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.■ivec le respect que montrèrenl leurs frères d'Europe :, mais celte obéissance compromettait aux yeux do l'Empereur de la Chine l'Evèque et le Gouverneur do Macao. Ces derniers songent à se débarrasser des Jésuites en les envoyant à Pombal, qui avait toujours pour eux des chaînes et des souffrances. Les Chinois furent phis humains que ces Catholiques; ils obtinrent la liberté des quatre Missionnaires, et les abandonnèrent dans l'île de Vam-Lu. " Nous n'eûmes qu'une nuit, ajoute la lettre déjà citée du Jésuite tyrolien, pour profiter d'une dernière ressource; c'était la générosité de quelques capitaines de vaisseaux français qui faisaient voile pour l'Europe. Ils furent sensibles à nos prières; ils ne voulurent pas nous laisser exposés sans aucun secours liumain au fond des Indes. Que n'ai-je des paroles assez éloquentes pour louer dignement la nation française! Elle s'est acquis des droits à réternelle reconnaissance de quatre pauvres Missionnaires; [)ar le plus grand des bienfaits, elle les a tirés de la plus profonde des misères. Distribués dans quatre bâtiments, nous commençâmes un exil de trois mois sur mer; et nous, dont les yeux étaient restés secs en quittant l'Europe, nous versions des larmes amères en disant un dernier adieu à ce rivage où nous avions cru trouver une au Ire patrie. »
L'histoire de ces ({uafre Jésuites , recueillie par un Prolestant , c'est l'histoire de tous leurs frères dans l'apostolat. La même plainte, aussi touchante, mais aussi résignée, retentit au fond de l'Amérique et sur les continents indiens. Clément XIV a d'un trait de plume brisé leur passé et leur avenir; ils se soumettent sans murmure. Le Bref Dominiis ac Rcdcntptor les réduit à rindigence; cette indigence
n'jillt'rc pas leur foi. elle n'amortit [)oint leur charité. Quand la première nouvelle de la destruction de l'Ordre parvint en (]hine, le P. de Hallerstein, président du tribunal des mathématiques, et deux autres Jésuites, expirèrent de douleur sous le coup même (I). C'était le vieux soldat qui ne veut pas se séparer de son drapeau. D'autres eurent le courage de leur position; ce courage apparaissait pour nous dans tout son éclat lorsque, d'un œil avide, nous parcourions les lettres autographes et inédites adressées en Europe par les Missionnaires de la Compagnie de Jésus. Il y en a d'admirables de pensée et de style ; toutes sont aussi pleines d'éloquente émotion que celle du P. Bourgeois, Supérieur des Jésuites français à Péking. Le 15 mai 1775, il mandait au P. Duprez : « Cher ami, je n'ose aujourd'hui vous ép mcher mon cœur. Je crains d'augmenter la sensibilité du vôtre. Je me contente de gémir devant Dieu. Ce tendre père ne s'offensera pas de mes larmes, il sait qu'elles coulent de mes yeux malgré moi; la résignalion la plus entière ne peut en tarir la source. Ah ! si le monde savait ce que r.ous perdons , ce que la Religion perd en perdant la Compagnie, lui même partagerait notre douleur. Je ne veux, cher ami, ni me plaindre ni être plaint. Que la terre fasse ce qu'elle voudra. J'attends lElcrnité, je rap[>elle, elle n'est pas loin. Ces climats et la douleur abrègent des jours qui n'ont déjà que trop duré. Heureux ceux des nôtres qui se sont réunis aux Ignace, aux Xavier, aux Louis de Gonz igue et à cette troupe innombrable de saints qui marchent avec eux à la suite de
(1) Histoire rUs malliâmatiques , par Monluclu , iic part., hv. IV, p. 471.
l'A^jneau, sous l'étendard du glorieux nom de Jésus. <i Voire très humble serviteur et ami, «( Fr. Bourgeois, Jésuite. »
A cette lettre est joint \q postscrîpiuru suivant :
" Cher ami, c'est pour la dernière fois qu'il m'est permis de signer ainsi; le Bref est en chemin, il arrivera bientôt; Doini)ms est. C'est quelque chose d'avoir été Jésuite une ou deux années de plus.
