‹ Clément Marot et le psautier huguenotChapitre 6 sur 135 · L'ABBÉ · texte numérisé non relu

L'ABBÉ

Qu appelez-vous premièrement Sapience, affm qu'on le seache?

ysabea v.

Chose dont vous ne tenez tache :

C'est a scauoir congnoistre, en somme, Que la félicité de V homme Ne gist fors quaux biens de F esprit; Et que tout le bien qui peryt , Comme argent, honneur, noble race, Ne le rend (saulue vostre grâce) Plus heureux, ne meilleur aussy.

Son spiritualisme n'est pas une abstraction, un concept de la raison pure; il est pratique et chrétien :

Et vous, enfans sutjuans mauuaise vie,

Retirez-vous; ayez au cueur enuye

De viure autant en façon estimée

Quauez vescu en façon déprimée.

Quand le bon train vng peu espreuuere: ,

Plus doulx que Vaultre enfin le trcuuerez ,

Si que par bien le mal sera vaincu

Et du regret d'auoir si mal vescu,

Deuant les yeux vous viendra honte honneslc.

(L'Enfer.)

11 iïomains , ui, 2t.

Jl écrit au duc tic Lorraine (i53o), en lui présentant la traduction du premier livre de la Métamorphose d'Ouide :

Premier donc ie salue

Treshumblement ta haultesse et value; Puis à celuy qui est prince des anges Rends de bon cueur immortelles louanges De F heureux poinct de ta noble venue , Qui est le temps de la paix aduenue , Par qui tu veois les deux enfans de France Hors des liens de captiue souffrance.

Grâces aussi luy fault rendre des perles;. . . . Si conuient-il, en douleur et ennuy, Nostre vouloir conformer à celui) Du tout puyssant; aultrement on résiste A sa bonté

( Epistre xv.)

Les plaintes que Y Elégie xx met dans la bouche de Marguerite, maltraitée par le roi de Navarre, son mari (1628), sont graves et pieuses à la façon de Marot, et fort éloignées du libertinage qui comblait d'aise l'abbé Lenglet-Dufresnoy :

En est-il vne en ceste terre basse

Qui en tourment de tristesse me passe,

Ou qui en soit autant comme moi pleine?. . . .

la ne m orrez alléguer en mes plainctes

Le mien amant, comme Sappho et maintes;

Mais mon mary, dont plus mon cueur se deuil. . . .

Non que par moy luy soit mort désirée;

Plustost vouldrois sa pensée inspirée

A me tr aider ainsy qu'il est licite,

Ou comme il doibt, ou comme ie mérite,

Veu que mon cueur Fayme, F honore et sert. . > .

Tout s'amolyt par doulceur tresbenigne;

Et loutcsfois la doulceur féminine ,

Qui les doulccurs de ce monde surpasse,

Déliant les yeulx de mon dur mary passe

Sans Vcsmouuoir; et tant plus me submctz, Tant plus me sert iïestranges et durs metz ; Par ainsy passe en cruaultez inicques Lyons , tyrans et monstres Plutonicques. . . .

Doy-ie par amours faire

Vng seruiteur, duquel en mon affaire Fauray conseil, et qui par amytié De mes douleurs portera la moitié?

— L'occasion le conseille et le dict; Mais auecques Dieu honneur y contredict. Pourtant plaideurs aux amoureuses questes , Allez ailleurs présenter vos requestes;

le ne feray ne seruiteur namy ,

Mais tiendray Joy à mon grand ennemy.

Doncqucs à qui feray ma plaincte amere?

— A vous , ma chère et honorée mere. . . .

\J Elégie xxvi : « A vue qui refusa vng présent, » est du même style :

Iamais me suis-ie en termes aduancé Auprès de vous, qu honneur et Dieu ensemble N'y fussent myz?

V Elégie xix, évidemment adressée à Marguerite, est plus religieuse encore :

Si vous voulez qu'on n'ait sur vous^ enuye, Ne soyez plus de vertueuse vye; Ostez du corps ceste esquise beaulté, . Ostez du cucur ceste grant' loyaulté; Ne soyez plus sur toutes estimée , Ni des loyaulx seruiteurs bien aymée; Ayez autant de choses viticuses Que vous auez de vertus pretieuses, Lors se tairont. Ha ! chère et seule arnye , Voulez-vous estre enuers Dieu endormye , De recepuoir tant de grâces de luy, Et ne vouloir porter vng seul ennuy?

(l) On lit dans les éditions de Lenfjlel-Du- un contre-sens; l'édition de Paris, i5fty, porte fresnoy <ll Auguis : nous, au lieu de vous; c'est vous, qui seul s'accorde avec If contexte.

Sa religion est aussi simple que possible. 11 ne veut ni prêtres, ni confesseurs, ni moines, mais

Homme qui scache bien prescher Iesus Christ sans capharderie,

et sans

mines de mainte sorte, Qui, de soij, ne font valoir mieulx La personne deuant les yeulx De Dieu, qui nostre cueur regarde.

( Colloque de la Vierge fiiaôyapos.)

