Ulrich Sulubcr/Tcrn ; Mus. und Zinckenislcn in Bern. Bern bei Georg Sonnieilnci-. lO^A. Iii-8°.

Celte pièce contient trente-cinq cliiiiils à ti'ois parties, dont quinze entièi-erneiil de Suitzberger et vingt de J. Scliopp, auxquels il a ajoute une partie.

Ce livre est suixi île : Geistlichc Seetenliist dan isl IVecliselffcitsâffe zrvischcn dcm liimlischcn Bràuligam und Seiner hcrti-lwcliffcliclitm Braul, vcrfanarl durcit F. von Zescn. Il contient trois chants à trois parties de Sultzberger et quatre do Pierre Meier'"'.

L'ouvrage de Suitzberger qui a eu le plus de succès est son Psautier, car pendant près d'un siècle il a eu une ou deux (iditions par an. C'est le Psautier de Lobwasser avec des cbanls en usage à l'Eglise réformée française. Il a pour litre : Transpoitisles Vicrslititiitiffcs Psalmcnbuch dus isl D. A. Lobivttsscrs Psalincn Ditvids Worin die Itocliclavicrtcn Psalntcit Iruttsponirt , tind sainmt tien gcwûhnUchcit Feslgeseitigen in cinciin gkichen Schlûssclgesitis , alsodass sic jclzunder oline dite Vcrenderûng leicltlicli :û singen «/«/ atif Inslrumcntcn zii spicten siiiitl cinem Kiirlien gcsaiigbcrigt voit J. Ul. Siillihcrger. Direcl. Mus. Und Zinckenisten lôbl. Slalt. Ddrn. Guni [irivilegies aller evangelisclier Orlen, Lôbl. Eydgenotssbaft. Biirn. In Hoch Obcrkeitlicher Truckerey, lOyS. In-8°.

Suitzberger emploie la méthode de Lardenois, qu'il cite dans sa préface, ainsi que beaucoup d'autres auleuis.

L'année suivante a paiu une édition [)our clavecin ou contre-basse : Tnin-sfonnirtes Psalmcnbuch mil Melodien auf dus Klavicr odcr Buss Geige iu excrcircn von J. L. Sullzbcrgei; Sladldnckenist in Bern, Bern, lOyti, 3 vol.

Parmi les autres éditions, nous citerons : celle de i6f)o à quatre parties; celle de 1706, à une partie, belle impression; celle de 1736, à quatre parties, avec corrections du texte; celle de 17/11, etc.

Ce n'est qu'à partir de 1786 que le litre porle Weiland (léii) J. U. Suitzberger.

Nous pourrons donc, faute de meilleures données, admettre l'année 1735 ou 1736 comme celle de sa mort.

Ajoutons seulement le litre d'une édition que M. G. Becker ne mentionne pas et que nous avons vue à Bruxelles chez M. Fétis : Vierslimmigcs Psalmeiibucli , dus isl, Psalmcn David's, durcit D. Ambr. Lobivtisser m Ictilschc Reymen gebraclil, worinn die Iwcitclavierlen Psnimen Irunsponierl , etc. Bern, Daniel Tschiirelt. 1727, in-iG de 6/ii pages. Le^ quatre parties sont en regard.

(" Miisicicn nllcniaiid, né à Hainlmiiry «n i(io5.

LES HARMONISTES DU l'SAUTlEIi. /i3

C'esl aussi la révision de Sultzborger que suivent les éditions françaises de Lausanne, 1759, 1777, i8o3, 1813 etiiSicS.

Tandis que le Psautier de Goudimel, devenu en France presque introuvable, y est remplacé pnr dos compositions d'harmonistes contemporains, qui n'ont pas même toujours respecté la beauté anticpie de nos mélodies. l'Alleniagnc, plus fidèle au culte d'un de nos plus illustres poètes''', l'Allemagne, (|ui réimprime les œuvres de nos théologiens des xvf et xvu° siècles, a vu paraître en notre siècle un choix de psaumes du maître de Palestrina.

M. le professeur Ebrard a publié en i85a, à Erlnngen, chez F. Enke, Auspcwâlihe Psnlmen Dnoids nach Goudimel's Wcisen chulsch benrbeitel und mit dent rierstimmigeii Snl:e lierausgegeben , in-8°. Ce recueil contient trente-trois psaumes, avec une harmonie imitée .de celle de Goudimel. Le rhytbuie primitif de nos mélodies y est parfois modifié; çà et là les parties intermédiaires s'écartent de l'original, et des retards sont supprimés. Cependant cet ouvrage, dont on trouvera plus loin deux extraits, donne une idée à peu près exacte du style de Goudimel.

En en rendant compte aux lecteurs du Bulletin (1, 'ioq), notre excellent ami, M. A. Coquerel fils, s'exprimait ainsi :

C'est une circonstance cligne d'atlention que les Allemands, si riches en beaux cliants d'église, si tiers de in musique el des paroles de ieiu's cantiques, si siipërieurs à nous, dil-on, connne musiciens, nous enqiruntent les mélodies décriées de notre Psautier. Il est peut-être utile de relever ce fait dans notre pays, où nous n'admirons guère ce que nous avons de beau et de bon , que lorsque les aj)plaudissements d'étrangers moins blasés que nous nous en font mieux apprécier la valeur oubliée.

Une autre publication du même genre a vu le jour tout récenmient en Suisse : Aiisgeiv/ihltc Psidmcn iii grosscnlheds iicuer liehersetzuug mit dm Toiisàt:cn Claude Goudimcls, nchst cinem Anhang, bearhehet und hernusgegehen durch Ctir. Job. Riggcnbacb , professor dnr Tbeologte, und Rud. LiJw, organist der Sanct Elisabethenhirebe . Bâie. Félix Schneider, i8()8. In- 12. Elle est,

*" Gœllie il (lit do Du lîarlas, aujouril'liiii nous lui continuons noire oslime, nous lui

presque inconnu parmi nous : trCii même au- ;;ariJons une admiration fidùle, cl ])lusieurs

leur, maintenant proscrit et dédaigné parmi de nos critiques lui ont décerné le lilrc do rvi

les siens, et tombé du mépris dans l'ouMi, ilcspoètesJrnnçnis."{LnFrmiceprnlesUiiilr,/irl.

conserve eu Allomajjnc son anticpic renommée ; Satuste. )

hh LES HARMONISTES DU PSAUTIER.

plus que la précédente , propre à faire connaître sous ses aspects variés le talent de Goudimel : d'aliord c'est une reproduction et non une imitation; en outre , MM. Riggenbacli et Lôw ne se sont pas bornés , connue M. Ebrard, au\ psaumes en harmonie consonante, ils ont puisé aussi dans le second Psautier du maître. Leur recueil contient trente-six psaumes et quarante harmonies (les lxxvii et cxvn en ont chacun deux, et le cxxxix, trois). Ils ont soigneusement conservé le rhythme primitif, sauf dans les notes de la fin des phrases, dont la valeur est souvent doublée (cv, cvii, ex, cxiii, cxvii, etc.), parfois même triplée (cl). La suppression de certaines pauses qu'ils n'ont pas respectées produit un effet fort désagréable (xxxn, cm). La mesure à seize-huit'" (contenant huit noires), presque partout employée, embrouille inutilement les chanteurs, et a nécessité les modifications fâcheuses que nous venons d'indii|uer. Un # ajouté à la mélodie du ex en change le caractère. Ce recueil, où les morceaux en contre-point double sont plus fidèlement reproduits, laisse donc encore à désirer au point de vue d'une scrupuleuse exactitude. On en trouvera plus loin un spécimen.

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