‹ Clément Marot et le psautier huguenot (volume 3)Chapitre 7 sur 178 · CLAUDE GOUDIMEL · texte numérisé non relu

CLAUDE GOUDIMEL

L'homme qui fut l'un des plus grands musiciens du xvie siècle et l'un des chefs de l'école flamande, laquelle renouvela l'art musical, naquit vers i5io, à Besançon ou dans les environs (1) ; il y conserva des relations et

(1) Les vers suivants de Mélissus sur la mort de son ami, et surtout le dernier, ne laissent aucun doute à cet égard :

Goudimel ! Me meus , meus ( cheu ! ) Goudimel

[ ille est

Occisus. Testes dos , Arar et Ilhodane ,

Semineces vivosque simul violenter utrisque Absorptos visi plangerc gurgitibus.

Sequana cum Ligeri jlevit, Jlevitque Garumna, Prœcipue patrius Jlevit amara Dubis.

«Je consens à ce que M. Despois, dans le livre fort instructif qu'il vient d'écrire : Le

peut-être quelques propriétés; car un procès qu'il eut avec un débiteur infidèle l'obligea, peu avant sa mort, de séjourner deux mois dans cette ville. C'est pour avoir confondu, ainsi que l'a savamment fait observer M. Bovet (p. 262), le comtat Venaissin avec la Franche-Comté et Vasionensis (Vaison près Carpentras) avec Vesontîensis (Besançon), que Pittoni, dans son Histoire (manuscrite) de la chapelle papale, donne Vaison pour lieu de naissance à Goudimel.

Borne attirait alors tous les chantres célèbres; ils trouvaient dans la chapelle pontificale un emploi cligne de leur talent, et cette consécration de la renommée que Paris décerne aujourd'hui aux artistes. Goudimel s'y trouvait avant i54o, et y tenta ce que personne n'avait osé avant lui : il y ouvrit la première école publique de musique. L'enseignement de cette science compliquée était jusque-là resté confiné à l'ombre des cathédrales, dans les psallettes , où un nombre très-restreint de boursiers de sept à huit ans, choisis parmi les enfants qui avaient les plus belles voix, étaient logés et nourris [inparvisio, comme on disait), et recevaient une éducation et une instruction appropriées à leur vocation de chantres, c'est-à-dire de membres de l'ordre inférieur du clergé. On y apprenait, avec l'art du chant et le contre-point, l'écriture, l'arithmétique, la grammaire et les belleslettres. Quelques hommes remarquables furent élevés dans cette espèce de couvent (entre autres le pape Urbain IV, sorti de la psallette de Troyes). Goudimel y apprit assez de latin pour l'écrire plus tard élégamment. Cependant, outre le défaut grave de confisquer les connaissances musicales au profit d'une caste, cette institution en avait peut-être un plus grave encore, qui rendit pendant des siècles tout progrès impossible : elle maintenait strictement parmi tous les musiciens l'idolâtrie du plain-chant, et l'antique et inintelligente tradition de mépris et d'aversion pour le système de la musique populaire. A côté de ces écoles "cléricales, Goudimel en fonda une laïque, ouverte à tous, c'est-à-dire affranchie du joug sacerdotal. Cette innovation, dont l'importance, capitale pour l'histoire de l'art, n'a

Théâtre français sous Louis XIV, énumère les peintres, architectes, sculpteurs, musiciens et savants que l'Italie nous a prêtés : le Rosso et le Primalice, Benvenuto Cellini et Léonard de Vinci , Lulli et le Bernin, les Cassini. (Test justice. Mais à quoi je ne puis consentir, c'est

qu'il porte sur celte liste un Français, à qui la France et l'Italie elle-même doivent beaucoup, quoiqu'elles le connaissent trop peu. Je prie M. Despois d'efîacer Goudimel de sa liste italienne. Claude Goudimel était Français.» (A. Coquerel fils, Le Bien publie, <» janvier 187^.)

presque point été remarquée, était d'autant plus hardie qu'il s'agissait de la réaliser sous les yeux du pape Paul III, et au foyer même des préjugés de l'immobilisation et de la routine. Elle eut les plus heureux et les plus féconds résultats; de l'école de Goudimel sortirent d'illustres maîtres : Jean Animuccia, Etienne Bottini, dit il Fornarino, Jean-Marie Nanini, Alexandre Merlo , connu sous le nom de Délia Viola, Palestrina, le plus grand de tous, et sans doute aussi Roland de Lattre.

