‹ Clément Marot et le psautier huguenotChapitre 17 sur 135 · A MESSIRE NICOLAS DE INEVFVILLE · texte numérisé non relu

A MESSIRE NICOLAS DE INEVFVILLE

CHEVALIER, SEIGNEVR DE V1LLEROY,

CLEMENT MAROT, salvt.

En reuoyant les escripts de ma ieunesse, pour les remettre plus clerz que deuant en lumière, il m'est entré en mémoire que, estant encores page et à toy, treshonoré Seigneur, ie composay par ton commandement la queste de ferme Amour, laquelle ie trouuay au meilleur endroit du temple de Cupido, en le visitant comme l'âge lors le requeroit. C'est bien raison donques cpie l'œiiure soit à toy dédiée, à toy qui la commandas, à toy mon premier maistre, et celiuy seul (hors mis les princes) que iamais ie seruy. Soit donques consacré ce petit liure à ta prudence, noble Seigneur de Neufmile, affin qu'en recompense de certain temps que Marot a vescu auecques toy en cesle vie, lu viues ca bas après la mort auecques luy. tant que ses OEuures dureront.

De Lyon, ce quinziesme iour de may 1 5 3 8 .

Au mois de juin suivant, Marot composa le Cantique de la chrestienté sur

(l) Il en avait dédié la première édition à François Ier, en i5i5.

la venue de l'Empereur et du Roy au voyage de Nice, pièce sans valeur, mais où se manifestent encore le protestantisme du poète et le profond sentiment d'humanité qui l'animait. La Chrétienté, suppliant Charles-Quint et François Irr de

donner lieu

A paix la belle, humble file de Dieu,

s'exprime ainsi :

Si pitié donc , o Princes triumphans ,

Vous ne prenez des peuples vos enfans

( Dont reciter V estât calamiteux

Seroit vng cas trop long et trop piteux ) ,

Si d'eux riauez commisération,

A tout le moins ayez compassion

Du noble sang et de France et d'Espaigne,

Dedans lequel ce cruel Mars se baigne. . .

Estimez-vous que ce grand Eternel

Ne veoye bien du manoir supernel

Les grans debas tïvne et d'autre partie ?

Ne scauez-vous quvng bon pere chastie

Plus tost les siens que les desauouez M ?

Le Cantique de la Royne sur la maladie et conualescence du Roy ( 1 53g) est une prière adressée à Dieu et ornée de réminiscences bibliques; nous n'en citerons que ce fragment , le mieux réussi de toute la pièce :

0 tout puyssant, Si pitié n'as de son cueur languyssant , Si pitié ri as du bon roy peryssant , Aye pitié du peuple gemyssant ,

Par ta clémence.

Il faut placer à la fin de î 538 ou en i 53q la composition de YEglogue au Roy soubz les noms de Pan et Robin ®, morceau irréprochable au point de vue moral et tout plein de poésie nuancée de tristesse. La pauvreté s'était

(1) Pensée empruntée à l'épître aux Hé- (bibl. Mazarine, 2 1 653), mais imprimée avec breux , chap. vi , vers. 12. des caractères différents et sans date. Elle figure

(2) Elle est ajoutée à la fin de la Suite de aussi dans l'édition de Ma rot parue à Lyon l'adolescence Clémentine, Paris, i538,in-i6 en i54a.

abattue de nouveau sur le poète et il ne la supportait plus avec la même insouciance et le même entrain que par le passé; l'âge était venu, et avec lui, les soucis paternels. Cependant on ne peut lire cette églogue sans en subir le charme et rêver à ces beaux printemps de l'enfance, où les Heurs d'or et d'azur brillaient avec tant d'éclat, au milieu de la verdure renaissante :

. . .Quand hors du printemps ïeus esté,

Et que mes iours vindrent en leur esté,

Me creut le sens, mais non pas le soucy. . .

Mais maintenant que ie suis en V automne,

Ne scay quel soing i?iusité mestonne,

De tel façon que de chanter la veine

Deuient en moy, non point lasse ne vaine,

Ains triste et lente, et certes bien souuent,

Couché sur F herbe, à la fr esc heur du vent,

Veoi ma musette , à vng arbre pendue ,

Se plaindre à moy quoysiue Vay rendue. . .

Poy d'aullre part le piuert iargonner,

Siffler Cescouffle, et le buttor tonner;

Poy Vestourneau, le héron et laronde. . .

Maduertissans de la froide venue

Du triste kyuer, qui la terre desnue. . .

D'aultre costé, i ou la bise arriuer,

Qui en soujfflant me prononce Phyuer;

Dont mes troupeaux ^ , cela craignàns et pis ,

Tous en vng tas se tiennent accroupis.

Et diroit-on, à les ouyr besler,

Quauecques moy te veulent appeller

A leur secours, et qu ils ont cognoissance

Que tu les as nourris dès leur enfance.

le ne quiers pas (o bonté s( muer aine)

Deux mille arpens de pastiz en Touraine. . .

Il me suffit que mon troupeau preserues

Des loups, des ours, des lyons, des loucerues ,

(1) Ce n'était pas avec les deux cents livres petites propriétés, qu'il pouvait nourrir et que lui valait sa place de valel <!<• chambre, élever sa famille, jointes au très-maigre revenu de ses deux M Ses enfants.

26!> MAROT À LA COLii.

Et moy du froid, car Fhyuer qui sappreste A commencé à neiger- sur ma leste. . . Sus mes brebis , trouppeaa petit et maigre , Autour de moy sautez de cueur allaigre; Car desia Pan de sa verte maison, M'a faict ce bien dHouyr mon oraison.

