CHANT XI, CANTIQUE XIV
Gracie ux.
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- 1 1 jl
Les cieux instruisent la ter-re A. ré - vé-rer leur au - leur ; Tout ce que leur globe en-
ser-re Révèle un Dieu cré - a - tour; Quel plus su-bliine can- ti - que. Que ce
M H en faut dire autant de la mélodie d'un autre genre que nous trouvons dans le Recueil de psaumes, d'hymnes et de cantiques publié à Berlin, en 1791, par le pasteur Henry.
RECl EIL I)E BERLIN , 1 79 1
1er
Les cieux ins- trui - sent la ter - re Tout ce (pie leur globe en - ser - re
A ré - vé - rer leur au - tour; Cé - lèbre un Dieu cré - a - teur;
fi-f-J-4^-É
Quel plus su - Mi - me can - li - que, Que ce cou - cert nia - jyni - fi - que
— r-^ fi
De tous les eé - los - tes corps! Quel - le gran-deur in
- ni - c ,
ri 11
Quel - le di - vi-ne har - mo - ni - c
Ré - sul - le do leurs »<• - oords!
concert magni - fi - que De tous les cèles -les corps! Quelle grandeur in- fi - ni-e Nous é-
MM
blouit au de -hors, Quelle di-vine har-mo - ni - e Résul - te de leurs ac-cords!
Les Cantiques spirituels de M. l'abbé de FAttaignant avec les airs notés... dédiés à la Reine. . . Paris, Duchesne, 1762, in-i 2 (Collection de M. Weckerlin et Bibliothèque de l'Oratoire), sont tout à fait dans le même goût. Le troisième [La foi raisonnée) se chante sur l'air du vaudeville d'Épicure; le quatrième (Le mystère de l'Incarnation), sur Les cœurs se donnent troc pour troc; le neuvième (La résurrection de Notre-Seigneur) . sur Près de la jeune Thémire; le dix-septième (La mort chrétienne), sur l'air Des billets doux; le dix -neuvième (L'éloge de la vie religieuse), sur l'air de La Passacaille d'Armide, etc.
Les mélodies de la Traduction des Pseaumes et des trois Cantiques du Nouveau Testament en vers françois sur des airs choisis anciens et nouveaux, par M. G. **** (Gaune de Cangy), Paris, veuve Gabriel -Charles Breton, 1763, in 12 (Collection de M. F. Bovet), proviennent aussi généralement de la même source. Nous n'en citerons qu'un des plus remarquables par son excentricité.
PSALME GXXXI1I.
Air: Bergers, rassemblez-vous dans rot heureux séjour, etc. Noël, P.
Bê - nis - scz no - tre Dieu, vous Ions ses ser - vi - tours,
le
0 vous qui fré - qu entez
ses par - vis a- do - ra-bles, Ve - nez, cé - lé-
in - fa - ti - ga-bles, Du
brez ses gran - (leurs.
Le-vez vos mains
ranl les nuits a- - a-Mes, Pour lui pleins d'ar
deurs ,
Le - vez vos
mains
a t rr if j i 'il
^np — r~
in - l'a - ti - ga-bles,Du - rant les nuits a- gré - a - bles, Pour lui pleins d'ar-
deurs.
Dé - nis - sez no - ire Dieu, vous tous ses ser- vi-teurs. Venez, courez, vo-
près de son sanctu - ai re,
Ve-nez, courez, vo
lez
jusqu'à son sanctu - ai-re,
Bé - nis - sez hau - le-
3 — fr— tn
if ,
ment, bé-nissez l'Éternel;
Qu'il vous bé - nisse aus-si de son sein pa - ter-
nel, De Sion , son séjour pros - pè-re, Ce divin créateur de la terre et. du
ciel, Modé - rateur u-niver
sel.
fi=fï
JNotre Dieu , notre ai - niable Pé-
jusqu'à son sanctu - ai-re, Venez , courez , vo-
re. Venez, courez, vo - lez
lez
jusqu à son sanctu
re
L'auteur s'exprime ainsi dans la dédicace : A Nostré Soigneur Jésus- Christ :
Le poison s'insinue, il entre par F ouïr
Aux chants voluptueux sans crainte épanouie.
J'ai choisi ces beaux airs trop souvent profanes,
Mais de l'impiété triomphans ramenés
Au légitime usage
Puis il demande à Dieu d'approuver el bénir sou pieux stratagème. Le mot \ est.
