‹ Clément Marot et le psautier huguenotChapitre 69 sur 135 · CHANSON XXX III · texte numérisé non relu

CHANSON XXX III

(Psaume lxxix.)

Bêlas ! mon Dieu, iusques à quand sera-ce Que ceste gent sera bruslée et arse, Pour V hérésie et blasphème exécrable, Qiielle a commis en ton temple honorable?

Donne à la nation

Ta malédiction;

Car elle est si meschante

Et si pleine d' erreur,

Que cest trop grande horreur

Des chansons qu'elle chante.

Non-seulement il s'est rencontré un homme assez haineux pour écrire un pareil livre, mais (et cela peint une époque et un parti qui est encore loin d'avoir répudié franchement de telles ahominations) il s'est trouvé une assemblée de prêtres du Dieu d'amour pour l'approuver. Loin d'être scandalisée en voyant la Bible ainsi tournée en dérision, et les admirables chants des psalmistes transformés en pamphlets orduriers et sanguinaires, loin de refuser la permission d'imprimer l'ouvrage, la Sorbonne s'en réjouit comme d'un secours qui lui arrivait à point contre l'hérésie. «Ce présent

Hure, dii l'approbation, a esté veu, visité et approuué par vénérables docteurs de la faculté de théologie de Paris, auquel n'ont trouué chose qui puisse empescher l'impression d'iceluy; ains l'ont trouué très utile et nécessaire à estre mis en lumière. . . . Faict et signé soubz les seings manuels des dictz docteurs, le 20 may i56o.»

Leurs noms méritaient de passer à la postérité, aussi bien que celui de l'auteur.

Montluc, évêque de Valence, blâma vivement dans la conférence de Saint-Germain (i56i), tenue peu après, la publication de ce scandaleux ouvrage, et la reine mère en ordonna la suppression pour les besoins de sa politique du moment (Jérémîe de Pours, p. 57/1, et Baulacre, I, 4i4.)

La même année vit paraître une réplique que nous n'avons pas eue sous les yeux : Singulier antidote contre le poison des chansons d'Artus Désiré, ausquelles il a damnablement et execrablement abuzé d'aucuns psahnes du prophète royal Dauid, fait par J. D. D. C. S. I. 1 5 6 1 , in-8°. (Brunet.) Nous ignorons si Y Ode sur les psaumes reproduite par Lenglet-Dufresnoy, et dont nous allons citer quelques vers , n'a pas été empruntée à cet ouvrage :

Ainsi fit Artus, qui premier

Osa profaner FEscripture,

Et sous son infâme mesure,

Le bon au mauuais allier;

Mais vue diuine vengeance

Fut ensuiuant sa repentance,

Car V infamie le suiuit,

Pour auoir en ses chansons folles

Abusé des sainctes parolles

Et du sainct nom du roi Dauid.

Dans sa Comédie du pape malade, Th. de Bèze n'a tiré qu'une médiocre vengeance de l'odieux parodiste des psaumes. Il lui prête ce langage, qui est loin de la verve injurieuse d'Artus Désiré :

(1) La Sorbonne l'aurait aussi condamné, d'après la France protestante , article Marot. Outre les deux éditions de i56o, il en pa-

rut encore au moins quatre en 1 56 1 et i56s. Voir, au second volume, la Bibliographie.

LE CONTRE-POISON D'ARTUS DÉSIKIv

LTAFFAME.

Messager, as-tu tant viré Sans cognoistre Artus Désiré, Ce grand poêle et fort scauant, Qui a fait ce beau Passauant?

C'est moy-mesme , que vous voyez , Afin qu*aduefti en soyez.

Mais ie veux auoir récompense, Et que le pape me dispense Des bourdes à grand9 quantité Que ie forge par charité,.

Pour faire punir ces meschans , Qui sa ruine vont cherchons.

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