Vers la fin de i54o ou au commencement de i5/u, le traducteur d'Ovide et des psaumes traduisit aussi du grec un délicieux petit poëme erotique, Y Histoire de Leander et Hero, où la muse païenne, chaste, mais libre et nue, a tracé des tableaux devant lesquels se voile l'austère pudeur huguenote. Marot le fit imprimer à Lyon durant un séjour qu'il y fit en i5/i ï, et dont aucun biographe n'a parlé. Voici la préface de ce morceau :

A peine estoit la présente histoire hors de mes mains (lecteurs desbonnaires) , que ie ne scay quel auare libraire de Paris, qui la guettoit au passage, la trouua et l'emporta tout ainsi qu'vng loup affamé emporte vne brebis, puis me la va imprimer en bifferie du Palais, c'est à scauoir en belle apparence de papier et de lettre, mais les vers si corrompus, et le sens si dessiré que vous eussiez dict que c'estoit la dicte brebis eschappée d'entre les dentz du loup; et, qui pis est, ceulx de Poictiers, trompez sur l'exemplaire des aultres, m'en ont fait autant. Quand ie vy le fruict de mes labeurs ainsi accoustré, ie vous laisse à penser de quel cueur ie donnay au Diable monsieur le babouin de Parisien; car, à la vérité, il sembloit qu'il eust autant pris de peine à gaster mon liure que moy à le bien traduyre. Ce que voyant, en passant par la noble ville de Lyon, ie priay maistre Sebastien Griphius, excellent homme en l'art de l'imprimerie, d'y vouloir mettre la main; ce qu'il a faict , et le vous a imprimé bien correct, et sur la copie de l'autheur, lequel vous prie (pour vostre contentement et le sien), si auez enuie d'en lire, de vous arrester à ceux cy. Dieu tout puissant soit tousiours vostre garde. De Lyon, ce 20 iour d'octobre 1 54 1 .

L'ordre chronologique nous appelle maintenant à nous occuper des psaumes.

W François!".

Despotisme sacerdotal du moyen âge. — Aspirations à la lumière. — Hymnes en langue vulgaire du ixe au xvic siècle. - — Litanies versifiées des Bibles glosées. — Epitres farcies. Exemple. — Traduction des Epitres et Evangiles à l'usage des princes. — Cantiques évangéliques du xme et du xve siècle en Allemagne. — Psaumes rimés en français à la fin du xv° siècle.

En France, le culte réformé d'abord privé de chant. Liturgie de Farel (i533). — Les chants de la Réforme allemande et de la Réforme française. — Enchiridion de Luther. — Le chant à Strasbourg, Baie. — Psaumes interdits à Paris en i53i. — Chansons spirituelles : Les dix commandements. Oraison dominicale. Noël. — Calvin ne veut que les psaumes. Mémoire présenté au conseil de Genève en 1037. — Embarras causé par le manque de traduction rhythmée.

A peine les invasions des barbares et le despotisme inintelligent de la caste sacerdotale avaient- ils plongé l'Europe dans les plus épaisses ténèbres, que déjà les laïques aspiraient à la lumière. Us apercevaient distinctement et réclamaient des progrès, qui ne furent définitivement réalisés que sept cents ans plus tard. En persistant, au ixe siècle, à célébrer le culte dans une langue devenue inintelligible à la foule, et que la plupart des prêtres ne comprirent bientôt plus eux-mêmes, le clergé perdit la direction de l'esprit populaire, qui dès lors entra en lutte avec lui. Les fidèles demandaient, ajuste titre, la traduction des saints livres et des chants religieux en langue vulgaire ; en vain l'Eglise toléra-t-elle çà et là ces innovations nécessaires, en vain les réprima-t-elle sévèrement ailleurs, elles aboutirent finalement à la Réforme. Des écrivains mal informés, et assez maladroits pour calomnier le moyen âge, ont seuls pu avancer que les idiomes populaires étaient totalement absents du culte public avant la légitime insurrection de Luther. Ce grand homme n'a eu garde de formuler une accusation si absolue et excessive. La pari, du peuple était infiniment trop restreinte, insignifiante si l'on veut, mais elle était réelle.

-Dans le ix° siècle, dit M. Fétis l'usage s'établit en Allemagne de

(|) Revue de la musique religieuse populaire et classique , mars 18/1O.

chanter dans l'office des sortes d'hymnes ou de proses en langue teulonique ou ancien allemand, avec le Kyrie eleison pour refrain. Nous en trouvons la preuve dans l'hymne de cette espèce qui se chantait à la fête de saint Pierre. » Hoffmann en a fourni d'autres exemples dans son Histoire des chants d'église jusqu'au temps de Luther, Breslau, 1882, in-8°.

A la même époque, il existait aussi au nord de la Loire des cantiques en langue vulgaire, que les jeunes filles chantaient le jour de Noël, et tandis qu'Agohard proscrivait ces chants dans le diocèse de Lyon deux conciles français ordonnaient la traduction des homélies qu'on lisait au peuple.

Hincmar de Reims parle d'une chanson en langue romance ou romane, que, selon lui, on aurait dû nommer cantique, parce qu'elle était écrite en l'honneur de saint Denis (2).

Cyrille et Méthodius, qui avaient traduit en slave la Bible et beaucoup d'hymnes, furent mandés à Rome en 867, par Nicolas Ier, pour justifier l'usage de la langue vulgaire qu'ils employaient dans le service divin. En 879, le pape Jean VIII leur défendit absolument de chanter la messe en cette langire; mais comme peu après les Bulgares se rangèrent sous le patriarchat de Constantinople, le même pape autorisa aussitôt ce qu'il venait de défendre, dans la crainte que les autres Eglises slaves ne rompissent aussi avec la papauté (3).

