‹ Clément Marot et le psautier huguenotChapitre 122 sur 135 · AIR DU PSAUME CXLII · texte numérisé non relu

AIR DU PSAUME CXLII

Psautier d'Anvers i54i.

Dueil , double dueil, renfort de desplaisir,

ORIGINES DES MÉLODIES DU PSAUT1EII.

Tristes - se, en-nuy, en - ne-mis de plai - sir,]

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De ma langueur prenez so-li-ci-tu - - de,

$-f r r r r°Trrrrr f ' r r r r r r r rrrr"°

Et de mon mal voyant l'a ma - ri - tu - - -de,

Ne me don- nez de viure plus loi-sir, Ne me donnez de viure plus loi-sir,

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Ne me don - nez, ne me don -nez de vi - ure plus loi -sir.

Puisque les protestants d'Allemagne et ceux de Flandre, les catholiques de France, les huguenots et les protestants wallons d'Anvers adaptaient à leurs cantiques, à leurs psaumes et à leurs chansons spirituelles, des airs populaires, pourquoi les auteurs des mélodies de notre Psautier n'auraient-ils pas suivi la coutume générale ?

Il faut noter que l'une des accusations portées contre nos psaumes par leurs ennemis est précisément leur ressemblance avec des chansons qui couraient les rues.

Après avoir dit que Calvin eut soin de les mettre entre les mains des plus excellents musiciens de l'époque, Goudimel et Bourgeois, Florimond de Rémond ajoute (J) :

Ceux-là diuersifièrenf ces cent cinquante pseaumes d'autanl do sortes d'airs infiniment doux et plaisans en leur variable diuersité. Toutes les douze sortes de modes, comme la dorienne, phrigienne, lydienne et autres, jurent pratiquées sur ce suiet au genre dialonic, qui est le plus propre et aisé de tous ceux qui sont en la musique. Mais certes chant trop efféminé, lasche et remis, tel que l'harmonie ionique et lydienne, laquelle Platon vouloit estre chassée de sa république; à plus forte raison indigne d'estre employée en la maison de Dieu, où legraue son [lisez : le plain-chant] esl plus louable,

1 Histoire de l'hernie, liv. VIII, cti. mi, p. io'iq.

71/i ORIGINES DES MÉLODIES DU PSAUTIER.

mesineinenl lorsqu'il est question de présenter à Dieu ces très saintes et diuines paroles. Qui entendra le lxi :

Enlens pourquoi) ie nicscrie ,

le le prie , 0 mon Dieu , exauce moy ; Du bout du inonde mon ame ,

Qui se pasme , Ne reclame autre que toy,

ne dira-il pas que c'est vne chanson? De mesme le pseaume xxxvui :

Las ! en ta fureur aigiïe, Ne m'argue.

Quiconque oit cet air, dit Gayer, ne se souuient-il point de celle qui disoit :

Mon bel amy, vous souviehe

De Piehe, Quand vous serez 'par delà ?

Si les ministres considèrent ceci, poursuit Gayer, n'auront -ils point de honte? Gar ils ne scauront dire que le chansonneur du petit troupeau (il entend Beze) ait deu oster aux poëtes amoureux, comme à des iniustes possesseurs, cette mignardise lasciue des airs petulans de la musique chromatique de ceux de Ionie. Vn certain de leurs psea urnes rhimez [le lxvi] se sonne au son de la cornemuse : Or sus louez Dieu tout le monde. Et vn autre se chante sur cette iolie chanson : Petite camusette; ie dy par le iugement mesme de celuy qui a fait la composition de la musique. Ce musicien le dit à Galuin, qui s'en prit à rire. Quel zèle pour esleuer au cœur de l'homme toute ceste ionglerie! Jusques à la Gayer.

Propos haineux et mensongers d'apostats qui calomniaient leur ancienne religion, dira-t-on ! Haineux, soit; mais faux et mensongers, il y a lieu d'en douter, quand on voit un protestant jaloux de la gloire de son Eglise, un ministre qui a fait un livre énorme sur le Psautier tenir exactement le même langage. Ainsi s'exprime Jérémie de Pours('2) :

On a prins quelques airs du commun peuple pour y approprier le chant de quelques psaumes Florimond conforme notre psaume xxxvm :

1 Voir p. 3o. — (2) De l'excellence et utilité des pseaume» , p. 077.

Las ! en ta fureur aiguë .

Ne m'argue De mon fait. Dieu tout puissant,

sur ce vpdeville :

Mon bel amy, vous souvienne De Pienne , Quand vous serez par delà 1 .