Ainsi l'école italienne, qui allait conquérir le sceptre du goût et créer un véritable ce paradis de pureté harmonique», l'école mélodique enfin, qui n'avait point eu de devancière, est la fille de Goudimel.

Outre une foule de messes et de motets restés manuscrits, en partie dans les archives de la basilique de Saint-Pierre, en partie chez les oratoriens de Sainte-Marie de Vallicella, et dispersés depuis, on a de lui des ouvrages imprimés de différents genres qui répondent aux deux phases de sa vie :

Quelques motets à quatre parties dans le Liber quartus ecclesiasticarum cantionum iv vocum, quas valgo moteta vocant, Anuers, i55/t, in-A° obi.

Chansons spirituelles de Marc-Antoine Muret, mises en musique à quatre parties, Paris, Nicolas Du Chemin, 1 555, in h° obi. ; — au nombre de 1 9.

Horatii Flacci, poetœ lyricî, Odœ omnes, quotquot carminum generibus différant, ad rythmos musicos redactœ, Paris, i555, in-/t° obi.-, — l'une de ses meilleures compositions, et pourtant la moins connue , au dire de M. Fétis

On en rencontre d'autres dans les Chansons nouuellement composées à quatre parties , etc.. imprimées à Paris, par Adrien Le Roy et Robert Ballard, obi.

La chanson licencieuse : Si planteray ie lemay se trouve dans le sixième livre, de 1 5 5 G (Bibliothèque nationale), réimprimé en 1 5 5 9 (Bibliothèque du Conservatoire).

1 «De ce que, au titre de ce livre, son nom est associé à celui de son imprimeur {ex typogr. Nie. Du Chemin et Claudii Goudimelli), on ne doit pas conjecturer, ce nous semble, dit la France protestante , une association commerciale, et prétendre, comme le fait M. Fétis, que Goudimel exerça pendant un temps, même très-court, !a typographie à Paris. Si Ton considère ([ne son nom comme imprimeur ne se

rencontre que sur celte seule publication, on devra plutôt en conclure qu'il n'y a été placé que parce que les planches de musique lui appartenaient.??

Nous avons trouvé le nom de Philibert Jambe-de-Fcr et celui de Davantès dans les mêmes conditions ; il est bien évident que ces musiciens n'ont pas été tous trois imprimeurs.

Les chansons du même genre : le ne t'accuse, amour, et Si c'est vn grief que d'ay mer sans partie, dans le huitième livre, de 1 5 5 7 (Biblioth. nation.). Cette dernière est aussi dans le huitième livre, de i55o (Bibliothèque du Conservatoire), avec cette autre : Vue ieane pucelette, grasselette.

Les cinq suivantes se trouvent dans le neuvième livre, de 1 5 5 9 (ibid.) :

Ne pensez pas vous monstrer cruelle.

le sens en moy croistre Fardant desir.

Si Famé estoit au corps semblable.

Bon tour, mon cœur, bon îour, ma douce vie.

Vous mauez promis.

Dans le treizième livre, de 1 5 5 9 (ibid.\, on rencontre : Chacun qui me voit tous les iours, et dans le douzième livre, de 1 56 1 (ibidA : Plus tu cognois.