Au xe siècle, Adalbert, évêque de Prague, composa sous forme de litanie un cantique fameux en langue slave, dont il fit aussi la musique ^ ; quelques auteurs anciens lui attribuent également la Bogarodzika, hymne religieux et national que les Polonais entonnaient au moment du combat (5).

Des compositions du même genre, découvertes par M. Fétis ^G), continuaient à se produire en France : «Le manuscrit de Saint-Martial de Limoges (Bibliothèque royale de Paris, n° 1139) contient un sixain en langue vulgaire qui faisait partie de l'office de saint Martial (fol. une hymne notée dont les couplets sont alternativement en latin et en

(') Agobardi liber de divina psalmodia, apud Matter, Histoire du christianisme , II, 32 2.

W Histoire littéraire de la France, par des religieux bénédictins de Saint- Maur, Paris, i 7 A (> , in-/i°, VII, préf. p. xlvii.

(!) Oster, Le droit de tout homme do lire la Bible, Toulouse, i84i, in-8°, |>. i o6\

(4) D'Ortigue, Dictionnaire de plain-chant, Paris, 1 854 , in-û0, col. 209.

(5) On en trouve le texte et la traduction, col. 210 du Dictionnaire de M. d'Ortigue.

Biographie des musiciens, introduction,

p. CLXXXTI.

langue romane (fol. A3), et une hymne à la Vierge Marie, également notée, qui est tout entière en langue vulgaire. Tous ces morceaux sont du xe siècle, n

Nous lisons aussi dans l'Histoire littéraire de la France (1) :

Au siècle suivant, qui étoit le onzième, il n'étoit point rare de voir des poésies romancières soit sur des sujets de piété ou autres. Avant l'année io53, Thetbauld de Vernon, chanoine de la cathédrale de Rouen, fit des cantiques sur plusieurs saints, notamment sur saint Wulfram et saint Vandrille. En 1071, Godefroi de Stavelo, se trouvant à Liège à la suite des reliques de saint Rennele, en composa un en l'honneur de ce saint, à quoi il se porta pour avoir entendu un jongleur chanter une chanson en langue populaire. D'autres en firent de leur côté sur saint Thibault de Provins

Herbert, moine de Clairvaux, archevêque de Torres, en Sardaigne, nous apprend un usage de Normandie qui suppose que la poésie romancière y étoit fort commune au temps qui nous occupe ici. G'étoit la coutume de cette province, qu'aux processions un peu longues les femmes chantassent des cantiques, qui n'étoient pas toujours purement spirituels, ce qui les faisoit nommer nugaccs cantilenas par notre écrivain, tandis que le clergé respiroit quelques moments pour se délasser du chant ecclésiastique. Quoique Herbert n'écrivît ceci qu'en 1178, il paroit que la coutume dont il parle étoit déjà d'ancienne date.

Lambert, prieur de Saint-Vast d'Arras , dit, dans une pièce de vers latins ' composée en 1 19 A, que la nuit de Noël, à la lumière d'un grand nombre de cierges, les fidèles chantaient dans les églises d'une voix de tonnerre, à la manière des Gaulois (2).

«Peu de paroisses, ajoute M. d'Ortigue (3), manquaient d'un cantique en langue populaire consacré à leur patron, et il n'y avait si humble hameau qui n'eut sa légende, versifiée dans l'idiome local par quelque poêle rustique, pour chanter les vertus et les miracles du bienheureux protecteur que l'Église leur avait donné. »

On trouve dans les Bibles versifiées, qui ont partout précédé les traductions en prose, des litanies dans le genre de celle-ci (l) :

Kyrie eleyson, don: dieux, Soyez-novs louez et pieux.

(■> Tome VII, p. 48 et 5i.

W D'Ortigue, Dictionnaire , col. 908.

M Dictionnaire, col.

Revue de lliéol()(>tc de Strasbourg f i " se rie, XIV, 85.

Kriste dey son, biaus dous sire,

\e nous moullre^ mie con ire ■

Crist, oi-nous [~K ce te requérons,

Par les sains que noz en prions.

Pere des deux , aies pitié

De nous, par ta sainte amistié.

Filz Dieu , ramembres ^ de ta gent ,

Gete-nous hors de tous tour mens.

En paradis lassus W nos maint '•'

Dieu nostre pere et tuit U saint ,

Qui vit et règne en trinité,

Et trois personnes en vérité.

Saine le Marie, œure® pour nous

A ton cher filz, qui est si dous;

Saincte Marie, à ton fdz prie

Qu'il nous doinst ^ per durable vie, etc.

Ces Bibles glosées, où toutes les superstitions de l'époque se donnaient libre carrière, ne portaient point ombrage à Rome (8); mais il en fut tout autrement quand on en vint aux traductions pures et simples, sans omission ni addition , surtout à celle du Nouveau Testament, laquelle laissait voir toute la distance qui sépare le culte latin des doctrines apostoliques. Rome les interdit de la manière la plus expresse (1 1 qq), tenant pour déjà hérétique quiconque traduisait ou lisait l'Ecriture. Toutefois, les premiers essais de traduction du Psautier en langue d'oïl sont bien antérieurs à Guyard des Moulins (1297), et remontent au xnc siècle et peut-être au delà (<J- .

0 Frappe.

!2) Écoute-nous.

0 Souviens-loi.

,4> Là-haut, M Mène.

W Prie.

