‹ Clément Marot et le psautier huguenot (volume 3)Chapitre 10 sur 178 · ODE · texte numérisé non relu

ODE

A Monseigneur Monsieur Roger de Bellegarde, gentilhomme ordinaire de la chambre du roy, Claude Goudimel.

Comme iadis les poètes , Les Sybilles et Prophètes, Remplis d'vn divin esprit, A u Dieu des dieux le plus sage Encommencerent Vouurage Qiiils couchèrent par escrit;

Ainsi moi, dont la poitrine Se meut, seschauffc et mutine.

Par mains accords bien réduits , A toi, gui es /' Accord mesme, Je présente le proeme De Vœuure que ie conduis,

OEuure porté sur les ailes Des louanges immortelles Du Dieu iadis adoré Par la troupe fugitiue, Qui vit la déserte riue Du pays tant désiré.

Car, connue la renommée De la harpe d'Idumée

LES HARMONISTES Dli PSAUTIER.

S'espand dedans Tvniucrs, D'autant quvn roy plein d'adresse A la c horde chanter esse Daigna manier ses vers;

Ainsi ces te mélodie, Faite beaucoup plus hardie , Ira suiuant pas à pas De ces louanges sacrées Les routes plus asseurées Contre l'oubli du trespas.

.Tellement que la noblesse De ceste antique Déesse, Iointe à son premier bon-heur, Au lieu d'amours et de noises, Dedans les bouches Françoises A recouuré sa grandeur.

Cest ceste mesme noblesse Pour qui Von dit qu'en la Grèce D'vn seul nom estoient nommez Les annonceurs des présages, Les Musiciens, les sages Et les poètes estimez.

Ceste grandeur recouuerte Rendra la ville déserte Où régnent les voluptez , Et la Musique diuine Seruira de médecine^ A toutes aduersitez.

Car, comme les Platoniques Pensent que les Republiques Et les royaumes terriens Changent, ainsi que se change L entresuitte et le meslange Des accords musiciens;

W Marot avait dit du Psautier

C'est un iardin plein d'herbes et racines , Où de ions maux se trouuent médecines.

Ainsi cest accord céleste, Qui poursuit et qui déteste L'empire de Cupidon, Fera que verrons changée D'amour la flamme enragée En vu céleste brandon.

Qui est-ce donc qui mérite De ces Accords la conduite,, Sinon vu qui soit né tel Que la discrète sagesse , La vaillance et la noblesse, Doit vn iour rendre immortel?

Ce sera toi, Bellegarde , Que Dieu de son œil regarde , Oii vn roy chérit de faneur, Que toute la France honore, Que ie prise, et qui encore As du tout gaigné mon cueur.

Nous trouvons encore dans la Fleur des chansons, de De Laltre et Goudimel, recueil mentionné plus haut et dédié «à M. I. du C, seigneur de la V., docteur tresexpert en la vieille et nouuelle médecine et poète fort excellent, de Paris ce icr de may 107/1, Par 8011 treshumble frère et entier ami, G. E. P.," une pièce qui n'est citée nulle part :

EPITAPIIE SVR LA MORT DE M. G. 00 VDIMEL.

Sous le pénible faix de ce poudreux tombeau , Du mielleux Goudimel la cendre se repose, Surmonté par la mort qui domte toute chose, Mais non ce qui es toit cticeluy le plus beau; Car son esprit gentil, qui luit comme vn flambeau Par tout cest vniuers, pour* la douceur enclose Dans ses tons musicaux, par cil qui tout dispose, Est ores iouissant d'vn repos tout nouueau. Et comme , estant icy, d'vne douce musique Il Jouangeoit son Dieu, mariant maint cantique

Du Roy-prophete hébreu a ses plaisants accords, Ainsi estant aux deux anec ioye et liesse, II rend grâces à Dieu pour ce que de largesse Il Ta faict iouissant des célestes thrésors.

