‹ Clément Marot et le Psautier Huguenot (volume 2)Chapitre 94 sur 177 · PSAUME CL · texte numérisé non relu

PSAUME CL

5" et 8° phrases.

Édil. originale.

Recueil luthérien de 1851.

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Recueil luthérien de i854.

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Sou - dain l'al-lé - gres-se pu - bli - que

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On di - sait tout haut des Hé - breux :

LES INNOVATIONS AU XVIII' SIÈCLE ET AU \l\'. il3

Dieu se dé - cla - re bien pour eux.

Les exagérations de Pottier ont produit une réaction salutaire : la mutilation des mélodies cessa presque entièrement après la publication de son Psautier. On revient à une plus équitable appréciation de nos vieux airs, si variés dans leur simplicité.

C'est à peine si nous avons découvert de très légères modifications dans le recueil réformé de Paris, 1869 (deuxième note du psaume xix), dans les psaumes vi, xxxii et c (mélodie du cxxxiv) du recueil de Genève, 1866, dans les psaumes \v, lxxviii et cv du recueil de Nîmes, 1869, et dans deux du recueil de Melle, 1870. Encore un pas, et l'étrange évolution qui commença par le décri et le dédain des psaumes, pour aboutir à la reproduction pure et simple de l'ancien Psautier, sauf élimination des morceaux qui ont vieilli et sont devenus inclian tables, sera terminée. Nous voulons parler du retour à l'ancienne harmonie.

à' HARMOMES iNOUVELLES.

Du même mouvement irréfléchi et peu éclairé qui produisit les innovations qu'on vient de voir, naquirent aussi celles dont il nous reste à parler, et dont nous avons donné, p. 280 à 3 1 1 de ce volume, tous les spécimens à nous connus.

Il faut mentionner d'abord Sultzberger, qui, en 1727, rajeunit très légèrement l'harmonie de Goudimel, mais sans lui enlever son caractère essentiel.

Ce n'est qu'en 1760. que Le Camus s'éleva avec une singulière sufllsance contre l'ennuyeuse uniformité de cette harmonie, que son compatriote J. J. Rousseau, infiniment plus compétent que lui, jugeait d'une tout autre façon. L'auteur du Devin du village s'exprime ainsi dans son Dictionnaire de Musique, art. Chantre :

Quoi<ju"il n'y ait ni prosodie ni mesure dans notre manière de chanter les psaumes, et que le chant en soit si lent qu'il est facile à chacun de le suiwe, il me semble qu'il serait nécessaire que le chantre mai-quàt une sorte de mesure ... Il re'sulteroit de là deux avantages : l'un que, sans presque alte'rer le chant des psaumes, il seroit aisé d'y

LES INNOVATIONS AU XVIIl' SIÈCLE ET AU XIX'.

introduire un peu de prosodie et d'y observer du moins les lonf;Hcs et les bi-èves les plus sensibles ; l'autre , que ce qu'il y a de monotonie et de langueur dans ce chant pourroit, selon la première intention de l'auteur, être effacé par la basse et les autres parties, dont l'harmonie est certainement la plus majestueuse et la plus sonore qu'il soit possible d'entendre.

Il écrivait de Montmorency, en lyBS "* :

Je me souviens d'avoir vu dans ma jeunesse, aux environs de Neufchâtel, un spectacle assez agr(;able, et peut-ôtre unirjue sur la terre. . . Un des plus fréquents amusements de ces heureux paysans est de chanter, avec leurs femmes et leurs enfants, les psaumes à quatre parties; et l'on est tout étonné d'entendre sortir de ces cabanes champêtres ï harmonie forte et mâle de Goudimel, depuis si longtemps oubliée de nos savants artistes.

II dit encore ailleurs '^' :

Lorsque j'entends chanter nos psaumes à quatre parties, je commence toujours par être saisi , ravi de cette harmom'e pleine et nerveuse ; et les premiers accords , quand ils sont entonnés bien juste, m'émeuvent jusqu'à frissonner''*.

«Aussi, dit P. Dangirard '*', lorsqu'on 1761, M. Rousseau fut sollicité de refaire la musique de nos pseaumes, il s'en défendit sur son insuffisance et sur l'inutilité d'un travail qui avoit été si bien exécuté, n Non seulement Jean-Jacques était trop artiste pour commettre cette faute de goiît; mais encore, et cette raison a échappé à P. Dangirard, il était trop théoricien et trop versé dans l'histoire de la musique pour commettre cette faute de méthode. 11 eût signé volontiers ces lignes d'un très remarquable article de M. Hue Mazelet '^' : « L'ancienne harmonie du Psautier est évidemment supérieure à toutes les tentatives d'harmonie

"' Voir page 9 de la préface du Psautier de 1768,10-13, publiés. 1. par Dangirard.