L'abbé de Lapérouze a mis ses Poésies sacrées, dédiées à M9r le Dauphin, sur les airs les plus analogues aux sujets tirés des anciens et des nouveaux opéras. Paris, Saillant et Nyon , 1770, in-8°. (Bibliothèque de l'Oratoire.) L'un de ses cantiques, et fort lugubre, Pour le tems de Caresme, est adapté à l'air le plus sautillant du monde; nous nous bornons à en reproduire le début :
Pleurons sur nos cri -mes, Couvrons-nous de deuil , Immo - Ions - nous comme vie-
ti - mes, Songeons au cer-cueil, etc.
Cependant vers la fin du xvine siècle une protestation sincère et éloquente s'éleva, parait-il, contre cet abaissement de la musique religieuse^. Le fameux missionnaire Briclaine «composa, dit M. l'abbé Arnaud (2), les mélodies de ses Cantiques, pour éviter l'inconvénient d'une dissonance choquante entre des airs mondains et des paroles chrétiennes, fâcheux exemple qu'avait donné, entre autres, l'abbé de l'Attaignant dans son recueil de Cantiques, où la première pièce est sur l'air du Menuet a" Exaudet. Le grave et prudent missionnaire, qui avait compris l'inconvenance et le danger de cet assortiment adultère, s'affranchit du joug de cette bizarre
et blâmable routine. Il voulut, selon l'esprit de l'Eglise, que la musique des cantiques fût chaste et religieuse comme les pensées qu'ils exprimaient; que le musicien et le poëte s'inspirassent l'un et l'autre des vérités divines, pour parler la même langue et produire les mêmes effets; que la mélodie ne fût qu'une interprétation harmonieuse de l'idée chrétienne, et que l'alliance des deux arts concourût dans une part égale à élever les âmes. »
Mais cette protestation n'a trouvé aucun écho dans les sacristies; on y a continué jusqu'à nos jours à penser, avec l'abbé PeHegrin, que «les airs sont indifférents d'eux-mêmes, » que la musique religieuse n'a point de cachet particulier, et que tout ce qui flatte l'oreille et séduit la foule est
(,) Déjà en 1680 le jésuite P. J. Grasset avec la basse continue par M. Champenois, Paris, avait composé sur les paroles la musique de in-^10 obi. (Biblioth. Sainte-Geneviève.) ses Cantiques spirituels à deux et trois parties. ^ D'Ortigue, Dictionn. roi. 9.9,h.
ORIGINES DES MÉLODIES Dl PSAUTIER. 703
par cela même digne de pénétrer dans le sanctuaire de la prière et do l'adoration.
Sous le titre de Concerts spirituels^, on a publié à Avignon, vers i83o, des messes, requiem, proses, hymnes, prières, passages des saintes Ecritures, adaptés aux plus beaux morceaux de musique dramatique de Gluck, Piccini, Sacchini, Mozart, Weber, Cimarosa, Paër, Spontini, Rossini, Grétry, Beethoven, Méhul et Gossec. «On y voit défiler, dit M. d'Ortigue (2) , toutes les parties liturgiques de la messe, le Kyrie, le Gloria, le Credo, le Sanctus, YAgnus Dei , sur des morceaux de Y Annule de Gluck; toute la prose Dies irœ sur la Flûte enchantée de Mozart; tout le Stabat sur les Noces de Figaro et Don-Juan. Ici il faut admirer l'à-propos avec lequel le verset 0 quant tristis et ajflicta a été appliqué à l'air : Voi che sapete; le verset Pro peccatis sur l'air : Ratti, batti , o bel Mazetto ; comme ailleurs la prose Laiula, Sion, Salvatorem est ajustée sur l'air : Fin ch'an dal vino, et Y In te, Domine, speravi sur le trio des masques. •»
Castil-Blaze a donné, sous le nom de Messe de Rossini, un arrangement du même genre, auquel l'illustre maestro était tout à fait étranger, et dont l'inconvenance dépassait de beaucoup celle des Concerts spirituels^.
Les airs du Comte Ory et de l'opéra de Moïse ont eu leur moment de vogue dans les églises catholiques.
Dans le Nouveau choix des cantiques de Saint-Sulpice avec tous les airs de musique, Paris, Th. Le Clerc jeune, 18/11 , in-16, se trouvent les mélodies de la Romance de Joseph, du Chant du départ, du Pauvre Jacques et les suivantes :
Je l ai planté, je Y ai vu naître.
