‹ Clement XIII et Clement XIVChapitre 5 sur 52 · ÉTAT DE LA QUESTION · texte numérisé non relu

ÉTAT DE LA QUESTION

cruels effets, nous venons, excité par notre amour pour la religion, présenter nos humbles prières à Votre Sainteté, implorer sa protection puissante et la conjurer de faire parler en faveur de ces pères cette autorité apostolique qui n’appartient qu’au chef de l’Église, ou de leur donner au moins quelque preuve éclatante de sa charité paternelle , qui les venge des attaques de leurs ennemis... Il est donc juste et raisonnable que les successeurs des apôtres et les représentants de Jésus- Christ sur la terre se déclarent les protecteurs de ceux que toute la république chrétienne s’accorde à regarder comme les ouvriers les plus propres à exercer les fonctions de zèle et de piété, et qu’elle trouve toujours disposés à s’en acquitter avec joie et promptitude. Pour nous, nous leur rendons devant Dieu ce témoignage que leur rendent également tous les évêques de France, qui, autant que j’en puis juger, n’ont point sur cela une façon de penser différente de la nôtre : qu’ils travaillent avec tant d’ardeur à procurer la gloire de Dieu et la propagation de la foi, qu’on ne peut jamais assez louer le vif attachement qu’ils montrent et pour nous et pour le siège apostolique... Qu’il me soit donc permis de conjurer humblement et respectueusement Votre Sainteté, d’apporter par son zèle et son affection paternelle quelque soulagement aux maux excessifs que souffrent des ouvriers si recommandables dans la vigne du Seigneur. Leur singulier attachement pour le siège apostolique, leur humble et constante soumission aux légitimes pasteurs de l’Église, leur travail infatigable à étendre la foi, le zèle avec lequel ils s’opposent à tous les hérétiques, et surtout à ceux de notre siècle, qui sont moins les ennemis de leur compagnie que ceux de l’Église elle-même; toutes ces vertus, dis-je, les rendent dignes de votre protection, comme c’est aussi ce qui irrite davantage leurs ennemis, ce qui fait tout leur crime et ce qui a attiré sur eux tous les maux dont ils sont accablés... » (Coll. Lag.)

Peu de jours après, le 20 août, l’évêque de Cahors, Bertrand du Guesclin, unissait ses vœux à ceux de l’archevêque d’Auch :

10 ÏJÔiXMÊîfrâ. CtlAP. i.

« Nous venons réclamer cette autorité puissante en faveur îles pères de la compagnie de Jésus, eohtre qui l’on exercé une persécution atroce et jusqu’à présent inouïe , avec une violence qui devient de jour en jour plus cruelle. Votre Sainteté à appris sans doute, et elle n’a pu apprendre sans douleur avec quelle industrie , avec quelle fureur se sont élevés contré eux des hommes iniques dont les paroles sont pleines de malice, qui se proposent pour but de décrier dans l’esptût de tout le monde la sainteté de leur doctrine et l’intégrité de leurs mœurs, et de les accabler enfin sous le poids de libelles bcCusatoires où ils ont ramdssé tout ce que peuv ent suggérer la haine et la calomnie. C’est ainsi que par des artifices sans nombre, les ennemis de F Eglise, qui sont aussi les seuls dont ils Se voient attaqués , {s'efforcent en divers pays, et particulièrement en Fiance et en Portugal , d’abolir entièrement leur Compagnie, afin de pouvoir ensuite ravager le champ du Père fie famille... » (CW/. F. G.)

Dans une lettre adressée à Louis XV 1 l’évêque «le Lodèvé s’exprime ainsi :

« On ne peut s’y méprendre, sire, c’est moins à la société des jésuites qu’bn en vettl qu’à la religion intimement liée avec votre autorité.

«... Dans leur humiliation, sire, les jésuites ont une gloire bien flatteuse pour eux; ce «pii doit faire leur consolation , c’est que leurs ennemis sont les vôtres et ceux de l’Eglise. Cette gloire leur assurera toujours la protection constante «le Votre Majesté. J’ose vous supplier, sire , avec toüs mes Confrères . ile leur en faire ressentir les elfets dans ces circonstances. Nous envisageons bien moins l'intérêt de ce corps ijui vous est cher par tant d’endroits, que celui de la religion, le bien de vos sujets, l’honneur et la gloire de voire sceptré

1 Parmi les autres prélats français qui se firent Un devoir de signaler le même fait au roi ou au chancelier on peut citer l’archcvêquc de Vienne, les évêques d'Apt, de Lisieux, de Carpcnlras, etc.

