‹ Clément Marot et le psautier huguenotChapitre 5 sur 135 · AV ROY, POVR LE DELIVRER DE PRISON · texte numérisé non relu

AV ROY, POVR LE DELIVRER DE PRISON

Roy des François, plein de tontes honte:. Quinze iours ha, ie les ay bien comptez, Et dès demain seront iastement seize.

Que ie fus faict confrère au diocèse De Saine t Marri, en F église Sainct Pris. Si vous diray comment ie fus surpris, Et me desplaist qu'il fault que ie le die. Trois grans pendars vindrent à Vestourdie En ce palais ^ me dire en desarroy :

Nous vous faisons prisonnier par le lîoy.

W J. Bonnet,, Lettres françaises de Calvin, [, 553.

Sans doute dans le palais de Rlois; car

Marot sortait de cette ville, quand il rencontra le cortéVe funèbre de Roherlet, qu'on y conduisit dans les premiers jours do décembre.

Incontinent qui j'ust bien estonné ?

— Cefust Marot, plus que s'il eust tonné.

Puis m'ont monstre vng parchemin escript ,

Où n'y auoit seul mot de Iesus Christ;

II ne parloit tout que de playderie ,

De conseillers, et d'emprisonnerie.

Vous souuient-il, ce me dirent-ilz lors, Que vous estiez Vaidtre iour la dehors, Qu'on recourut vng certain prisonnier Entre nos mains? Et moy de le nier; Car soyez seur, si i eusse dict ouy, Que le plus sourd d'entr'eux m eust bien ouy ; Et d'aultre part ï eusse publiquement Esté menteur. Car pourquoy et comment Eusse-ie peu vng aultre recouryr, Quand ie n'ay seu moy mesme secouryr W ? Pour faire court, ie ne sceuz tant prescher, Que ces paillars me voulsissent lascher. Sur mes deux bras ils ont la main posée , Et m'ont mené ainsy qiivne espousée, Non pas ainsy, mais plus roide vng petit.

Le satirique n'eut garde de laisser échapper cette occasion de dévoiler de nouveau la vénalité des hommes de robe; il se plaint en ces termes de la rapacité de son beau procureur :

Que maie mort les deux ïambes luy casse! Il a bien prins de moy vne bécasse, Vne perdrix et vng leuraut aussy, Et toutes fois ie suis encore icy.

Encor, ie croy, si icn enuoyois plus, Qu'il le prendroil ; car Hz ont tant de glus Dedans leurs mains, ces faiseurs de pipée, Que toute chose où touchent est grippée. . . Et m'excusez , si pour le mien afaire le ne suis point vers vous allé parler : le n'ay pas eu le loisir d'y aller.

(1> 11 dit plus loin, ce qui est un aveu :

EnCOr pour lr ras qur VeiMK fnirl.

François Ier ne put s'empêcher de sourire et de signer, le irr novembre, une lettre missive (Registre secret de la Cour des aides} ordonnant de délivrer «nostre cher et bien-amé valet de chambre ordinaire Clément Marot Marot ne fut élargi que le mardi 5, ses ennemis ayant sans doute tenté de faire supprimer l'ordre d'élargissement.

Le vendredi pénultième jour du même mois(2), «le bon Floremon Robertet,?? trésorier de France et secrétaire du roi, mourut «seruiteur sans reproche. » Marot déplora cette perte dans une complainte qui témoigne d'une élude approfondie de la question religieuse, et d'une résolution irrévocable. Non-seulement il y attaque et répudie définitivement l'Eglise romaine; mais il professe de plus en plus nettement les doctrines capitales de la Réforme du xvi' siècle : la rédemption par le sang de Christ et le salut par la foi. Il faut citer d'abord ce portrait si finement tracé. Devant le cercueil,

cheminoit vne fée, Fresche, en bon poinct et noblement coiffée, Sur teste rase ayant triple couronne, Que mainte perle et rubis enuironne.