L'auteur de ces vers et l'éditeur de la Fleur des chansons, dont les initiales sont G. E. P. ou R. E. P., est un harmoniste qui place «Goudimel l'emmiellé » immédiatement après De Lattre, «la perle des musiciens, v et promet de donner «quelque meilleur ouurage, qui sortira bientôt de sa boutique, sans l'emprunter d'autrui.» C'est aussi un protestant; on le reconnaît à son langage : treshumble frerc , et : le prierai le Seigneur qu'il vous tienne en sa garde, en même temps qu'à l'affectation qu'il met à ignorer la Sainl- Barthélemy. C'était prudence, et voilà sans doute pourquoi la destinée des musiciens qui ont travaillé sur nos mélodies est restée enveloppée de mystère. Le Psautier coûta l'exil et peut-être la vie à Marot aussi bien qu'à Goudimel; mais que devinrent Bourgeois, Jambe-de-Fer, Crassot, Michel Ferrier? On ignore s'ils vivaient encore en 1672 et s'ils n'ont pas aussi été victimes de l'effroyable crime béni par le pape.

André du Cros est un peu plus explicite dans le sonnet de condoléance qu'il adressa à Mélissus sur la mort de Goudimel mais il ne prononce pas non plus le mot de Saint-Barthélemy.

Pourquoi i'esbahis-tu que malheureusement On ait à Goudimel ainsi raui la vie , Veu que de nuire à nul il neut iamais enuie , Honorant la vertu , cheminant rondement ? Pourquoi demandes-tu si c'est le payement De ses divins labeurs pour V ingrate patrie? Oste de ton esprit , Mélisse , ie le prie , Et cete question et cet estonnement.

Vondrois-tu de sa mort cause plus suffisante Que d'auoir esté bon et de vie innocente ? S'il eust esté athée , idolâtre ou sans foi , Traistre, meurtrier, voleur, pariure abominable ,

(1) 11 se trouve dans les épigrammes de Jean Posthius, Jean Sarrazin et Simon Goo- Mélissus; noire ami En«j. Ilaag Ta vu et men- lard; mais il ne Ta pas cilé. Lionne, ainsi que qunire pièces de Mélissus,

Alors pourrois-tu bien, au règne où tu nousvoi, Trouuer cete mort rare et fort esmerueiable.

Après la réimpression des psaumes de Goudimel à Gharenton en 1607, sans doute sous leur forme la plus simple, nous n'en connaissons plus que trois publiées en français avec le nom de l'auteur : l'une de Delft, 1608, dont nous n'avons pas le titre, mais que M. Georges Becker a eue en sa possession; puis Les Pseaumes de David mis en rime, etc. et en musique à iv parties par Claude Goudimel. Reveus de nouveau sur le texte des derniers exemplaires imprimez à Paris et accommodez maintenant pour l'usage de ceux qui veulent chanter en Partie (sic) dans l'église. Genève, J. Ant. et Samuel de Tournes, 1667, in-12 (Biblioth. de Neuchâtel); réimprimés au même lieu par les mêmes, l'armée suivante (Collect. de M. Alf. André).

Nous lisons dans l'avertissement de l'édition de 1668 :

On peut dire que cet ouvrage est nouveau en quelque façon, non qu'il n'ait déjà veu le jour, mais parce qu'outre que , les exemplaires des autres impressions manquants , celleci le fait revivre; d'ailleurs nous avons changé quelque chose en la forme, car premièrement nous avons osté toutes les notes figurées pour donner plus de facilité à chanter en parties, à ceux particulièrement qui n'ont pas une parfaite connaissance de la musique. . . Au reste, le lecteur remarquera qu'il y a quelques pseaumes dont le chant commun est le superius; c'est pourquoi nous l'avons noté d'une main pour avertissement.