Cette franche profession du protestantisme, cette lutte ouverte contre tous les préjugés, religieux et autres, était loin de n'offrir aucun danger; un événement grave vint bientôt le rappeler au poète. La nuit du lundi de la Pentecôte (1 01 juin i5q8), une statue de la Vierge, placée à l'angle de la rue des Rosiers et de la rue des Juifs, dans le quartier Saint-Antoine, fut mutilée; la tête de l'enfant Jésus et celle de sa mère furent enlevées par des mains inconnues. Était-ce l'œuvre de quelque réformé emporté par un zèle d'iconoclaste, c'est-à-dire, selon l'expression de la Chronique de François Ier, de quelque vng pire que vng chien mauldict de Dieu? Etait-ce l'œuvre, au contraire, de quelque catholique acharné, désireux de faire retomber le crime sur les protestants On ne put le découvrir, malgré toutes les recherches, et bien que le roi eût promis au dénonciateur mille écus d'or.

Ne pouvant assouvir sa vengeance, le clergé exhala sa fureur dans des

W Les faits de ce genre ont été nombreux ; nous n'en citerons qu'un, très-caractéristique, emprunté à Emm. Van Metcren, Histoire des Pays-Bas, 1C18, in-fol., p. 5i, par M. Ch. Hahlenbeck , l'Inquisition et la Réforme en Belgique, 1867, in-12, p. 77 :

«Le grand-père du célèbre historien Van Me 1ère n avait fait élever à ses frais un grand crucifix de pierre, à l'endroit où se dressaient, en dehors des murs d'Anvers, la roue et le gibet de la commune. Ce monument de piété fut renversé, et tout naturellement le sacrilège fut mis sur le compte des protestants.

"Plusieurs années se passèrent; déjà on

désespérait de connaître l'auteur du méfait, lorsqu'un franc coquin, Italien de nation, tomba entre les mains de la justice. La torture lui fut appliquée pour simplifier l'interrogatoire, et il avoua que le cardinal de Granvelle, alors ministre et évôque d'Arras, l'avait grassement payé pour renverser le crucifix des pendus. »

Marguerite de Navarre écrivait à son frère en 1 5 /n :

«le ne me puis garder de vous dire qu'il vous souuiengne de l'opinion que i'auois, que les vilains placars cstoienl faicls par ceux qui les cherchoient aux attitrés.»

processions quotidiennes, qui durèrent jusqu'au i j juin, jour de la Fête- Dieu , et qui avaient pour but et pour effet d'exciter le fanatisme. On ne saurait croire combien elles étaient nombreuses à cette époque, et quel rôle elles jouaient dans tous les événements heureux ou malheureux; chaque page du Journal d'un bourgeois de Paris nous fait assister à ces manifestalions d'une piété superstitieuse et démoralisante. Attaqué dans son principe même et sentant les esprits lui échapper, le catholicisme avait recours à ce déploiement de pompe théâtrale, si propre à subjuguer les multitudes, en qui ne sont éveillées ni la conscience, ni les plus nobles aspirations de la nature humaine.

La cour était alors à Fontainebleau; la nouvelle de la mutilation de l'image tomba au milieu des fêtes célébrées en l'honneur du prochain mariage de Renée de France, qui eut lieu à Paris le 28 juin (,). Le roi, troublé dans ses plaisirs et non moins irrité que le clergé, vint à Paris pour assister à la procession de la Fête-Dieu, en compagnie du roi de Navarre et du duc de Ferrare. Il voulut poser de ses propres mains une statue d'argent doré à la place de l'image mutilée, qui, transportée dans l'église Saint- Gcrvais(2), se mit aussitôt à faire des miracles, du moins un, dont nous épargnerons le récit à nos lecteurs w.

La persécution éclata de nouveau avec la même violence qu'en 1 5 2 5. François Ier, qui, l'année précédente, favorisait Berquin et voulait faire condamner douze propositions impies et blasphématoires, extraites des écrits de Béda par le jeune savant , abandonna celui-ci et ordonna de sévir contre les réformés. Les supplices recommencèrent, et peu après (29 avril i5'2()) Berquin fut bridé en place de Grève.

Marot, dont la vie fut longtemps encore menacée à chaque explosion d'intolérance, était l'une des premières victimes désignées aux coups du bourreau, et ne se maintenait à la cour que par un perpétuel miracle de grâce et d'esprit. 11 fut enveloppé dans la proscription générale pour ses méfaits anciens (4), et sans doute pour un autre tout récent : la première

(1' César Cantù, La Réforme en Italie, traduite de V italien par Anicct Digard et, Edmond Martin, Paris, 18O7, m~^°-> IL 3^7. Les fiançailles s'étaient laites le 10 juillet 1527.

(-) VA non dans l'église tic Saint-Germain, ainsi que le dit M. Merle d'Aubigné, qu'on ne saurait jamais trop contrôler.

Chronique du roy François Ier et Journal d'un bourgeois de Paris sous François Ier.

W Entre aulres VEpigramm 1 1 tim , dans laquelle il dit que le roi s'occupe de constructions et

au italien de Sorbonne

Doibt, ce dit-on , faire la place aux veaux.