Sa robe estoit d'vng blanc et fin samis Ou elle auoit en pourtraicture mis , Par traict de temps, vng million de choses, Comme clmsteaux , palais , et villes closes , Villaiges, tours, et temples et conuens, Terres et mers, et voiles à tous vens, Artillerie, armes, hommes armez, Chiens et oy seaux, plaines et bois ramez, Le tout brodé de fine soye exquise , Par main dUaultrwy torste, taincte et acquise; Et pour deuise, au bord de la besongne, Estoit escript : Le feu à qui en grongne. Ce neantmoins sa robe elle mussoit Œ Soubz vng manteau qui humble paroissoit , Où 'plusieurs draps diuers f eurent compris, De noir, de blanc, d'enfumé et de gris, Signifyant des sectes vng grant nombre, Qui sans trauail viuent dessoubz son timbre.

(1) Ch. d'Héricault, op. cit. , p. lxxxvi. ® Étoffe de soie.

W Journal (Vvn bourgeois de Paris, p. Bâo. W Gâchait.

Ces te grant dame est nommée Romaine, Qui ce corps mort iusques au tombeau meîne, La croix deuant, en grant cerimonie.

Chantant mottets de piteuse armonie. . .

Vient ensuite la pensée fondamentale de la pièce, exprimée dans le grave discours de

LA MORT A TOVS HVMAINS.

Peuple seduict, endormy en ténèbres, Tant de longs tours, par la doctrine d'homme, Pour quoi/ me fayz tant de pompes funèbres, Puis que ta bouche inutile me nomme?

Tu me mauldiez quand tes amys assomme; Mais quant ce vient qu'aux obsèques on chante Le prebstre adoncq , qui d'argent en a somme , Ne me dict pas mauldicte ne meschante.

Et par ainsy de ma pompe ordinaire

Amende plus le viuant que le mort;

Car grant tumbeau, grant dueil, grant luminaire,

Ne peult lauer Famé que péché mord;

Le sang de Christ, quant sa loy te remord,

Par foy te laue , ains (') que le corps desuie (2) ;

Et toutesfois sans moy, qui suis la mort.

Aller ne peulx en V éternelle vie. . .

Uapostre Paul, sainct Martin charitable Et Augustin de Dieu tant escripuant, Maint aultre sainct plein d'esprit véritable, N'ont désiré que moy en leur viuant.

Or est ta chair contre moy estriuant Mais pour F amour de mon Pere céleste, T'enseigneray comme yras ensuiuant Ceulx à qui oncq mon dard ne fut moleste.

Pry à Dieu seul que par grâce te donne La viue foy, dont sainct Paul tant escript; Ta vie après du tout^ luy abandonne, Qui eu péché iournellement aigrist.

0) Avant. Lutta ni.

(?) Meure. (4) Entièrement.

POÈTE DE COUK

Mouryr pour estre auecqucs lesuchrisl Lors aymcras plus que vie mortelle.

Ce beau souhait fera le tien esprit; La chair ne peult désirer chose telle.

L'ame est le feu, le corps est le tison; Uame est (F en hault, et le corps mutile N'est aultre cas qu'vne basse prison , En qui languist Famé noble et gentile.

De teV prison i'ay la clef tressubtile; Ccst le mien dard, à Famé gracieux:

Car il la tire hors de sa prison vile , Pour d'icy bas la renuoyer aux cieulx.

Tien-toy doncqfort du seul Dieu triumphanl, Croyant qu'il est ton vray et propre pere ; Si ton pere est , tu es doncq son enfant , Et héritier de son règne prospère.

S'il Fa tiré d'éternel impropere Durant le temps que ne le congnoissoys , Que fera-il s'en luy ton cueur espère ? Doubter ne fault que mieulx traicté ne soys.

Et pour autant que Fhomme ne peult faire Qu'il puisse viurc icy bas sans péché, Iamais ne peult enuers Dieu satisfaire, Et plus luy doibt le plus tard depesché. Doncq comme Christ en la croix attaché Mourut pour toy, mourir pour luy désire; Qui pour luy meurt est du tout relasché D'ennuy, de peine et péché, qui est pire.

