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INFLUENCE DE LA REFORME SUR LA MUSIQUE. ;îl5
Charles Villers : la Réforme liostile aux beaiix-ails. — Influence ilu calholicismo sur l'arl. — Les arlisles prnU'stants. — Aveu de M. Danjou. — M. Miclielel.
Ce que le catholicisme a fait Je la mélodie. — Culte des premiers chrétiejis; chant du m' et du iv° siècle. — Chants alternatifs des hérétiques. — Saint Amhrnise. — Rhjthme prosodique des Grecs. — Hymne de Denis à Apollon. — Décadence du rhythme et invasion des Barbares. Saint Grégoire le Grand. — Leralholicisme adversaire du rhythme et de la tonalité populaire.
— M. D'Orligue. — Le plain-chant, art hiératique par excellence. — Les chansons populaires. — 0 quid jubés, de Godeschalk. — Les Ions grégoriens. — Le mode majeur du xii° au siv° siècle.
— Exemples. — Le mode mineur à la même époque. — Exemples. — Tonalité moderne des mélodies du Psautier liuguenot. — Bourgeois et son continuateur.
L'harmonie. — Elle tire son origine de la gamme des Barbares. — Le cvwih des liardts gallois. — Antiquité de l'harmonie, viii" siècle. — Les Lond)ards la portent eu Ilahe. — Le déchant à\i xiii" siècle. — Exemples. — Supériorité de l'hainjonie laïque sur l'harmonie ecclésiastique. — Ce que le catholicisme a fait pour la science des accords. — M. De la Fage. — Le déchant improvisé. — Rituel de la fêle des fous. — Prose à trois parties de la fête de l'âne. — Les chansons mondaines, parfois obscènes, dechantees dans les églises. — Exemples du xii° et du xiii' siècle. — Messes de Vome arme. — Titres de messes du même genre. — L'art marchait à sa perte. — Le choral protestant le purifie et le relève. — Monteverde. — Gumpeizhaimer. — Aveu de M. D'Orligue. — M. Micholel. — M. Fétis. — L'expression, trouvée par Bourgeois. — La préface du Psautier. — Calvin et l'opéra. . — Les psaumes mis en musique tout du long : Claudin le Jeune, Claude Goudinicl, etc. — L'oratorio, création protestante. — La simplicité de l'art prolestant et les complications de l'art catholique. — Vulgarisation de l'art du chant due au protestantisme. — Notation chiffrée. — Davantès. — La mélodie passe du ténor au soprano chez les protestants, et reste à la basse chez les catholiques. — La musique au concile de Trente. — Le cathohcisme s'efforce d'imiter les chants hérétiques. — Paleslrina. — Les messes en musique sont un fruit du protestantisme. — Le plain-chant est mort; on veut cependant le conserver à tout prix. — Les airs de romance et d'opéra à l'église. — Plaintes de VDnivers. — Lacune de la Réforme en France au point de vue musical. — L'harmonie dans d'obscurs villages protestants.
Il est généralement reconnu que la religion qui a compté au nombre de ses adeptes Casaubon, Saumaiso, David Biondel, Scaliger, Leibnitz, Kant, Ambroise Paré, Keppler, Newton, Herscbcll, Huygbens, AbelBrunier, De Saussure, Tavernier, Cbardin, Ferd. Bertboud, Bréguct, Fourdrinier, Salomon de Caus, Papin, Fulton, le grand Cuvier, Coligny ,
Mornay, Guill. Penn, Franklin, Antoine Bénezet, John Howard, Vilherforce, Oberlin, etc., etc., a largement favorisé le progrès des lettres'", des scienfes'^' et des mœurs; mais, en revanche, qui n'a entendu dire et redire que la Réforme a desséché l'imagination , ruiné la foi et tari les sources du beau, «coupé les ailes du génie», suivant le mot de Chateaubriand? Celte accusation date de loin, et elle est devenue en quelque sorte officielle, depuis qu'elle a été reproduite dans un mémoire couronné par l'Institut en i8o4 "'. Après avoir consacré cinquante pages à montrer les résultats de l'impulsion morale donnée par lu Réforme à la liberté de penser, aux sciences théoloirlqucs , aux sciences morales et politiques, aux sciences mathématiques et physiques, et aux belles-lettres, Charles Villers, ami de Cuvier, de M"" de Staël et de Benj. Constant, écrivait : ^La Réformation a dû être défavorable aux beaux-arts. Elle a rompu le lien qui les unissait à la religion, qui les rendait sacrés et qui leur assurait une ])art dans la vénération des peuples. La liturgie des luthériens, et plus encore celle des calvinistes, est sim|)le et austère... Si ce culte peut élever l'âme, il tend à désenchanter l'imagination, rend superflues et les superbes églises, et les
"' Ainsi s'exprime l'édilcur très catholique des Mémoires de Coudé {Loudres , i-jk'i, in-4°, I, p. ix) : till faut en coiivonir de bonne foi. Presque tous les écrits politiques qui, pendant le seizième siècle, sont sortis de la plume des liuguenols, sont mieux faits el mieux écrits ([ue ceux qui ont été publiés par les catholiques, n
En 1 56 1 , Catherine de Wédicis chargeait son ambassadeur à Rome de dire au pape que les protestants rn'avoiont faute de conseil , ayant avec eux plus des trois quarts des gens de lettres. i
Ajoutons nu fait d'un autre genre : le ai mai 1878, sur 750 députés siégeant à Versailles, on comptait 70 protestants (voir le journal ta Renaissance, publié par Alh. el Et. Coquerel). — En février 187g, dans le ministère Waddington, 5 ministres, sur 9, appartenaient au protestantisme.