Les deux suivantes : L'heureux desir (celle-ci est honnête) et Messire Pierre estonné^, se trouvent dans le premier livre à quatre parties de la Fleur des chansons des deux plus excellents musiciens de nostre temps, à scauoir de M. Or lande de Lassas et de M. Claude Goudimel. Celles de M. Claude Goudimel n'ont iamais esté mises en lumière, Lyon, Iean Bauent, 167/1, obi. (Biblioth. nation.)

Il y a aussi sept ou dix chansons à cinq parties (sept d'après la France protestante, et dix d'après la bibliographie de C. F. Bccker) dans le seêond livre du même ouvrage, paru en 1675. On cite encore une réimpression de la Fleur, etc., de 1576, in-/r°.

1 C'est une pièce de controverse huguenote de mauvais goût. La musique a du en être plaisante, à en juger par la .partie de ténor, la seule que nous connaissions :

Messire Pierre estonné De voir son nez boutonné , De v... importuné, De la grand' colère qu'il eut , Print son grand verre et y beat .

Puis d'vne musique yurongne Contournant sa rouge trongne, [citant son œil ekassienx Vers son royaume des deux ,

(j 'est-à-dire ses bouteilles ,

llcllcs grandes , non pareilles ,

Et son seul vray saintement ,

Accoudé dessus sa table,

liolta ce cry lamentable :

Ha ! poivre nez , tu l'en vas

Et ic demeure icy bas ;

Nez, mon honneur et ma gloire ,

Nez, qui peux entièrement,

[)'vn seul regard seulement,

Tout l'uniuers altérer,

Ims! le faut-il enterrer,

El qu'eau benile le laue

Prifue ailleurs que dans ma caar !

Signalons enfin trois autres chansons de Gou'dimel, copiées à la main dans l'exemplaire de Susato de M. Bovet : Grâces à Dieu, qui de mort nous deliure. Au saint siège d'Amour des grands dieux le vainqueur. Amour me tue, et si ie ne veux dire.

La première est peut-être une des chansons spirituelles de Muret Magnificat ex octo mod. quinque vocum, Paris, Adr. Le Roy et Rob. Ballard, i 557.

Messe à quatre voix : Le bien que ïay par foy d'amour conquis, Paris, Adr. Le Roy et Rob. Ballard, 1 558 , in-fol.

Messes à quatre voix : Audijilia. Tant plus ie mets sur ta face mes yeux. De mes ennuys prenez compassion. Paris, Adr. Le Roy et Rob. Ballard, 1 558 , in-fol. ,

S'il est permis de tirer quelque induction de ces données bibliographiques, nous dirons que la première phase de la vie de Goudimel, dans laquelle il publia des morceaux catholiques et des chansons licencieuses, nous semble marquée au coin de l'anticléricalisme et de l'indifférence religieuse, que les turpitudes de la cour papale ne pouvaient que développer davantage. Cette phase dura encore quelques années après que Goudimel fut revenu en France et établi à Paris, où nous le voyons de 1 5 5 5 à i56a. Ce n'est qu'entre i 558 et 1 5 6 1 qu'eut lieu sa conversion à la Réforme, peut-être préparée par les chants du Pré-aux-Clercs et par ses entretiens avec Bourgeois. Ainsi Goudimel n'aurait, comme Marot et tant d'autres, renoncé à son indifférence sceptique et railleuse, pour devenir un homme sérieux et pieux , qu'en embrassant le protestantisme.

A une date inconnue, et sans doute pour fuir la persécution, dont les violences étaient surtout dirigées contre les personnages célèbres qui abandonnaient le culte officiel, il quitta Paris et se retira, comme Philibert Jambe-de-Fer, à Lyon, l'un des foyers importants de la Réforme. La Saint- Barthélemy, dont il fut l'une des plus illustres victimes, l'y trouva encore occupé de cette musique religieuse qui fut son crime et la cause de sa mort. Le 28 août 1572, quelques jours avant son martyre, il écrivait à son ami

W En voici la première strophe :

Grâces à Dieu, qui de mort nous deliure, Par son seul filz , et en luy nous Jaicl viurc ; Que son sainct nom est gracieux et doux ,

Viuons en Dieu sans regarder à nous ;

A l'Eternel rendons lionneur et gloire

De ses bienfaietz ; gardons-en la mémoire.