Qui faict le coup? C'est mby, tu le scais bien;

Âinsy ie suis au chrestien qui desuye

Fin de péché, commencement de bien,

Fin de langueur, commencement de vye^.. .

O Reproche, malédiclion. Assez y as vescn en pleurs et guerres ;

(2) Marot est revenu fréquemment sur ce Va «titre en paix au ciel resplendissant.

(Cimetière v. )

La mort est fin et principe de vie.

r ., . . , . , ; •/ (Chant xxu.)

Esprit lasse de vmre en peine et dueil, v

sujet

Que veulx-tu plus faim en ces basses terres? M n développé à plusieurs reprises ces vers

Iesus, ajjin que de moy n'eusses craincte, Premier que toy voulut mort encouryr; Et, en mourant, ma forée a si estraincte. Que quand ie tue on ne scauroit mouryr. Vaincue ni a pour les siens secouryr\ Et plus ne suis qu vne porte ou entrée, Ou on doibt passer vouluntiers , pour couryr De ce vil munde en céleste contrée. . .

Ainsy celuy qui par vjfue foy veoit

La mort de Christ , guérit de ma blesscure,

Et vit ailleurs plus qu'icy ne viuoit.

Que dy-ie plus? Mais sans fin, ie t'asseure.. .

Laisse gemyr et braire les payais ,

Qui n'ont espoir d'éternelle demeure.

Faulte de foy te donne les moyens

D'ainsy pleurer, quand fault que quelcun meure;

Et quant au port du drap plus noir que meure ,

Hypocrisie en a taillé l'habit,

Dessoubz lequel tel pour sa mere pleure ,

Qui bien vouldroit de son pere Vobit.

Messes sans numbre et force anniuersaires , C'est belle chose, et la façon i'en prise; Si^ sont les chants, cloches et luminaires; Mais le mal est en l'auare prebstrise ; Car, si tu n'as vaillant que la chemise, Tien-toy certain qu'après le tien trespas Il n'y aura ne connaît ny église Qui pour toy sonne ou chante, ou face vng pas.

N'ordonne à toy telles solcnnitez, Ne soubz quel marbre il fauldra quon l'enterre, Car ce ne sont vers Dieu que vanilez : Salut ne gist ai tombeau, ny en terre.

de YEpigramme xevu, qui sont comme un ôcho du cri de saint Paul angoissé par le péché : Misérable que je suis! qui me délivrera du corps où rè(jne celte loi de mort ? ( Bomaùu , vu , 2/1 ) :

Dieu en noslrc première essence Nous voulut d'innocence orner; 0 la mort pleine d'excellence Qui nous y fera retourner!

('> Ainsi , tels.

Le bon chrestien au ciel ira granl erre M, Feust le sien corps en la rue enterré, Et le mauuais en enfer tiendra serre, Feust le sien corps soubz l'autel enserré.

Mais pour tumber à mon premier propos, Ne me crains plus, ie le pnj, ne mauldis; Car qui vouldra en V éternel repos A uoir de Dieu les promesses et dietz , Qui vouldra veoir les anges benedietz, Qui vouldra veoir de son vraij Dieu la face, Bref, qui vouldra viure au beau paradis , U f ault premier que mourir ie le face.

Confesse donc que ie suis bien heureuse, Puis que sans moy tu ne peulx estre heureux , Et que la vie est aigre et rigoureuse, Et que mon dard nest aigre ou rigoureux; Car tout au pis , quand V esprit vigoureux Seroit mortel, comme le corps immunde, Encorcs (est ce dard bien amoureux, De te tirer des peines de ce mundc.

L'AVTHEVR.

Quand mort preschoit ces choses, ou pareilles , Ceulx qui auoient les plus grandes oreilles Nen desiroient entendre mots quelcunques. . . .