Ge serait une erreur de penser, d'après ces lignes, que les De Tournes ont réellement fait ça et là des changements de quelque importance à l'œuvre de Goudimel; ils n'ont eu qu'à supprimer les vingt-sept harmonies plus compliquées, qu'il avait écrites pour des airs déjà employés, et à rétablir partout l'harmonie consonante des cent vingt -trois mélodies. Quant aux notes figurées qui restaient ensuite à retrancher, il ne valait guère la peine d'en parler, tant elles sont peu nombreuses (voir les psaumes 1, il, iv, xxxiii, etc.), et parce qu'elles ne se trouvent que dans les cadences; quant aux airs notés à la partie de superius, on se rappelle que c'est Goudimel lui-même qui les y avait mis. Le travail des correcteurs s'est donc borné à presque rien; cependant on fera bien de ne se fier qu'à l'original.

Le nom de Goudimel a disparu des neuf éditions qu'il nous reste à

indiquer. Celle de Neuchatel, 1701, dont l'existence nous est révélée par le titre suivant : Les Pseaumcs de David mis en vers françois et en musique à iv parties, avec les cantiques sacrez , accommodez à V usage de ceux qui désirent de chanter en parties dans l'église. Revus et corrigés très-exactement sur l'édition de Neuchâtel de ijoi, aprouvé (sic) par les pasteurs et professeurs. . . de Genève. La Neuveville, Jean-Jacques Marolf, 1739, in- 1 2 , en un volume, les quatre parties en regard (Biblioth. de l'Arsenal). L'harmonie contenue dans cet ouvrage est celle de l'édition des De Tournes, modifiée seulement par l'addition d'un # à la note sensible.

C'est également la basse de Goudimel que nous retrouvons dans Les Psaumes de David mis en vers françois, revus de nouveau sur les précédentes éditions, avec les cantiques sacrez pour les principales solennitez des chrétiens et sur divers autres sujets; on a aussy ajouté dans cette nouvelle édition en faveur des amateurs de la musique au plein (sic) chant la basse, Zurich, David Guessner, 1716, in- 12 (Bibliothèque de la Société biblique prot. de Paris); de même que dans Les Pseaumes, etc., revus et approuvés par les pasteurs et professeurs... de Genève. Nouvelle édition à deux parties, savoir dessus et basse au premier verset. Mises en partition pour la commodité de ceux qui voudront accompagner le chant de quelque instrument. . . Genève, P. Pellet, 1 y 5c), in- 12 (Biblioth. de l'Arsenal). Dans ce dernier ouvrage, les fa graves ont parfois été portés à l'octave.

C'est encore l'harmonie de Goudimel sans notes figurées, mais un peu remaniée et non conforme au texte des De Tournes, qui reparaît dans les quatre Psautiers suivants :

Les Psaumes de David à iv parties, avec les cantiques sacrés pour les prince pales solennités des chrétiens, etc. Lausanne, Société typographique, 1777, in-8° (Collcct. de M. le pasteur Maillard); — réimprimés avec le même titre à Lausanne, chez Henri Vincent, i8o3, in-12 (ibid. ); — réimprimés avec le même titre chez le même en 1812, in- ta (Biblioth. de la Soc. bibliq. prot. de Paris); — réimprimés avec le même titre chez le même en 1818, in-12 (Collcct. d'O. Douen). La plupart des retards qui produisent un si bel effet ont disparu de ces éditions.

Nous lisons ce qui suit dans un journal publié à Lausanne (Le Chrétien évangélique, 1861, p. 2/1 5) : L'édition remaniée parles De Tournes «a été réimprimée jusqu'à nos jours sans changements réels; c'est celle qu'on met encore entre les mains de nos écoliers, et d'après laquelle on a rédigé

le livre de basse chiffrée dont se servent nos organistes. Le recueil de l'Église libre a eu le bon esprit, en la reproduisant en notation moderne, de conserver cette harmonie ancienne. »

Pour être entièrement exact, nous devons dire que les changements dont parle l'écrivain que nous venons de citer sont plus importants qu'il ne le donne à penser, et que, si le fond de l'harmonie du recueil de Lausanne (1) appartient bien à Goudimel, ce n'est pourtant que du Goudimel traité ça et là très-librement, où l'on ne découvre presque plus de retards, mais où figure, en revanche, la mesure à six temps alliée à celle à quatre temps. Voir un exemple plus loin.