Donne.

;s) On lit dans le prologue de la Bible de Jehan de Rely :

«Vous prostrés et gens deglise que estes oyseux après votre service congnoissez vous pas que le diable assault les humains de tempta-

cions quant il les trouve oyseux Et pour

ce que oysiuelé est ennemie de lame, il est né-

cessaire à toutes gens oyseux par manière de passe temps lyre quelque belle hystoire ou aukre liure de science diuine. Vous pouez lire ce présent liure, qui est la saincte Bible, laquelle a esté translatée de latin en francoys sans rien adiouster que pure vérité, comme il est en la Bible latine, riens na esté laissé sinon choses qui ne se doiuent point translater. Et a esté la translation faite non pas pour les elerez mais pour les lais et simples religieux ethermites, qui ne sont pas litterez comme ils doiuent.?-) Etc. (Revue de théologie de Strasbourg , XIV, 1 57.)

'9) Voir Leroux de Lincy, introduction aux Quatre livres des Bois, Paris, 18 fa, p. vu et

A côté des litanies, des noè'ls, des cantiques en l'honneur des saints, que le peuple chantait à certaines fêtes ecclésiastiques, il faut citer encore un autre genre de chant en langue vulgaire également consacré aux saints, ce L'usage des Epîtres farcies, dit M. Fétis s'introduisit dans l'Eglise vers le xne siècle; il s'est conservé jusqu'au milieu du xvme à Aix, à Reims et dans quelques autres villes. (Du Gange, Gloss. in voc. Fabsa et Efistola farsita.) Ces épîtres étaient une espèce de paraphrase en français (2) sur le texte latin, que le peuple n'entendait plus depuis que la langue vulgaire s'était formée et répandue. Il est assez singulier qu'on ait cru qu'il était plus nécessaire de traduire ces épîtres pour le peuple que l'Evangile, base de sa religion. Quoi qu'il en soit, plusieurs manuscrits nous ont conservé ces morceaux singuliers, qui se chantaient particulièrement à la fête de saint Étienne." En voici un exemple, tiré d'un manuscrit qui paraît être des premières années du xi'' siècle (3) :

-JË — ■ — 5b — a — ■» — *— ♦ — «,

En-ten-dez tuist à cet ser -

- mon, Et clerc et lai

tout en-ui

- ron,

is:

Con -ter vous veil la pas-si

on, De Samct Es-ti - en-ne

le * ba

ron

«M. Achille Jubinal ^ prétend que les épîtres farcies étaient des chants alternatifs du peuple et du clergé, lesquels s'exprimaient l'un en latin, l'autre en langue vulgaire. «C'est une erreur, dit M. d'Ortigue ®. Les épîtres farcies

étaient chantées ainsi pour le peuple et non par le peuple L'usage

encore suivi aujourd'hui à Aix, en Provence, ne laisse aucun doute à cet égard.?? Eudes de Sully, évêque de Paris, prescrivait qu'à l'office de Noël on ajoutât l'épître farcie, qui devait être dite par deux clercs en chape de soie. Le genre farci, qui ne comprenait pas seulement des épîtres, mais des Kyrie, des Gloria, des Credo., des Sanctus, des Pater, des Agnus

Mil, et les psaumes de David et les cantiques d'après un manuscrit français du xv' siècle. Paris, Tross, 187^ , in-8°.

M. Bovet a cité, p. 3a 1 de son Histoire du Psautier, quelques vers d'une traduction de la fin du mu' siècle.

M Curiosités historique* de la musiàue , Paris ,

iS.'io, in-ft"; voir le chapitre De la musique d'église.

('2) 11 existe aussi des farcis en latin. ^ Cette épître était chantée à Soissous. W Hy&tères inédits du ri ' siècle, Paris, Te cbener, 1 N57, préf. p. \\.

W Dictionnaire, col. 565

l>68 LES PREMIERS CHANTS

Dei était, selon Du Gange, universellement répandu en France, et avait aussi passé en Angleterre, ainsi que le montre un catalogue des livres liturgiques de l'église Saint-Paul de Londres, dressé en 1295. Il y avait des farcis pour d'autres fêtes que celles de Noël et de saint Etienne, entre autres pour celles de saint Jean, de saint Nicolas, de l'Epiphanie, èt l'on en voit encore dans le recueil de cantiques édité à Saint-Amand (Cher) par Gille, imprimeur-libraire, en 18 k 2.

« On trouve aussi , dans plusieurs ouvrages de piété des xmc et xrve siècles , dit M. Leroux de Lincy (2), une traduction française des épîtres et des évangiles qu'on récitait aux offices dans le courant de l'année. Certaines de ces traductions, faites par ordre des princes de la maison royale et à leur usage, portent le nom de leur auteur. Ainsi, à la fin d'un manuscrit de la Somme Le Roy, ouvrage de morale religieuse composé par le frère Laurent, confesseur du roi Philippe le Hardi, en 1289, sont les épîtres et les évangiles translatés de latin en français, suivant l'ordonnance du missel à l'usage de Paris. »

Ces traductions à l'usage exclusif des princes et les farcis chantés par les prêtres n'offraient aux yeux de Rome qu'un médiocre danger; il n'en était pas ainsi du chant, toujours suspect, des fidèles eux-mêmes. Aussi, quand on commença à parler de réformes liturgiques, ecclésiastiques, le clergé ne vit plus qu'un symptôme de révolte dans l'amour du peuple pour ses cantiques, et les proscrivit partout, mais sans réussir à les extirper des pays slaves et germains, où l'esprit de résistance, c'est-à-dire l'élément individualiste, était plus puissant et plus vivace que chez les races latines (3).

