‹ Clément Marot et le psautier huguenotChapitre 113 sur 135 · ORIGINES I · texte numérisé non relu

ORIGINES I

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PSALME CXXVJII.

Sur : II me souffit de tous mes maulx

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hé!

Sur : DowZ wewi refo ?(2).

Dont vient ce- - la, bel -le, ie vous sup - piy,

Tous-iours se - - ray de tristes - se rem - piy.

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Que plus à moy ne vous re - corn- - - man - dez ?

Iusques à tant qu'au vray me le man - dez.

o'1 // me souffit de tous mes maulx

Puis qu'ils m'ont liuré à la mort ; Vaxj enduré peine et travaulx, Tant de douleur et desconfort, Que voulez-vous que ie vous face Pour estre en vostre grâce ?

De douleur mon cueur si est mort , Si ne voit vostre face.

l2) C'est une chanson de Marot, qu'il avait sans doute mise lui-même en musique, à l'imitation des trouvères ses devanciers et de bien d'autres poètes.

L'air de la chanson fut aussi adapté , dans le Psautier français d'Anvers i5Ai, au psaume x de Marot :

Dont vient cela, Seigneur, ie te suppli, Que loin de nous te tiens les yeux couuer ts ?

La même chanson a, dans le recueil imprimé par Susato en i ,W4 , un air différent, arrangé pour quatre voix par Thomas Crequillon.

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le croy que plus d'amy ne de - man-

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Sur : Languir me fais[X).

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fais sans t'auoir of-fen -

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Languir me

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Plus ne m'es - cripz, plus de moy ne

t'en - qui ers;

Mais /ion - obs - tant tout au - tre dame ne

qmers :

(i) C'est encore une chanson do Marot; l'air ^st aussi de lui probablement.

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Plus - tost mourir que changer ma pen -

Ce .sont chansons d'amour sans doute; mais à tout le moins pouvait-on, sans rougir, chanter l'air qui les rappelait. Quant aux fioritures de la mélodie, nous ne pensons pas qu'elles aient été ajoutées par l'auteur du Psautier flamand, qui n'avait aucun intérêt à changer des airs connus de tous et encore moins à les compliquer; nous pensons, au contraire, que ce sont les musiciens savants, dont Attaignant a imprimé l'œuvre, qui les ont retranchées pour donner plus de relief au dessin mélodique et une plus entière liberté à leur harmonie.

Il est donc manifeste que les réformés de la Flandre n'ont fait d'abord aucun frais d'invention pour la musique de leur Psautier^.

Nos compatriotes catholiques ont usé du même procédé depuis le xvf siècle jusqu'à nos jours, c'est-à-dire qu'ils ont emprunté à la musique mondaine les airs de leurs cantiques. Sans nous arrêter ici à l'étrange psalmodie à laquelle ils se livraient du xivp au xvi° siècle, et que nous ferons connaître plus loin, nous ne citerons que des publications postérieures à la Réforme (2).

, Noëls nouvellement composés à X honneur de nostre Sauveur. . . qui se vhantent sur le chant de plusieurs belles chansons (par Jean Daniel, dit maître Mitou, organiste de Saint-Maurice et chapelain de Saint-Pierre d'Angers), Lyon, Claude Le Nourry, sans date (vers j 62 A) , petit in-8° gothique. — Ces noëls, qui ont largement contribué à rendre la religion frivole, ont été constamment réimprimés durant deux siècles [Le Semeur, 1887, Hist. du

tiques de la Bible mis en vers français par Lancelot de Carie, êvéque de Riez, en musique à quatre parties par G. Delin, Paris, Adrien Le Roy et Rob. Ballard, 1 56o ; — Les Psalmes et Cantiques qu'on chante en la chapelle de la Congrégation en certains tours, Paris, Adrien Le Roy el Rob. Ballard, i583, in-6°.

(,) tfLa conjecture est véritable, dit De Pours (L'Excellence et utilité du Psautier, p. 579) que la crainte qu'on avoit du clergé a fait cacher ces pseaumes sous ces airs populaires.?)

(2) Nous ignorons la nature des mélodies contenues dans les recueils suivants : Les Cm-

cantique), et tout récemment encore au Mans, par M. Henri Chardon, chez Monnoyer, 187/1, in-8°.