Epistrc du Coq à l'Asne, dont l'immense succès porta au comble la colère des ennemis du progrès, qu'il n'avait point encore si vertement flagellés de ses fines railleries M. Quelques historiens rapportent, en effet, que Marot subit, à la fin de l'année i5a8, une disgrâce qui l'obligea à se retirer à Cahors(2). Nous pensons que cette disgrâce et ce départ eurent lieu aussitôt après les scènes que nous venons de retracer; car il avait quitté la cour lors du mariage (fin juin) de la fille de Louis XII avec le fils de Lucrèce Borgia, Hercule d'Esté, duc de Ferrare ®. Toutefois il chanta cet hymen, dans une imitation de Catulle qui choquerait les bienséances du xix° siècle, mais qui n'avait rien de trop libre pour l'époque (4).

Le méfait du poète était grave assurément, on va le voir:

A Rome sont les grans pardons ^\ Il faut bien que nous nous gardons De dire qu^on les appetisse W ; Excepté les gens de iustice

(l) Elle ne fut pas écrite en 1 534 , comme le pensait Lenglct-Dufresnoy, puisqu'elle figure clans Ladolescence Clémentine, datée du 12 août i532. En outre, Marot y mentionne en passant le connétable de Bourbon, tué au siège de Rome en 1527, et y fait une allusion moqueuse aux archers qui l'avaient arrêté la même année ; cela nous reporte vraisemblablement en i528. Une circonstance mentionnée dans cette pièce en indiquerait plus exactement la date : le clergé parisien venait de porter processionnellement la chasse de Saint-Marceau dans les rues pour faire pleuvoir. Mais en quelle année ce fait eut-il lieu? Nous savons seulement qu'en 1 529 le prix du blé fut excessif dans toute la France et l'Italie, renseignement qui paraît concorder avec l'hypothèse que nous venons d'émettre.

W Ou à la cour de Navarre, selon l'Introduction aux Mémoires de Martin du Bellay, coll. Petitot, XVII, 99 : «Marot déjà emprisonné plusieurs fois pour s'être exprimé avec trop de hardiesse sur des points de doctrine, compromis de nouveau par une satire peu mesurée, vint reprendre son service auprès de Margue-

rite, et contribua beaucoup à égayer toute sa cour, n

(3) S'il eût assisté aux noces de Renée de France et présenté lui-même aux époux le Chant x, il n'eût pu dire à la princesse, en arrivant à Ferrare :

Tu scais mon nom sans scauoir ma personne. Le cachet religieux et protestant imprimé par le poète à plusieurs de ses pièces de circonstance ( Complaincte de Robertet, Chant de ioye) n'apparaît pas dans le chant nuptial de Renée, à laquelle Marguerite avait inculqué ses sentiments évangéliques. Ce fait semble d'abord étrange; mais la réflexion fait bien vile évanouir cette impression. Hercule d'Esté détestait l'hérésie; d'ailleurs, les circonstances commandaient une réserve qui ne laisse entrevoir chez Marot que la crainte de surexciter le mauvais vouloir du roi, et de nuire à la Réforme par un zèle intempestif.

(5) Les grans pardons, tel est le titre d'une pièce satirique d'Eustachc Deschamps, poète du xive siècle.

(f,) Qu'on les recherche; c'est une ironie, pour dire : qu'on les fuie.

Ont le temps après les chanoynes.

le ne vy iamais tant de moynes, Qui muent et si ne font rien. . .

Anssy depuis quil gele fort^\ Croyez qu'en despit des ialoux ® On porte souliers de veloux (3\ Ou de trippe C4\ que ie ne mente.

Te suis bien fol, ie me tourmente Le cueur et le corps d'vng affaire, Dont toy et moy nauons que faire.

Cela nest que irriter les gens, Tellement que douze sergens, Bien armez iusques au collet, Battront bien vng homme seule t, Pourueu que point ne se deffende ®.

Iamais ne veulent quon les pende të) ; Si disent les vieulx quolibets, Quon ne veoit pas tant de gibets En ce munde que de larrons.

Forte bonnetz quarrez ou rondz^\ Ou chapperons fourrez termines; Ne parle point, et fay des mines, Te veoyla saige et bien discret; Lyon, Lyon, c'est le secret.

Apprens , tandis que tu es vieulx. . .

Samedy prochain toulesfois On doit lire la loy ciuile ; Et tant de veaux, qui vont par ville , Seront bruslez sans faulte nulle; Car Hz ont cheuauché la mulle, Et la cheuauchent tous les iours

W Lisez : depuis que les bûchers sont allumés.

^ Les amants d'Ysabeau.

(3) Pour ne pas tomber sur la {{lace, c'està-dire on use de précaution pour n'être pas pris.

W Sorte de moquette; on dit encore : tripes <lc velours.

(5) Ceci est à l'adresse de la police, à laquelle il gardait rancune.

(6) Les condamnés à mort.

(7) Coiffure des docteurs en théologie.

(8) Ces veaux qui chevauchent la mule ne sont pas, comme l'a cru Len^lct-Diifresnoy, les réformés que l'on brûlait en les accusant de tous les crimes; mais bien les fanatiques que

Telfaict à Paris long seiours.

Qui vouldroit cstrc en aultre lieu. . .