Au xiif siècle, Walther de Vogelweide, que ses compatriotes rangent parmi les réformateurs avant la Réforme, composa en allemand des cantiques où respire le sérieux de la piété évangélique.

(1) Voir le manuscrit de la bibliothèque de de l'ordre du Hault-Pas, à la requeste de M" la Laon, 206 nouveau, in-folio, consulté par Royne lehanne de Bourgoigne , iadis femme de M. Fétis. Phelipe de Valois , roy de France ou temps qu'il

(2) Les quatre livres des Rois , Paris, 18'u, viuoit. Ce fut Van de grâce t336. (Catalogue in-/i°, p. xix. de la bibliothèque Perkins, juin 1873, chez

Citons encore un manuscrit sur vélin, non Gadsden, Ellis et Cie, London.)

mentionné par M. Leroux de Lincy : Les Epis- ^ G. Grœtzinger, Les cantiques de Luther.

1res et les Euangiles de tout Van , selon V or don- thèse, Strasbourg, 18/19, m-8°, p. 6. Voir

iiance du Missel à Vvsage de Paris, translatés aussi Le chrétien évangélique de 1861, p. sfti. de latin enjrancoiê par frère Jehan dp Vignay,

Le mouvement hussite produisit tanl d'effervescence en Allemagne, qu'il fallut, vers 1/170, que le clergé se résolût à introduire quelques hymnes en langue vulgaire dans le culte catholique (,). Wackernagel a décrit, dans sa Bibliographie des deutschen Kirchenliedes , cent vingt-sept plaquettes contenant un ou plusieurs chants de ce genre, antérieurs aux publications musicales de Luther. Leisentrit introduisit sans retard, dans son recueil tout catholique, le chant de la Cène de Jean Huss, bien que l'auteur fût hérétique.

k Érasme raconte, dit M. Pétavel ®\ que dans sa jeunesse, c'est-à-dire en 1/180, on lisait dans les Pays-Bas la Bible traduite tant en français qu'en allemand, et que, dans les maisons des béguines qui sont en Flandre, on faisait les prières et on y chantait les psaumes traduits en la langue du pays (3). En effet, le Nouveau Testament français fut imprimé à Lyon dès 1/177, e^ ^a Bible historiée dix ans plus tard.1?

<<Dès la fin du xve siècle, dit à son tour M. Henri Bordier on publiait déjà quelques psaumes rimés en langue vulgaire. On conserve dans nos bibliothèques publiques de petits livrets populaires, longs seulement de quelques pages, imprimés vers 1/195 et i5oo, à Paris, à Lyon, à Vienne (en Dauphiné), qui contiennent une traduction rimée des sept psaumes de la pénitence (5) et commencent ainsi :

DOMINE, NE IN FVRORE TVO ARfiVAS MK.

Qieu, en Ion ingénient Ne in argue ^ pas , Sire .

(1) Le premier livre d'hymnes en langue vulgaire de l'Eglise des Frères de Bohême el de Moravie fut publié en 1 5o/i par l'évèque Lucas.

(2) La Bible en France, p. ih.

W Œuvres de Bayle , la Haye, 17^7, I.

7, Ai.

(4) Bulletin, ae série, II, 2^9.

(5) Nous trouvons dans le Catalogue de vente de Libri, 1 855, l'indication suivante : kN° 5. Les sept pseaulmes penitenciaulx et letanies en françoys (en vers); s. 1. n. d., petit in-'i" goth. de 1 li ff. , fig. , non rel. — Kdition non citée, qui paraît imprimée à Lyon , au commencement du tvi'' siècle ;» et dans l'Histoire du Psautier de M. Bovet, p. 3a 2, celle-ci: er Cy-eom-

mencent les sept pseaulmes en Jranzoys. Au verso du dernier feuillet, on lit : Cy-finissent les sept pseaulmes penilentiaulx et la letanie en Jranzoix (Lantenac, Jean Cres). Pelit tn-4° goth. de 18 ff. à longues lignes. — Ces psaumes sont traduits en cent dix-neuf strophes de quatre vers de six syllabes; chaque strophe est précédée du texte latin, n

La bibliothèque de la Société biblique protestante de Paris possède les sept pseaulmes en francoys, en prose, pelit in-V goth. de 1 9 ff., avec une litanie , le Pater, Y Ave Marin , et « une belle oraison en francoys,?-» imprimés à Paris S. d. avec la marque de Jean Denis.

(fi) Accuse.

270 LES PREMIKKS CHANTS

En ce siècle présent Me châtie sans ire.

MISERERE M El, DOMINE.

A y es mercy M de moy Et me donnes santé; El vueilles ma pauure ame Mener à sauueté.

« L'opuscule contient plus de cent quatrains tout aussi naïfs. Ce premier essai appela sans doute des imitateurs, dont Clément Marot ne fut que le plus longuement et le mieux inspiré, v

Cependant il devait s'écouler encore près d'un demi- siècle avant que parussent les psaumes du valet de chambre de François Ier.

Au début de la Réforme française, des apôtres dévoués présidaient de mystérieux conventicules, bravant la mort pour offrir aux âmes altérées de vérité, de sainteté, un enseignement plus conforme que celui de Rome aux paroles et à la vie de Jésus. Ils lisaient les Ecritures, les interprétaient et priaient. Ce culte proscrit avait des charmes, malgré sa sévère simplicité ; toutefois, il manquait d'un élément capital, la musique, le chant religieux (2). Ce culte tout entier parlé (3) était une véritable anomalie, qui ne se rencontre peut-être à aucune autre époque de l'histoire des religions (4). La prière chantée a été de tout temps, et sous les climats les plus divers,

W Pitié.