A défaut de mérite littéraire, ces vers prosaïques et diffus ont du moins une triple valeur historique.

1° Ils montrent d'abord que Marot fut l'un des premiers, en France, à publier par écrit les doctrines évangéliques. Farci et Louis de Berquin sont les seuls écrivains connus qui l'aient devancé dans cette voic(2). Le 28 mai i 5 2 3 , les inquisiteurs avaient saisi chez le futur martyr plusieurs

(') Ira grand train, c'est-à-dire rapidemont.

(2) Rappelons cependant que la traduction française du Nouveau Testament de Lefèvre

d'Etaples avait paru en i523, son commentaire latin sur les psaumes (Herminjard , IV, k3\) en |5a&, et ses psaumes français en 1 5 a 5.

ouvrages de sa composition^, en même temps que la traduction de quelques opuscules des réformateurs allemands (2); mais on ignore si ces ouvrages étaient imprimés. La plupart étaient sans doute encore manuscrits. Quant à Farel, le premier de ses ouvrages français, Traité de l'Oraison dominicale, avait paru à Baie en août 1 5 2 Zit , avec une préface (3) dont le commencement «a été inséré presque textuellement dans un ouvrage publié à Paris en 162/1 ou i525, sous le titre suivant : Brcfae admonition de la manière de prier : selon la doctrine de Icsuchrist. Auec une brefue explana- Uon du Pater noster. Extraict des paraphrases de Erasme sur sainct Matthieu et saincl Luc M. 11 Calvin, dont ¥ Institution chrestienne parut en 1 53G, n'entra en scène que par sa collaboration au discours de Nicolas Cop ( 1 5 3 3 ). Nous ignorons si la Complaincte de Robertct fut imprimée avant i53o; dans tous les cas, elle eut, même avant l'impression, la grande publicité qui ne manquait à aucune des œuvres importantes du poé'te.

^ i° Apologia; 2° six opuscules, dont l'un, Spéculum theologastrorum , pourrait bien être le texte latin de La farce des theologastres ; 3° Epistola apologetica ; h° un livre contenant les raisons par lesquelles Luther cherche à prouver que tout chrétien est revêtu du sacerdoce ; 5° Le débat de piété et superstition; 6° un livre de piété dont le titre n'est pas indiqué; 70 De usu et efficacia missœ (la France protestante, II, 2 23, et le ms. 1G07G, fonds lat. de la Biblioth. nat.).

® 1 0 Traité contenant les raisons pour lesquelles Luther a publiquement jeté au feu les Décrétâtes; 20 La triade romaine; 3' Le paradis du pape Jule; l\° Le catholique du pape et de Moyse, livre entièrement raturé, mais encore lisible (ibid.).

Les traductions de ce genre ont dû être très-nombreuses. Bien peu sont venues jusqu'à nous.

Le 28 décembre i5-j/i (Crottet, Petite chronique prolestante , append., p. 6), Pierre de Sebville écrivait à Anémond de Coct qu'Antoine Papillon avait traduit pour la duchesse d'Alençon le De votis monasticis , de Luther, ce qui lui avait valu ^ beaucoup d'affaires avec cette vermine parrhisienne,» la Sorbonne.

W Réimprimée à la suite d'un autre traité de Farel, Du vray vsage de la croix de lesus- Christ, Genève, Fick, i865,in-8°.

M Note de l'éditeur anonyme Du vray vsage, etc., p. 109.