!-' Que répondre aux chiffres péremptoires par lesquels M. Alph. de Candolle {Hist. des sciences et des savants depuis deux siècles, Ge-
nève, Georg, 1873, in-8°, p. 1 2 1 ) montre l'incontestable supériorité scientifique des nations protestantes sur les catholiques? irEn Europe, (lit-il, hors de France, il y a maintenant 1 07 millions de catholiques et 68 milUons de protestants. Or, sur la liste des savants les plus illustres nommés associés étrangers par l'Aca- (lémic de Paris, de 1666 (époque de sa fondation) jusqu'à nos jours, il y a 16 catholiques, 71 protestants, et 5 titulaires dont je u"ai pu constater la religion, ou qui étaient peut-être israéUtes.i Tandis que, parmi les I G catholiques, il ne se trouve pas un seul ecclésiastique, on compte i3 pasteurs, entre autres Boerrhave, Euler, Linné, Berzelius, parmi les 71 protestants (p. 36-/ii). Les catholiques suisses et anglais n'ont fourni jusqu'ici aucun de ces associés. (Voir la Renaissance , du 2 0 janvier, la Revue des Deux-Mondes, du 1" février, et l'Avenir, du 2 mars 1878.)
'■^ ' Essai sur l'esprit el V influence de la réformation de Luther, par Charles Villers, 5' édit. ,
in-I2, p. 322.
slatucs et les peintures, ilépopularise les arts et leur ôte un de leurs ressorts les plus actifs, v
Au lieu de nous étonner qu'un esprit aussi distingué ait suivi sur ce point l'opinion vulgaire "', sans s'apercevoir qu'en éloignant des temples la peinture et la sculpture, la Réforme n'a fait que rendre à l'art son indépendance et sa véritable destination, souvenons-nous que notre histoire n'existait pas au début du siècle, que nos illustrations de tout genre gisaient ignorées dans la poussière des bibliothèques, dont le Musée des protestants célèbres , V Histoire des Eglises du désert, Y Histoire des pasteurs du désert , YHistoire des protestants de France, la France protestante et surtout le Bulletin de l'histoire du protestantisme français, les ont fait sortir glorieuses et triomphantes. Villers, qui était catholique, aurait dû sans doute être frappé de l'opposition qu'il signalait entre la fécondité des principes protestants appliqués aux sciences et leur stérilité apparente dans le domaine des arts. Mais, il faut en convenir, c'est souvent la lumière des faits qui fait ressortir l'évidence des principes '-'.
Aujourd'hui que cette lumière est éclatante, on ne peut, sans faire preuve de banalité autant que d'ignorance, répéter une accusation contredite par l'histoire, aussi bien que par les principes du protestantisme et ceux de l'art; car qu'est-ce que le protestantisme, si ce n'est la liberté de penser, de croire, de prier et d'agir, en un mot la liberté dans tous les
'" "Il y a des choses qui , parce qu elles onl naître de i'alteadrissemenl... Il n'est donc pas
été dites une fois, sont constamment répétées vrai, ce me semble, que la religion protes-
el transmettent l'erreur de livre en livre : l'opi- tante soit dépourvue de poésie, parce que les
nion sur l'art protestant est de ce nombre. 'i pratiques du culte y ont moins d'éclat que
(A. Feuillet, Gazette des beaux-arts, 18G0. dans la religion catholique. Des cérémonies
VII, p. 3iO.) plus ou moins bien exécutées, selon la ri-
'''' Sans s'attacher non plus aux consé- chesse des villes et la magnificence des édi-
quences logiques des principes de la Réforme, fices, ne sauraient être la cause principale do
M"' (le Staël avait compris d'instinct qu'ils l'impression que produit le service divin; ce
valaient mieux que leur réputation. sont ses rapports avec nos sentiments inté-
«II ne me paraît pas, dit-elle (De l'Aile- rieurs qui nous émeuvent, rapports qui peu-
magne, 4' partie, ch. iv : Du Catholicisme) . vent exister dans la simplicité comme dans li\
qu'on puisse considérer la poésie du christia- pompe. i
nisme sous le même aspect que la poésie du A quiconque n'a jamais assisté à la célébrapaganisme, tion de la sainte cène, nous conseillons de
«Comme tout était extérieur dans le culte lire toute la belle page qui suit celle que nous
païen , la pompe des images y est prodiguée ; venons de citer, pour se faire une idée de la
le sanctuaire du chrislianisme étant au fond grandeur simple, touchante et toute spirituelle
du cœur, la poésie qu'il inspire doit toujours de cet acte de notre culte.
domaines, et de quoi vit l'art, si ce n'est de liberté? AHirnie-t-on, à juste titre, que l'art n'a pas seulement besoin de liberté; qu'il plonge ses racines dans le sentiment religieux? La Réforme lui offre la piété et le sentiment religieux sous leur forme la plus épurée, essentiellement perfectible et progressive. L'art enfin s'inspire-t-il de la foi? Ce n'est que dans la Réforme qu'il trouvera une foi libre, éclairée, personnelle, fruit de l'examen et de l'expérience, bien .supérieure à la foi aveugle, machinale, superstitieuse et imposée du dehors.