Los trois dames des Blancs Manteaux O

S'habillent toutes d\me sorte.

Il n'est pas possible qu'on sorte

De ces cloistres aulcunement.

Sans y entrer 'premièrement;

Ccst vng argument de sophiste,

Et quainsy soit, vng bon papiste

Ne dict iamais bien de Luther;

Car s'ilz venoient à disputer,

Uvng des deux seroil lier e tic que. . .

Or est arriué l'Antéchrist,

Et nous Vauons tant attendu.

Ma dame ne ma pas vendu . .

Par la mort bleu, veoyla Clément,

Prenez-le, il a mangé le lard.

Il fait bon estre papelard,

Et ne courroucer point les fées;

Toutes choses qui sont coiffées

Ont moult de lunes en la teste

Des nouuelles de pardeca; Le roy va sonnent à la chasse, Tant qu'il faut descendre la chasse Sainct Marceau pour faire pleuuoir. . .

En présence de cette mordante satire, il faut bien avouer que la gent monachique et cléricale et tous les conservateurs d'abus nourriciers se

le poëtc appelle ailleurs les amants de Symonnc (la simonie romaine). De même que dans ce vers : Apprens , tandis que tu es vieulx , il donne ici à entendre précisément le contraire de ce qu'il dit; il écrit : Des persécuteurs seront brûlés, pour que l'on comprenne : Des évangéliques.

(1) Allusion à quelque aventure scandaleuse qui avait eu pour théâtre le couvent des moines Blancs-Manteaux, dont M a rot avait dit dans VEpigranuae yen :

Quand marys gardent leurs femelles, Hz ont droict, ie m'en tais tout coy ; Mais ces cagots sont ialoux d'elles :

Je scaurois voidunticrz pour quoy.

(2) C'est le premier vers de la Chanson xvi , dirigée contre l'inconstante Ysabeau, dont le

. . . .cucar muablc s'est rengé Vers le changeant, couleur infâme.

M La fée lunatique , c'est-à-dire changeante , infidèle, est encore ici l'Eglise.

lussent montrés plus débonnaires que d'habitude, s'ils n'avaient eu recours contre Marot à l'argument du bûcher, dont ils se servaient habituellement, sinon pour convaincre, au moins pour réduire au silence leurs adversaires. A peine l'hérétique se fut-il mis hors de la portée de leurs coups, qu'ils excitèrent contre lui quelques rimailleurs envieux, qui, pour le discréditer, firent paraître sous son nom de mauvaises pièces compromettantes, entre autres des Adieux satiriques aux dames de Paris. Quelques-unes prirent feu et

Allaient quêtant aux hommes allégeance, En leur chantant : Faictes-men la vengeance.

A son retour (1629), il écrivit VEpistre xn : Excuses d'auoir faict aidants adieux y bientôt suivie de la treizième : Aux dames de Paris qui ne voulaient prendre les précédentes excuses en payement, où, tout en niant d'être l'auteur des Adieux, il montra que la disgrâce n'avait en rien modifié ses sentiments envers le Parlement, la Sorbonne et l'Eglise, et blâma de nouveau les penchants belliqueux du roi, qui entraînait la France dans des guerres ruineuses et insensées :

Xay-ie passé ma ieunesse abusée

Autour de vous, laquelle 1 eusse vsée

En meilleur lieu , peut estre en pire aussy ?

Bien ne diray, n'ayez aulcung soucy;

Et si en scay, hien ie l'ose asseurer,

Pour faire rire et pour faire pleurer.

Mais que vauldroit d'en trauailler mes doigts

Sur le papier? Mores, Turcs et Medoys^]

Scauent vos cas; la terre n'est semée

Sinon du grain de vos Ire renommée.

Bref, pour escrire y a bien d'aultres choses

Dedans Paris trop longuement encloses :

Tant de broillis qu'en iusticc on tolère,

le Fescrirois, mais ie crains la colère;

L oysiueté des prestres et ragots .

le la dirois, mais garde les fagots;

Et des abus dont V Eglise est fourrée.

Peu parlerais, mais garde la bourrée;

W Mèdes.

De tout cela et de cous me tairoye, Et en chemin plus beau me retrairoye.

Quand me mendroit d'escrire te desyr, le bîasmerois guerre qui faict gesyr lournellement par terre, en granl outrance, Les vieulx souldars et les ieunes de France Ou employrois la mienne blanche carte W Du bien de paix , la pryant quelle parle Du hardi du ciel, pour venir visiter Princes chrestiens et entreulx habiter.

Quant aux six dames dont la haine et les calomnies le poursuivent partout, il les traite sans révérence aucune :

pourquoi/ en vos deuiz

Blasmez-vous tant feu mon pere honoré,

Qui vostre sexe a tant bien décoré

Au Hure dict des dames Faduocate? . . .

Aincois chascung vous doit nommer et dire

Auant la mort les six canonisées,

Ou (pour le moins) les six chanoinisées.

Puis, mêlant étrangement au langage grossier et obscène de l'époque une réminiscence évangélique, il ajoute :

Ayez bon cueur, et contenez vos larmes, Que vous auez pour les Adieux rendues.

