‹ Clément Marot et le Psautier Huguenot (volume 2)Chapitre 81 sur 177 · IP · texte numérisé non relu

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C'est dans le sens de ce (jui précède qu'il faut admettre l'assertion de M. Th. Nisard'"^' : «Saint Ambroise a importé en Europe le chant mesuré (encore une fois, le chant métrique). Il a imité, en ce point, la musique des peuples orientaux. «

Ainsi donc, au point de vue de la tonalité et de la mélodie, aussi bien qu'au point de vue du iliythme et de la mesure, le cliaiil ambrosirn a dû

'" BiogT. (/('3 iHHsif. , iiilrod,, |). civ. — • De la noialinu prnpnilionneUe au iiKiijeii âge, Paris,

IiNFLUEÎNGE DE LA HÉFOKME SUR LA MUSIQUE. 329

ressembler assez peu à la musique actuelle, bien qu'il fût encore, grâce à la prosodie, supérieur au chnnt grégorien, qui lui succéda. M. D'Ortigue'" a résumé de la manière suivante la caractéristique que M. Th. Nisard a tracée de ces deux sortes de cbants : r Dans l'un, abandon complet des règles de l'accentuation latine et adoption du genre diatonique. Dans l'un, musique grave, sévère, adaptée aux durs gosiers des Barbares du Nord, qui se convertissaient en foule au catliolicisme. Dans l'autre, un art plus grec, plus souple, plus élégant, quelque chose de moins austère et de moins àprc. "

La prosodie latine étant bien moins accentuée que celle des Grecs, le rhythme des nomes s'affaiblit nécessairement quand Ambroise les appliqua à des paroles latines, et la domination des Ostrogotbs en Italie lui porta une atteinte mortelle, en familiarisant l'oreille des vaincus avec le langage sans cadence et guttural des conquérants.

«Telle fut, dit M. Félis, la rapidité delà décadence du cliant à cet égard, qu'à l'époque de la réforme du système musical par saint Grégoire, c'est-à-dire moins de deux cents ans après la mort d'Ambroise, il ne restait presque plus de traces de l'ancienne prosodie chantée, et que le réformateur put en faire disparaître le peu qui en existait encore, sans oil'enser l'oreille de ses contemporains. L'égalité des temps musicaux s'établit si bien , qu'il n'apparaît pas un signe de durée dans tout le chant noté des antiennes et des graduels qui sont parvenus jusqu'à nous , depuis le vni" siècle jusqu'à la fin du xin' '-'. n

L'invasion des Barbares, qui explique fort naturellement la perte de l'accentuation et la nécessité du remaniement de l'échelle musicale, bientôt dépassée, ne saurait justilier celte réforme à rebours, qui ne fut que la consécration d'un énorme abus; car, si les délicatesses de la musique grecque devaient s'évanouir au rude contact des hommes du Nord, ceuxci apportaient avec eux une autre musique, supérieure à l'ancienne par sa tonalité susceptible d'harmonie, et par son rhythme essentiel et indépen-

"' Dicliniin., col. i 17. (les lenips moilernes. Opinion aksoliinienl in-

'-' Les éditeurs de la seconde édition de La soutenable, qui a contre elle l'autorité du nom

science et la pratique du plain-chant , par dom de M. de Coussemaker, l'iiomme le plus com-

Jumilhac, Paris, 1868, in-i°, p. .'i5i, coin- pèlent en cette matière. Selon lui [Hist. de

battent cette dernière assertion , dans le dessein l'harmonie au moyen âge, p. 83), le rhythme de

d'établir quu ce sont Icshjnincs prosodiécs qui ces hymnes se perdit bientôt, et ne put excr-

ont donné naissance à la nuisique mesurée ter aucune influence sur la musique populaire.

INFLUENCE UE LA liEFOR.ME SUK LA MUSIQUE

(lant de toute prosodie. Pourquoi It; cathoiicisine, qui avait fait (ant d'emprunts au paganisme grec et qui allait en faire d'autres à la religion de ces Barbares'", n'adopta-t-il pas leur musique ? — Ce fut parce que le peuple n'était plus rien dans l'Eglise, parce que, païenne ou chrétienne, Rome a toujours poussé àses dernières limites le cultede la tradition'^', et n'a jamais reculé devant rien, pour nia In tenir immuables les règles qu'elle avait une fois formulées, dût-il en résulter une absurdité aussi révoltante que la célébration du culte en une langue inconnue des fidèles'". Lorsque saint Grégoire le Grand s'occupa de réorganiser à son tour le chant ecclésiastique, et d'imposer sa liturgie, qui règne encore aujourd'hui dans toutes les Eglises non réformées de l'Oicident, le catholicisme était constitué dans son ensemble.

'" rGrégoire de Nysse (3.3o-'ioo), en écrivant la vie (le Grégoire le Tliaumalurge , le felicila d'avoir diaiigé les cérémonies idolâtres en fêtes chrétiennes; un siècle plus lard (?), Grégoire le Grand, en approuvant hautement cette coutume et en traçant des instructions sur ce sujet, permit même de conserver quelques-uns des plaisirs et des festins usités anciennement... Les canons des synodes nous apprennent qu'ailleurs on conserva, auprès des temples conquis par les cliréliens, les anciennes danses, les chutils et les banquets: les images des dieux proscrits furent (pielquefois adoptées elles-mêmes par le nouveau culte." (Matler, Hist. du Chnsdaiu, 1. 37().)

'-' i^A l'époque de ses premiers rois, elle institua une corporation d'ouvriers chargés d'entretenir le pont du Janicule. Ce pont , (|ui reliait la capitale naissante à la plus haute des collines qui la dominent au delà du Tibre, était indispensable à la sécurité de l'empire; aussi la corporation, à cause de la nécessite de ces fonctions, dans ces temps de péril, fut déclarée sacrée et son chef inviolable. Il est vrai que, Rome étendant autour d'elle ses conquêtes, ce collège de charpentiers perdit bientCit toute importance, et ses fonctions, le caractère de défense nationale qu'on leur avait attribué d'abord. Mais l'institution religieuse a survécu aux circonstances insignifiantes d'où elle était née. L'inviolabilité attachée à la pré-

sidence de cette corporation était une prérogative très précieuse , et fit rechercher cet office sacerdotal par les plus grands personnages. .Ainsi, le titre de faiseur de ponts, ou de souverain pontife , a été légué par les charpentiers desTarquins, qui le portèrent d'abord, à une longue série de personnages considaires, à tous les empereurs païens, à leurs premiers succes- .seiirs chrétiens, et enfin à tous les papes, qui le portent encore, avec celui de vicaires de .lésus-Christ." {.\. Coquerel fils, Dex première» Irnnsjonna'.ions historiques ilu Christianisme, p. 139.)

'^' Le sacerdoce seul peut enfanter de telles aberrations, et il les enfante partout. Combien est-il d'israélites qui comprennent les portions de l'Ancien Testament lues dans la synagogue , ses prières ou ses chants en hébreu? Au moins, la prédication et le mariage se font en langue vulgaire; il n'en est pas de même chez les Parsis modernes, t Toutes les prières, dans toutes les occasions, sont récitées dans la vieille langue originale , le zend , dont personne ne comprend un seul mot, ni le prêtre qui les dit, ni les assistants pour l'édification desquels elles sont répétées. Il n'y a point de chaiie pour la prédication dans les temples parsis..., mais on n'y prononce jamais de discours en langue vulgaire. 1 (Max Muller, Essais sur l'hisloirç des religions, Paris, 1 872 , in-i2 , p. 235.)

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