PROCÈS DU P. LAURENT RICCI
Rome et dans d’autres pays pour trouver ces trésors imaginaires.
20 Interrogation. Quel argent arrivait à Rome d'autres pays? Réponse. Celui qui était nécessaire au maintien des personnes attachées aux assistances , qui étaient dans la curia du général ; et aussi l’argent nécessaire aux dépenses ordinaires et communes de l’ordre. — A combien se montait la somme? Réponse. Je l’ignore. — À qui le remettait-on à Rome? Je répondis que c’était aux procureurs de chaque assistance , ou au procureur général. — Si l’on rendait compte au général de cet argent? Je répondis que non; parce que les procureurs des assistances en rendaient compte aux procureurs des provinces, d’où l’argent venait.
21* Interrogation. S’il arrivait de l’argent qui fût à la libre disposition du général ? Ré/jonse. Il en venait un peu annuellement, mais très-peu. Je m’en étais servi pour l’ordre , pour le soutien des Portugais ou de la maison du Gesù ; je n’en avais jamais distrait un denier pour mon usage particulier.
22’ Interrogation. De quelle manière les religieux portugais expulsés du royaume et envoyés à Rome se soutenaient-ils* Sans qu’une pension leur fût assignée ? Réponse. Par le concours de l’ordre entier , comme cela se pratique en pareil cas. Mais ceci ayant dû cesser presque entièrement par suite de l’expulsion d’Espagne, de Naples, de Sicile, .de Parme, et par d’autres circonstances encore, ils se soutenaient au moyen de legs pieux, d’honoraires de messes que les Portugais pouvaient accepter; par la vente de l’argenterie des églises, de tableaux et de meubles précieux ; tout cela était fait avec l’autorisation nécessaire. Ils avaient aussi une pension due à la charité de Clément XIII , qui fut continuée par Clément XIV, et enfin les aumônes qui arrivaient du dehors. — Entre les mains de qui arrivaient ces aumônes? Réponse. Entre les miennes ou dans celles du procureur général.
Voilà toutes les interrogations que l’on me fit , si toutefois la mémoire ne me trompe; car j’écris cette relation un an et
quelques mois après que ce procès est terminé. Je crois cependant que je ne me trompe pas , puisque pour en conserver le souvenir, j'ai souvent repassé le procès dans mon esprit. Je l’écrivais de temps en temps brièvement sur une petite feuille <pie je brûlais ensuite : j’ai soumis ma relation à plusieurs personnes , et j’ai au moins la certitude morale qu’aucune autre interrogation importante ne m’a été faite.
Dans chaque examen on ne me faisait pas plus de trois ou quatre questions. Je les priai de les multiplier, car mes réponses étaient promptes, brèves et précises; et l’on aurait pu expédier le procès en fort peu de séances. Ma prière fut inutile, et je sus depuis qu’on avait ordre de ne pas faire plus de trois ou quatre questions dans chaque examen. Le criminaliste ne venait que tous les huit ou dix jours , quelquefois il tardait jusqu’à vingt jours et plus ; on lui donnait les interrogations par écrit. Enfin Andreetti me déclara qu’il ne viendrait plus , qu’il n’y avait plus d’interrogations à faire et que le procès était terminé.
Toutefois il revint au bout de quelques jours et se montra plein de confusion.
On lui avait dit que le procès était nul, et que par conséquent il fallait le recommencer. J’eus compassion de cet honnête homme avancé en âge , exercé depuis longtemps à la conduite des. procès, considéré dans sa profession, à qui cependant on représentait l’invalidité du procès comme s’il ne connaissait pas les conditions nécessaires à la validité d’un acte pareil. En outre ceux qui revoyaient le procès à mesure, après chaque examen , auraient bien pu l’avertir beaucoup plus tôt de ce prétendu défaut de formalité. Il fallut donc le reprendre. 11 est vrai que la chose fut expédiée en deux ou trois examens. Les interrogationsdu premier procès furent répétées avec peu de changement, et je réitérai les mêmes réponses. On faisait précéder chaque interrogation de certaines paroles de forme , auxquelles je ne fis pas attention , paroles dites par Andreetti et écrites par le notaire, et pareillement à la suite