Mélissus qu'une fièvre maligne, qui l'avait tourmenté un mois entier, l'avait empêché de mettre en musique le Symbole, que celui-ci lui avait envoyé, et il ajoutait : «Dès que, avec l'aide de Dieu, je serai remis sur pied, e nido surrexero ac vires resumsero, je mettrai la main à l'œuvre et j'y épancherai toute mon âme, et quidquid artis impertitœ sunt mihi Musœ, in illum effundam.» (La France prot.) — C'est dans le sein de Dieu qu'il allait bientôt l'épancher, et si la mort le surprit, elle le surprit du moins animé des pensées élevées qu'inspire une foi conquise par des efforts personnels. Les massacres lyonnais, dans lesquels 700 à 800 personnes furent égorgées, commencèrent dans la nuit du 28 au 20. (Bulletin, 2e série, IV, 36/i-367.)

L'harmonie des psaumes et la fin tragique de Goudimel accrurent encore sa renommée et la répandirent dans presque toute l'Europe, qui n'a conservé son souvenir qu'en l'associant à celui du Psautier.

Voici les titres de ses derniers ouvrages : Pseaumes de Dauid mis en musique à quatre parties en forme de motets par Claude Goudimel, Paris, Adrien Le Roy et Robert Rallard, i56a, in-/i°. — «Les psaumes indiqués ici, dit M. Fétis, ne sont qu'au nombre de seize; ils sont réellement traités en forme de motets, avec des imitations en style fugué sur les mélodies, tandis que dans le recueil des psaumes de Marot et de Rèzeà quatre parties, l'harmonie est note contre note(!), et les psaumes, au nombre de cent cinquante, sont suivis du Décalogue, du cantique de Siméon, et des prières avant et après le repas, également en musique à quatre parties. »

Les Pseaumes mis en rime francoise par Clément Marot et Théodore de Bezc, mis en musique à quatre parties par Claude Goudimel; sans lieu, par les héritiers de François Iaqui, 1 5 6 5 , petit in- 18. — Nous ne connaissons de cette édition en un volume que trois exemplaires : ceux de MM. Fétis, Gaiffe et Lutteroth tous complets, ce qui est rarement le cas pour les exemplaires des éditions en quatre volumes. Elle contient l'avis aux lecteurs qu'on a vu plus haut (1, 607), la préface de Calvin, l'épître de Rèze au Petit troupeau, la table des psaumes selon l'ordre alphabétique, les tables pour trouver les psaumes « selon l'ordre qu'on les chante en l'Eglise de Geneuer, les psaumes en harmonie généralement consonante, à quatre

(1) M. Weckerliii possède aussi un Psautier de Goudimel, mais nous ignorons de quelle édition.

parties en regard musique au premier verset, suivi de tous les autres, les cantiques indiqués ci-dessus, la forme des prières ecclésiastiques, du baptême, de la cène, du mariage, de la visitation des malades, les articles de la foi (catéchisme), l'exercice des chrétiens en oraison et la confession de foi. — C'est donc un Psautier aussi complet que possible et qu'on croirait destiné à l'église, si Goudimel n'avait pris soin de dire que telle n'était pas son intention. — Bien que la désignation du lieu d'impression manque aux exemplaires que nous avons vus, la bibliographie de G. F. Becker {Die Tonwerke} porte : Genève, par les héritiers de François Jaqui. C'est bien, en effet, à Genève que l'ouvrage fut imprimé; car François Jaqui y publiait en 1 5 6 3 un Nouveau Testament in-12 avec des annotations de Marlorat (Biblioth. de Douai), et en 1 5 6 4 une Bible in-12 suivie des psaumes (Collect. de M. William Martin). Ainsi donc, un an après la mort de Calvin, un Génevois imprimait un Psautier harmonisé; ce fait dénote un revirement subit, et l'abandon de la manière de voir du réformateur en fait de musique à plusieurs parties.