Las, mieulx vauldroit les auoir espandues Dessuz les pieds de Christ, les essuyans De vos cheueux , et vos péchez fuyons Par repentance, auecques Magdalainc.

Ou a ttendez-vous ?

.... Quand vous serez hors d'aage,. . . Plus de vos yeulx larmoyer ne pourrez .... Et quand vos yeulx pourroient plourer encores , Où prendre: -vous les cheueux quanez ores, Pour essuyer les pieds du roy des deux?

(Epistre Hit.)

(1) Papier.

Bien que la violence de la réaction continuât, il n'en donna pas moins une couleur toute protestante au Chant de ioye, qu'il composa la nuit où l'on apprit la libération des enfants de France et qu'il offrit le lendemain au roi à son réveil (juillet tbooj :

Hz sont venuz les enfans desirez;

Loyaulx François, il est temps qu'on sappaise.

Pour quoi/ encor pleurez et souspirez?

le Vcntens bien, c'est de ioye et grant aise;

Car prisonniers, comme eulx, estiez aussi/.

0 Dieu tout bon , quel miracle est cectj?

Le roy veoyons et le peuple de France

En liberté; et tout par vne enfance

Qui prisonnière estoit en fortes mains.

Or en est hors , c'est triple deliurance :

(jloire à Dieu seul, paix en terre aux humains.

i\on content de délaisser les saints, la Vierge, les divers patrons de la France, et de répéter ce refrain : Gloire à Dieu seul, il s'efforce encore de répandre la lumière, en montrant l'inanité d'une autre superstition non moins funeste et invétérée que les superstitions religieuses :

Sots deuineurs. vos liures retirez; Tousiours faisiez la nouuelle mauuaise; Mais Dieu a bien vos propoz reuirez , Tant que menty auez , ne vous desplaise. . . Gloire à Dieu seul, paix en terre aux humain* (2),

Le mois suivant, cédant aux sollicitations de ses amis, Marot se résolut à publier ses poésies de jeunesse sous le titre de Ladolescence Clémentine. Nous n'avons pas vu, il est vrai, l'édition de i 53o, mais nous ne saurions

(|) Retenus prisonniers en Espagne à la place de leur père.

(2) Nous lisons encore dans VEpistre xiv , adressé»! à la reine Eléonore dans la même circonstance : .

Or, Dieu mercy, amené les as-tu

Sans mgromance ou magùpn m in ;

Ains par le vueil de Dieu . qui tout pouruoit,

Et qui desia destinée l'anoil Femme de roy.

Son ami des Périere a écrit aussi La pronostication des pronostications , pour tout temps, à jamais, sur toutes antres véritable, laquelle découvre l'impudence des pronostiqueurs. (Voir p. 07S du (lijinlxdum mundi et antres œuvres, Paris, Gosselin, 1 SA 1 , in-8°.)

116 POÈTE DE COU li

admettre avec Brunet que «son existence reste toujours problématique.» Si cette édition n'existe plus, elle a sûrement existé.

Nous lisons, en effet, dans Ladolescence. . . . reuue et corrigée, acheuée d'imprimer Je lundy douziesme tour daoust, l'an i53^ , pour Pierre Bojfet dict Je Faucheur, par màistre Gcofroij Tory, imprimeur du roy^\ in-8° en lettres rondes, avec encadrements réglés en or (Bibliolh. nat., Y+ /4/196, réserve), ce qui suit : «Neuf epistres par cy deuant non imprimées, fors la première,» et en tête de l'appendice : «Aultres œuures de Clément Marot, faictes depuis leage de son adolescence, par cy deuant incorrectement et maintenant correctement imprimées, n D'où il résulte que les pièces de la jeunesse de Marot ont été publiées, au moins une fois, avant l'édition du août 1 53a.

En outre, l'épître par laquelle le poé'te annonce à ses frères en Apollon que leurs prières l'ont décidé à imprimer Ladolescence est datée de Paris ce douziesme daoust iô3o. Si cette date, qui figure dans l'édition de Dolet (1 542), se retrouvait partout, il serait impossible de douter de l'existence d'une édition de i53o; mais elle a été transformée en 12 août i53a dans quelques éditions : de là la difficulté. Heureusement là première édition où l'on remarque ce changement de date, est précisément celle que Roiïet acheva d'imprimer le 1 2 août 1 532 , et qui nous offre l'étrange phénomène d'un livre de quelque étendue, dont l'impression aurait été achevée le jour même où l'auteur en signait la dédicace , placée en tête. Or Ladolescence ne s'est pas imprimée en un jour, ni peut-être en un mois; il saute donc aux yeux que Roffet a commis une erreur, d'autant plus naturelle qu'elle se commettait en 1 5 3 2 . Au reste, et voici qui tranche définitivement la question, Ladolescence imprimée par Dolet et Gryphius en 1 538, sous les yeux de Marot et revue par lui-même, conserve à l'épître la date de 1 53o, qui est par conséquent la véritable.

