‹ Clement XIII et Clement XIVChapitre 31 sur 52 · VISITE BU SÉMINAIRE ROMAIN · texte numérisé non relu

VISITE BU SÉMINAIRE ROMAIN

à Rome un séminaire pour l’éducation des clercs, et voulut absolument en confier la direction aux pères de la compagnie de Jésus , qui l’ont eue entre leurs mains pendant plus de deux cents ans. Comme ce séminaire n’avait pas de fonds particuliers, le pontife taxa le clergé de Rome pour l’entretien des clercs , et en conféra à perpétuité la surintendance au cardinal vicaire pro tempore. Il unit aux jeunes séminaristes les élèves nobles qui s’y présentèrent de toutes les parties de l’Italie. De ce collège et de ce séminaire sortirent quatre papes, quatre-vingt-seize cardinaux, outre un très-grand nombre d’évêques et d’autres personnages ecclésiastiques et séculiers , qui laissèrent un grand non^ par leur savoir et par leur habileté dans la conduite des affaires publiques. Quant à la piété , on trouve une quantité de biographies de jeunes gens de familles nobles qui moururent au séminaire en odeur de sainteté.

La visite au collège Irlandais ayant été terminée de la manière que nous avons rapportée plus haut, on voulut faire, comme dit l’auteur, une autre démonstration contre les jésuites , en leur étant le séminaire romain. En premier lieu, on excita le clergé , spécialement celui des trois basiliques , à demander de ne plus payer les anciennes contributions, sous prétexte que les jésuites avaient même du superflu pour entretenir le séminaire. Ensuite la visite fut annoncée. Elle appartenait de droit au cardinal vicaire , suivant la manière dont cela s’était toujours pratiqué jusqu’alors. Mais le cardinal Colonna était suspect aux ministres des cours, comme trop prévenu en faveur des jésuites, etc. On lui adjoignit donc les cardinaux Marefoschi et d’York, et on leur donna pour secrétaire M«r Diomède Caraffa de Golubrano.

La visite s’ouvrit avec beaucoup de pompe et de bruit. Monseigneur le secrétaire commença par interroger un à un les jeunes gens, et par les sonder pour savoir s’ils avaient quelque chose à déposer en matière de mœurs. Il les en pressa de toutes manières , et ce ne fut que lorsqu’il vit que ni les

promesses ni les menaces ne purent leur extorquer une parole contre la vérité, et que tous les élèves, au contraire, rendirent d’unanimes témoignages en faveur de l’éducation reçue, qu’il quitta ce chapitre et se porta avec le cardinal Marefoschi à l’examen de l’administration. Les livres et registres des comptes ayant été transportés hors du séminaire, furent donnés à revoir à un certain aventurier dont le surnom était Smuraglia ; et celui-ci , nonobstant la balance faite dans la visite précédente, examina pendant plusieurs mois toutes les parties de compte, depuis la fondation du séminaire, jusqu’au temps de la visite ; enfin il fit paraître son rapport d’examen, dans lequel il prétendit démontrer que les pères avaient trompé le clergé, et gagné pour eux rien moins que 300 mille scudi. Les jésuites tinrent d’abord peu de compte de cette belle invention; mais lorsqu’ils virent que cela se disait sérieusement, et que le cardinal Marefoschi prétendait les obliger à rembourser cette somme , ils demandèrent à faire revoir le tout par des personnes compétentes. Ils obtinrent à grandpeine cette permission, et ce ne fut qu’avec plusieurs réserves et pour peu de temps. Malgré tout cela, ils firent voir clairement que non-seulement le séminaire ne pouvait rien avoir de superflu , mais qu’il se trouvait alors , par suite de nouvelles dépenses faites, grevé d’une dette de 30 mille scudi. De là vient que , depuis cette époque, pour signifier une opération qui changeait le créancier en débiteur, il courut à Home un proverbe qui disait : Siamo ai conteggio dcllo Smuraglia.

Cependant toutes ces choses ne produisirent rien en faveur des jésuites. Le séminaire devait être fermé absolument , et les directeurs expulsés avec ignominie. Aussi , au mois de septembre 1772, les visiteurs se rendirent au séminaire avec un grand train de voilures pour attirer le peuple. On y lut avec solennité, sous le baldaquin, le décret de clôture, et l’on intima aux jésuites, aux collégiens et aux séminaristes qu’ils eussent à quitter la maison. Le cardinal vicaire, à qui ses collègues avaient caché presque toutes les délibérations

VISITE Dü SÉMINAIRE ROMAIN.

prises , ne voulait pas intervenir ; mais il y fut contraint par force, et non par la persuasion du cardinal Panfîli , comme l’écrit de Bernis. Mais le dessein d’humilier les jésuites ayant été rempli , on ne parla plus ni de la dette de 30 mille scudi, ni du crédit des 300 mille autres. Et le jour même de la fermeture du séminaire , le clergé , dans l’intérêt duquel la visite semblait qvoir été faite, fut condamné par un décret à continuer à payer la taxe habituelle*. Smuraglia eut pour ses services une pension de trente scudi par mois , qui lui fut retirée plus tard par le pape Pie VI. L’honnête chiffreur, au contraire, Bernardino Pecconi, qui avait découvert les tromperies de Smuraglia, perdit la charge qu’il avait, et peu do temps après la vie, par le chagrin et l’affliction qu’il en conçut. 11 y aurait d’autres choses encore à dire sur cette matière ; mais celles qui ont été exposées suffiront pour montrer si l’on doit ajouter foi à l’exposé qui avait été fait de cette visite et aux dépêches du cardinal de Bernis.

1 Le séminaire ne fut rouvert que sous Pie VI ; on fit alors différents projets pour restreindre la somme nécessaire à l’entretien de trente élèves, et on ne put la fixer à moins de six mille écus romains par an et même au-dessus ; cependant autrefois les jésuites, pour entretenir le même nombre, n’en demandèrent guère plus de deux mille huit cents. Et pourtant ceux-ci entendaient mal l’économie.

Page 1