Ainsi l'œuvre de notre grand compositeur martyr, qui paraît n'avoir pas été réimprimée en France depuis le xvne siècle, n'a pas cessé d'être en usage dans la Suisse française.

Elle n'eut pas moins de succès en Hollande, où plus de trente auteurs $\ à commencer par Luc de Heere et Dathenus, ont arrangé des Psautiers sur nos mélodies; nous n'avons malheureusement pu consulter l'ouvrage de Van Tperen , qui doit contenir à ce sujet d'utiles renseignements : Kerkelyke Historié van het Psalm-Gesang (1er Christenen. . ., en inzonclerheid van onze vcrbeterde nedertuische Psalmberyminge. . . Amsterdam, 1777-1778, s vol. in-8°

En Allemagne et dans la Suisse allemande, elle fut popularisée grâce à la traduction d'Ambroise Lobwasser, jurisconsulte saxon. Durant un séjour qu'il fit en France, il fut tellement ravi de l'harmonie de Goudimel, que, pour la transporter au delà du Rhin, il traduisit les psaumes de Marot et de Bèze en en conservant scrupuleusement le rhythme. Son travail, achevé dès 1 5 6 5 , ne parut qu'en 1 5^ 3 (Biblioth. nationale), et les éditions en furent, selon M. Bovet (p. ^99), aussi nombreuses que celles de notre Psautier français.

Le Franconien Mélissus Schedius, poète lauréat de la cour de Vienne

W Voir les Psaumes et cantiques pour les assemblées de culte et pour l'édification privée , 5e édition, Lausanne, Georges Bridel, 1872, in-9 6 ; et les Psaumes et cantiques à deux ou troisvoix à l'usage des écoles et des cultes , 2 e éd. , Neuchàtol, S. Delacbàux, i864,in-t6.

(2) Voir F. Bovet, llist. du Psautier, [).tjf\. Nous n'avons réussi à nous procurer ecl

ouvrage que lorsque ces lignes étaient déjà sous presse.

En ce qui concerne les origines de notre Psautier, Van Iperen, qui écrivait quarantedeux ans après Baulacrc, n'a pas fait faire un seul pas de plus à la question. Ajoutons seulement qu'il reproduit la mélodie du psaume ci deJ. Uitenhovej différente de la nôtre.

/iO LES HARMONISTES DU PSAUTIER.

et bibliothécaire à Heidelberg(1), qui avait publié, l'année précédente, cinquante psaumes adaptés à nos airs, décria l'œuvre de son concurrent. De là des jeux de mots : pour les uns, l'œuvre de Mélissus n'était que miel, d'autres comparaient à ['ambroisie celle d'Ambroise et de Goudimel l'emmiellé; les luthériens au contraire disaient : Ein anderer lob Wasser, Ich lob den Wein : ce Que d'autres louent l'eau, Yaqueux Lobwasser; pour nous, nous glorifions le vin » (des cantiques de Luther); et encore : Lob wass er? «Qui le loue? » Malgré cela , la traduction de Lobwasser régna bientôt sans partage , et pour plus d'un siècle et demi, dans toutes les Eglises réformées de l'Allemagne et de la Suisse allemande; les luthériens seuls conservèrent les anciennes versions du Psautier, et après la mort de Lobwasser l'accusèrent de cryptocalvinisme. Ce qu'ils reprochaient à sa traduction et à la nôtre, «cette syrène du calvinisme, » c'était de ne pas appliquer à Christ tous les psaumes indistinctement. Le Lobwasser luthérien publié en 1617 par Wùstholtz n'est que la traduction d'Ambroise accommodée aux préjugés luthériens.

