‹ Clément Marot et le psautier huguenotChapitre 20 sur 135 · CHANSON [DE L'ESPERANCE EN DIEU ] , PAR MATHIEU MALINGRE · texte numérisé non relu

CHANSON [DE L'ESPERANCE EN DIEU ] , PAR MATHIEU MALINGRE

En toy, mon Dieu, fay mis mon espemnce, Ne me confondz pas éternellement.

Tous ceulx qui ont en toy leur confiance Confuz ne sont, ains Hz sont seurement En toy, mon Dieu.

De toy seul est mon secours, ma de ferme. Oui tiens ciel, mer et terre en tes mains. L'homme est mauldict gui ne se fie en ce; Quand est de moy, je suis et soir et mains En toy, mon Dieu. . .

La coupe savante et harmonieuse de quelques-unes de ces strophes n'était pas de nature à leur concilier le suffrage du plus illustre des réformateurs français, qui n'accordait rien au plaisir de l'oreille. Quand parut Calvin, dont le génie altier allait imprimer à l'Eglise sa forte et dure empreinte, il jugea ces cantiques insuffisants, peut-être même inconvenants, et résolut de n'admettre dans le culte que le chant des psaumes.

Quand nous aurons bien circui partout, dit-il dans sa préface du Psautier, pour cercher ca et la, nous ne trouuerons meilleures chansons que les pseaumes de Dauid, lesquels le Sainct Esprit luy a dictez et faits »

Le 16 janvier 1587, de concert avec Farel, il présentait au Conseil un Mémoire sur l'organisation de ïEsglise de Geneue, d'où nous extrayons le passage suivant :

Très honorés Seigneurs, 4

. . . L'aulire part est des pseaulmes que nous desirons estre chantés en l'Esglise, comme nous en auons l'exemple en l'Esglise ancienne et mesme le tesmoignage de S.Paul, qui dict estre bon de chanter en la congrégation de bouche et de cueur. Nous ne pouons concepuoir i'auancement et édification qui en procédera, sinon après l'auoir expérimenté. Certes, comme nous faysons, les oraysons des fîdelles sont si froides, que

(1) La question des cantiques lui fut nettement posée, le 7 des calendes de juin 1 §l\k , par Valerand Poullain, pasteur à Strasbourg, qui lui écrivait : «Nous causions récemment de certains hymnes et autres passages de la sainte Ecriture, qu'il serait bon de traduire en vers français pour les chanter dans notre temple, par exemple des morceaux sur l'agneau pascal et l'eucharistie, le Saint-Esprit, la pénitence, la foi, etc. , la paix, pour les temps de guerre, de peste, etc. Si tu pouvais obtenir

quelque chose du docteur Marot ou de quelque autre, tu nous serais très-agréable. Car nous désirons que cette petite Église, qui s'accroît de jour en jour, possède tous les moyens de développer sa piété. » ( Opéra Calvini, XI , col. 7 1 3. )

Nous ignorons la réponse de Calvin; nous savons seulement que le Psautier de Strasbourg ( 1 5 6 5 ) ne renferme rien de ce que demandait Poullain, et que le réformateur fit enlever du Psautier VAve Maria traduit par Marot.

cela nous doyt tourner à grand boule et confusion. Les pseaulmes nous pourront inciter à esleuer noz cueurs à Dieu et nous esmouoyr à vng ardeur, tant de Tinuocquer que de exalter par louanges la gloyre de son nom. Oultre, par cela on pourra cognoistre de quel bien et de quelle consolation le pape et les siens ont priué TEsglise, quant ils ont appliqué les pseaulmes, qui doibuent estre vrays cbants spirituels, à murmurer entre eux sans aulcune intelligence.

La manière de y procéder nous a semblé aduis bonne, si aulcungs en fans, auxquelz on ayt au parauant recordé vng cbant modeste et ecclésiastique, chantent à aulte voyx et distincte, le peuple escoutant en toute attention et suyuant de cueur ce qui est chanté de bouche, iusque à ce que petit à petit vng chascun se accoustumera à chanter communément. Mays aflîn de euiter toute confusion , il seroit besoing que vous ne permettes que aulcun par son insolence, pour auoyr en irrision la saincte congrégation, vienne à troubler l'ordre qui y sera mis (,).