Selon le même écrivain (Avis au lecteur, p. vin ), la composition d'un ouvrage de Farel bien plus important : Sommaire. . . . d'aucuns lieux fort nécessaires à un chacun chrestien, etc., «doit remonter à 1 5 2 ri ou 162 5.» Il est regrettable que cette assertion ne soit appuyée d'aucune preuve. Dans tous les cas, ce livre, dont le titre rappelle les Loci communes theologici, de Mélanchthon, parus en i5ai, est la première dogmatique de l'Église réformée de France, et paraît avoir été écrit sur l'invitation d'OEcolampade, qui mourut en 1 53 1 . Tandis que l'anonyme n'en mentionne qu'une édition de i537 ou 1,r,38, dont celle de i55a ne serait qu'une réimpression, M. Baum (avantpropos de La manière et fus son) dit nettement qu'il parut chez Pierre de Vingle, à Ncufchàlel , le 23 décembre 1 536 , et que cette édition n'était pas la première. Le Sommaire fut condamné par le parlement de Paris, le 27 août 1 5 6 3 ( ms. 1 5665 , in-fol. , fonds latin, Biblioth. nation.).

ti° Ces vers prouvent en outre, jusqu'à l'évidence, que Marot se complaît dans la pensée de la délivrance que la mort apporte à l'âme pieuse; nous examinerons plus loin de quelle nature était son mysticisme.

3° Leur médiocrité même témoigne en faveur du zèle du néophyte, qui fait violence à son talent en l'introduisant dans le domaine dogmatique.

Qu'il abandonne ce terrain ingrat et adresse à Dieu une prière pour samyc, Marguerite indisposée (Chant vi, i5a8), aussitôt il retrouve le naturel, la vivacité et la vérité de l'expression :

Ta saincte voix en TEuangile crie Que tout viuant pour ses ennemys prie; Guéris donc celle, o médecin parfaict, Qui m'est contraire et malade me fait.

Helas! Seigneur, il semble, tant est belle, Que plaisyr prins à la composer telle ; Ne souffre pas aduenyr cest outraige , Que maladie efface ton ouuraige.

Son embonpoint commence à se passer, la ce beau teint commence a s'effacer, Et ces beaux yeux clers et resplendissons, Qui m'ont nauré, deuiennent languissans.

La dogmatique et la poésie n'ont rien de commun. Marot, qui était homme de goût et d'esprit, a dû le sentir vivement, et s'apercevoir mieux que personne que la grâce et l'originalité, qui font le charme de son style, ne laissaient que bien rarement apparaître leur vague reflet clans les nombreuses pièces où il a exposé les doctrines protestantes. Qu'on lui en fasse un reproche au point de vue littéraire, qu'on dise qu'il n'a pas réussi en tentant l'impossible, cela est permis et légitime assurément; mais, le protestantisme a eu bien mauvaise grâce à ne pas reconnaître dans cet effort, sans cesse renouvelé et presque toujours impuissant, une preuve de l'ardeur des convictions de l'homme qui ne se lassait pas de publier sa foi, au risque de compromettre non-seulement sa personne et sa vie, mais son talent et son amour-propre de poète. Le protestantisme, on le verra plus loin, a eu le tort bien plus grave encore de fermer les yeux sur les quelques passages où Marot, transformé par l'inspiration religieuse

débarrassée de tout appareil théologique et scolastiquc, atteignit vraiment au sublime.

Sa muse gauloise et satirique était bien autrement armée pour combattre le catholicisme, avec une verdeur, une crudité de langage, qui interdisent aujourd'hui certaines citations, entre autres celle de VEpigramme ccx : « De Martin et d'Alix. » Le nom d'Alix n'a point été, nous seinble-t-il, pris au hasard; il appartient a l'histoire littéraire; c'est celui de l'héroïne de la Meriicillcuse histoire de l'esprit de Lyon, Paris, 1028, dédiée au roi par un de ses aumôniers (,). Ce livre, écrit pour confondre la secte damnable des faux hérétiques luthériens, rapporte les apparitions d'une certaine sœur Alix, dont l'âme revenait de l'autre monde pour se plaindre des tourments qu'elle endurait en purgatoire, et demander les prières qui pouvaient la tirer des flammes. Eu peignant son Alix sous les traits d'une femme grossièrement impure, Marot montrait le cas qu'il faisait de cette supercherie monacale, et tournait à la fois en dérision le purgatoire et la croyance aux revenants (2).

