‹ Clément Marot et le psautier huguenotChapitre 70 sur 135 · SATAN · texte numérisé non relu

SATAN

0 mon ami, que ie t'embrasse !

C'est toy que ie cherche à la trace.

Fay bien ton deuoir de mentir.

Et ie t'en feray garantir, Et donner pour ton grand seruice Quelque gros et bon bénéfice.

Artus Désiré est encore l'auteur de la Singerie des huguenots satire violente dirigée contre «les apostats lubriques et charnels sortis de leur clôistre par la chaleur du feu de paillardise, hérétiques charcuitiers d'enfer, moines reniez, sacrilèges, simoniaques, larrons, homicides et voleurs.»

«Au lieu d'encens, ils ont, dit-il, musc, ciuettes, perfuns et autres odeurs lubriques, pour corrompre la senteur des gresses et onguents de

leurs ministres goûteux et ver Au lien de la discipline régulière,

ils ont fait des bord. ... de concubinage, pour accomplir leur paillardise et fornication, suyuant la nature des marmots et guenons, qui sont les plus luxurieuses bestes de tout le monde.» [Propos de table, p. ^72 (2).)

(|) Publiée par M. Anatole de Monlaiglon désordre et scandale de France s par les iêtût*

dans le Recueil des poésies françaises des xve et masquez et corrompus, contenant V éternité des

xvie siècles, Paris, 1 855 , in-i('). peines dettes pour les péchez, et de la retribn-

W Artus a aussi attaqué les femmes avec la lion des esleuz et prédestinez de Dieu, Paris,

plus grande virulence de langage, et sans leur Guill. Julien, 1577, l'0^ 'n 8°. (Catalogue de

ménager les injures les plus obscènes, dans Le la vente Polticr, 187'.?, y»c partie.)

L'auteur de ces livres, que Bèze appelle svn certain prestre rimailleur, des plus impertinents hommes du monde,» avait juste autant de patriotisme que d'humanité. Quand, sur la proposition des États généraux (mai 1 56 1), il fut question de vendre au profit du Trésor les hiens de l'Eglise, estimés cent vingt millions, et que le clergé, en qui l'amour de l'or surpassait tout autre sentiment, s'empressa d'appeler le roi d'Espagne à son secours , ce fut Artus Désiré qui fut chargé d'aller inviter Philippe II à envahir la France Arrêté à Orléans, porteur des lettres et de toutes les preuves, il fut livré au Parlement, qui prononça contre lui «la peine dérisoire d'une amende honorable (2), » supprima les lettres, «et, par sa connivence, s'associa à la trahison.» (Michelet, Guerres de religion,

Les exemples de falsification des saintes Écritures par les passions catholiques ne sont pas rares à cette époque; Jérémie de Pours (p. k~ùl\ et suiv.) en a cité quelques-uns : «Les Chartreux, dit-il, ont posé des salutations rithmitiques de sainte Marie au bout des cent cinquante pseaumes de David. (Polyd. Virgile, lib. V, cap. ix.) D'autres ont changé partout le nom de YEternel en Marie et Dame. » De Pours cite encore (p. 898) les Evangiles des quenouilles, Lyon, par Jean Mareschal, 1/19 3, in-/i° ^, et la Métamorphose d'Ouide, auec des expositions littérales, allégoriques et morales, imprimée à Paris, par Philippe le Noir, l'an 1 5 3 1 , infolio , sous ce titre : Bible des poètes.

«Je voudrois bien, dit Charles Drelincourt (4), qu'il vous plust de nous dire pourquoi ces Messieurs, qui ont fait un indice si ample des livres défendus, n'y ont point mis le Psautier de Nostre-Dame, où tous les pseaumes de David et des autres prophètes sont appropriez à la sainte Vierge, et son nom est mis en la place de celuy de Dieu , excepté lorsque l'on veut opposer la miséricorde de la Vierge à la justice de Dieu, comme au pseaume lxxi

(1) Les Guise l'avaient appelé dès la fin de 1559. Ce ne fut que bien plus tard et pour n'être pas impitoyablement écrasés sous le nombre, que les protestants furent réduits à suivre ce déplorable exemple. Voir sur ce point Michelet, Guerres de religion, p. 295, et Haag, la France protestante, II, h h 8.

(2) Un de ses complices, le curé de Saint- Palerne d'Orléans, n'en fut pas quille à si bon

marché : il fut pendu sur la plage du Martroy. (Bèze , Histoire ecclésiastique , II, 109.)

(3) Ouvrage réimprimé dans la collection Jannet, Paris, i855, in- 16. Ce n'est qu'un recueil des préjugés de l'époque, qui n'a rien d'irrévérencieux pour les Evangiles canoniques, sauf son titre.

(4) Avertissement sur les disputes et le procédé des missionnaires , Genève, 1 655 , in-8°, p. 187.

ou lxxii : 0 Dieu, donne tes jugemens au roxj, et ta miséricorde à (a reine sa mère (1) ; et pourquoy ils n'ont point aussi défendu la Bible de Marie, Biblia Marias, où une grande partie des passages de la sainte Bible luy sont adaptez, jusques à ces paroles du x de saint Jean : Je suis la porte, si quelqu'un entre par moy, il sera sauvé. »

Nous avons sous les yeux un Psautier de la sainte Vierge, traduit du latin de saint Bonaventure, imprimé à Plancy par la Société de Saint-Victor pour la propagation des bons livres, i85a, in-12, et approuvé par l'autorité ecclésiastique à Paris, le 6 décembre 16 j6 , et à Évrcux, le 2 5 mars 180 y. C'est une audacieuse et inepte profanation des cent cinquante psaumes (2). En voici un échantillon ;

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