C'est ce qu'a fort bien compris l'éminent historien'" qui. avec M"" de Staël, oppose aux pompes et aux splendeurs du culte catholique «le culte abstrait de l'Esprit, dans des temples nus et vides pour les yeux de la chair, l'enthousiasme de la réforme morale, l'exaltation de la dignité du chrétien, éclatant dans les chants d'une harmonie nouvelle, art unique d'un culte iconoclaste. »
L'art n'est pas le privilège de la superstition; on peut l'aimer et le cultiver avec succès sans transformer les églises en musées ou en succursales de l'Opéra.
L'atrophie du sens artistique n'est pas la conséquence nécessaire du développement intellectuel et moral : témoin Milton, Albert Durer, Holbein, Rembrandt et son école*-'. Van Dyck, Reynolds, Turner, Thorwaldsen, Handel, Séba.stien et Emmanuel Rach, Weber, Mendelssobn'^', Schumann, Niedermeyer, etc., tous protestants. Le bigotisme et l'intolérance n'enfantent pas naturellement des chefs-d'œuvre, et si des conciles se croient permis de décréter la foi et la vérité, aussi bien que l'infaillibilité d'un homme, ils renoncent du moins à créer d'un mot des Léonard, des Raphaël et des Michel-Ange.
'" H. Martin, Hist. de France, IX, p. io4.
'-' Les prolestanls cruellement persécutes d'Anvers se réfugiaient, pour célébrer leur culte, dans le salon de l'un d'eux, le peintre Jordaens, chez qui la police n'osait aller les chercher. (Cli. Rahlenbeck, Bapport sur les actes cl documents concei'nant le protestantisme beli;c, Bruxelles, in-8°, p. i3.)
«Il est donc à peu près certain, dit M. Vitet {Etudes sur l'histoire de l'art, 3" série, Paris, i8l')?i, in-S", p. 23C), que, sans la Réforme el sans les luttes qu'elle engendra, sans
le mouvement national qui, de i56o à i58o, arracha la Nei'rlamle à la domination espagnole, nous n'aurions pas eu de peinture hollandaise. Les semences pittoresques qui couvaient dans ce sol, ou n'auraient pas germé, ou ne seraient sorties de terre qu'au profit de la peinture flamande, sans rien produire d'original, n
W Voir Memlelssohn et la Réformation, dans les Libres paroles d'un assiégé, écrits et discours d'un républicain protestant, par A. Coquerel fds, Paris, Cherbuliez, 1871, in-12.
INFLUENCE DE LA liÉFORME SUR LA MUSIQUE.
A entendre les ultrainontains, il semblerait que la civilisation n'ait pas subi d'éclipsé, qu'il n'y ait pas eu de moyen âge; que le catholicisme, qui régnait alors sans rival, n'ait point communiqué à la musique, à la peinture, à la sculpture, sa raideur hiératique, ses formes conventionnelles, son mépris des divines lois de la nature, et que l'Europe n'ait conservé nul souvenir de la Renaissance. Cependant t^ l'histoire *lémontre, dit M. Renan '", que la perfection dans les arts n'a jamais été atteinte tant que l'art a été exclusivement dominé par la religion, n Celui du moyen âge n'y atteignit qu'en s'émancipant du joug papal et des formules scolastiques '-'. M. A. Coquerel fils'^' a fait toucher du doigt l'indéniable décadence dans laquelle le catholicisme moderne a de nouveau précipité la peinture et la sculpture; et les musiciens les plus antiprotestants de nos jours se plaignent non moins amèrement de la mort du plain-chant que de l'introduction des romances et des airs d'opéra dans le sanctuaire.
Grâce aux investigations de M. Charles Read, qui a découvert les précieux registres du temple de Charenton (brûlés sous la Commune), nos artistes semblent ressusciter à l'envi pour confondre les détracteurs du protestantisme. 11 n'en faut pas d'autre preuve que la table des matières de la France protestante, t. X, p. aG-'jf), celle du Supplément , lettre A (^Bulletin, t. XIX et XX, p. 2 36), et ces lignes du Bulletin, IV, p. 628 : «Dans une période d'environ quatre-vingts années, qui embrasse la fm du règne de Henri IV et ceux de Louis XIII et de Louis XIV, jusqu'au fatal millésime de i685, nous ne comptons pas moins de deux à trois cents noms, dont un bon nombre brillent au premier rang dans les fastes de la peinture, de la sculpture, de la gravure, de l'architecture de l'époque. C'est Jacob Bunel, peintre du roi..., c'est Pierre Briot, le célèbre graveur des monnaies, médailles et effigies du roi,^: etc., etc. Suit une énumération ho-
f DUcows sur l'état des heaux-arts au jiv' siècle, p. io5.
'-' Cela est surtout sensible chez Raphaël , dont le dernier tableau catholique est la Tluulogie ou Dispute du saittt saa-emei>t, fort iiifi'rieure à la Transfiguration et à V Ecole d'Athènes.
Les chefs-d'œuvre de l'art gothique, où s'étale naïvement la gi ossièreté des mœurs de l'époque, dans des bas-reliefs d'une révoltante
indécence, ne font pas exception à la règle. Pour que les architectes laissassent sculpter, comme aux portails de Strasbourg, de Reims, de Notre-Dame no Paris et ailleurs, des moines, des religieuses, des évèques et des rois dans la chaudière infernale, il fallait qu'ils fussent passablement émancipés.
