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ÉTAT DE LA QUESTION : LES ENNEMIS DE î/ÉCLISE, VERS LE MILIEU DU XV11I0 SIÈCLE, EN ATTAQUANT LES JÉSUITES, ATTAQUAIENT LA RELIGION , I.’ÉGLISE , LE SAINT-SIÈGE.
La vérité de ce fait ressort également et des témoignage» ou des aveux des auteurs contemporains, et des appréciations ou des jugements des écrivains postérieurs.
t° Le 13 mai 1759, l’archevêque de Colocza , métropolitain de Hongrie , adressait au Cardinal Torregiani une lettre confidentielle qu’il le priait de communiquer il Sa Sainteté Clément XIII. On y lisait :
« Je n’ai fait jusqu’ici qu’obéir aux ordres de Votre Éminence : elle me permettra de lui exposer, avec tout le respect et la conliance possible, une autre affaire de la dernière importance, affaire qui demande toute la sollicitude que je dois à l’Église de Dieu, principalement dans ce royaume de Hongrie, dont, en qualité de métropolitain, je gom erne une partie considérable, et à la défense duquel je me crois obligé maintenant de veiller plus que personne. Je ne puis voir sans peiné ces bruits désavantageux que des hommes méchants font courir de tous côtés contre les pères de la compagnie de Jésus, dans les feuilles et libelles qu’ils répandent avec un zèle perfide. Je les regarde comme autant de blessures cruelles par où l’on s’est proposé, non-seulement de défigurer et de déchirer cette illustre compagnie qui a rendu h l’Église et en particulier à ce royaume apostolique, des services si importants , niais qui plus est , d’ébranler l 'ordre de l’Eglise catholique et de porter atteinte à son intégrité, en l’attaquant ainsi sourdement et par des Voies ihdîrectes. Des blessures d’une aussi dangereuse conséquence exigent les remèdes les plus prompts et les plus efficaces , et ce n’est que du premier de tous les sièges, de la chaire apostolique, que nous pouvons les attendre 1 ! » ( Coll. V. G. )
> Avant l’archevêque de Colocza , un évêque missionnaire, vicaire aposto-
ÉTAT CE LA QtÈSTtON. 7
Le prince-électeur et archevêque de Trêves joignait l’autorité de son témoignage à celui de l’archevêque de Colocza ; il écrivait, le 19 juin de la même année :
« ... Il serait superflu d’exposer à Votre Sainteté combien il serait nuisible aux intérêts de la religion et de la piété que la réputation de la compagnie restât plus longtemps abandonnée à la merci de ses calomniateurs. Elle sait assez ce qu’il faudrait attendre des partisans de l’erreur et du libertinage , et quel parti ils sauraient tirer du renversement d’une digue, qui les a jusqu’ici , plus puissamment qu’aucune autre, empêchés de répandre le venin de leur doctrine... » ( Coll. Laij. ) A une autre extrémité de l’Europe, l’évêque de Coria rens dait compte en ces termes, au pontife suprême, de l’état des affaires en Espagne et en Portugal :
« J’ai reconnu Clairement que l’enfer, pour exciter cetté tempête, s’est servi d’hérétiques et d’autres ennemis jurés de l’Église, et que le but de leurs efforts est non-seulement de détruire la compagnie de Jésus , mais encore d’abolir entièrement toute la religion catholique. Les villes maritimes de Portugal sont les plus infectées de cette contagion des hérétiques; de là elle a commencé à se répandre dans le reste de ce royaume et voudrait porter ses ravagés jusque dans les autres pays. Quelques populations de mon diocèse commençaient déjà à en être atteintes , mais les missions que j’ai fait faire par des jésuites, et les autres remèdes que j’ai appliqués à temps, avec toute la diligence dont j’ai été capable, non-seu-
liquc dans le nord de l’Europe , Adolphe baron de Hœrde , écrivait au pape, à la date du 4 mai , en parlant des calomnies répandues contre les jésuites : h II n’est personne, pourvu qu’il jugé sainement et prudemment des choses, qui ne soit forcé de reconnaître, dans ce déluge de libelles répandus contre les défenseurs zélés de la foi et de la religion catholique, l’œuvre et l'artifice du prince des ténèbres, line conspiration ourdie dans ce siècle instruit et pervers, pour attaquer indirectement et par des voies détournées la nacelle de Pierre, et, s’il leur était permis, pour la détruire et l’engloutir au fond des abîmes. » Lettre de l'évêque de Flaviopolis in partibus à Clément XIII.
( Colt. V. G. ) — On rappelle mi lecteur que les pièces accompagnées des indications suivantes: Coll. F. G., Coll. Lag.. MM. de Flesse/tes , etc., sont inédites.
lement ont arrêté les progrès du mal, mais l’ont entièrement dissipé . Votre légat , en Espagne, est i nstruit de toutes ces choses et il pourra les faire savoir à Votre Sainteté... » (Coll. V. G.)
L’archevêque de Turin, cardinal Itovero, déjà cité dans cet ouvrage, disait encore :
« Je ne puis cacher l’intérêt que je prends aux affaires des jésuites dans les conjonctures déplorables où ils se trouvent; mais je m’intéresse encore davantage à ce qui regarde V Eglise et la religion catholique. Les dangers qui les menacent deviennent de jour en jour plus pressants et se multiplient à proportion que les ennemis de la compagnie réussissent dans leurs projets, et qu’on les laisse impunément se livrer à toute sorte d’excès contre elle. On découvre aisément quel est leur but en attaquant cette compagnie... » Et plus loin : « Parmi les bienfaits que j’ai reçus du Seigneur pour l’honneur de qui je suis prêt à faire le sacrifice de ma vie, je compte le zèle ardent qu’il m’inspire dans la cause présente des jésuites, qui n’est autre, en effet, que la cause commune de f Église de Dieu... t> (Coll. V. G.)
Le 17 du mois de juin 1759, l’archevêque d’Auch, en France, versait dans le cœur du père commun des fidèles ses plaintes avec ses prières :
a Très-saint-père, écrivait-il, de nouveaux orages se joignent à ceux dont l’Église est si tristement agitée ; depuis longtemps attaquée avec audace, elle a maintenant la douleur de voir ses défenseurs les plus zélés être en butte à toutes sortes de calomnies et d’outrages. C’est l’afBigeaut spectacle que présente à ses yeux la cruelle persécution qui vient de s’élever contre la compagnie de Jésus, compagnie qui nous est infiniment chère, en qui nous ne trouvons rien de répréhensible, et que nous jugeons au contraire recommandable à tous égards. Il nous parait absolument nécessaire de remédier promptement à un si grand mal... Mais comme la persécution n’est point resserrée dans les bornes de la France ou du Portugal, et qu’il n’y a point de lieu où elle ne fasse ressentir ses