® « Les infortunez et désastreux luthériens, dit Ft. de Rémond , vagabons , errans , qui sortis de l'Eglise ne sçauoient en quel abry se mettre à couuert des vents qui les portoient tantost en ceste rade, tantost à cet autre, ore sur un esrueil,ore sur les rochers Gafarez, ore dans la gueule des Scylles et des Caribdes, quoy qu'ils lissent des assemblées quelquefois à l'ouuert (ouvertement) appelées exhortations, n'eurent pourtant le chant des psaumes en leurs presches. C'estoit assez de les lire en prose dans les Bibles vulgaires. Un seul les lisoit qui estoit le diacre ou surueillant , iusques à ce qu'un courtisan, l'an 1 5/io , poussé de ne sçay (jveile

fureur, mit la main à cet œuure, et leur donna la grâce qu'on y void auiourd'huy, les traduisant en vers françois.» [Histoire de la naissance. . . de V hérésie, liv. VIII, chap. xvi.)

W Et parlé par un seul.

w Chose plus étrange encore , en 1 52 7, l'Eglise de Zurich abolit le chant en même temps que les orgues, et ne le rétablit qu'en 1 5g8. «Bien des paroisses de campagne n'avaient point encore commencé à chanter. Il y en eut qui n'adoptèrent cet usage qu'en i635, en 16/10 et même en 1657.75 Et quand ils s'y furent mis, les rudes paysans zuricois chantaient leurs cantiques, même après boire. (Bovet . p. 28 2-2 'M. )

partie intégrante et fondamentale de tous les cultes monothéistes (il polythéistes

Toutefois, la première liturgie des Eglises réformées de France, dressée par Farel et intitulée : La manière et fasson qu'on tient es lieux que Dieu de sa grâce a visités, achevée d'imprimer le 29 août 1 5 3 3 ('2J, ne dit mot du chant. Dans la bouillante ferveur de son zèle, Farel paraît ne s'être pas aperçu d'abord de la déplorable lacune qu'offrait le nouveau culte ®. Ce lait est d'autant plus étrange que, depuis dix ans déjà, Luther avait appelé le peuple tout entier à chanter de sa voix puissante les louanges divines, à pratiquer le sacerdoce universel. L'Eglise de Christ ne connaît, disait-il , ni privilèges ni monopole; il n'y a plus de prêtres, tous sont égaux, unis par un même sentiment de gratitude et de joie. Peuples, chantez : la grande ère de l'émancipation des âmes vient de s'ouvrir; le souffle de la foi libre, personnelle et fraternelle pénètre tous les cœurs, et va renverser toutes les barrières de l'ignorance et du despotisme.

Le chant religieux en langue vulgaire se généralisa en Allemagne plusieurs années avant qu'on l'entendît en France; mais le chant français eut sur celui d'outre-Rhin l'avantage d'être dès l'abord, et du premier coup, entièrement populaire et protestant. Tandis que Luther avait conservé, en l'abrégeant le dialogue du chœur (prêtres et acolytes) et de l'assemblée, tandis qu'il faisait alterner les litanies et les cantiques allemands avec les Magnificat, les Te Deum latins et le Kyrie eleison grec, aucun vestige de la messe ne resta dans le chant réformé ou calviniste : il fut tout français, tout entier chanté par l'assemblée, et, ce dont nous ne saurions nous féliciter, il devint bientôt exclusivement biblique. Imbus d'un littéralisme étroit et dépourvus de sens critique. Calvin et Bèze firent

(|) Voir Emile Burnouf, Essai sur le Véda, Paris, 1 863 , in-8°, passim; Max Mullcr, Essai sur l'histoire des religions, Paris, in-8°, 2 e éd., in-i 2 , 1 873 , p. 1 2 , et d'Ortigue, Dictionnaire . col. 20 h.

W Réimprimée en 1859 par M. Baum.

Paris, chez Cherbuliez.

(3) « Le chanl, disait Dreiineotirt (A en \f dialogues contre les missionnaires, Genève, i<)55, in-8°, p. Si), n'est point de l'essence de la religion, et n'est pas absolument nécessaire; mais il est de grande utilité et d'une singulière édi-

fication.» S'il n'est point de l'essence de la religion, il faut au moins reconnaître qu'il es( de l'essence du culte.

ïl ne pouvait supporter de voir les pauvres enfants de chœur chanter trois heures entières, durant la nuit et par un froid très-vif. "Il ne faut pas, disait-il, que les fidèles s'ennuient et se fatiguent à onlendre trop chanter; qu'on réserve pour L'édification privée les cantiques qui ont plus de deux strophes. r> (Gro'tzinger, Les cantiques de Luther, p. h.)

Tri

chanter tous les psaumes sans exception, même ceux dont l'esprit est le plus antichrétien : faute que n'avait point commise Luther, qui fit preuve d'un tact admirable dans le choix des hymnes hébraïques dont il do la son Eglise.

Dès 1 5 2 3 , il demandait qu'on lui indiquât des vers qui pussent être chantés dans le service divin et publiait des feuilles volantes, suivies, l'année suivante, de petits recueils. Le premier, imprimé à Nuremberg, avait pour titre : Etlich christhch Lieder, Lobgesang und Psalm, et contenait quatre pièces de Luther, trois de Speratus et une d'un inconnu (1); le second, paru la même année à Erfurt, sous ce titre : Eyn Enchiridion oder Handbùchlein, etc., en contenait déjà vingt-cinq. L'ouvrage grandit rapidement et eut un nombre considérable d'éditions ®.