C Les beaux-arts en Italie, au point de vue religieux, Paris, i8.'i7, in-12, et Rembrandt et l'individualisme dans l'ai(, Paris, 18C9, in-i8.
mérique et encore fort incomplète. Nous nous bornerons à citer, à notre tour, l'immortel Bernard Palissy, nos deux martyrs, victimes de la Sainl- Barthélemy, Jean Goujon et Claude Goudimel, Claudin le Jeune, Jean Cousin, fondateur de l'école française de peinture; les peintres en émail Bordier et Petitot; les architectes Salomon do Brosse, Jean de Lorme, et les Ducerceau; les Gobelins et Pierre Boule; les graveurs Abraham Bosse et le petit Bernard, et parmi les contemporains : Lugardon, Girardet, Tôppfer, Ary Schefï'er, Léopold Robert, Jalabert, Comte, Pradier, David d'Angers, De Triqueti, Labouchère, Gleyre.
Le fait suivant révélerait à lui seul l'heureuse influence que la Réforme a exercée dans notre pays, au point de vue des arts plastiques : parmi les douze fondateurs de l'Académie des beaux-arts (16/18) figuraient au moins cinq protestants") : Sébastien Bourdon, Louis Elle dit Ferdinand, Samuel Bernard, Louis Testelin et Louis Dugrenier.
D'autres protestants firent partie de l'illustre compagnie : Henri Testelin (16A8). Abrah. Bosse ( 1 65 1 ), Jean Michelin (1660), Jacques Rousseau (1662). Isaac Moillon (i663), Pierre Dugrenier (iG63), Etienne Picart (i66i), Lespagnandel (i665), Abrah. Genoels (i665), Elisabeth-Sophie Chéron, nouvelle convertie (1672), Nicolas Heude (1673), Pierre Lombard (1673), Jean Forest (167/1), ■'«'^"^ d'Agard (1678), Jean Ecman (1676).
Neuf d'entre eux en furent exclus, et destitués de toutes leurs fonctions, le 10 octobre 1681 , pour crime d'hérésie : Sam. Bernard, Ferdinand, H. Testelin, J. MicheHu, J. Rousseau, Lespagnandel, N. Heude, J. Forest et J. d'Agard; quelques autres moins résolus, et qu'on espérait sans doute convertir, n'avaient pas encore été expulsés en i685. A partir de la révocation de l'édit de Nantes, les catholiques furent seuls admis'-' dans la compagnie, moins jalouse des droits de l'art qu'empressée à flatter la dernière passion d'un roi devenu dévot à force d'adultères.
De l'aveu même de ses adversaires, la Réforme eut une influence plus grande encore sur la musique. Ecoutons M. Danjou'^' :
(') On sait que les protestants Conrart et voir Charles Boit, prolestant, né de réfugiés
Gombault sont les vrais fondateurs de l'Aca- français et premier peintre du roi d'Angle-
démie française. terre. Le peintre en émail Rouquet jouit peul-
'=111 fallut un ordre du Régent (27 jan- être de la même faveur vers 1755.
vier 1717) pour décider l'Académie à rece- '"' De l'èlnl et de l'avenir du chmil ecdé-
Le proleslantisme a été stérile pour les arts; il en a desséché la source, qui était la foi et l'eiitliousiasme religieux; toutefois, c'est une vérité liistorique contre laquelle on ne peut rien alléguei', ([ue Luther, en faisant adopter pour son culte des mélodies simples , faciles , en les faisant apprendre dans les écoles et chanter ensuite , soutenues par les sons de l'orgue, a développé puissamment en Allemagne le sentiment de la musique.
L'émulation du clergé catholique fut excitée par l'eflet que produisaient sur les populations les chœurs harmonieux des hérétiques, et bientôt de cette rivalité naquit le progrès. La liturgie catholique, avec sa splendeur, sa poésie sublime, ses cérémonies magnifiques, devait l'emporter dans cette lutte inégale. En effet, tous les chefsd'œuvre de musique sacrée sont, sans exception, consacrés à notre culte et, chose remarquable, lorsque parmi les protestants il s'est trouvé un artiste de génie, il a été forcé en quelque sorte de faire hommage de ce don précieux à l'Eglise catholique, sa mère méconnue; on peut citer, par exemple, les messes et Magnijicat du grand Sébastien Bach ''.
Ce curieux passage renferme une choquante contradiction; avouer que le protestantisme a puissamment développé le goût de la musique, que ses chœurs harmonieux ont excité l'émulation des catholiques , qu'il a produit des artistes de génie comme Sébastien Bach , n'est-ce pas reconnaître qu'il y a au moins un art dont la Réforme n'a pas tari, mais épuré et vivifié la source? Ensuite il n'est pas exact de dire que tous les chefsd'œuvre de musique sacrée «sans exception" sont consacrés au culte catholique; cela n'est vrai que des messes. M. Danjou a simplement oublié le choral et l'oratorio, dont l'origine n'a rien de catholique. En outre, le
sinsUqiie en France, par F. Danjou, organiste teslanlisme peut inspirer,- il n"a garde de
de la métropole de Paris et de la paroisse laisser même entrevoir que Sébastien Bach et
.Saint-Eustache, Paris, i843, in-8°,p. 35. Mendeissohn appartiennent à la Réforme.
"' On trouvera plus loin l'aveu plus explicite Ilia plus loin: contre toute évidence, et
encore de M. D'Ortigue. sans souci de se contredire lui-même, il écrit.