L'édition originale de Lobwasser, qui pourrait à la rigueur tenir lieu de Goudimel, est à la Bibliothèque nationale et dans la collection Fétis à Bruxelles; nous avons encore vu à la Nationale trois Lobwasser de 1678, 1 6 û 6 , 16/19, à l'Arsenal un de 1 6 1 2 , et dans la riche collection de M. Weckerlin un autre sans date imprimé à Zurich. L'édition de Cassel, W. Wessel, 1607, contient des airs composés et harmonisés par le landgrave Maurice de Hesse pour les psaumes qui n'ont point de mélodie propre.

Le nom de Lobwasser devint si populaire qu'on finit par lui attribuer non-seulement la composition de nos mélodies, dans une traduction danoise parue en 1662 i^Nogle Davids Psalmer, Rimwys udsatle under Lobwassers Melodj , Bovet, p. 3o5)^2), mais encore implicitement l'harmonie de Goudimel sous la forme simplifiée que lui donnèrent les De Tournes en 1667. C'est elle que nous retrouvons dans ces Psautiers italien et ladin à quatre parties, qui appartiennent à la Bibliothèque du protestantisme français :

Li cl sacrt sahni di Davide. Ed alcuni cantici ccclesiastici . . . Tradotli ed

(1) On prétend qu'il ne laissait pénétrer personne dans cette bibliothèque.

(2) Nous trouvons encore des timbres comme celui-ci : S'po eir cantar sco Ps. cm Lobwasser, dans un très-curieux recueil de chansons ladines à quatre parties, qui est à la Biblio-

thèque du protestantisme : vPhilomela quai cm Canzuns spirituelles sun divers temps et occasiuns... in mclodias dil Simlcr, Iras Johanneni Martinium ex Martini» f. m., minister data Baselfiia da Rcmosch... Ex stampa in Scuol, tras Jacobo ]\. Gadina, anno 1 7 5 1 , ^> in- 1 6-

accomodati aile Mélodie di A. Lobwasser, du Andréa G. Planta, M. /. C, in strada nella Stampèria di Giovanni Janetto, anno 1 7 û o, in-12.

Ils psalmts de David, segond melodia de A . Lobwasser. . . tuot componii et miss in rima volgare, tras Valentin de Nicolai, minister délia Baselgia da Christi a Vettan... Stampa tras Jacobo Gadina, etc., Scuol anno 1762, in-12.

Peu après que les De Tournes eurent fait disparaître les notes figurées du Psautier en harmonie consonante de Goudimel, un Suisse lui fit subir de plus importantes modifications. Non-seulement il enleva aussi les mêmes notes figurées, mais il s'écarta çà et Jà du texte primitif, sans pourtant faire une œuvre nouvelle et originale. A en juger par deux morceaux pris au hasard, qu'on trouvera plus loin, son Psautier n'est qu'un Goudimel très-légèrement modifié. Nous empruntons à la Patrie de Genève (3 août 1873) la notice que M. Georges Becker a consacrée à ce nouveau correcteur.

JEAN ULRICH SULTZBERGER.

Fétis a le mérite d'avoir été le premier qui l'ait cité (vol. VIII, 166) comme musicien. Les renseignements sont malheureusement très-précaires. Qu'on les compare aux nôtres ! La date de sa naissance est inconnue.

Nicolas de Graflenried nous apprend par une épître adressée à Sultzberger qu'il est en Suisse, car il dit :

lhr wolt die schônen Gaben Und dm Talent den Euch der Herr ver trait t nicht vergraben lhr wolt hiermit erzeigen dass das raucke Schweilierlattd Auch gale Componisten hab , mit ivelchen es hann prangen Drum fahrct fort and machet euch durch singen mehr bekannl. So werdet lhr und Euwrer nam zur Ewrzeit gelangen.

C'est-à-dire : «Vous ne voulez pas enterrer les dons et les talents que Dieu vous a confiés; vous voulez prouver que le rude pays de la Suisse a aussi de bons compositeurs, desquels elle peut faire parade," etc.

