‹ Clément Marot et le psautier huguenotChapitre 25 sur 135 · LES PREMIÈRES ÉDITIONS DU PSAUTIER REFORME · texte numérisé non relu

LES PREMIÈRES ÉDITIONS DU PSAUTIER REFORME

(Strasbourg, i53p,; Anvers, 1 54 1 ; Strasbourg, i 54a ; Genève, i542, et Strasbourg, i543.)

Edition de Strasbourg, i53g. — Calvin s'occupe de trouver des psaumes; il en traduit quelquesuns à Strasbourg. — Découverte de l'édition primitive. — Douze psaumes de M a rot corrigés et mis en musique trois ans avant qu'il les eût publiés. — Comment ils parviennent à Calvin. — Tableau du contenu des sept plus anciennes éditions connues. — Les psaumes de Calvin. — Édition d'Anvers, i5âi. Contient trente psaumes de Marot et quinze de divers traducteurs. — Échantillon des derniers. — Corrections des huit premiers psaumes de Marot par Pierre Alexandre. — Priorité de cette édition sur celle de Marot. — Comment le correcteur s'est procuré les trente psaumes. — Bon vouloir de Charles-Quint. — Récompense de l'éditeur et correcteur. — Edition pseudo-romaine , i5âa. Contenu, Préface, Liturgie du dimanche. Aux trente psaumes de Marot sont ajoutés ceux de Calvin et quelques autres. Six appendices. — Desmaiseaux et la supercherie de l'inscription finale. L'imprimeur est le Strasbourgeois Knobloch. — Comparaison de la préface avec celle du Psautier de Genève. — Elles sont toutes deux de Calvin. — Remarques sur la liturgie. — Psaumes traduits par Pierre Alexandre. — Edition genevoise , i5âa. Contenu, Préface. Aux trente psaumes de Marot sont ajoutés ceux de Calvin. — C'est toujours le texte d'Anvers. — Liturgie du dimanche; modifications. — Les mélodies de Genève diffèrent en partie de celles de Strasbourg. — Oraison très dénote, i5â3. Adressée aux fidèles de Metz avec un psaume qui vient d'être mis en musique à Strasbourg. — Quand a commencé le chant des psaumes? Baulacre, Maimhourg, Bèze. — Quand furent proscrits les psaumes de Marot? Flor. de Rémond, Bayle, etc. Ouvrages condamnés en 1 56 2 .

Les psaumes de Marot étaient si évidemment faits pour être chantés, que l'Eglise réformée s'en empara à l'insu du poëte , et bien avant qu'il les eût publiés : phénomène rare, sinon unique, dans les annales de l'imprimerie (]).

Appelé à Strasbourg pour diriger l'Église française, dont il fut le premier pasteur attitré, bien que Farel y eût prêché avant lui, Calvin y arriva en septembre 1 538 , et trouva le chant religieux depuis longtemps établi dans l'Eglise allemande. Il s'occupa bientôt de réunir quelques psaumes rimés, et le bruit s'en répandit rapidement, car Pierre Toussaint, pasteur

(l) On rapporte que le Télémaque fut im- riers, grâce à l'indiscrétion d'un copiste qui en primé, comme le Cymbalum mundi de Des Pé- déroba une copie à l'auteur.

à Montbéliard, lui écrivit le 28 juin 1 5 3 9 (i : k Envoie-moi, je te prie, les psaumes français.')') Le 8 octobre suivant, Calvin lui-même écrivait à Farel alors à Neufchâtel : zMathurin Cordier ® ferait une chose qui me serait on ne peut plus agréable en s occupant des psaumes qu'il ma décrits ^ ; ?5 et le 27 du même mois : xJe nai pu maintenant écrire à Michel^. Je voudrais cependant que tu l'invitasses à me faire savoir par le premier messager ce que sont devenus les psaumes. J'avais demandé que cent exemplaires en fussent envoyés à Genève; je comprends maintenant que cet envoi n'a pas été fait. Certes, il a trop négligemment et trop longtemps tardé à m informer de ce retard®.» On lit encore dans une troisième lettre de Calvin, adressée à Farel le 19 décembre de la même année : kNous regrettons que les psaumes aient été chantés chez vous avant de parvenir là ou tu sais; car nous voulons publier promptement. Comme la mélodie allemande plaisait davantage, je me suis empressé d'essayer ce que je pourrais faire en vers. Ainsi , les psaumes xlvi et xxv sont mes premiers essais, et j'y en ai joint d'autres ®. »

Enfin, Martin Peyer écrivait de Wittenberg, le i5 août i5/io, au Strasbourgeois Conrad Hubert^ : ^Je désire surtout qu'on m'envoie les chants ou psaumes français, qu'on a coutume de chanter parmi vous ; car le précepteur de notre prince désire fort les avoir. »

Tout ce que la science contemporaine avait pu rassembler de données sur le Psautier primitif se bornait, jusqu'à la fin de l'année 1873, à ces cinq fragments, qui pouvaient donner lieu à des hypothèses fort diverses. Déjà M. Bovet avait émis la sienne (p. 1 5-i 7), et nous en formulions une autre en essayant de reconstituer, au moins partiellement, le contenu du

(1) Opéra Calvini , X , pars posterior, col. 3 5 7 .