C Dictionnaire de Musique, art. Unité de inélodie.

'" Jusque-là c'est le musicien qui parle, avec connaissance de cause et sans parti pris ; aussitôt après se révèle le paradoxal écrivain , qui place un état de nature tout imaginaire au-dessus de la civilisation, laquelle, selon lui, déprave l'horame. La mélodie est à ses yeux un arl naturel, et l'harmonie une inven-

tion gothique et barbare, en un mot un produit de la civilisation. .Aussi ajoule-t-il, sans que cela atteigne l'œuvre de Goudimel : itMais à peine en ai-je écouté la suite pendant quelques minutes, que mon attention se relâche, le bruit m'étourdit peu à peu; bientôt il me lasse, et je suis en6n ennuyé de n'entendre que des accords. »

'*' Page 10 du Psautier de 1768.

'^' Le Chrétien évangélique, année 1861, p. 2^5.

modernisée qui ont été faites depuis, et qui ont le grand défaut de ne pas tenir compte du style propre à l'ancienne tonalité dans laquelle les airs sont écrits, n Nous en avons pour garant le jugement sévère qu'il prononce sur les essais d'harmonisation des vieux chants de l'Eglise catholique : kII n'y a rien de plus ridicule et de plus plat, dit-il ''', que ces plainschants accommodés à la moderne, pretintaillés des ornements de notre musique et modulés sur les cordes de nos modes, comme si l'on pouvait jamais marier notre système harmonique avec celui des modes anciens. V

Nous sommes ici dans le vif de la question, et l'on nous permettra de redire une fois encore, avec M. Fétis'-', que la création de l'harmonie dissonante et l'application de la musique au drame, à la fin du xvi" siècle, eurent pour résultat une k révolution radicale", accomplie dans un espace de quinze ans, et «qu'un art, en quelque sorte tout différent et tout nouveau, fut substitué à l'ancien.» Non seulement les ressources harmoniques en furent singulièrement accrues; mais la base même de l'harmonie, la tonalité en fut profondément modifiée. Triomphant des huit tons ecclésiastiques, la tonalité populaire perfectionnée permit la modulation, c'est-à-dire le passage, auparavant impossible, d'un ton dans un autre et le retour au ton primitif. Or la tonalité dans laquelle sont écrits plus de la moitié des psaumes'^' est bien la tonalité populaire, mais encore dépourvue de la précision et des développements qu'elle reçut au commencement du xvn" siècle. La tendance vers le mode mineur actuel y est très fortement prononcée; mais c'est un mineur en voie de formation et encore imparfait. Quelques-uns sont écrits dans des tons ecclésiastiques qui n'ont rien de commun avec nos deux modes actuels, et qui, selon M. d'Orligue, ne comportent pas l'harmonie; d'autres flottent vaguement entre la tonalité ecclésiastique et la tonalité populaire. Or comment accorder cette tonalité hésitante, inachevée, avec l'harmonie moderne, régulière, inflexible, qui repose tout entière sur la délimitation précise des modes majeur et mineur? Quand même il n'y aurait pas incompatibilité absolue entre la tonalité moderne et l'ancienne, ces airs tout primitifs ont comme un sens intime, profond, que retrouve bien difficilement le musicien de nos jours.

'i Dicltonn. (le Musique, art. Plain-chant. — «^J Revue musicale du 8 juin i833. — '" Voir ci-dessus, p. 34o el 3'ji.

wLes modernes, dit le professeur Ebrard '", peignent admirablement les joies, les douleurs, les affections de la terre; leurs compositions sont un écbo fidèle et vrai des sensations d'une âme qui considère les œuvres et les dispensations de Dieu; mais quand il s'agit de s'élever directement à lui et de prier, leur musique descriptive, pittoresque, terrestre, reste bienau-dessous de cette musique simples et large des anciens, qui se renferme entre les chastes limites d'une craintive piété, mais qui, dans celte sphère bornée, s'élève librement jusqu'à la sainteté de la prière.»

En outre, les procédés harmoniques usités actuellement diffèrent autant de ceux du xvf siècle que notre tonalité diffère de celle qui a donné naissance aux mélodies du Psautier. L'harmonie classique du choral est un contrepoint simple, sans fugue ni entre-croisements de paroles, ni effets de septième, etc.

