‹ Clement XIII et Clement XIVChapitre 42 sur 52 · SUITES DE LA SUPPRESSION · texte numérisé non relu

SUITES DE LA SUPPRESSION

commençaient à se répandre, et des maîtres de pension, vils spéculateurs , plus occupés de leur fortune que de l’avancement de leurs élèves. Et que l’on ne croie pas (pie ce fut seulement en France que la destruction des jésuites fit un tort irréparable à l’éducation ; il en fut de même dans toute l’Europe. »

Dans son Tableau de l’Espagne moderne (t. I, p. 327) Bourgoing n’a pu s’empêcher de remarquer que, depuis l’expulsion des jésuites, l’éducation de la jeunesse n’a fait qu’empirer en Espagne, et qu’il ne se présentait que des sujets très-médiocres pour remplir leurs chaires. Tous les voyageurs, amis ou ennemis des jésuites, ont été obligés d’avouer que partout où les jésuites furent renvoyés , ils ne furent pas remplacés.

2° Pour prouver l’influence que les jésuites continuaient à exercer à Rome sous Pie VI, même après leur suppression , M. le comte de Saint-Priest emprunte aux Mémoires du chevalier Bourgoing un récit fabuleux de la prétendue apothéose du vénérable Labre. « C’était un saint, selon le noble écrivain , que les jésuites voulaient opposer à Palafox , dont leur parti venait d’empêcher la béatification. » — Rien que de faux et de eontrouvédansce burlesqué épisode que l’auteur semble avoir amené là afin de dérider le lecteur. Cependant M. de Saint-Priest a dit au fond plus vrai qu’il ne le pensait peutêtre , mais sous un point de vue bien différent. Au moment où la cause de Palafox, présentée depuis tant d’années à la sanction de la congrégation des Rites , allait être rejetée ou ajournée indéfiniment , on introduisait la cause de béatification d’une vénérable servante de Dieu , aussi attachée et dévouée à la compagnie de Jésus que l’évêque d’Osma semble, lui avoir été opposé; c’était la vénérable Marie-Anne de Paredès, appelée le Lys de Quito. Voici ce qu’écrivait à ce sujet, en 1781 , le protestant Christophe de Mllrr ( Journal pour l’Histoire de la littérature et des arts , t. X, p. 209 ) : « Entre

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les griefs que Palafox a soulevés contre les jésuites , il a prétendu que jamais ces religieux n’avaient été ni pu être des guides sûrs dans le chemin de la perfection. Or, dans le temps même où l’évêque d’Osma formulait cette accusation , vivait à Quito une vierge vénérable, nommée Marie de Paredès, qui avait pour directeur et pour maître dans la voie de l’esprit un père de la compagnie de Jésus. Et cette pieuse vierge américaine, morte en 1674, Pie VI vient de lui accorder, le 19 mars 1776, l’honneur d’un décret solennel où il déclare qu’elle avait pratiqué dans un degré héroïque les vertus chrétiennes. » — C’est la même Marie-Anne de Jésus de Paredès y Florès , que N. S. P. le pape Pie IX a mis dernièrement au rangées bienheureux, le 20 novembre 1853.

3° A propos d’une nouvelle proscription dont étaient menacés les jésuites en 1828, un homme d’Etat traçait les lignes suivantes :

a On a écrit des milliers de pages en leur faveur et contre eux. Je ü’ai pas la prétention d’y rien ajouter; je répéterai seulement. Mais c’est qu’il y a des choses qu’il est nécessaire de répéter, en France surtout. Machiavel a dit des Français de son temps a qu’ils étaient si préoccupés de l’avantage et du désavantage présent, que leur mémoire ne pouvait garder le souvenir des bienfaits ou des torts passés. » Il n’est pas absolument impossible que notre caractère ait changé; il n’est pas impossible non plus qu’il soit encore comme au temps de Machiavel. Je répète donc que la nouvelle expulsion des jésuites serait le plus magnifique témoignage du prodigieux pouvoir de l’absurde.

« On a dit qu’ils nuisaient aux intérêts de la religion : et qui a dit cela? des hommes qui n’aspirent qu’à la ruine de la religion.

« On a dit qu’ils étaient ennemis des rois : et qui a dit cela? des hommes qui n’aspirent qu’à la chute des rois.

« On a dit qu’ils étaient ennemis de la charte : et qui a dit

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