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" Notons encore comme ayant de l'analogie avec ce psaume la chanson suivante :
L'autre iour iou-er m'alloy' parmi ces champs.
ATTAIGIUINT.
Secou - rez-ruoy, Madame.
SUSATO.
Puisqu'elle a mis à deulx son a -mi- lié.
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Admettons qu'il y ait dans ces trente-sept exemples quelques réminiscences accidentelles, c'est-à-dire non voulues ni cherchées, il n'en reste pas moins démontré que, à Strasbourg aussi bien qu'à Genève, les auteurs des mélodies du Psautier travaillaient sur des mélodies antérieures, auxquelles ils faisaient subir des transformations plus ou moins radicales. Il semble qu'avant de se mettre à composer, c'est-à-dire à inventer, ils croyaient indispensable de payer un tribut à la routine ; les premières mesures de leurs chants ne sont généralement que la copie ou l'imitation du commencement d'un air connu, qu'ils abandonnaient ensuite pour se livrer à leur imagination. Leur manière de faire rappelle l'hésitation du nageur novice, que la crainte d'être entraîné empêche de s'écarter du rivage. Le lecteur attentif aura remarqué que plusieurs des chansons que nous venons de citer ont été écrites d'après le même système. Aujourd'hui que le moindre musicien se pique de produire des mélodies originales et absolument neuves, nous avons peine à comprendre une méthode si différente, qui avait peut-être pour but de frapper l'attention et de rendre le nouvel air plus facile à retenir. Ce procédé, qui n'est point sans analogie avec celui qu'employaient les poètes d'alors pour transformer en cantiques des chansons grivoises, nous paraît étrange, presque absurde; mais il ne faut pas oublier qu'il constituait déjà un progrès sur l'usage universel qui permettait d'appliquer à une même mélodie les textes les plus dissemblables. Ce n'est que peu à peu que l'on se mit à conformer la musique aux paroles, et (pic la mélodie pril par là même une importance qu'elle n'avait point aux yeux des musiciens de profession.
Nous sommes maintenant en mesure d'apprécier à leur juste valeur les
accusations de Florimond et de Gayer, et les aveux de Jérémie de Pours. Malgré l'acharnement qu'ils mettaient à diffamer la religion qu'ils avaient quittée, les deux transfuges ne l'ont certainement pas calomniée en signalant la ressemblance des psaumes xxxvm, lxi, lxv et lxvi avec des chansons populaires Leur tort est de s'être fait de cette ressemblance une arme contre le Psautier, d'avoir prononcé les mots, souverainement injustes, de k chant efféminé», de a mignardise lascive» et de s pétulance»; d'avoir impudemment feint d'ignorer l'existence des cantiques catholiques, lesquels méritaient toutes ces qualifications, et surtout de n'avoir pas dit que, loin d'être complète, la ressemblance incriminée ne consistait le plus souvent que dans la reproduction de quelques mesures de la mélodie primitive. De son côté, l'honnête De Pours n'a garde de nier cette ressemblance; aux quatre exemples cités par les détracteurs du Psautier il en
(l) Nous n'en pouvons dire autant de la boutade de Voltaire :
Pour tout plaisir Genève psalmodie Du bon David les antiques concerts , Croyant que Dieu se plait aux mauvais vers ;
accompagnée de la note suivante : «Ces vers sont dignes de la musique; on y chanîe les Commandements de Dieu sur l'air : Réveillez-vous, belle endormie. 11 (Chant Ier de La guerre civile de Genève.) — Nous avons trouvé la chanson sous deux formes un peu différentes. Ni Tune ni f 'autre ne rappelle en aucune façon l'air des Dix commandements, qui est celui du psaume cxl (voir p. 727 ).
il . . 1
Ké-veillez - vous, bel-le dqr-meu-se, Si mes dis-cours vous t'ont plai - sir;
Mais si vous è - tes scru - pu - leu- se, Dormez ou ici - gnez de dor - mir.
Ré-veillez - vous
bel - le dor - meu- se.