En 1670, il fut nommé Zinkenist (joueur de zink, espèce de cornet en bois courbé et percé de trous), et directeur de la musique vocale et instrumentale de la ville de Berne. Sultzberger était un musicien de talent; ses mélodies sont simples et expressives, son harmonie riche sans être surchargée. Le premier œuvre qu'il a publié a pour titre : Salomons Dess Ebreischen Kônigs Geisllichc Wohllust oder Haltes Lied : In Palmen oder Dattelrcimen , mil beggcfûgten Newem, vom jwrtrefflichen Johann Schoppcn 0

Célèbre violoniste el compositeur de Hambourg.

/i2 LES HARMONISTES DU PSAUTIER.

gesetzten Sangweisen , auch Kùrtzen Erklàrungen dess geistlichen Verstandes, Beides nach art der Gesprdch Spiele, aiiff' offentlicher Schanburg fûrgestellet Durch Filip von Zesen, zetzunder avff vielfaltiger anhalten und begàhrcn, noch mit einer Stimme vervolhommnct and mit vielen Melodeyen vcrmehrct : von Johann Ulrich Sultzbcrgern ; Mus. und Zinckenisten in Bern. Bern bei Georg Sonnleitner, 167/1. I11"^0-

Cette pièce contient trente-cinq chants à trois parties, dont quinze entièrement de Sultzberger et vingt de J. Schopp, auxquels il a ajouté une partie.

Ce livre est suivi de : Geistliche Seelenlûsl das ist Wcchsclgensàge zwischen dem himlischen Bràuligam und Seiner hertz-hochgeliebten Braut, verfasset durch F. von Zesen. Il contient trois chants à trois parties de Sultzberger et quatre de Pierre Meier(1).

L'ouvrage de Sultzberger qui a eu le plus de succès est son Psautier, car pendant près d'un siècle il a eu une ou deux éditions par an. C'est le Psautier de Lobwasser avec des chants en usage à l'Église réformée française. Il a pour titre : Transponisles Vicrstimmiges Psalmenbuch das ist D. A. Lobwassers Psalmen Davids Worin die hochclavierlen Psalmen transponirt , und sammt den gewbhnlichen Festgeseingen in eineim gleichen Schlùsselgesilzs, alsodass sie jetzunder ohne eine Verenderùng leichlich zû singen und aùf Instrumentai zû spielen saint einem Kùrtzen gesangberigt von J. Ul. Sultzberger. Direct. Mus. und Zinckenisten lôbl. Statt. Bàrn. Cum privilégies aller evangelischer Orten , Lôbl. Eydgenotsshaft. Barn. In Hoch Oberkeitlicher Truckerey, 1675. In-8°.

Sultzberger emploie la méthode de Lardenois, qu'il cite dans sa préface, ainsi que beaucoup d'autres auteurs.

L'année suivante a paru une édition pour clavecin ou contre-basse : Transformirles Psalmenbuch mit Melodien auf das Klavier oder Bass Geige zu exerciren von J. U. Sultzberger, Stadizinckenist in Bern , Bern, 1676, 3 vôl.

Parmi les autres éditions, nous citerons : celle de 1690 à quatre parties; celle de 1706, à une partie, belle impression; celle de 1736, à quatre parties, avec corrections du texte; celle de 17 Ai, etc.

Ce n'est qu'à partir de 1736 que le titre porte Weiland (feu) /. U. Sultzberger.

Nous pourrons donc, faute de meilleures données, admettre l'année 1735 ou 1736 comme celle de sa mort.

Ajoutons seulement le titre d'une édition que M. G. Becker ne mentionne pas et que nous avons vue à Bruxelles chez M. Fétis : Vierstimmigcs Psalmenbuch, das ist, Psalmen David's, durch D. Ambr. Lobwasser in teutsche Reymen gebracht, worinn die hochclavierlen Psalmen Iranspomcrt , etc. Bern, Daniel TschilTelt, 1737, in- 16 de 6/11 pages. Les quatre parties sont en regard.

(,) Musicien allemand, né à Hambourg en i(io5.

C'est aussi la revision de Sultzbergcr que suivent les éditions françaises de Lausanne, 176c), 1777, i8o3, 1812 et 1818.