Le psaume cxxx est conformé à cest air :

Languiray-je plus guère, Languiray-je tousiours ? (2).

Or qu'ils sachent qu'on a oste' aux poètes amoureux comme à des injustes possesseurs ces mignardises , et leur pétulance est convertie en saincteté. Ce qui souloit appartenir leur est osté, et est comme sanctifié. Anciennement ce qui estoit d'un usage commun, fust-ce mesmes d'un butin, en estant ceremonielleinent séparé et séquestré, quand

on l'appliquoit au service du sanctuaire, il estoit réputé pour chose saincte Il y a

quelques-uns de nos psaumes (3) qui accordent avec quelques airs populaires, où le chant et la musique est la première. Mais aussi combien en a-il où, la poésie estant laite, la musique convenable y a esté appropriée!

Sans doute, J. de Pours, qui s'est trompé en avançant que Calvin n'avait traduit aucun psaume en vers, aurait pu se tromper encore en pariant de l'origine de nos mélodies; mais, sans entrer maintenant dans des détails d'appréciation qui viendront en leur lieu, nous pouvons alïirmer d'une manière générale que les faits justifient son assertion, aussi bien que celles de Florimond et de Pierre-Victor-Palma Cayer, l'ancien pasteur, qui n'avait abjuré que pour prévenir une destitution imminente. Un grand nombre de nos psaumes sont effectivement calqués sur des airs populaires, et nous allons en donner la preuve.

Cette partie de notre tâcbe n'a pas été la moins laborieuse; il nous a fallu confronter avec les mélodies du Psautier toutes les chansons du xvie siècle que nous avons pu trouver à Paris et ailleurs (près de i,5oo,

(l) Nous examinerons tout à l'heure l'objection soulevée à ce propos par M. Riggeiibaçh.

W .Nous n'avons pas retrouvé celle chanson; mais la chanson huguenote :

En douleur cl tristesse,

qui se chantait sur le mémo air, se compose, comme le psaume cxxx, de strophes de quatre vers de six syllabes. {Le chansonnier huguenot, p. 37.)

M Do l'excellence et utilité des psennmes , p. 58i.

sans parler des 2,35o, généralement plus modernes, que renferme la Clej du caveau).

L'énumération de tous les recueils que nous avons consultés serait fastidieuse et sans utilité directe; aussi nous bornons -nous à indiquer ceux qui nous ont fourni des éléments de comparaison :

Chansons du xve siècle publiées , d'après le manuscrit de la Bibliothèque nationale, par Gaston Paris et Auguste Gevaert, Paris, Firmin-Didot, i 8 7 5 , in-8°, contenant i/i3 pièces. Ce volume, n'ayant paru que depuis que notre ouvrage est sous presse , y a nécessité quelques remaniements.

Canti C. n° cento cinquanta. Venise, Ottaviano Petrucci, i5o3 (Biblioth. impér. de Vienne (1)).

Dix livres de Chansons musicales à quatre parties imprimez à Paris par Pierre Attaingnant, 1629-1 53o, obi., comprenant 3/i/i pièces (Biblioth. nation. V,u 1 33o, 3).

Notice sur les collections musicales de la bibliothèque de Cambrai et des autres villes du département du Nord, par E. de Coussemaher, Paris, Techener, 1 8/1 3 , in-8° (Biblioth. nation. V). On trouve à la fin plusieurs pièces musicales du xvie siècle, entre antres une chanson flamande mise a quatre parties par l'un des deux Gheerkin (Petit Gérard), et extraite du manuscrit n° 12/1, daté de i5/i2, de la bibliothèque de Cambrai.

Dix livres de Chansons à quatre parties conuenables tant à la voix

comme aux instrument:. Imprimées en Anuers par Tielman Susato, imprimeur et correcteur de musique, 1 5/iA-t 545 , contenant 338 pièces (Collection de M. Bovet).

Huit livres de Chansons nouuellement composées (aliàs mises) en musique à quatre parties , Paris, Adrien Le Roy et Robert Ballard, 1 552-1 557 , in-8° obi., contenant 1 33 pièces (Biblioth. nation. V. i33o,2).

Dix livres de Chansons nouuellement composées en musique à quatre parties , Paris, Adrien Le Roy et Robert Ballard, i556-i56i , in-8° obi., contenant 190 pièces (Biblioth. du Conservatoire). Afin de distinguer les deux collections de Le Roy et Ballard, nous ajouterons au nom de l'imprimeur la lettre A pour désigner la plus ancienne et la lettre B pour désigner la plus récente.