La pieuse alouette arec son tire-lire Chansons spirituelles, la plupart sur

des airs mondains, etc. (par Ant. de la Gauchie, jésuite flamand). Valenciennes, Jean Véruliet, 1 G 1 1) . (Ibid.}

Odes spirituelles sur l'air des chansons de ce temps, par Anne Picardet, veuve du sieur de Moulières et d'Essartines. Lyon , 1 6 1 9 , in- 1 2 ; 1 6 2 3 , in-8°. — L'auteur a recours aux airs du temps, «afin que les vases d'Egypte servent à l'ornement et à l'embellissement du tabernacle. » (Ibid.)

Les Rossignols spirituels ligués en duo regaillardis au primevère de l'an 1621. Valenciennes, Jean Véruliet. — Ce recueil a fait des emprunts aux airs protestants aussi bien qu'aux" airs mondains. L'auteur s'en explique ainsi :

Eh, dira quelque envieux, Eh, voici chose nouvelle!

Soni-ce pas les tons des gueux , Que Fou chante à la Uocheïïe?

Puis il rassure son monde, en ajoutant que, de même qu'il ne faut qu'une M pour changer Marot en Marmot,

Ainsi ne faut qu'une note Pour déguiser la chanson Soit mondaine ou huguenote. (Ibid.)

La Philomèle séraphique , etc., par Frère Jean FEvangéliste, d'Arras, prédicateur capucin, sur les airs les plus nouveaux, choisis des principaux auteurs de ce temps, avec le dessus et le bas. Tournay, Adrien Quinqué, 1 (> 3 ^ . (Ibid.) L'édition de 16/10 est à la bibliothèque du temple de l'Oratoire. Voir aussi Weckerlin , Souvenirs du temps passé, transcrits avec accompagnement de piano, p. i5. Les airs sont tirés de Guédron, Signac, Moulinié, Boyor, Bœsset, Richart, Vavasseur et Du Métru. L'auteur de ce recueil janséniste suivait donc la méthode jésuitique de la dévotion aisée ou relâchée.

Le Parnasse des odes, ou Chansons spirituelles, accommodées aux airs de ce temps, composées par C. Ho vil. Paris, Sébastien Hure, 1 (>.'>.'>. petit m- 12 (n° 1/41A du Catalogue des livres rares de Pottier. 1872).

Dans ses Remarques sur l'Histoire du Calvinisme de Maimboin g , Jean R011 s'exprime ainsi :

Je trouve l'auteur admirable de critiquer le chant de nos psaumes. C'est bien aux musiciens de sa communion à toucher une pareille corde, eux dont les noëls ridicules semblent être faits tout exprès pour apprêter à rire, et parmi lesquels on n'oit point d'autres hymnes que ceux qui s'entonnent sur les plus libertins airs de cour, sur des coq-à-l'âne du Pont-Neuf, sur des chansons de cabaret, et, ce qui est encore plus infâme, sur des intermèdes de comédie ou sur des pas de ballet et des morceaux d'opéra. Il n'y a point ici d'exagération : tout le monde sait quels sont les cantiques imprimés

chez Florentin Lambert , rue Saint-Jacques , à l'image Saint-Paul , devant Saint-Yves(1)

C'est dans ce curieux livre qu'on trouve des Gaudinettes et des Colins, qu'on entend des soupirs de l'époux céleste sur l'air des Enfarinés des entrées de l'âme juste dans le ciel sur l'air Daye den Daye, des dialogues entre l'homme et Satan sur celui de

Vous y perdez vos pas , Nicolas . . .

et ce qui vaut peut-être mieux que tout le reste, un délaissement de toutes choses sur :

Ce que fait et que défend L'archevêque de Jfouen.

Je vous feray voir quand il vous plaira, écrivait à son tour Jurieu (3), les cantiques spirituels de Colletet imprimés à Paris, chés Antoine de Raflé, avec privilège du roy de l'an 1660. Livre curieux, où vous trouverés des noëls sur le chant de ce vaudeville infâme qui commence : II faut chanter une histoire De la femme d'un manant, etc.; le reste est un conte scandaleux autant qu'il y en ait dans le Satyricon de Pétrone. Vous en trouverés un autre sur l'air de ces paroles libertines d'une chanson de l'opéra :

A quoy bon tant de raison Dans un bel aage?

un autre sur ce vaudeville impudent :

Allez-vous en

Un galant tout nouveau, etc.