Il y a cbez M. Félix Clément comme un page 621, que le père de ce dernier compo-
parti pris d'ignorer les grands maîtres proies- sileur abjura le judaïsme et se fit luthérien;
tants. Dans son livre intitulé : Les Musiciens page 5a 4, que Mendeissohn épousa la fille
célèbres ilepuis le ni' siècle jusqu'à nos jours, d'un pasteur de Francfort, el sur la même
Paris, 1 878, grand in-8", il consacre des ar- page :
licles à Roland de Lattre, Palestrina, Vittoria, tiOn lui proposa la place de direcleur de la
Allegri, mais point à Goudimcl, qui y esta musique de Dusseldorf, afin d"y organiser
peine nommé, ni à Claudin le Jeune; s'il la société de chant, l'orchestre des concerts
avoue que le rMillon de la musique.... et la mu.sique des églises, imit israélite qu'il
Haëndel. a atteint la limite de l'art que le pro- était. 1
322 INFLUENCE DE l.A RÉFOliME SUK LA MUSIQUE.
progrès musical n'est pas né de l'émulation féconde des deux Eglises, il l'a enfantée : dès leui^ apparition, la mélodie et l'harmonie protestantes produisirent un effet tel, qu'il est permis d'avancer rpie trie protestantisme arracha la musique à la barbarie'",^ et que le plus immatériel des arts est celui qui doit le plus à la Réforme. C'est elle, en effet, qui a universalisé l'enseignement du chant, jusque-là réservé à un très petit nombre d'élèves dans les maîtrises ou psalleltes des cathédrales.
«L'école, a dit M. Michelet »), c'est le premier mot de la Réforme, le plus grand. Elle écrit en tète de sa révolution : Enseignement universel, écoles de garçons et de (illes, écoles libres et gratuites, où tous s'assoieront, riches et pauvres.
«Que veut dire pays proteslanis? — Les pays où l'on sait lire, où la religion tout entière repose sur la lecture.
^C'esl pour la première J'ois qu'on parle de V enseignement des filles , qu'on s'occupe de former celles qui, bientôt, comme femmes et mères, auront à former leurs fils.
«La lecture, l'écriture, l'instruction religieuse, un peu d'histoire, beaucoup de chant.
«C'est poir la première fois que l'enseignement universel de la musiqce
est institué. "
Voyons maintenant ce que l'Église catholique avait fait de cet art, et dans quel état il se trouvait avant le .wi' siècle.
Le culte des premiers chrétiens, fidèles imitateurs de leur iMaitre
!') Lièvre , Hisl. des prol. du Poilnii , 1 , i o i .
") Réfirme, p. 385.
*■'' Après te dernier souper, au moment de se rendre au jardin des Oliviers, Jésus clianla riiymne avec ses disciples. (Matl. xxvi, v. 3o; Marc. XIV, v. 36.)
Les clirétiens cliantaient des psaumes et des hymnes, dit saint Denys l'Aréopagite, martyrisé en 95 {De diviiiis nominihtis, lib. IV), el Pline le Jeune le répèle dans sa fameuse letlro à Trajan : Chrisliani soliti smil sinio die mile lucem convenire cormenque Clirislo quasi deo dicere secum invicem.
Ceux d'origine juive avaient très probaldement conservé une partie des clianis de ta
synagogue, et ceux d'origine grecque, des airs des mystères. Il n'est guère possible de douter que les premiers fussent rbylhmés, comme les seconds; car PhUon dit, dans sa Vita conWmplaliva : Therapeiitœ non solum contemplanlw, sed eliam canticn et htjmnox in taudem Dei compununl vaiio tiietrorum génère, rhyOïmisque concimwntes in augiutiorem et religiosam speciem. En outre, M. Fétis parle du rhythme de la musique égyptienne, que les Hébreux auraient transportée des bords du Nil en Palestine. Cette musique surchargée d'ornements, passant avec rapidité du grave à l'aigu el vice rcisfl , devait avoir une échelle très étendue, et très probablement des intervalles plus petits
INFLUENCE DE LA MÉFORME SUli LA MUSIQUE. :i2:]
consistait en prières, lectures de l'Ancien Testament et des lettres apostoliques, exhortations, chant d'hymnes et de psaumes"'. Tous chantaient, priaient, exhortaient dans les assemblées '-'; mais le règne de cette écalité fraternelle ne dura guère, parce que la religion nobvelle ne sut pas se préserver de l'invasion des idées et des cérémonies juives et païennes '^' : cierges, eau lustrale, reliques, autel, encens, sacrifice, célibat, etc. Dès le second siècle, on voit apparaître l'idée d'un clergé [xkrjpos, ordo) faisant l'office de médiateur entre Christ et la communauté. Le mystère dont la célébration de la cène fut bientôt entourée, la séparation entre les initiés et les catéchumènes, entre les fidèles et les lapsi, accrurent l'autorité des hiérophantes ; avec les privilèges des ministres de l'autel renaquit la hiérarchie sacerdotale, qui fit des prêtres une caste avide de pouvoir et supérieure au commun des mortels. Saint Clément d'Alexandrie (f 917) distinguait déjà les prêtres, les lévites et les laïques. A mesure que la religion toute morale et spirituelle de Jésus se corrompait et se transformait en catholicisme, les fidèles perdirent peu à peu tous leurs droits.