(2) Pieux et savant professeur de Calvin , qui lui dédia l'un de ses Commentaires. Banni de Genève peu après le réformateur, Cordier était devenu principal du collège de Neufchâtel. (Bulletin, 2e série, I, hih , et III, &àg.)

W Renseignement dû à l'obligeance de M. Jules Bonnet.

(/,) Serait-ce Michel Doble ou Doubte, prêcheur de l'Evangile à Ormonl-Dessus en 1 533 (Herminjard, III , 345), ou Michel du Bois, imprimeur de Paris, établi à Genève dès le 25 janvier 1 5 3 8 , qui fut chargé (i54i) de porter à Calvin le message qui le rappelail à

Genève; ou Jean Michel, imprimeur à Genève (i538-i563) (Am. Roget, Histoire du peuple de Genève, I, 29 1, et III, 5i) , ou bien le Michel dont Calvin ( 1 5 3 3 ) recommandait le procès à son ami Daniel (Histoire ecclésiastù/uc , 1, 56, et Opéra Calvini, X, pars posterior, col. 26)? Le Michel en question paraît avoir été libraire à Neufchâtel en t53o.

fr>) Opéra Calvini, préface du tome VI.

(e) Voir la seconde édition genevoise des Lettres de Calvin, 1576, p. Ai 1 , et l'édition d'Amsterdam, p. 257; la lettre manque aux antres éditions.

(7) Opéra Calvini, préface du tome VI.

recueil. Mais rien ne pouvait tenir lieu de l'introuvable plaquette, que, de guerre lasse, nous ne songions même plus à demander. 11 est facile de se figurer quel tressaillement nous éprouvâmes, en lisant, un jour, parmi des renseignements bibliographiques qui nous arrivaient de l'étranger, ces lignes : « Notre bibliothèque possède aussi un petit volume qui pourrait peut-être vous intéresser; il est intitulé : Aulcuns | Pseaulmes et Cantiques \ mys en chant. A Straslnïrg, i53g.» Nul doute n'était possible : l'exemplaire , très-probablement unique, du premier recueil des chants réformés, dont aucun écrivain français, ni même les bibliographes allemands spéciaux, n'avaient eu connaissance, était enfin découvert et venait s'offrir à nous comme de lui-même.

'C'est à l'érudition bienveillante de M. Julius Jos. Maier, conservateur de la partie liturgique de la bibliothèque de Munich, et un peu aussi a l'obligeance du président de la Société d'histoire du protestantisme, qui a bien voulu transmettre quelques-uns de nos desiderata à Munich et ailleurs, que l'histoire du Psautier est redevable de cette précieuse trouvaille.

L'ouvrage, de format in-i 6 (î h centimètres ~ sur î o) et sans nom d'imprimeur, se compose de quatre feuilles (A, B, C, D), formant trente-deux feuillets et soixante-trois pages (la dernière est blanche), numérotées à ''partir de la troisième; celles qui devraient porter les numéros 62 et 63 répètent par erreur la pagination des 54 et 55, Au bas de la soixantetroisième on lit :

Psalme et chanson ie chanter ay A vn seul Dieu, tant que seray.

A Dieu seul soit honneur et gloire.

Le verso du titre est une page blanche, et le psaume 1 commence à la page 3.

Cet opuscule, absolument anonyme, renferme dix-huit psaumes et trois cantiques, en tout vingt et un morceaux, dont chacun a sa mélodie au premier verset, mais point de préface, de liturgie, d'appendices, de nom de traducteur ni de musicien. Les psaumes sont les suivants, dans l'ordre naturel : 1, 11, m, xv, xix, xxv, xxxn, xxxvr, xlvi, li (numéroté l), xci, cm, cxiii, exiv, cxxx, cxxxvn, cxxxvm, cxlïii, et les cantiques: celui de Siméon, les Dix commandements et le Credo. Deux de ces morceaux ne

sont pas versifiés : le psaume cxm en prose mesurée, et le Credo, dont la simple prose ne forme qu'un couplet.