Ce sont les plus honnestes.

(,) «Un dévot capucin, marchant sur ses traces, a donné aussi au public un recueil des plus curieux de ce genre. Il se nomme le père Martial de Brive.» (Journal helvétique.)

(2) Cet air, fort en vogue en 16^9, servait à chanter des Mazarinades (Weckerlin, Souvenirs du temps passé , p. 16).

Histoire du Calvinisme et celle du Papisme

mises en parallèle , ou apologie pour les réformateurs , pour la Réformation et pour les reformés. . . contre un libelle intitulé l'Histoire du Calvinisme par M. Maimbourg. Rotterdam, chez Reinier Leers, 1 683, k vol. in-16, au chapitre : Apologie pour Marot.

Voir aussi Curiosités historiques de la musique , p. 376 of '{79.

Ces airs qui scandalisaient Jurieu ont disparu de la sixième édition des Noëls nouveaux et Cantiques spirituels de Golletet, Paris, Antoine de Rafïlé, 1670, in-8o(1) (Collection d'O. Douen); mais presque tous ceux qu'elle contient sont du même genre. Colletet est loin de s'en cacher : « C'est sur la ruine (lisez : rime ou rhythme), dit-il dans sa dédicace à Mme la première présidente, des airs et des paroles prophanes du temps que j'ay façonné ce petit recueil de paroles dévotes.?? Il poursuit ainsi, dans Y Avis aux âmes pieuses, placé en tête du volume : «Comme autrefois on a fait, des temples prophanes dédiez aux idoles, de superbes églises consacrées au

Sauveur, de mesme je me suis ad visé de convertir ces chansons de

dissolution et de débauche, que l'on oit tous les jours dans la ville de Pans, en cantiques de piété, afin que ceux qui ont offensé Dieu par le chant mélodieux de ces airs souvent impudiques se servent des mesmes airs pour le louer et pour reconnaître leur crime.»

Voici la suscription de quelques-uns de ces cantiques :

Noël sur le chant :

La belle Iris sans cesse me suit; Je haij son amour extresme.

Noël sur cet air de cour nouveau :

Goûtons bien les plaisirs , bergère:

Le temps ne dure pas toujours.

Hymne de la conception de la Vierge sur cet ancien air de cour : Frère Frappart a dit en danse.

Noël sur Pair :

Vous perde: vos pas , Nicolas.

Noël sur ce nouvel air de cour :

Le berger Samson pria sur Iherbettr La belle Nannette.

M La même année parurent à Paris les Noëls nouveaux de cour ou Cantiques spirituels de la naissance de Nostre Seigneur Jésus-Christ, sur les plus beaux airs de cour de ce temps (par Dnfour, médecin), in-8". — Les Cantiques spi-

rituels ou Noëls nouveaux sur la naissance du Sauveur du monde, sur les plus beaux airs de ce temps, par MUe F. P. fille (Françoise Pascal) , Troyes , veuve Nicolas Oudot, sans date , in-8" , doivent avoir été publiés vers le même fpmps.

hh.

Noël sur l'air :

.hanneton fait la farouche.

Colletet ne s'est pas borné à écrire des strophes sur le rhythme des airs de vaudeville, de ballet, etc.; à l'exemple de Jean Daniel, il s'est parfois emparé des premiers vers de ces pièces, pour les accommoder à la dévotion

Le noël sur le chant :

0 monsieur le capitaine, Vous soyez le bienvenu,

commence ainsi :

Sauveur de la race humaine, Vous soyez le bienvenu.

Tous les couplets du noël sur le chant : Des chapeaux de poille,

se terminent par ces vers :

Il est sur la paille , Dieu , 11 est sur la paille.

Le noël sur l'air :

0 V heureux jour où Bacchus nous réveille,

débute ainsi :

L'heureuse nuit où Jésus nous réveille.

Le noël sur l'air :

Je voudrois bien estre bergère D'un aimable et jeune berger,

a pour sommaire : 77 n'est point de chrestien qui n'envie le bonheur des bergers et bergères qui virent la naissance du Sauveur.

M Voici les plus anciens exemples à nous connus de celle curieuse transformation :

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