Toutefois, au commencement du iif siècle, le peuple chantait encore, notamment dans les agapes ou repas de charité, les hymnes que chacun
que les nôtres. Chez les Coptes, tribu égyptienne qui parait avoir conservé ies traditions les plus anciennes, l'abus des ornements est
tel que le chant du seul mot Allelum dure plus de vingt minutes. (Biographie des musiciens, Bruxelles, 1857, in-8°, introduction,
p. LV1II-H\II,)
•" Voir E. De Pressensé , Histoire des trois premiers siècles de l'Eglise chrétienne, t. II, p. aSg.
'-' I Corinlh., xiv, v. a6.
'■'' Voir Alfred Maury, Religions de k Grèce antique; Benjamin Constant, De la religion; Daillé, Adversus Latinorum de cultus religiosi objecta tradtlionem disputatio , etc. , Genève, i664 , in-4°; A.Coquerelfils, Hist.du Credo, Paris, 1869, in-12 , p. 00, et le catholicisme et le protestantisme dans leur origine et leurs développements, iSfii, broch. in-S".
"Presque toutes nos superstitions, dit M. Renan, sont les restes d'une religion antérieure au christianisme, que celui-ci n'a pu déraciner entièrement. Si l'on voulait re-
trouver de nos jours l'image du paganisme, c'est dans quelque village perdu au fond des campagnes les plus arriérées, qu'il faudrait le chercher.'' (Hist. des orig. du Christian. Les Apôtres, p. .336.)
rrOn ne peut s'empêcher, dit l'abbé Hue ( ^".VffP "" Tibet) en parlant des cérémonies bouddhiques, d'être frappé de leur rapport avec le catholicisme. La crosse, la mitre, la dalmatiqne, la chape ou pluvial, que les grands lamas portent en voyage ou lorsqu'ils font quelque cérémonie hors du temple , l'office à deux chœurs, la psalmodie, les exorcismes, l'encensoir soutenu par cinq chaînes et pouvant s'ouvrir et se fermer à volonté, les bénédictions données par les lamas en étendant la main droite sur la tète des fidèles, le chapelet, le célibat ecclésiastique, les retraites spirituelles, le cidle des saints, les jeûnes, les processions, les litanies, l'eau bénite , voilà autani de rapports quelesbouddhisles ont avec nous,i .sans parler de la lonsure, de la vénération de.s reliques et de la confession.
faisait du mieux qu'il pouvait, coinmo nous l'apprend Tertullien "'. «Les évêques nvoient quelquefois le soin de donner des canli(|ucs à leur troupeau, et c'est parla que Nepos, évêque égyptien , s'étoit alliré l'amour des peuples; car, quoique cet évéque ne fût pas très orthodoxe, les pseaumes qu'il avoit composez ne laissèrent pas d'avoir un grand cours chez les chrétiens '-'. Les prêtres avoienl à cet égard les mêmes droits que les évêques, et on voit de ces hymnes composez par Clément d'Alexandrie,
auquel Gadius a donné mal à propos le titre d'évè(|ue l-lnfin les
laïques mêmes le faisoient quelquefois '^'. »
Au iv" siècle, marqué par la transformation païenne de l'Evangile en religion d'Etat ou de cour, et "par la suppression des jeux du Capitole (vers 38/i), qui fut conmie le signal de la dernière décadence de la poésie et de la musique'*',» deux courants opposés se manifestèrent. D'un côté, le cléricalisme tendait à la suppression du chant [lopulaire : le concile de Laodicée (3GA), dont la décision fut ratiGée par un autre concile tenu à Constantinople, interdit le chant dans l'église à quiconque n'était point psaltode ou chantre officiel '^'; d'un autre côté, pour lutter contre les hérétiques, l'Eglise fut contrainte de favoriser le chant améhéc ou alternatif '■''\ qu'ils avaient rétabli, et dans lequel l'assemblée alternait avec le psaltode.
Les scissionnaircs paraissent avoir mis le plus grand prix à posséder des hymnes dilTérenls de ceux des orthodoxes. Ainsi que Basilides, Valentin, Bnrdesanes et Harmonius, Arius, Apollinaire et plusieurs autres en composèrent pour leurs ])artis. L'émulation porte toujours ses fruits. Pour éclipser cette poésie et enlever aux scissionnaires ce puissant moyen d'inlluçnce, Ephrem le Syrien, Chrysostome, Augustin, Ambroise et leurs élèves leur opposèrent des hymnes conformes a la foi généi'ale, et adaptés quelquefois auœ airs de leurs ennemis '''.
'" Apol., c. xxxix, p. 80 et 82. '" Félis, Biographie des musiciens, inir'od.
'*' C'est une preuve entre mille de celle p. cxlviii. — La décadence des arU de Rome
assertion de M. A. Coquerel fils {Despremière.^ était le résultat de la translation du siège de
transformations hisloriq. du clirislian., Paris, rempile à Byzance.
1866, in-i2 , p. 1/17). On a vu, dans les pre- '* Can. xv : Mjj Seîv tsÀsov tûv xavovi-
iraers siècles de notre ère, trie vrai sentiment xàv -j/ay^iàv ToSveVi toi> tïjiëiiira dvaëaivovTWV
évangélique régnant surtout au sein de ce xai ànà èi^Bspas •^aXkàvimv érépovs ^âXXeiv
qu'on appelle l'iiérésie.ji Ce sentiment se tra- èv èxxXnai?.
duisait ici par la revendication des droits du " Les Grecs l'appelaient antiphonie, d'où
peuple. sort notre mot antienne.