Nous citerons quelques lignes de ce morceau, où apparaît l'austère langage de la piété protestante :

le ne scay, mes treschiers frères, qui m'a plus incité à mettre ces miennes petites ieunesses en lumière, ou vos continuelles pryeres, ou le desplaisir que fai eu d'enouyr cryer et publyer par les rues vne grande partie toute incorrecte, mal imprimée, et

(,) Une autre édition du même formai, en caractères gothiques, sortit des mêmes presses

le 1 3 novembre delà même année ( bibliothèque Ma za ri ne, a 1 653 ).

plus au prouflit du libraire qu'à l'honneur de Tailleur. Certainement toutes les deux occasions y ont seruy, mais plus celle de vos pryeres. Puis doncques que vous esles cause de l'euidence de l'œuure, ie suis d'aduiz, s'il en vient blasme, que la moytié en tombe sur vous, et s'il en sort (d'aduanture) honneur ou louenge, que vous ne moy n'y ayons rien, mais celuy à qui seul est deu honneur et gloire

Sa conscience n'était point, semble-l-il, tout à fait à l'aise sur le choix des morceaux qu'il y introduisit; car, après avoir comparé ces coups d'essai à un jardin planté d'arbres, d'herbes et de Heurs de son printemps, il ajoute :

Et pour ce qu'il n'y ha iardin où ne se puisse rencontrer quelque herbe nuysante, ie vous supply (mes frères, et vousaultres, nobles lecteurs), si aulcung mauluais exemple ( d'aduanture) en lisant se presentoit à vos yeulx, que vous luy fermiez tost la porte de vos voulu niez.

Ainsi Marot était combattu; il y avait deux hommes en lui : l'homme religieux et le poète. Le premier sentait qu'il eût mieux valu enlever les herbes nuisantes, pour éviter tout danger au lecteur; mais le second s'y opposait avec une faiblesse toute paternelle. Il n'y a pas d'épigrammes dans Ladolescence , mais une épître, deux épitaphes et six rondeaux qu'il eût fallu sacrifier.

Ce ne fut qu'après la mort de Louise de Savoie, emportée, le 20, septembre 1 5 3 1 , par une épidémie qui ravagea l'Ile-de-France, que la persécution, qui avait sévi toute l'année et réduit plusieurs évangéliques à fuir à l'étranger, s'apaisa, et que les réformés de Paris, mieux protégés que ceux du Midi, purent entrevoir l'aurore de jours meilleurs. Le nombre des professeurs royaux, tous animés d'un esprit libéral et tolérant, s'accrut; il parut une comédie dirigée contre l'intolérance de Béda, et la Bible latine de Robert Estienne (i532) fut lue avec avidité.

Cependant les haines soulevées par les écrits de Marot étaient de celles qui ne s'éteignent jamais, et n'attendent que l'occasion d'agir. Non-seulement ses ennemis triomphèrent en le voyant près de succomber à une grave maladie, qui dura plus de trois mois (janvier-mars 1 5 3 1 , vieux style); mais la mort leur parut trop lente à frapper. Pendant qu'il était cloué sur un lit de souffrance, ils curent l'impudeur de lui intenter un

« Il avait déjà exprimé la même pensée à y a m(d> ilvicnl tmt dc ma ]mrt .

la lin de la Complainctc de Roberlet : S'il y a bien, il vient d'où le bien part.

nouveau procès d'hérésie, ainsi qu'il nous l'apprend clans l'Episireau Boy, datée de Ferrare. Après avoir rappelé (pie le principal motif qui porte la Sorbonne et le Parlement à demander son supplice, c'est leur Enfer, qu'il a osé mettre en vers et lire au monarque,

Qui a pouuoir de reformer leur faute,

il poursuit en ces ternies :

Bref, par ejffect, veoyre parfois diuerses, Ont déclaré leurs vouluntez peruerses Encontre moy; mesmes vng tour ils vindrent A mot/ malade, et prisonnier me lindrent, Faisant arrest sur vng homme arresté Au Met de mort, et m eussent pis iraicté, Si ce ne just ta grand bonté , qui à ce Donna bon ordre, auant que t'en pryasse.

En effet, le lundi 18 mars i53i (vieux style), la cour du Parlement, présidée par Pierre Lizet, chargea les conseillers Nicole Hennequin et Jehan Tronsson d'instruire le procès de maîtres Laurent et Loys Maigret ^\ Mery Deleau, André Le Rov('2), Clément Marot, Martin de Villeneufve et leurs complices, «chargés d'auoir mengé de la chair durant le temps de

" Lambert Maigret, dit le Trésorier, et Laurent Maigret, valets de chambre du roi, le premier de 1 5 1 9 à 1 52 6, le second de tf)20 à 1 5a6. (Ms. FR. 7853, Biblioth. nation.)

Les Opéra Caîvini, en cours de publication à Brunswick, parlent (t. III, p. ix) d'un Loys Maigret, que M. Herminjard nomme Lambert, ambassadeur de France en Suisse, qui sollicita Zwingle de rédiger une exposition succincte de la foi chrétienne; puis d'un Edmond Mégret (XI, col. 809)..