Il parut la même année une autre édition de cet ouvrage sous ce titre : Les cl Pseaumes de Dàuid nouuellement mis en musique à quatre parties par Claude Goudimel, Paris, Adrien Le Roy et Robert Ballard, 1 5 65 , in- 12 obi. en quatre volumes dédiés à D'Ausance (Biblioth. du lycée à Lyon et Collection de M. Lutteroth, ténor et contni). Les parties de ténor et clc contra de cette édition sont identiques à celles de l'édition en un volume. Nous ignorons laquelle des deux parut la première.

Nous n'avons pu découvrir non plus quand parut le second Psautier de Goudimel, dont on ne connaît que l'édition suivante, qui, vu sa date, est très- probablement une réimpression : Les cl Pseaumes de Dauid nouuellement mis en musique à quatre parties par Claude Goudimel, Geneue, Pierre de Saint-André, i58o, k vol. in-12 obi. (Biblioth. de l'Arsenal; M. Riggenbach doit en avoir vu un autre exemplaire). Certains indices nous font supposer qu'il fut publié aussi en 1 565 , mais nous n'oserions cependant l'affirmer. Il diffère beaucoup du premier, non par la mélodie, mais par l'harmonie plus savante, k beaucoup plus hardie (2) » et nulle part consonante. Le premier est écrit en contre-point simple , le second en contre-point double. Dans le premier la mélodie était au ténor, sauf dix-sept psaumes

(,) Les notes figurées ne paraissent que (J Goudimel s'exprime de la sorte dans la

dans vingt-cinq psaumes. dédicace.

qui Font au mperius (xxvin, xxx, xxxiv, xxxv, xl, xliii, lxi, lxxvi, lxxvii, lxxxi, lxxxvi, cix, gxvii, cxxvn , cxxix , cxxxix et cxlvi); dans le second, au contraire, elle est partout au superius, excepté quinze psaumes où elle est restée au ténor (lui, lxii , lxiv, lxv, lxvi, lxvii, lxviii, lxix, lxx, lxxi, lxxviii, lxxxii, c, cvin et cxvi). Le second ne contient, comme l'édition du premier imprimée par Ballard, que les premiers versets de chaque psaume, et l'ordre numérique y est interverti, sans doute d'après une division basée sur la tonalité : après le psaume i viennent les xxxn, lxxiii, xxxvi, xlvii, xxi, lu, etc. En outre le xvm a une harmonie aux deux premiers versets, et moins simple au second qu'au premier.

La comparaison de ces deux Psautiers montre que Goudimel ne se lassait pas d'appliquer toutes les ressources de son art à un même air. 11 composa d'abord pour nos cent vingt-trois mélodies une harmonie aussi simple que possible , puis pour les vingt-sept qui sont plusieurs fois répétées (liii(1), lxii, lxiii, lxiv, lxv, lxvi, lxvii, lxviii, lxix, lxx, lxxi, lxxvi, lxxvii, lxxviii, lxxxii, xcv, xcviii, c, cviii, cix, cxt, cxvi, Gxvii, cxxxix. cxl, cxlii, cxliv) une harmonie différente et de plus en plus compliquée; les notes figurées n'apparaissent que dans vingt-cinq de ces dernières (il n'y en a ni dans le psaume lui, ni dans le lxxi). Ainsi les psaumes xxiv, lxii, xcv et cxi, qui se chantent sur le même air, ont chacun leur harmonie particulière dans le premier Psautier. Le compositeur a suivi la même règle, mais avec moins d'exactitude, dans son second Psautier, de sorte qu'il a harmonisé à trois ou quatre reprises plusieurs mélodies, et à sept reprises celle du psaume xxiv(2), sans parler d'une troisième composition, d'un tout autre genre. Goudimel remaniait donc sans cesse son œuvre, comme Bourgeois, pour y répandre plus de variété, labeur qui témoigne tout à la fois de l'ardeur de son zèle et de l'admiration qu'il éprouvait pour nos vieilles mélodies. On eût bien surpris ce grand musicien, si on lui eût prédit qu'un jour viendrait où elles paraîtraient monotones, dépourvues de rythme et de valeur, et où le premier venu se permettrait de les modifier à sa guise.