'^> Jacq. Basnage, //is(. f/e /'Ég/fse, Botter- O Matter, Histoire du Cltrislianismp , 1.
dam, 1699, in-fol., II, ion;,. ;j-8.
Il paraîtrait, que la tendance anlipopulaire aurait prédominé dans l'Eglise d'Alexandrie, à une époque bien antérieure, dès le temps même de Pliilon, contemporain des apôtres"'. Elle régnait aussi en Cappadoce vers le mdieu du iv° siècle; car saint Grégoire de Naziatizc louait sa mère de garder le silence dans l'église, et de n'ouvrir la bouche que pour se joindre à l'Amen [)ar lequel tout le peuple répondait au prêtre officiant'-'.
Selon Théodoret, les prêtres d'Antioche Flavien et Théodore furent les premiers qui, pour prémunir le peuple contre l'hérésie, renoncèrent, vers l'an 35o , à la psalmodie exclusivement ecclésiastique, qui n'avait plus depuis longtemps aucun attrait, et k séduisirent saintement les fidèles ", en divisant l'assemblée en deux chœurs qui chantaient à tour de rôle. Provoquée pour ainsi dire ])ar l'insolence des ariens '^', l'Eglise de (lonstarilinople '*' suivit bientôt l'exemple de celle d'Antioche, et saint Basile établit à son tour le chant alternatif à Césarée de Cappadoce, en S-^o, à l'imitation des Eglises d'Egypte, de Libye, de la Thébaïde, de la Palestme, de l'Arabie, de laPhénicie et de la Syrie, où, lors des grandes fêtes, le peuple accourait avant le jour à l'église, pour y prendre part'^l Enfin, de l'Orient cet usage passa en Occident: en 871 , «le pape Damase ordonna (jue le chœur fut divisé en deux ailes, et que tous les fidèles réunis dans l'église chantassent alternativement''".» Ce n'est qu'en 38h, que saint Ambroise l'établit dans son diocèse de iMilan, d'où il se répandit dans presque toute l'Europe ''".
Ayant entrepris de ramener à l'uniformité le chant et la liturgie des Eglises de son ressort, il réforma du même coup la musique, et l'établit sur une base nouvelle, pour en rendre l'exécution plus facile. A la division de l'échelle musicale en télracordes (gammes de quatre tons), usitée chez les Grecs, et dont les combinaisons dans les trois systèmes grave, médiaire et
"' Philon nous apprend, dans son livre des '" Bom Gaéeanger, InstittUiong liturgiques ,
Ordonnances ecclésiastiques, que "en rÉgiise a;)U(i D'Ortigue, Dictionn., col. 112. d'Alexandrie c'était la coutume de chanter W Saint Chrvsoslome, évéque de celle ville
des hymnes et des poésies sacrées; qu'un (898-607), s'exprime ainsi (Hnmil. vi, in
d'entre les chantres se levait pour en chanter Cor. I) : Et is qui psaltit, solus psallit , elmmsi
les premières strophes et les versets, et que otnnes respondendo résonnent, tanquam uno ore
les autres chanlies les finissaient alternative- vo.r fertur.
ment.i (D'Ortigue, Dictionn. de plain-chant , '» D'Ortigue, Dictionn., col. 872.
Paris, iU'oli , in-ù°, col. Soi.) (« Ibid., coi. 869.
<»> D'Ortigue, Dictionn., col. 208. '> L'abbé Fleuiy, Hisl. erçl., IM, .ioo.
lISFLUEiNCE DE LA HÉFORME SUK LA MUSIQUE.
aigu, n'étaient pas sans difficultés, il substitua quatre modes, ou quatre séries de huit notes, dérivés des quatre modes les plus répandus : le phrygien, le dorien, l'éolien et le inixolydien <".
Saint Augustin nous apprend dans quelles circonstances la psalmodie alternative fut adoptée par Ambroise, peu après qu'il eut institué les Vigiles'-'. Persécuté par l'impératrice arienne Justine, Ambroise s'était réfugié dans l'église avec un grand nombre de ses adeptes résolus à mourir avec lui. t^Ce fut en celte occasion, dit saint Augustin, dont la mère ne quittait pas Ambroise, et de peur que le peuple ne succombât enfin àrennHi'^'d'une épreuve si longtemps prolongée, qu'il l'ut ordonné que l'on chanterait des hymnes et des psaumes à la manière orientale '*'. Depuis et jusqu'à ce jour on a continué de le faire: et presque dans toutes les Eglises et dans toutes les parties du monde on a suivi cet exemple et adopté cette sainte institution, n
A quatre reprises'^', Augustin parle au singulier de la voix qui entonnait les psaumes; d'où il résulte que le prêtre, ou le chantre chargé de cette partie du culte, exécutait un solo, interrompu à la fin de chaque verset par la voix des fidèles chantant à l'unisson''''. Enfin il nous donne un précieux détail sur cette exécution dans l'Eglise d'Alexandrie. Quelquefois, dit-il, la crainte excessive que j'ai de pécher, en étant plus sensible au charme de la musique qu'au sens des divines paroles, «me jette dans l'excès contraire, et jusqu'à vouloir éloigner de mes oreilles et de celles de toute l'Église, tous ces chants harmonieux dont on a coutume d'accoinpagner les psaumes du roi-prophète, estimant qu'il est plus sûr de s'en tenir à ce (jue j'ai souvent ouï dire à l'évêque d'Alexandrie Athanase, qu'il les faisait chanter avec une inflexion de roix si peu sensible, que celui qui les récitait semblait plutôt tes lire que les chanter '^'. »
"' Le plus ancioii , le phrygien , correspondait à nii-la , sol , la ; lo dorien avait un dièze en pins : mi, l'a jf-sol, la; et le lydien on avait deux : rai, fa jf, sol if-la. ( Fétis, Biogr. des music. , introd. , p. c. )
'^) Godefroi Hermant, lie de smnt Aiii- /'roise, Paris, il')79> in-i°, p. a-j'i.
