TÉMOIGNAGES SUR LES SUITES DE LA SUPPRESSION
1° Le R. P. Theiner écrivait en 1833 : « Le grand et terrible changement que nous remarquons depuis la iîn du xvm' et le commencement du xix' siècle dans l’éducation de la jeunesse, tant de celle qui se destine au ministère des autels que de celle qui doit remplir diverses fonctions civiles de la société , ne peut s’attribuer qu’à la suppression de la société de Jésus. Ce fut cette suppression qui entraîna le renversement de toute éducation chrétienne, à laquelle elle en substitua une tout athée , qui ébranla l’Église et l’État jusque dans leurs fondements. La destruction de cette illustre société fut suivie de celle des institutions les plus respectables et les plus saintes *. Elles tombèrent avec celle qui avait été leur plus ferme appui. »
* { Noie du R. P. Theiner.) Parmi les nombreux témoignages des écrivains les plus distingués, tant catholiques que protestants, qui viennent A l'appui de ce que j’avance, je me contenterai de citer le passage suivant de M. Pierre de Joui : « On a aboli en France cette merveilleuse institution qui avait élevé le siècle brillant de Louis XIV, et qui régna longtemps sur l'opinion par l'ascendant unique des talents et des vertus. Cette congrégation renommée, tant qu’elle eut été debout , aurait prévenu lo grand cataclysme politique ;
DOCUMENTS. CONCLUSION
Et plus loin : a La blessure faite à l’éducation de la jeunesse par la suppression de la société de Jésus était incurable... »
« Louis XVI versa des larmes amères sur la secousse violente que l’éducation de la jeunesse avait soufferte par la destruction des jésuites, et accusa dans de généreuses paroles M, de Choiseul des maux qui s’en étaient suivis. »
— Le prince de Montbarrey n’est pas moins explicite, à sa manière, sur les effets de la suppression des jésuites : « Dès ce moment , l’éducatioq nationale fut remise nécessairement entre les mains de tous les grimauds subalternes soumis aux grands désorganisateurs. Les jeunes gens, entrant dans le monde, y arrivaient imbus de tous les principes de licence, et sans aucun frein qui pût les arrêter. Tout fut dès lors perdu ; la ruine de la monarchie française fut prononcée, et l’époque de l’exécution fut ajournée au premier moment favorable. » ( Mémoires, t. III, p. 94. )
— Le duc de Lévis (p. 170 et 174) confirme tous ces jugements en ces termes : « Puisque j’ai eu occasion de parler des jésuites, je dirai avec vérité que j’ai toujours remarqué une prodigieuse différence, pour l’instruction, entre les personnes élevées dans leurs collèges et la génération suivante. Ceux qui avaient étudié chez eux savaient tous le latin, et par conséquent n’étaient pas absolument ignorants, au lieu que depuis, à la cour, sur dix hommes , il n’y en avait pas un qui entendit Virgile. Voilà, quanta la manière d’élever la jeunesse, un préjugé favorable pour eux. On voit quel vide avait laissé dans l’État la suppression de la société de Jésus. L’éducation de la jeune noblesse, dont elle était presque exclusivement chargée, fut partagée entre des séculiers, pour la plupart sans instruction , sans mœurs , imbus des principes philosophiques qui
elle était aux avant-postes de l’ordre social ; on ne pouvait le renverser sans anéantir préalablement la puissance morale qui le soutenait. Elle est tombée sous les coups d’une coalition abusée par de faux renseignements et par l’esprit de parti, cette institution conservatrice; mais avec elle tombèrent, bientôt après, les ordres religieux , le clergé séculier, les autels , la monarchie. » (Lettres sur l’Italie; 1. 1, p. 133.) — Hist. des Instit. ecelés.; 1. 1, p. 87*, *02.