ÉTAT Dfe LA QUESTION. Il

dont les magistrats semblent Vouloir ternir l’éclat par une coupable résistance à vos volontés. » (23 septembre 1701. — Manuscrit de M. de Flesselles.)

L’évèqtie d’Uzès établit avec non moins de force et de vérité que les arrêts du parlement concernant les jésuites sont des attentats contre l’autorité du roi et contre celle de l’Église , des plaies sanglantes faites A la religion; il ajoute :

« Mais rjui pourrait se dissimuler qu’un parti qui combat depuis longtemps avec la plus opiniâtre résistance les décidions de l’Église , animé par une haine implacable à la perte de cette compagnie, a trouvé enfin le moment de faire éclater, dirai-jé sa vengeance contre elle , oü ses pernicieux desseins contre l’Église ? Attentif à saisir les conjonctures, il profite de celle où la religion se trouve affaiblie dans les esprits et dans les Cœurs par l’impression funeste d’une prétendue philosophie, où par conséquent les hommes sont moins touchés des intérêts de la religion et de la foi , et plus susceptibles des passions qü’oii leur inspire : daiis cette situation , on leur fait oublier les services que cette compagnie a rendus A leurs ancêtres, à eut-mêmes, et qu’elle rend encore à leurs enfants; on leur ferme les yeux sur l’utilité qu’en ont reçu tous les genres de littérature ; oü décrie les avantages encore plus précieux qu’ils en retirent par les fonctions du ministère; d’estimable et de digne qu’elle était auparavant de leur confiance, elle n’est plus, à leurs yeux prévenus, qu’un assemblage de méchants et le fléau des États; tout Conspire à sa ruine; l’enseignement public lui est ôté, même avant que son état soit jugé définitivement; elle est remplacée daiis ses propres collèges par des maîtres pris A la hâte, sans l'aveu de Votre Majesté , sans égard aux droits de votre clergé , Sans qu’il soil même consulté : on s’empare de l’enseignement de la jeunesse de votre royaume ; quelles peuvent être les suites de ce renversement? La main qui l’a préparé $ fet qui cil presse l’exécution avec ardeur, veut en retirer le fruit: mettre A la place des jésuites, qu’elle regarde comme

DOCCMENTS. CHAP. I.

ses ennemis, de nouveaux maitres dont elle puisse disposer à son gré; des maitres sur lesquels les évêques voudront en vain exercer l’inspection qu’ils ont de droit sur l’enseignement ; on saura bien les soustraire à leur vigilance et à leur zèle ; Y homme ennemi sèmera impunément la zizanie dans le champ du père de famille. Qu’il est à craiudre que dans peu de temps la jeunesse ne se trouve imbue dans ces nouvelles écoles de maximes pernicieuses , contraires à la religion et à la soumission à l’Église ! Et quand on a franchi ces borfces sacrées, y en a-t-il qui puissent arrêter? » Et plus loin : « Détruire les jésuites, c’est faire injure à l’Église; c’est s’élever contre la Providence qui a marqué à chaque homme sa destinée... c’est ôter aux premiers pasteurs des sujets utiles qu’ils emploient à la sanctification des âmes... Quel vide ne laisseront-ils pas quand ils ne seront plus; quand on aura détruit ce corps qui a produit des hommes excellents , des prédicateurs, des ouvriers évangéliques, toujours prêts à se livrer au travail dans les missions, dans les retraites, dans toutes les œuvres de zèle , œuvres suspectées sans raison entre les mains des jésuites? Le bien en était évident; le public s'en voit privé à regret; l’envie qui poursuit la société s’irrite de la confiance que les peuples leur témoignent ; elle s’offense de l’estime que nous leur accordons ; elle veut vous enlever leur secours et nous affaiblir ; et oomme elle prévoit que la société dissoute , les particuliers pourront encore nous servir, elle inspire les précautions les plus inouïes pour nous les rendre inutiles après leur dispersion. On ne saurait s’y méprendre...»

( Lettre du 17 juillet 1762. — Recueil de pièces, 1763. )

Il n’est pas inutile de remarquer ici que les évêques , et en particulier les évêques de France, étaient bien éloignés d’identifier, comme on les en a accusés, la compagnie de Jésus avec l’Église. Voici comment l’un des plus zélés défenseurs des jésuites, M. de Montmorin , évêque de Langres, s’exprime dans une lettre pastorale condamnée au feu par le parlement de Paris :

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