Ne semble-t-il pas que les deux réformateurs n'aient vu à l'exécution de leur projet d'autre difficulté que celle d'enseigner au peuple la musique sacrée? M. Gaberel (qui a mis en lumière le document qu'on vient de lire) n'y en a point trouvé d'autre. Celle-là cependant était d'une importance fort secondaire. Se procurer des mélodies était encore, ainsi qu'on le verra plus loin, chose relativement facile. Mais où trouver une traduction rhythmée des psaumes? Là était la véritable, la grande difficulté, qui eut arrêté net des hommes moins résolus et moins dévoués. Cette traduction n'existait pas ('2).

Les Bibles versifiées du moyen âge ne pouvaient être d'aucune utilité, non plus que les Sept pseaulmes pemtenciaidx et letames, composés uniquement de quatrains de six syllabes. Cependant Farel et Calvin n'étaient pas gens à proposer une innovation au Conseil, sans avoir réfléchi au moyen de la réaliser. S'étaient-ils assuré, dès le mois de janvier 1 5 3 7 , le concours d'un traducteur, de Marot, par exemple, que Calvin avait rencontré à Ferrare

(l' Gaberel, Histoire de l'Eglise de Genève, 1, 33<2, et Pièces justificatives, p. 102 du même volume.

(2) Brunei parle bien , il est vrai (Manuel du libraire, art. Map.ot), d'un Psautier in-ia, gothique, de Genève, 1 535 , figurant dans le troisième catalogue de la bibliothèque de Mo.] jes, dressé en 1781, et que M. Gaullieur (Typographie genevoise, p. ia3) n'aurait pas

retrouvé dans la bibliothèque de Genève; mais (••Ile traduction n'était certainement pas en vers. (Voir Herminjard, IV, 1 63.) Peut-être même, au lieu de if)35, faut-il lire 1 537, e* relie édition serait alors la révision du Psautier publié à cette date par Olivelan, sous le pseudonyme hébraïque de Belisem de Belimakon'i. (Voir Revue <!<• théologie, 3" série, V, 3oi.)

l'année précédente? Hypothèse absolument inadmissible, puisque, ainsi qu'on le verra plus loin, les premiers psaumes chantés ne furent qu'une contrefaçon de ceux de Marot. 11 faut donc admettre que le nombre des chansons spirituelles allait croissant chaque jour, et qu'il s'y trouvait des essais sur les psaumes, que Farel et Calvin espéraient pouvoir utiliser. Leur situation était exactement la même que celle où s'était trouvé Luther, alors qu'il écrivait à Spalatin (îôai) : «Je veux voir s'il n'existerait pas parmi vous un Asaph ou un Héman. Qnœnmus undique poêlas. » Comme le réformateur allemand, ils comptaient sur le concours de leurs amis pour réaliser progressivement l'introduction du chant des psaumes versifiés dans le culte. L'important était de commencer; les versificateurs ne pouvaient manquer ensuite de prêter leur concours à l'entreprise.

Le bannissement de Calvin et de Farel (chassés de Genève le 2 3 avril î 538), précédé de celui de Courault et bientôt suivi de celui de Mathurin Cordier et d'Anthoine Saunier, retarda la réalisation du projet dont la réussite devait donner un nouvel et puissant essor à la Réforme française. Toutefois, Calvin ne cessa point de s'en préoccuper : deux mois plus tard, en envoyant à Bucer les articles qu'il le chargeait de présenter au synode de Zurich, il lui exprimait la crainte que les Bernois ne voulussent pas s'entendre avec lui sur ce point

M «Qiium auto m duo restant ceremonia- - ru m capita , in quorum altero jam discrimen -est, in allpro futurum expectamus, rogandi rsunl nobis et obtostandi Bernâtes, ut in iis

« sese nobis accommodent. Prius est ut Irequen- «tior cœnae usus restituatur; . . . alterum, lit «ad puhlicas oraliones psalmornm cantns adbi- «beatnr.» ( Bovet, Histoire du Psautier, p. 16.)

Page 1