Y a-t-il là deux ou trois personnages, ou davantage? On les a si bien confondus, que nous n'avons pas réussi à restituer à chacun son rôle. (Voir YEpistre de Malingre à Marot; le Journal d'un bourgeois de Paris; Amédée Roget, Histoire du peuple de Gcnève,\, i a5; Herminjard, I, 238; II, 33o; la France pro-

lestante , \'I1 , 30a , où la méprise est manifeste, et surtout GalifTe, Nouvelles pages d'histoire exacte, soit le procès de Pierre Anneaux, etc., Genève, Vaney, 1 863 , m-k°, p. 55.)

Sur Amédée Maigret, moine jacobite, qui prêcha la Réforme à Lyon, à Grenoble, fut condamné en i5a/j, protégé par Marguerite, devint pasteur à Genève et fut déposé en 1 5/iG , comme complice d'Ameaux et d'Henri de la Mare, qui accusaient Calvin de prêcher une fausse doctrine et d'être un méchant Picard, voir Bulletin, XII, 681; Crottet, Petite chronique prolestante , 28, et Appendice II, et Ruchat, Histoire de la Réforme en Suisse.

® Valet de chambre du roi, de 1 5 1 G à i528; mort à cette dernière date, d'après les comptes de la maison de François Ier. Est-ce hors qu'il faut lire, au lieu de mort?

karesme et autres iours prohibez^.» Ce procès neut pas de suite et ne servit qu'à faire éclater le dévouement d'un des amis du poète, ainsi qu'on le voit dans les Registres du Conseil, à la date du 20 mars : «Ce dict iour, Estienne Clauier, secrétaire des roy et royne de Nauarre, a pleine et cautionné Cl. Marot, sub pœna conuicti , et a promis ne partir de La ville sans en aduertir la cour vng ou deux iours auparauant, auec toutes submissions accoustumées. v

En voyant l'un des principaux Fauteurs de l'hérésie échapper, pour la troisième foisf'2), au sort qu'ils lui réservaient, la Sorbonne et les «iuges brusleurs,» comme les nomme Robert Estienne, poussèrent des cris de rage dont le langage de Pussot, dans son Iournalier du bourgeois de Reims, peut donner une idée: «Or estôit-il facile d'estre huguenot, il ne falloit qu'eslre meurtrier, larron, voleur, sacrilège, paillard, adultère, voleur d'église, brusleur d'ymaiges (3), etc. » Le cardinal de la Bourdaisière écrivait à peu près sur le même ton à Féveque-ambassadcur Bernardin Bochetel : « S'ils sont huguenots ou non, ie n'en sais rien; mais s'ils le sont, ie ne m'esbays pas s'ils sont traistres, pour n'auoir iamais veu vn seul homme de bien de celte nouuelle religion, et de très meschans vn monde; me souuenant auoir veu de ma ieunesse Dolet, vn des premiers buguenotz, qui, commençant par auoir assez lègieres opinions et de peu d'importance, tomba en peu <le temps es plus exécrables blasphèmes que i'ouys iamais. Marot, que ie voyois plus souuent, ne lui en deuoit gueres, et sic de reliquis ''4K »

(Test à tort, croyons-nous, que M. Ch. d'Héricault, oubliant (pu; la maladie de Marot a coïncidé avec son deuxième procès d'hérésie, la place vers i 5ri(j. Pour (pic celle dale lut exacte, il faudrait (pic Marol eut fait une seconde maladie très-sérieuse, dont nous ne trouvons pas trace dans ses écrits.

Ni les nouvelles poursuites dont il était l'objet, m la gravité do son

M Voir les notes que M. Georges Guifirey a jointes à la Chronique inédite do François ltr.

® Emprisonné pour crime d'hérésie en 152(5; obligé de s'éloigner en i5a8, après la mutilation de L'image; accusé tic nouveau durant sa maladie : c'était Itien la troisième lois qu'il était poursuivi ou inquiété pour cause de religion, sans parler de l'emprisonnement de

1597, auquel la religion n'était peut-être pas étrangère.

"Tu ne veux frapper contre les huguenots, lu n\-is pas de religion,?) dira [tins tard Vijjor, l'un des prédicateurs de la Ligue (Lafoitte, Démocratie de lu Ligue, p. xxxvi).

(') Mémoires de Castelnau.. . augmentés \><u Le Laboureur, Bruxelles, 17^1, in loi. , I , SA 7

mal, ne purent tarir l'inépuisable gaieté du poë'te de la Réforme; elle réparait tout entière dans les épigrammes adressées au docteur Lamy, son familier, et aux médecins de la cour, Braillon, Akakia et Lecoq, qui le soignaient, aussi bien que dans son chef-d'œuvre le plus connu, écrit durant la même maladie, YEpistre au roy pour auoir esté desrobé.

Vauois vng iour vng vallet de Gascongne,

Gourmand, yurongne et asseuré menteur,

Pipeur, larron, iureur, blasphesmateur,

Sentant la kart de cent pas à fa runde;

Au demeurant , le meilleur fils du munde. . . .

Ce vénérable billot^1 fut aduerty

De quelque argent que m'auiez desparty,

Et que ma bourse auoit grosse apostume;

Si se leua plustost que de coustume,

Et me va prendre en tapinois icelle. . . .

Et ne croy point que ce fust pour la rendre .

Car oneques puis n'en ay ouy parler. . . .