Il n'y a qu'une seule ressemblance entre le cantique et la chanson, c'est que tous deux se composent de strophes de quatre vers et de vers de huit syllabes. La constatation de ce fait n'eût offert aucun intérêt , tandis qu'il était piquant de faire chanter les Commandements de Dieu sur l'air de la chanson inconvenante. Entre une vérité banale et une mordante contre-vérité, le grand railleur n'a jamais su hésiter.
ajoute un cinquième, celui du psaume cxxx. Il sait que les airs des chansons du temps ont passé tels quels dans le Psautier flamand, et passent encore tous les jours sans aucune modification dans les cantiques de l'Eglise romaine, et, raisonnant par analogie, il conclut qu'il a dû en être de même pour quelques-uns de ceux qui ont eu accès dans le Psautier réformé. C'est en quoi il se trompe, et aussi en pensant que la et musique convenable» qui, d'après lui, a été «appropriée» au plus grand nombre des psaumes, est entièrement étrangère à ces mêmes chansons. En d'autres termes, l'assertion de De Pours manque un peu d'exactitude et de précision, parce qu'il ne s'est pas livré au minutieux travail de comparaison qui met en pleine lumière la manière de procéder de Bourgeois et de son continuateur.
M. Riggenbach fait observer avec raison (1) que Elorimond de Réniond commettait une ^ très-jolie bévue chronologique,» s'il pensait réellement que le psaume xxxviii a été versifié sur la mélodie de la chanson :
Mon bel amy, vous souvienne
De Pienne, Quand vous serez par delà ;
puisque cette chanson satirique, relative à la déconvenue de François de Montmorency, fils du connétable, qui, en i 5 5 6 , fut contraint d'aller à Rome (par delà) demander une dispense pour ne pas épouser MUo de Pienne, sa fiancée, est postérieure de quatorze ans au Psautier dans lequel le psaume xxxviii fut imprimé pour la première fois avec sa mélodie. A son avis et à celui de M. F. Bovet, qui lui a transmis la remarque, ce serait bien plutôt le psaume qui aurait donné sa mélodie à la chanson. Nous ne saurions partager cette manière de voir. Outre qu'il est bien peu probable que des catholiques soient allés chercher un air de psaume, pour se moquer d'un personnage qui n'avait rien de protestant , il nous semble évident que, si le psaume et la chanson avaient eu exactement le même air, et, à plus forte raison, si la chanson avait pris l'air du psaume, les huguenots auraient mis à leur chanson contre la papauté :
Sus, cardinaux, archevesques
Et evesques, \ enez tous me secourir,
W Der Kirchenge$ang in Batel,T>. Bit.
le timbre : Sur l'air du psaume xxxvni, qu'ils avaient déjà mis à leur chanson d'avant i 555 :
Las, à nous, Seigneur, regarde
Et ne tarde De nous aider promptement ,
et non celui-ci : Sur le chant De Pienne(lK La ressemblance entre le psaume et la chanson De Ptenne ne s'explique que de la manière suivante. Le psaume avait, en effet, retenu le début et peut-être quelque autre phrase d'un air connu, et cet air tout entier fut adapté à la chanson : Mon bel amy, en 1 5 5 6 , à la chanson contre la papauté quelques années plus tard^, et en i56a à une autre chanson huguenote :
Sois-moy, mon Dieu admirable,
Favorable Par mon Seigneur Jésus-Christ^.
Ou a vu plus haut (p. 071) avec quelle liberté les musiciens qui mirent des mélodies aux psaumes catholiques du xvne siècle prenaient dans notre Psautier tantôt une phrase, tantôt plusieurs, tantôt une mélodie presque tout entière, et parfois sans même essayer de déguiser leurs plagiats; le même système a été suivi par l'auteur des mélodies du Psautier italien, calqué autant que possible sur le nôtre mais où nos airs sont parfois étrangement défigurés. Il n'est personne qui, à première vue, reconnaîtrait nos psaumes xxvn et xlii dans les Salmi liv et xlu (5).
^ H. Bordier, Le chansonnier huguenot, p. 117 et 369.
(2) L'apostrophe au cardinal de La Ruine (de Lorraine), le triomphe de la Réforme et la défaite de la papauté, qui forment le sujet de quelques-unes de ses strophes, nous paraissent lui assigner la date de i5Ci.
(3) Le chansonnier huguenot , p. 220.
(4) Il lui a emprunté les mélodies suivantes : a, 27, 32, /12, 5i, 78, 79, 80, io3, 10&, 129 et 1 3o.
r,) Scssanta Salmi di Dauid, tradotti in rime
volgari italiane , secondo la verità del testo Hébreu, etc. Délia stampa Giovan Battisla Pirieroli, 1 573, in-32, avec liturgie, catéchisme, la préface de Calvin : A tutti christ ianie amatori délia parola di Dio , et un fragment de Ma rot :
0 quanto auucnturoso Dir sipolrà colui, ch'a i giorni suoi Il bifolco udirà, guidando i buoi, Laudi cantare al Signor glorioso , etc.
(Collection de M. A. Coquerel fils.)
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