''' L'ennui n'était pas le seul adversaire, ni peul-ètre le plus redoutable, que saint Ambroise songeât à combaltre par celle innovation; car il s'afjissail, dil doni Giioranyor,
«de repousser l'arianisme par la manil'eslalion d'une nouvelle forme lilurgiqiie.-^
' Cuiifessw , liv. X, chap. vu: Tutu- hijiimi el psttlmi ut canerentur secundiim mnreiii orienlatium partium , ne popidiis mcerurt» tœdio conlabesceret, mslitiiUiin est.
'') /6iW. , liv. X, cbap. \xsiii.
'" Ibid., liv. IX, cbap. m.
>"' Ibid., liv. lA,chap. xïxiii. — Voir entore les Œuvres de Bossiiet , Paris ,1818, in-4°, XXXVIl, p. J:!8, qui écrivait, le 9 mai iGgi.au
Jusqu'à quel point le chant ambrosien, dont il ne reste aucun spécimen, était-il rhythmé et mélodique? — A part l'établissement de quatre nouveaux modes plus étendus et plus faciles, l'œuvre d'Auibroise n'eut rien d'original: il se borna à introduire la musique grecque dans l'Eglise latine. Or cette musique, qui n'eut primitivement que quatre notes à sa disposition'", n'était qu'une sorte de récitatif fortement scandé, qui faisait ressortir la prosodie de la plus harmonieuse des langues. Fort dillerente de la nôtre, bien que les intervalles en fussent diatoniques avec un mélange de chromatique'-', cette musique n'était, dit M. Fétis, qu'un mode d'accentuation de la poésie, non une mélodie indépendante des paroles. Elle servait non seulement aux poètes pour réciter leurs vers, mais aux acteurs et même aux orateurs, qui variaient leur débit d'après le ton et le rhythme que leur donnait un musicien caché. Absolument dépendante du ryhthme prosodique, la mesure musicale n'était qu'un accessoire dont la régularité, élément capital de la musique moderne, ne semblait nullement nécessaire.
A côté de cette déclamation, souvent improvisée, qui produisait des effets magiques que nous avons quelque peine à nous figurer, il y avait une autre espèce de chant adapté aux cérémonies du culte, et dont les motifs plus populaires étaient conservés par les traditions. Ce sont ces nomes ou airs sacrés, en usage dans les temples grecs et uniquement soumis à la mesure rhytlimique ou à l'accentuation prosodique '*', que saint Ambroise appliqua aux hymnes et aux antiennes de l'Eglise '*'.
Père Caflaro : rr Saint Augustin met en doute s'il faut laisser dans les églises lui chant harmonieux, ou s'il vaut mieux s'allacher à la si'vère discipline de saint Allianase et de TKglise d'Alexandrie, dont la gravité souffroit à peine dans le chant , ou plutôt dans la récitalion des psaumes, de foibles inflexions, tant on craignoit dans l'Eglise de laisser affoiblir la vigueur de l'àme par le douceur du chant. Maintenant , on a oublié ces saintes délicatesses des Pères, et on pousse si loin les délices de la musique, que, loin de les craindre dans les cantiques de Sion, «n cherche à se délecter de celles doni Bahylono anime les siens. 1
' Les éphodes de Sparte punirent Tcrpnndre d'avoir ajouté trois nouvelles cordes aux quatre de ia lyre, et Timothée, qui en porta le nombre à onze, eut le même sort.
-' Suivant M. D'Ortigue(/)ic((r)mifli're, col. 1 44g), la gamme grecque aurait procédé par quarts de ton; selon M. Fétis, au contraire {Biographie des music, introd., p. cviii), le demi-ton seul s'y mêlait au genre diatonique. '^' Saint Augustin a ccril un ouvrage assez obscur sur le rhythme et conforme aux principes grecs.
'" Fétis, Biogr. des music. , introd. . p. civ : IJ'Orligue, Diclionn., col. 3oa, et Scudo, Eniijclnj). niiidei'ne, art. (îlianl.
INFLUENCE DE LA l'.EFORME SUR LA MUSIQUE.
ftLeiir caractère grave et monotone était, selon M. Fétis'", semblable à celui (le notre plain-cliant. sauf la différence de l'échelle, plus étendue dans celui-ci. Un nome grec était donc à peu près ce (jue sont le Panife Vingua, le Veni Creator, VAve maris Stella de nos antiphonaires. » Le morceau suivant, que nous empruntons à la Biograpliie des musiciens, peut donner une idée approximative de ces nomes, dont beaucoup avaient quelque chose de plus étrange encore. Celui-ci est écritdans le mode Ivdien et compris dans un intervalle de sixte majeure.