Cette harmonie , si simple dans les moyens qu'elle emploie , mais si profonde et si riche dans les effets qu'elle produit, ne procède guère que par les pures consonances de ce qu'on appelle l'accord parfait, dont elle n'emploie ordinairement que la position directe et rarement le premier renversement (l'accord de sixte), et n'admet d'autre dissonance que celle qui se produit par la prolongation d'une note de l'accord précédent sur l'accord suivant. Marchant d'un pas e'gal avec la mélodie, elle la soutient en lui laissant toujours le premier rôle. Elle en augmente l'impression sérieuse par la consonance sonore dont elle l'accompagne; elle en fortifie l'accent, sans y ajouter un effet déplacé. C'est un vêtement qui, comme la draperie de la Polymnie antique, met le corps en relief en l'ennoblissant par l'ampleur sévère de ses plis '^'.

Il en est tout autrement de l'harmonie de M. Duprato, par exemple '''. qu'on dit pourtant écrite avec science et talent. Tandis que l'ancienne fait ressortir la mélodie et se plie à tous ses mouvements, la nouvelle, plutôt faite pour l'orgue que pour des voix, l'écrase et la rend méconnaissable '*'. L'oreille accoutumée au Psautier ne peut hésiter un instant; elle est de l'avis de Rousseau : un accompagnement du xix" siècle, mis à un air du xvi% nous choque comme un contresens; ce n'est plus le même style, la même langue, le même art; des choses si disparates jurent d'être réunies,

'■' Ausgetoâhhe Psalmen Darids nach Gm- '^' C'est celle qui se trouve dans le nou-

dimel's Weisen deutsch bearbeilpt . . .Erlangen, veau recueil réformé de Paris actuellement en

i852. In-8". — Voir aussi Bnltelin, I, /j5(). usage.

'" Le Chrétien évangélique, année 18G1, '*' Voir /p Lie» du 19 juin 1869.

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absolument comme feraient les architectures gothique et grcctpe. "Tous ceux qui ont voulu arranger nos psaumes, dit M. le professeur Nicolas '''. ont échoué pour n'avoir pas voulu suivre les idées musicales des compositeurs primitifs. Ils ont cru pouvoir les embellir de tous les effets de la musique moderne, sans s'apercevoir qu'ils en changeaient le caractère, ou, pour mieux dire, qu'ils créaient des monstres informes, en soudant des choses qui n'ont aucun rapport. '^

Ainsi la théorie et la pratique aboutissent au même résultat. Aux mélodies d'autrefois il faut l'harmonie qui est née avec elles, dans le même milieu, et non celle qui, venue trois siècles après, appartient à un art tout différent. Aussi répétons-nous avec une entière conviction ces paroles de M. Nicolas :

Que doit-on donc se proposer dans l'arrangement des psaumes qui peuvent être conservés"? Une seule chose : c'est de les ramener à leiu- forme primitive, rien de plus, rien de moins. Qu'on l'essaye, et on aura des chants d'une magnifique ampleur, graves, solennels, émouvants, d'un caractère profondément religieux, des chants tels qu'ils conviennent à notre culte, c'est-à-dire des chants dont l'exécution est conCe'e non à des chantres, musiciens de profession, mais à tous les assistants. . . Le choral, voilà ce que demande le culte des Eglises réformées, et celui-là seul qui manque du sentiment de la musique religieuse pourrait l'accuser de sécheresse et de monotonie.

Ramener les psaumes et leur harmonie à leur forme primitive : la chose était trop simple pour que nul ne s'en soit avisé. Nous en parlâmes, il y a une quinzaine d'années, à un organiste de Paris, qui nous dit avoir fait dans ce but quelques recherches infructueuses. L'Eglise avait si peu veillé sur la gloire d'un de ses plus grands artistes et de ses martyrs, que le difficile était de trouver en France un exemplaire de ce Psautier de Goudimel qui avait fait l'admiration de toute l'Europe, et l'on y renonça. Entièrement étrangers à l'histoire du Psautier, aux habitudes et au génie du protestantisme, et sans se laisser arrêter par une difficulté qui eiît dû leur ouvrir les yeux, celle de saisir le ton de certains psaumes, la plupart des organistes se crurent en droit de se faire leur harmonie, c'est-à-dire de refaire, dans des conditions anormales et désastreuses, ce qui avait été fait et bien fait. Leur meilleure excuse est de n'avoir point connu l'œuvre de Goudimel, à laquelle sans doute ils n'auraient pas eu, plus que Rous-

"' Disciple de Jésus-CUrist , iSSg, p. gSS.

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