L'examen de ces vingt et un morceaux nous réservait de nouvelles surprises; car le seul psaume de Marot que nous comptions y trouver (le sixième, imprimé avec le Credo dès 1 5 3 3 dans les œuvres de Marguerite, et à partir de î 5 3 dans celles de Marot lui-même), brille par son absence, et, en revanche, il s'y rencontre douze autres psaumes du même traducteur (i, », ni, xv, xix, xxxn, li, cnr, cxiv, cxxx. cxxxvn, cxliii). que nous ne nous attendions guère à y voir.

Calvin et son entourage étaient si prévenus contre tout ce qui venait de la cour, que, même alors qu'ils recherchaient et demandaient des cantiques de toutes parts, ils ne lurent ni le Miroir de Famé pécheresse de Marguerite, ni ladolescence Clémentine; et cette prévention les priva pour quelques années d'un psaume et de deux cantiques, qu'ils s'empressèrent d'admettre dans leur recueil dès qu'ils les découvrirent. Ce. fait nous paraît la preuve que, si Calvin avait entendu parler à Ferrare de la traduction entreprise par Marot, il n'en avait gardé aucun souvenir, et que le poète et le réformateur n'étaient pas en relations même indirectes; car, si Marot eût appris que Calvin manquait de psaumes et faisait bon accueil aux siens, il lui aurait envoyé tous ceux qu'il avait composés. Il est probable, au contraire, que Marot n'apprit que tardivement la place d'honneur qu'il tenait dans le Psautier primitif, et que Calvin, de son côté, ignorait que les psaumes qu'il adoptait avec un empressement si flatteur, fussent l'œuvre du valet de chambre de François 1er.

Comment les douze dont il est question ont- ils pu aller de Paris à Strasbourg trois ans avant d'être imprimés? Ce ne fut point sans doute un courtisan qui fit parvenir à Calvin cette marchandise prohibée, dont le porteur courait risque d'être brûlé. 11 les reçut donc par l'entremise de quelques réformés; mais alors Villemadon et les autres écrivains contemporains, qui rapportent que les psaumes furent d'abord chantés à la cour, n'ont pas su ou n'ont pas voulu dire que l'intérêt qu'ils inspiraient aux protestants était bien autrement vif et sérieux, et que ceux-ci les eussent chantés avec des transports de joie et d'enthousiasme, si ce qui était permis ou toléré dans les concerts n'eût été cruellement proscrit dans le nouveau culte. Du reste, ils n'allèrent point directement de Paris à Strasbourg, mais en passant par Anvers, où ils subirent des retouches dont nous nous

occuperons plus loin; le texte des douze psaumes de i 53a est celui de l'édition d'Anvers i54i.

On a longtemps ignoré la part prise par le réformateur à la traduction du Psautier (1). Th. de Bèze l*2), qui aurait dû ne pas ignorer ce fait, dont Baulacre a, croyons-nous, parlé le premier, ne loue Calvin que d'avoir «recueilli en i5/i3 (!). . ., pour l'usage de l'Eglise,. . . la forme des prières ecclésiastiques, avec la manière d'administrer les sacremens et célébrer le mariage, et un advertissement de la visite des malades, comme aujourd'huy le tout se met avec les Pseaumes, accompagné d'une belle préface faicte par hiy-mesme, où il est parlé de l'usage de chanter dans l'as-

semblée publique de l'Eglise. » Quand on voit l'un des familiers de Calvin, son disciple par excellence et son successeur, attacher si peu d'importance à savoir quels furent lès auteurs des premiers psaumes chantés dans notre Eglise, et en parler comme si les paroles et la musique étaient, pour ainsi dire, tombées du ciel, on comprend pourquoi l'histoire du Psautier a été si longtemps entourée d'épaisses ténèbres, qui n'ont commencé à se dissiper que depuis quelques années, et pourquoi M. Bovet, Fauteur de cette belle découverte, a eu tant de peine à mettre la main sur les psaumes de Calvin.

Pour faciliter l'intelligence de ce qui va suivre , nous mettons ici le tableau du contenu des sept plus anciennes éditions connues du Psautier, et nous invitons le lecteur à y recourir au besoin. Les lettres T et M, placées à côté du numéro des psaumes, indiquent ceux qui étaient pourvus d'un timbre ou d'une mélodie.

W «Calvin n'a composé aucun pseaume en vers, mais il les a tous exposés en ses leçons,» écrivait, en 1666, un auteur généralement

mieux informé , Jérémie de Pours,page 58a de r Excellence et utilité des pseaumes, etc. (2> Vie de Calvin, édition Franklin, p. 57.

STRASBOURG

1S psaumes.

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