« A Péking, le 25 mai 1775. »
Dix-huit mois après, lorsque tout est consommé , une lettre du Frère coadjuteur Joseph Panzi révèle les résolutions que les Jésuites ont i)rises et le genre de vie <iu'ils ont adopté. Ce Frère, qui est peintre, écrit le ^ et le H novembre 177G :
« Nous sommes encore réunis dans cette Mission : la Bulle de suppression a été notifiée aux Missionnaires, qui néanmoins n'ont qu'une seule maison, un même toit et une table commune. Ils prêchent, ils confessent, ils baptisent; ils ont l'administration de leurs biens, et ils remplissent tous les devoirs comme auparavant, aucun d'eux n'ayant été interdit, parcequ'on ne pouvait faire autrement dans un pays tel que celui-ci : et cependant il ne s'est rien fait sans la peiniission de Monseigneur notre Èvêque,qui est celui de Nankin. Si on se fût conduit comme dans quelques endroits de l'Europe, c'en était fait de notre Mission, de notre Religion, et c'eût été un grand scandale pour les Chrétiens de la Chine, aux besoins desquels on n'avait pas pourvu, et qui auraient peut-être abandonné la Foi catholique.
» Notre sainte Mission, grâce à Dieu, va assez bien et est actuellement fort tranquille. Le nombre des
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Chiélions augmente tous les jours. Les PP. Dolliéres et Cibot ont la réputation de saints, et le sont en effet. Le premier est celui qui maintient la dévotion du Sacré-Cœur de Jésus dans Télat le plus florissant cl le plus édifiant. Ce même missionnaire a converti presque toute une nation qui habile les monla{;nes à deux journées de Pékin{ï. Je m'y suis trouvé toutes les fois que ces bons Chinois soi taient d'auprès de ce Père, à qui ils avaient demandé le bapléme. J"ai reïnarqué dans eux les mêmes attitudes et les mêmes expressions de tête que nos meilleurs peintres ont su donner ou saisir si bien dans les tableaux de la prédication de notre sainte Foi par saint François-Xavier. C'est ici qu'on peut mieux connaUre combien est grande la grâce que Dieu nous a faite en nous faisant naître dans un pays chrétien.
" Autant que Ton peut humainement juger de notre digne Empereur, il paraît qu'il est encoie bien éloigné d'embrasser notre sainte Religion catholicpie; il n'y a même aucune raison de l'espérer, quoiqu'il la protège dans ses Etats, et c'est ce qui peut se dire pareillement de tous les autres grands de l'empire. Hélas ! qu'il y a de vastes contrées dans cet univers où le nom de Dieu n'est pas encore parvenu ! Je fais toujours mon em[)loi de peintre, et je suis le [)eiiilre ou le serviteur de la Mission française pour lamour de Dieu. Je me glorifie de l'être pour son pur amour, et je suis bien résolu de mourir dans cette sainte Mission quand Dieu le voudra. »
Il n'avait [las été possible de proscrire les Jésuites de la Chine; on le sécularisa. Ils acceptèrent la dure loi qui leur était imposée, mais ils n'en continuèrent pas moins leurs travaux apostoliques ou scicnlifiques.Le P.Amiot.audirede Langlès, savant académicien fran-
c.'ii^ (]), jetait une vive lumière sur la littérature de*? Ciu'nois et des Tatars Mantchoux. Le P. Joseph d'EspiFiha exerçait au nom de l'Empereur les fonctions de président du tribunal d'astronomie, et l'évêque de Mcicao le nommait administrateur de l'évêché de Pcking. Félix deRocha présidait le tribunal des matliématiques avec AndrôRodriguez. LeP, Sichelbarth remplaçait Castiglione dans la charge de premier peintre de l'Empereur. D'autres Jésuites étaient répandus dans les provinces; ilsévangélisaient les peuples sous l'autorité de l'Ordinaire.
Cet état de choses subsista ainsi assez longtemps, et, le 15 novembre 1785, le P. Bourgeois écrivait au P. Diiprez: « On a donné notre Mission à Messieurs de Saint-Lazare. Ils devaient venir l'an passé, viendront-ils cette année? Dieu le veuille: nous n'en savons encore rien. Ce sont de braves gens : ils peuvent s'assurer que je ferai tout mon posible pour les aider et les mettre en bon train. Nous avons un évéqiie portugais, il s'appelle Alexandre de Govea. C'est un religieux de Saint-François dont on dit beaucoup de bien. Il ne tiendra pas à moi certainement qu'il ne pacifie la Mission. 'i>
Cinq ans plus tard, le 7 novembre 1788, Bourgeois écrit au P. Beauregard, l'orateur chrétien de la lin
(1) Langlès suivit lord Macartncy dans sa célèbre ambassade^ et il traduisit le Voyage en Chine de Holmes. Il dédia, en 1805j CLt ouvrage au Jésuite mort en 1794. La dédicace est conçue en CCS termes : « Hommage de vénération, de regrets et de reconnaissance offert à la mémoire du Révérend Père Amiot, Missionnairo apostolique à Pékin, correspondant de l'Académie des 'nscriptions et belles-lettres, savant infatigable, prol'ondémeut versé dans l'histoire des sciences, des arts et la langue des Chinois, ardent promoteur de la langue et de la littérature talareruantchoue. »
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(lii dix luiilième siècle. Dans sa lettre, le supérieur dos Jésuites en Chine rend hommage aux Lazaristes, qui ont pris leur place au nom du gouvernement. Cette abnégation personnelle, en présence des vertus d'un rival, a quelque chose de vraiment religieux.