La note religieuse ne se fait pas entendre seulement dans les vers dogmatiques du poète; mais dans un grand nombre d'autres pièces, soit sérieuses, soit même enjouées (Rondeaux x, xxxviu, xuv , lix; Epigrammes XI V, XXIV, XXXIV, LXIII, LXVÎ, LXv II , LXXIX, CXV, CXXIII, CLIX, CLX ;

Chansons xu , xv, xx; Elégies 1, 11, ni, ix , xm, xvi , xvm; Epistres xxv, xxviii, xxix, xxxii, xxxiv, lv, etc.), sans parler des vœux qu'il place à la fin des épîlres, où le nom divin revient très-fréquemment. Il va même (Epigramme lxvi) jusqu'à le mêler à son badinage :

le pry à Dieu que le diable ni emporte ,

et le fait intervenir en plus d'un endroit où nos mœurs pudibondes h; trouvent déplacé (Epi grammes cxlv, cclxiu; Epttaphe m; Chant xi; Chansons ix, xxxiv; Epistre xm). Qu'il chante ses douleurs ou ses joies, aussi bien que celles de la patrie et de la cour, c'est presque toujours

(l) Merle d'Aubi,<mé, Histoire de la Réforme au temps de Calvin, I, 5q3, et Crottet, Petite <:hroni(/ue protestante , p. 5a.

W Dans quatre pièces ordurières faites à l'imitation de celle-ci, le personnage d'Alix est représenté comme un type de débauche; ce

sont ïEpigramme cczi et les Epitaphes .un, XIV et xv. Elles manquent toutes à l'édition revue par Marot en 1 5 A 9 , et Lenglet-Dufresnoj ne les lui attribue pas sans restriction; il confesse même implicîtemenl que VEpitaphe nu nVsl point de lui.

Dieu (ju'il implore ou qu'il bénit; c'est à ses impénétrables décrets qu'il se soumet chrétiennement (Rondeau vin; Epigrammes ix , xlviii; Chants v, xu, xvi, xvii, etc.).

Il est surprenant que les écrivains qui ont tant parlé de Marot, ne se soient point aperçus que le fond de ses œuvres et de sa pensée, est un spiritualisme religieux et pratique, et non ce dévergondage d'imagination qui règne dans ses pièces indécentes, moins nombreuses qu'on ne le croit, et surtout dans les épigrammes, dont quelques-unes lui ont été faussement attribuées. Rien de plus spiritualiste que sa belle et noble devise : La mort n'y mord, quel que soit d'ailleurs le sens qu'on lui donne. En dehors de ses poésies protestantes, on trouve des vers comme ceux-ci :

Ce corps ta grisou

Ce nest pas moy, ce nest que nui prison.

(Epigramme clxxxvii.)

Tien-toy certain au en F homme tout peryt , Fors seulement les biens de Fesperit.

(Epistre lxi.)

le cerche les délices

Qui aux espritz sont dw/sans et propices.

(Complaincte v.)

F y du repaz qui en paix et repos

Ne scait Fesprit avec le corps repaistre.

(Epigramme lxxvii.)

11 dit à propos des œuvres du poète Guillaume Crétin :

Chose éternelle en mort iamais ne tumbe, Et qui ne meurt na que faire de tumbe.

(Cimetière xvii,)

Nul n'a mieux exprimé ce que ressent tout noble cœur à la vue des lâches qui fuient le combat, pour sauver honteusement une vie misérable; il partage les sentiments du baron de Malleville, secrétaire de Marguerite, tué par les Turcs à Beyrouth,.

Qui mieux ayma la mouryr en vertus, Qncn déshonneur suture plusieurs battus ;

et il ajoute cette pensée, qui met l'honneur d'une vie bien au-dessus de sa conservation :

Tel vit encor qui est plus mort que luy.

(Complaincte i.)

Si la sagesse n'est pas de vivre n'importe à (jiicl prix, le bonheur ne consiste pas non plus à se plonger dans un abject matérialisme, témoin

sa traduction du colloque d'Erasme : Abbatis eteruditœ :

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