Partant pour la Syrie.
Tout est charmant chez Aspasic.
Ah! vous dirai-je, maman.
Femme sensible.
Un inconnu pour vos charmes soupire.
Jeunes amants.
Il pleut, il pleut, bergère.
L amour la nuit et le jour, oie.
W Qnafro vol. in-folio, contenant soixanlr 2) LamusiqueàVéglise,Van$,i&6l,\ïl-\a,
et dix-npiif morreanx. p. 3 9 6. — ^ Ihid. p. 3 39.
70/i ORIGINES DES MELODIES DU PSAUTIER.
L'auteur ou l'un des auteurs de ce recueil a imité jusqu'aux paroles du refrain du Chant du départ :
La religion vous appelle , Sachez vaincre , sachez périr ; Un chrétien doit vivre pour elle.
Pour elle un chrétien doit mourir (').
Toutes les chansons huguenotes furent également écrites soit sur des airs de psaumes, soit sur des airs populaires; mais tandis que les cantiques catholiques ont toujours été chantés dans les églises, aucune de nos chansons spirituelles n'a pénétré dans les temples depuis que les psaumes y ont été introduits. Nous ne connaissons qu'un seul recueil qui contienne, et encore n'est-ce qu'en petit nombre, des mélodies nouvelles composées sur les paroles : c'est la Chrestienne resiouissance d'Eustorg de Beaulieu ( 1 5 /i 6 ) . Il y a dans ce volume rarissime cent soixante chansons contre le pape, les prêtres, les moines; cent vingt et une sont mises sur des airs du temps, tels que ceux-ci :
Cest boucaner de se tenir à vue.
Ces fascheux sots cpii mesdisent daijmer. Vostre c. verd couvert de verd.
Mon pere nui donné un manj.
De Beaulieu n'a composé lui-même que trente-neuf mélodies^. Aucun de nos autres recueils ne contient de musique notée, parce que les airs adaptés a ces chansons étaient connus de tous.
(l) A la fin du siècle dernier, quelque protestant eut le mauvais goût de composer un cantique sur l'air de la Marseillaise :
C'est au Dieu qui m'a donné Vôtre Que je veux consacrer mes chants; Je lui dois tout : c'est mon bon Maître ,
Et je suis un de ses enfants
0 nous, ses rachetés, bénissons à jamais, Chantons (bis) d'un Dieu si bon l'amour et les
[bienfaits , rte. (Bvllrt. 2' série, II, 93.)
W II a placé l'avertissement suivant en tète de sa chanson cxxiv : «le t'ay mis icy à part, amy lecteur, trente el neuf chansons spiri-
tuelles parmy les autres. Lesquelles i'ay ainsi séquestrées pour t'aduertir expressément que ie n'ay point composé aulcun subiect ou autre partie du chant des chansons précédentes , n'aussi les aultres que tu trouueras subsequemment après ceulx-ci. Mais touchant ce nombre icy des trente-neuf seullement, tu seras aduerti qu'après leur avoir faicte la lettre, ie leur ay aussi faict et composé chascune à part vn chant, à scauoir en note musicalement (les vnes à trois et les aultres à quatre parties) selon le don que Dion m'a administré en ce tant noble art de musique, n
La chanson :
Mon Dieu , ie te supplie , Osle-moi de soucy, Et mes péchés oublie , Me prenant à mercyW ,
se chantait sur l'air de celle-ci :
La chanson :
se chantait sur : Un Pater, sur D'autres, sur
Quand Bourbon vid Marseille , 77 a dit à ses gens :
Vray Dieu! quel capitaine Tmuuerons-nous dedans ?
Douce mort , heureuse mort , Par toy nous auons la vie,
Là, là, tenez vos amours secrètes.
Les Bourguignons ont mis le camp.
C est vne dure départie.
Harri, harri Vasne.
Si nous perdons le variété.
Qui me confortera et me donnera liesse?
Au bois de dueil, à l'ombre de sou Ici.
Faulte d'argent.
A ï ombre d'vng buissonnet.
Bibon, ribaine, tout en des.
Princes , veuillez nous pardonner ^ .
Mon père, mariez-moy,
Ou ie suis vne file perdue.
(l) Elle se trouve à la fin fies Dialogues rustiques d'nn prestre.de village, d'un berger, d'un cerisier et sa femme. Très utile, pour ceux qui demeurent ès pays où ils n'ont le moyen d'est re instruits par la prédication de la parole de Dieu. La Rochelle, 1 6 1 p. , in-8°.