Nous devons ici prévenir une nouvelle objection. Les personnes peu

(1) Voir Ànlon Schmid, OUaviano dei Pc- Musiknotendruckes mit ùewcglirltm Metali tnirri da Fossombi onc , dev pvsIp Erfinder dru typm, e*c- Vien, 186 5, in-8n.

versées clans l'histoire de la musique ne manqueront pas de penser que les airs contenus dans un manuscrit de i5/i2 , dans les recueils de Susato (i5/t/t)et dans ceux de Le Roy et Ballard (i55a-i56i) sont nécessairement postérieurs à la composition des mélodies du Psautier génevois de i5/j2, et n'ont pu, par conséquent, leur servir de type. C'est une erreur, heureusement facile à dissiper. Les musiciens d'alors, exclusivement contrapontisles, n'inventaient pas de mélodies ils se bornaient, qu'on nous pardonne de le répéter, à harmoniser les airs les plus en vogue ou ceux qui leur plaisaient le plus. Il n'y a rien de nouveau, dans les recueils dont il s'agit et dans tous les autres du même genre, que l'harmonie; les airs sont beaucoup plus anciens (2). Ainsi la mélodie qui a servi de thème à celle du psaume cxm se trouve deux fois dans les recueils de Susato, sous deux formes différentes, avec des accompagnements divers, et cependant c'est bien la même, modifiée par le temps et les caprices de l'usage. De même la chanson : Amour ne sauriés-vous aprendre?, qui se trouve dans le recueil de Le Roy et Ballard de i56i, est déjà dans le recueil publié par eux en i55/i. Là chanson : Uaultre tour malloy, est à la fois dans le recueil de Le Roy et Ballard de i56q et dans celui qu'Attaignant fit paraître en i52Q. La chanson : En espérant, est à la fois dans le recueil de Susato de iskk et dans celui d'Attaignanl de t53o. La chanson : Petite camusette, citée par Cayer, figure dans le recueil de Susato, harmonisée pour six voix par Josquin des Prés; mais elle ne date pas de t5/t4, puisque Ottaviano Petrucci de Fossombrone l'imprimait à Venise, dès ioo3, avec l'harmonie à quatre voix d'Okenghem. Les chansons : Gentils galans auenturiers et Vray Dieu damours, que nous trouvons en i53o dans le recueil d'Attaignant, avaient déjà été imprimées par le même Petrucci en i5o3 , et elles remontent encore plus haut que cette date, puisqu'on les rencontre, ainsi que la chanson : Se

(1) Ainsi s'exprime M. G. Becker dans un (2) Nous ne connaissons que deux excep-

livre rempli d'érudition : La musique en Suisse , f ions à cette règle : les trente-neuf mélodies

Genève, 1 8 7 A , in-12, p. 48 : « Qu'on nous composées et harmonisées par De Beaulieu

monlre dans loute la littérature musicale de (1 546 ) et les Chansons nouvelles composées par

cette époque (celle de Bourgeois, Jambe-de- Barthélémy Beaulaigne , excellent musicien, et

Fer et Goudimel) un seul ouvrage composé par luy mises en musique à quatre parties.

pour une voix seule, avec la preuve qu'il a été Lyon, BobertGranjon, i55g (Bibliolli. nation,

publié comme tel par l'auteur. 11 n'existe pas.» Vm 1 53o A , à la suito du Trophée de musique

Le Psautier est, croyons-nous, le premier ou- du mémo imprimeur), vrage de ce genre qui ait paru on France.

congié prens, aussi imprimée par lui en ioo3, dans le manuscrit du xve siècle publié par MM. G. Paris et Gevaert.

Au reste, tandis que Van Nieuvelt et Pierre Alexandre avaient introduit dans le Psautier flamand et dans le Psautier français d'Anvers des airs populaires sans les modifier aucunement; tandis que les huguenots avaient suivi le même système pour leurs chansons spirituelles, et les catholiques pour leurs cantiques, les auteurs de nos mélodies se sont livrés à un sérieux travail d'adaptation , qui permet d'affirmer qu'aucune mélodie profane n'est entrée telle quelle dans le Psautier. Parmi les trente -sept exemples (1) que nous allons mettre sous les yeux du lecteur, il n'en est que deux où l'imitation s'étende à la mélodie tout entière.

ATTAIGNANT

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