Gérard Roussel écrivait de Strasbourg, en i525, à Briconnet : «Dès cinq heures du matin , on prêche dans les différents temples de la ville et on y dit des prières communes. A sept heures, la même chose a lieu; à huit heures, il y a sermon dans la cathédrale, accompagné du chant des psaumes traduits en langue vulgaire; le chant des femmes se mêlant à

celui des hommes produit un effet ravissant Par les cantiques avant

le sermon, on demande à Dieu d'être rendu capable de recevoir la

(|) Selon M. Grœtzinger, le premier recueil à la publication duquel Luther a incontestablement pris part est celui de Jean Walther : Geystliches Gesangbùchlein , fur fiinf Stimmen eingetheilt. ... ibzk.

(2) y0ir Wackernagel , Bibliographie des deutschen Kirchenliedes , Francfort, 1 856 , pel. in-4°, n05 i3i et 157; Koch, Geschichte des Kirchenlieds und Kirchengesangs , Stuttgart , 1 8 A 7 , I, 60; la Real-Encyclopàdie de Herzog, art. Luther, p. 589; Winterfeld , Zur Geschichte heiliger Tonkunst , Leipzig, i85o, in-8°, I, 3; et C. F. Becker, Die Tonwerhe des xvilen und xvnirn Jahrhunderts , etc., 9e édit. Leipzig, 1 855 , in-6°.

M. Fétis, qui possédait près de quarante éditions du Choralbuch du xvic siècle, tenait particulièrement à la suivante, qu'il croyait inconnue aux bibliographes, et qui manque, en effet, à l'ouvrage de Wackernagel :

Enchiridion geistlicher Gesânge und P&almen

jûr die Leien, mit viel andern, dem zuvort gebessert. Sampt der Vesper, Metten, Complet und Messe. A la fin : Gedruckt durch Michael Blum. ln-16, sans lieu ni date. Postérieure à i53o, d'après une note manuscrite du possesseur, puisqu'elle renferme : Ein /este Burg, et antérieure à 1 533 , puisqu'on n'y trouve pas encore : Herr Gott dich loben voir, autre cantique composé par le Réformateur. Nous y avons remarqué le morceau non noté : 0 Christ, wo war deine G estait , portant cette singulière indication : Bas Lied Bosina wo war deine Gestalt, christlich verendert, von der Erkenntniss Christi. — On y trouve aussi , à côté des cantiques de Luther, d'autres morceaux de Hans Sachs , Jean Agricola, etc.

(A la mort de M. Fétis, sa remarquable collection musicale a été achetée 160,000 francs par la bibliothèque royale de Bruxelles, dont M. Fétis fils est conservateur.)

semence évangélique; et par ceu\ qui suivent on lui rend grâces de l'avoir recue^. »

L'innovation trouva naturellement des adversaires et des approbateurs: «A la fête de Pâques i5a6, dit Ruchat (2), on commença dans quelques églises de Baie à chanter les psaumes en langue allemande, ce qui toucha quelques personnes d'une telle manière qu'elles en versèrent des larmes de joie, et le nombre de ceux qui allèrent à l'église d'Œcolampade pour recevoir la communion de sa main, selon l'institution du Seigneur, se trouva très- considérable. Le clergé catholique, indigné de cette nouveauté,... qu'il trouvait scandaleuse, obtint du magistrat un édit qui défendait de chanter les louanges de Dieu en langue entendue du peuple. Mais, nonobstant la défense, l'église de Saint-Martin, de son propre mouvement et sans en attendre l'ordre de son pasteur, se remit à chanter les psaumes le jour de saint Laurent, dix d'août, »

En France, comme en Allemagne, les poètes évangéliques préludèrent à la traduction des hymnes bibliques par des paraphrases ou des imitations abrégées. C'est sans doute la vente de quelques pièces de ce genre qui fut interdite à Paris, le 1 y décembre 1 5 3 i , et qu'un précieux document, dont nous n'avons pu retrouver l'original, appelle des psaumes de David en vers®. Du Boulay, qui le cite, a probablement commis une erreur en les attribuant à Marot, dont le psaume vi, qui paraît être le premier qu'il ait traduit, ne fut publié que deux ans plus tard. Ces premières ébauches du Psautier ont du se trouver dans quelque petit recueil de

M Schtnidt, Gérard Roussel, p. 55.

W Histoire de la Réformation suisse, I, 392. Voir aussi Khrard, préface des Auigewâhlte Psalmen . . . ., Erlangen, i85a, in-8°.

(3) ruAnno 1 53 1 , die 1 1 decembris , in rectorem electus est M. Landericuè Maciot. Et. eo die vetitum légère jjsalmos davidicos gallice versos a Marolo. Sir enim acta Germanicœ natioms : Quum autem certi suppullularent hœreseos Ubri, carminibus davidicos psalmos complectcntes , ij kai jan. , apud Mathurinorum œdem habita comitia , ne posthac divenderentur hujusmodi libri.i) (Biihei Ihst. I niversit. Pârisiensis , VI,

Le 9 mars i53d (vi<»nx sl\le), la faculté de

théologie de Paris avait déjà condamné un livre intitulé: L'oraison de Jésus Christ, qui est le Pater nos ter, le Credo avec les Dix commandement de la loi , les Sept pseaumes , le tout en français t contenant autres traités, comme le livre de la suggestion des chrétiens, une exposition sur le Magnificat , le livre de la loi et de V Evangile avec la force d'iceux, un autre nommé Epitre chrétienne, et le brief recueil de la substance et de la doctrine évangélique. ( Du Plessis d'Argentré, Collectio judiciorum , II, 80.) — Aucune de ces pièces n'était-elle versifiée? L'ignorance nous pèse sur ce point, comme sur (an I d'autres.