Finablemenl, de ma chambre il s'en va Droict à V es table, ou deux cheuaulx treuua, Laisse le pire, et sur le meilleur monte, Picque et s'en va. Pour abréger le conte, Soyez certain quau partir dudit lieu N'oublia rien, fors à me dire adieu.

Ainsy s'en va, chatouilleux de la gorge, Ledict vallet, monté comme vng sainct George: Et vous laissa Monsieur dormyr son saoul, Qui au resueil neust secu finer® d'vng souL Ce Monsieur la, Sire, cestoit moy mesme , Qui, sans mentyr, fut au malin bien blesme, Qrnuid ie me vey sans honneste vesture, Et fort faschc de perdre ma monture; Mais de ï argent que vous maniez donné, ; le ne fuz point de le perdre es tonné ;

Car vostre argent, tresdebonnaire Prince, Sans point de faut le, est subiect à la pince

1} Esclave, valet. —

(-) Financer.

Bien tost après ceste fortune la,

Vne aultre pire encores se mesla

De ni assaillir, et chascung iour massault,

Me menaçant de me donner le sault,

Et de ce sault menuoyer à V entiers,

Ry thmer sous terre et y faire des vers.

Cest vne lourde et longue maladie

De trois bons mois^l\ qui ma toute estourdye

La poure teste , et ne veult terminer. . . .

Que diray plus? Au misérable corps

Dont ie vous parle il n'est demouré , fors

Le poure esprit , qui lamente et souspire ,

Et en pleurant tasche à vous faire rire.

Et pour autant , Sire , que suis à vous , De trois iours l'vng viennent taster mon poulx Messieurs Braillon, le Coq, Akaquia , Pour me garder d'aller iusque à quia(2'.

Tout consulté, ont remiz au printemps

Ma guerison; mais, à ce que tentens,

Si ie ne puis au printemps arriuer,

le suis taillé de mouryr en hyuer.

Et en dangier, si en yver ie meurs.

De ne veoir pas les premiers raisins meurs.

Veoyla comment depuis neuf mois en ea

le suis traie lé. Or ce que me laissa

Mon larronneau, longtemps a, Vay vendu.

Et en sirops et iulepz despendu.

Ce neantmoins ce que ie vous en mande

N'est pour vous faire ou requeste, ou demande;

le ne veulx point tant de gens ressembler,

Qui non*t soucy aultre que d'assembler.

Tant quHlz viuront, Hz demanderont eulx;

Mais ie commence à deuenir honteux.

Et ne veulx plus à vos dons m'arresler.

O Lu maladie arriva six mois après le vol, et d'arguments, n'avoir plus rien à répondre, puisqu'il raconte ici ses infortunes de neuf mois. si ce n'est quia (parée que); puis, par exlen-

'V Etre à quia, c'est être à bout de raisons sion, être à bout de forces, à l'extrémité.

le ne dij pas, si voulez rien prester,

Que ne le prenne. Il nest point de presteur,

S'il veidt prester, qui ne face un debteur.

Et scauez-vous, Sire, comment ie paye?

Nul ne le scail, si premier ne V essaye.

Vous me deburez , si ie puis , de retour ;

Et vous fer ay encores vng bon tour.

A celle fin qu'il ny ait faulte nulle ,

le vous fer a y une belle sedulle ,

A vous payer, sans vsure , il s entend ,

Quand on veoirra tout le mundc content ;

Ou si voulez , à payer ce sera ,

Quand vostre loz et renom cessera. . . .

Aduisez donc si vous auez désir De rien prester, vous me ferez playsir; Car, puis vng peu , t'ai basti à Clément , La où lay faict vng grand desboursement , Et à Marot, qui est vng peu plus loing^; Tout tumbera qui nen aura le soing. . . .

S'iJ plaisantait avec tant de charme, ayant déjà un pied dans le tombeau, ce n'est pas qu'il voulût s'étourdir pour ne pas voir la mort; mais bien parce que, appuyé sur sa foi, il la regardait en face et sans peur, ainsi que le montrent ces deux épigrammes :

A PIKRRE VVYAKT.

Ce meschanl corps demande guaryson ,

Mon frère citer, et [esprit, au contraire,

Le veult laisser, comme vne or de prison.

L vng tend au munde, et Vaultre à s'en distraire.

C'est granC pitié que de les ouyr braire :

Ha, dicl le corpz, faut-il mouryr ainsy?

(1) Ce n'est point ici une plaisanterie, comme on pourrait le croire. Marot avait hérité de son père deux propriétés, que celui-ci avait nommées Clément et Marot.

Klles font partie de la paroisse de Gessac, à deux iieues de Cahors, et portent encore.

leurs anciens noms. Ou montre à Marot le reste d'un vieux chêne, sous lequel la tradition veut cpie le poëte ail. aimé à s'asseoir, et Ton raconte qu'il visilait fréquemment ses terres et y faisait un assez long séjour. (Ch. d'Héricault, p. xlix.)

Ha, dict l'esprit, fault-il languyr icy? Va, dict le corpz, mieulx que toy ie souhaïUe; Va, dict F esprit, tuf aulx et moy aussy; Du Seigneur Dieu la voulunté soit faicte.

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