W Voir un recueil de Chansons spirituelles
imprimé vers 1606 et dont le titre manque à l'exemplaire de M. de Bray ; à la fin se trouvent Dix cantiques spirituels pour l'instruction et la consolation des fidèles. La Rochelle, François du Prô, i f>o6.
(3) Recueil de plusieurs chansons spirituelles ,
1555, in-3a (Collect. do M. H. Bordier).
Une autre se chantait sur l'air que voici :
(trente-sept chansons mvsicales à qvatre parties imprimées par attaignant. i53o(i).)
rJ rJ o' -ql
mours, Ou aul - tre - ment
Se-cou-rez-moy, Ma-da-me, par a
rj V 'J 4
ia mort me vient
que
- rir; Aultre que vous
rJ rj rj rJ 4 J q|
ne peut donner
secours A mon las cueur, lequel pour vous s'en
0 Jg
CE
- rir. Helas, he-las! venez lost se - cou - rir
va mou
- se ;
Celluy qui vit pour vous en grant tris -
- tes -
—* — es 1 — 1
^ — e— ^ — " a té
Té
Car de mon cueur vous es -tes ia mais -
très -
se.
Les timbres suivants qui figurent en tête de plusieurs de nos chansons spirituelles, soit religieuses, soit de controverse, sont également empruntés à Ma rot :
Tant que viuray en aage florissant. (Chanson xm.) Languir me faictz sans fauoir offensée. (Chanson xiv.) Dont vient cela, belle, ie vous supply ? (Chanson xv.) Long temps y a que ie vis en espoir. (Chanson xxiv.) Quand vous vouldrez faire vue amye. (Chanson xxv.)
Citons un dernier exemple: Barptolemy Aneau, dont M. Fétis a fait à tort un musicien, et qui fut massacré à Lyon comme protestant, au
(1) Si la date de io3o, mise à cette chanson de Marot( c'est sa troisième) par Lenglet- Dufresnoy, ost exacte, il en résulte ou qu'elle fut calquée sur un air antérieur, ou qu'elle
fut mise en musique, par Marot ou par quelque autre, aussitôt après avoir été composée, puisqu'elle fut imprimée la môme année par Attaignant.
mois de juin i56t, a publié un recueil intitulé : «Chant natal, contenant septno'èlz, vng chant pastoural et vng chant royal, auec vng mystère de la Natiuité par personnages. Composez en imitation verbale et mvsicale de diverses chansons. Recueilliz sur l'Escripture saincte et d'icelle illustrez. Lugduni, i53q,» in-8°. On y trouve unnoël en «imitation de Marot sur la chanson : Pourtant si ie suys brunette (chanson xxxvi), tant en la lettre que en la musique ; vng chant pastoural sur le chant et verbe de : Vous perdez tems (chanson xxxv de Marot); un noël branlant sur le chant : Barptolemy, mon bel amy; l'annunciation aux pasteurs, sur le branle de : Iolyet est Marie; la venue et l'adoration des pasteurs sur le chant : Sonnez-my quand vous wez.yi (La France protestante.}
Non-seulement nos poètes empruntaient la musique des chansons populaires, ils imitaient parfois celles-ci en en changeant le sens, comme nous l'avons vu faire à Colletet, mais avec plus de sérieux. Ainsi, la chanson qui se chantait sur :
Languir -ay-ie plus guère , Languiray-ie tousiours ?
commençait ainsi :
En douleur et tristesse Languirons-nous tousiours ?
Las ! Seigneur, tout nous presse D'aller à ton secours
Celle qui se chantait sur :
Amour, amour, Que tu nous fais de mal !
commençait ainsi :
Seigneur, Seigneur, Que tu nous fais de bien!
Celle qui avait pour timbre :
Quand me souuient de la poulûillé , commençait par :
Quand me souuient de VEuangile.
(l) A toi , clniit vient h tecour».
C'est surtout Eustorg de Beaulieu qui est entré dans cette voie. De la chanson :
Puisquen amours a si beau passe-temps ,
il a tiré celle-ci :
Puisquen amours a si beau passe-temps , le vueil aymer Dieu, mon soutier ain sire.
De celle qui commence par :
Vous mocquez-vous , Monsieur, de motj ?
il a tiré celle-ci :
Vous mocquez-vous, mot/ne, de moy?
Enfin il a poussé l'imitation plus loin encore.