Ces deux ouvrages, dans lesquels il avait scrupuleusement respecté la mélodie primitive en ne faisant qu'œuvre de contrapontiste, l'avaient si

(1) Le psaume lui fait seul exception à la observer que les paroles des deux psaumes sont règle, ou plutôt il la confirme; l'harmonie en presque absolument identiques, est la même que celle du xiv, mais il faut (2) Voir plus loin ces sept harmonies.

peu lassé du Psautier, qu'il en entreprit aussitôt un troisième, où il allait donner libre cours à son inspiration : Les Psalmes de Dauid compris en huit hures, mis en musique à quatre parties en forme de motets par Claude Goudimel, Paris, Adrien Le Roy et Robert Ballard, 1 565, petit in-/t° obi. en A vol. {Brunei). Cette composition est plus rare encore que la précédente; nous n'en connaissons que les trois derniers livres, qui sont à la bibliothèque Sainte-Geneviève :

Sixième Mure des Pseaumes de Dauid mis en musique à quatre parties en forme de motets par Claude Goudimel, Paris, Adrien Le Roy et Robert Ballard, i565, avec une ode dédicatoire à MM. Robert et René du Mollinet.

Septième Hure, etc., i566, avec une ode dédicatoire à Mlle Catherine Senneton M.

Huitième Hure, etc., i566, avec une ode dédicatoire à Mgr maistre Anthoine Porart, seigneur de Foignon, conseiller du roy et maistre ordinaire en la chambre des comptes.

Nos mélodies n'y paraissent que comme autant de thèmes développés avec des variations à l'infini , des imitations fuguées , etc. ; tous les versets y sont mis en musique, et le nombre des voix varie de trois à huit, bien que le titre du livre n'en indique que quatre. Ces motets, dont on trouvera plus loin un spécimen considérable, sont le couronnement de l'œuvre de l'artiste , qui les préférait à toutes ses autres compositions. Ce petit ouurage est, dit-il dans la dédicace du sixième livre ,

Le plus fidelle tesmoignage

De tous mes labeurs les plus beaux.

En dédiant le huitième à Ant. Porart,

Qui sur tout ne veut quon se lasse De chanter et chanter la grâce Et les louanges de ce Dieu , Qui , sous le vent de sa parolle , Fait trembler Y un et Vautre polie,

(l) Le 18 mars i565, Goudimel était par- cien pasteur de Metz.) — L'ode à Mlle Senneton

rain d'un enfant dans l'église réformée de et celle adressée à D'Ausance, gouverneur de

Metz, avec M1Ie Catherine Senneton, fille du Metz, qu'on verra tout à l'heure, semblent in-

président de la justice, protestante ainsi que diquer que Goudimel habita quelque temps

sa mère, dont le nom de famille était Milet. cette ville en qualité de chantre. (Note due à l'obligeance de M. 0. Cuvier, an-

le pieux musicien qualifie de la sorte ce dernier livre de son dernier Psautier :

Le plus doux trauail de ma vie , Guidant mon espérance aux deux.

Voici les dédicaces des deux autres Psautiers. Aussi bien que les précédentes, elles sont très-probablement l'œuvre, non de Goudimel, mais de quelque rimeur de ses amis. En tête du premier, édition Ballard, nous lisons ce qui suit :

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