Tandis que le Psautier de Goudimel, devenu en France presque introuvable, y est remplacé par des compositions d'harmonistes contemporains, qui n'ont pas même toujours respecté la beauté antique de nos mélodies, l'Allemagne, plus fidèle au culte d'un de nos plus illustres poètes l'Allemagne, qui réimprime les œuvres de nos théologiens des xviu el xvne siècles, a vu paraître en notre siècle un choix de psaumes du maître de Palestrina.

M. le professeur Ebrard a publié en i85a, à Erlangen, chez F. Enke, Ausgctvâhlte Psalmen Davids nach GoudimeFs Weisen deutsch bcarbeitet und mit dem vierstimmigen Satze herausgegeben , in-8°. Ce recueil contient trente-trois psaumes, avec une harmonie imitée de celle de Goudimel. Le rhythme primitif de nos mélodies y est parfois modifié: ça et là les parties intermédiaires s'écartent de l'original, et des retards sont supprimés. Cependant cet ouvrage, dont on trouvera plus loin deux extraits, donne une idée à peu près exacte du style de Goudimel.

En en rendant compte aux lecteurs du Bulletin (I, A09), notre excellent ami, M. A. Coquerel fils, s'exprimait ainsi :

C'est une circonstance cligne d'attention que les Allemands, si riches en beaux chants d'église, si fiers delà musique et des paroles de leurs cantiques, si supérieurs à nous, dit-on, comme musiciens, nous empruntent les mélodies décriées de notre Psautier, ïl est peut-être utile de relever ce fait dans notre pays, où nous n'admirons guère ce que nous avons de beau el de bon , que lorsque les applaudissements d'étrangers moins blasés que nous nous en font mieux apprécier la valeur oubliée.

Une autre publication du même genre a vu le jour tout récemment en Suisse : Ausgewâhlte Psalmen m grosscntheils neuer Uebersetzung mit den Tonsâlzcn Claude Goudimels, nebst einem An/iang, bearbeitet und herausgegeben durcit Chr. Joli. Riggcnbacli, professor der Théologie, und Rud. how, organtst der Sanct Elisabethenkirche. Bâle, Félix Schneider, 1868, in- 12. Elle est,

(l) Gœthe a dit de Du Marias, aujourd'hui presque inconnu parmi nous : «Ce même auteur, maintenant proscrit el dédaigné parmi les siens, et tombé du mépris daus l'oubli, conserve en Allemagne son antique renommée;

nous lui continuons noire estime, nous lui gardons une admiration fidèle, H plusieurs de nos critiques lui ont décerné le litre tic roi

des poètes français. » ( La France protesiante , art. Saluste. )

h h LES HARMONISTES DU PSAUTIER.

plus que la précédente, propre à faire connaître sous ses aspects variés le talent de Goudimel : d'abord c'est une reproduction et non une imitation; en outre , MM. Riggenbach et Lôw ne se sont pas bornés, comme M. Ebrard, aux psaumes en harmonie consonante, ils ont puisé aussi dans le second Psautier du maître. Leur recueil contient trente-six psaumes et quarante harmonies (les lxxvii et cxvn en ont chacun deux, et le cxxxix, trois). Ils ont soigneusement conservé le rhythme primitif, sauf dans les notes de la fin des phrases, dont la valeur est souvent doublée (cv, cvn, ex, cxm, cxvn, etc.), parfois même triplée (cl). La suppression de certaines pauses qu'ils n'ont pas respectées produit un effet fort désagréable (xxxn, cm). La mesure à seize-huit (contenant huit noires), presque partout employée, embrouille inutilement les chanteurs, et a nécessité les modifications fâcheuses que nous venons d'indiquer. Un # ajouté à la mélodie du ex en change le caractère. Ce recueil, où les morceaux en contre-point double sont plus fidèlement reproduits, laisse donc encore à désirer au point de vue d'une scrupuleuse exactitude. On en trouvera plus loin un spécimen.

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