<s Chansons extraictes de la saincte Escripture , y dont aucun exemplaire n'est venu jusqu'à nous.

Le plus ancien recueil connu qui renferme des psaumes est intitulé Noël: nouueaux (sans lieu ni date), et se trouve en tête de la Manière et fasson, opuscule de Farel, imprimé à Neufchâtel le 29 août 1 5 33 , par Pierre de Vingle «Ce recueil se termine, dit M. Bovet, par deux paraphrases intitulées : Noël sur le psalme xcix , Jubila te Deo, omnis terra, et Noël nouueau sur le psalme lxxxiv, Benedixisli, Domine, terram tuant; et par une traduction intitulée : Noël nouueau du psalme cxxxvi (2), et commençant ainsi :

Sur les jleuues de Babel la confuse Mec assis, auons de toy , Sion, En gémissant eu recordation.

Au frontispice du même recueil on lit aussi :

psalme cxn.

Humbles enfantz, pleins de mansuétude.

Si vous voulez auoir loz et renom, Faictes debuoir de mettre vostre estude De collauderW du hault Seigneur le nom ^.

Voici maintenant quelques chansons spirituelles empruntées au Chansonnier huguenot de M. H. Bordier, publication d'une grande élégance, que nous ne saurions trop recommander, et qui a malheureusement été tirée à petit nombre, tandis qu'elle devrait se trouver dans toutes les mains.

W Voir F. Bovel, Histoire du Psautier, p. 822, et II. Bordier, Le chansonnier* huguenot , p. Z120. — Il n'est cependant pas impossible que le psaume vi de Marot, paru en 1 533 , ait étéimprimé avant le 29 août; mais nous n'en savons rien.

(2) Cette numérotation est encore celle de la Vulgato.

(r,) Louer.

(/|) Dans ses Neuf dialogues contre les missionnaires , Genève , 1 65 5 , in-8°, p. 3 1 , Charles Drelincourt n'essaye pas même de répondre catégoriquement à cette question des controversistes romains: «Que chantiez-vous avant les psaumes ?« — 11 n'en sait absolument rien, et ne s'en met pas en peine.

CHANSON DES Dl\ COMM ANDEMRNS DE DIEU M, PAU ANTHOINE SAUPIIBR (2'

( parue avant juillet i 53a ® ).

Sur le chant : «Au bois do dueil. à l'ombre de soucv ^. "

A dore un Dieu le Père tout puissant En vérité, sans nulle œuvre charnelle. Par son seul Filz en seras cognoissanl . Qui est le Christ, ton advocat fidèle.

De tout ton eœur et forée F ay nieras Et à lui seul tout honneur donneras.

Car il domine.

Par sa divine

Puissance insigne, Et sur la terre et sur les cieux;

Mais trop fretigne L)

La gent maligne ,

Quand elle encline Son cœur à chercher antres dieux.

(l) Mise à l'index , vers i54s, par l'inquisiteur de Toulouse. (Bulletin, II, 16.)

"Saunier, compatriote et ami de Farel.

11 était alors pasteur d'une petite église évangélique qu'il avait fondée à Payerne (Vaud), et devait être plus tard l'organisateur du collège de Genève ....

«Dès la fin de l'année i532, ou au commencement de 1 533, fut imprimé dans une autre partie de la Suisse romande, à Neuchâtel, chez l'imprimeur Pierre de Vingle, à peine arrivé de Lyon, d'où il s'était fait chasser comme luthérien, un premier recueil, qui ne contient que cinq chansons et qui porte pour titre: Chansons nouvelles (lemonstrant plusieurs erreurs et faulsetcs. On n'en connaît pas les auteurs; mais à pareille date et à Neuchàtel, chez Pierre de Vingle, on peut être assuré (pie celle impression eut lieu sous l'influence immédiate de Farel, et (pie ces pièces sont œuvre de lui et de ses compagnons. v (Henri

Hordier, Le chansonnier huguenot, p. xxiif et xxv.)

(,) M. Herminjard (II, 63 1) a publié une lettre, datée de Payerne, 9 juillet i53a, dont nous extrayons ces lignes : « Nous vous envoyons une chanson spirituelle sur les dix commandemens,. . . composée par M6 Anthoine S., qui à présent est avec nous nous annonçant la saincle Evangille.r

M. (iaiflfe possède une autre chanson sur le même sujet, imprimée en caractères gothiques; c'est celle qui est décrite page xxiv du Chansonnier huguenot.

" La chanson qui commence ainsi a été réimprimée dans le recueil intitulé : Sensuiueni placeurs belles chansons nouuelles et fort ioyeusT.s,etc. , Paris, 1 543 (Bulletin, H, 16), et le début en a été emprunté à nue pièce de Marot. Voir la troisième strophe de la Complaincte d'vne nièce sur la mort de sa tante.

W Décline,

Tu ne feras aucun pourtraict taillé De ce qui est au ciel ou en la terre; Garde toy bien quelque honneur luy bailler. Qui faict cela trop méchamment il erre; Car Dieu jaloux V image confondra Et le tailleur et qui s'y attendra.

Fuy donc V idole

Que ta main dole.

Vaine et frivole; Car il n'est rien, mais Dieu est tout,

Qui te console

Par sa parole :

Ton ame est folle, S' elle ny prend faveur et gousl, etc.

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