':Trés cher et très ancien confière, ainsi s'exprime Bourgeois, continuez toujours à faire connaître et aimer notre bon maître, et à vous montrer toujours digne enfant de saint Ignace.
» Messieurs nos Missionnaires et successeurs sont des gens de mérite, pleins de vertus et de talents, de zèle et d'une très bonne société. Nous vivons en frères ; le Seigneur a voulu nous consoler de la perte de notre bonne mère; et nous le serions entièrement si un enfant de la Compagnie pouvait oublier sa sainte et aimable mère. C'est un de ces traits qu'on ne peut arracher du cœur, et qui demande à tout moment des actes de résignation. »
Dans une autre lettre, Bourgeois parle du Missionnaire qui le remplace, et, en faisant l'éloge de ses vertus, il ajoute : « On ne sait pas si c'est lui qui vit en Jésuite ou nous qui vivons en Lazaristes. »
Ce n'est pas seulement la correspondance intime des Pères qui garde les traces de cette obéissance jusqu'à la moil:, on en recueille partout des preuves, et lors^qu'en 1777 le Saint-Siège envoie d'autres Missionnaires [)Our prendre {tossession, chez les Hindoux, de l'œuvre des Jésuites, le niéme exemple se renouvelle. Les enfants de Loyola déposent en d'autres mains l'héritage de François - Xavier, multiplié par deux siècles de travaux et de martyres. " Us avaient, dit un de ces nouveaux Missionnaires (1), pour supé-
(I) Voyaijo dans l'indoslan, par M. Pcriiu, ac jjart., cliap iv, p. 174.
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rieur le P. Mozac, vieillard octogénaire, qui avait blanchi sous le faix du ministère apostolique, qu'il avait exercé pendant quarante ans. 11 abdiqua sa place avec la simplicité d'un enfant, n
Le 15 novembre 1774, il se passa à Fribourg un trait plus étrange encore. Les Jésuites, proscrits |)ar ClénientXIV, voulurent prier pour lui. Ils réunirent dans réalise collégiale de Saint-Nicolas les habitants de la cité, et le P. Mallzell, en prononçant l'oraison funèbre du Souverain Pontife, s'écria, au milieu de l'émotion générale : > Amis, chers amis de notre ancienne Compagnie, qui que vous soyez, et où que vous puissiez être, si jamais nous avons été assez heureux pour rendre des services dans les royaumes et dans les villes , si nous avons contribué en quelque chose au bien de la Chrétienté, soit en prêchant la parole de Dieu, soit en catéchisant ou eu instruisant la jeunesse, en visitant les malades ou les prisonniers, ou en composant des livres édifiants ( quoique dans notre situation actuelle nous ayons beaucoup d'autres grâces à demander), nous vous prions, avec les plus vives instances , d'arrêter toutes plaintes amères et peu respectueuses pour la mémoire de Clément XIV, chef souverain de l'Eglise. »
Ainsi, sur tous les points du globe et par tous les témoignages, les Jésuites n'ont pas résisté à l'arbitraire qui les bannissait de leurs Missions, qui les dépouillait de leurs biens ; ils ne maudirent pas le Saint-Siège les sacrifiant à une paix impossible. Ils ne luttèrent point contre le pouvoir temporel, ils se soumirent avec une douloureuse résignation au Bref de Clément XIV. On ne les entendit ni par un doute, ni par un murmure, ni par un outrage. L'histoire doit constater cette obéissance qui honore tout à la
fois la Chaire apostolique et la Compagnie de Jésus.
Nous avons raconté comment et par qui l'Institut de saint Ignace de Loyola fut détruit. Celte grande question si longtemps controversée est enfin éclaircie, et éclaircie par les documents émanés de ceux même (|ni cons[)irèrent pour la résoudre. Nous avions pris à tâche d'étudier la destruction des Jésuites et de scruter le règne de Clément XIV. Voilà tel qu'il apparaît avec ses concessions arrachées par la terreur ou par la flatterie, tel qu'il ne se représenteia plus dans les annales de l'Église, car ce ne serait point seulement la chute d'un Ordre religieux qu'un pareil pontificat amènerait, mais la perturbation dans la Foi, dans les choses et dans les idées.
L'Europe peut avoir encore à redouter l'aveuglement de quelques princes, la corruption de leurs ministres et les passions des multitudes que l'on s'efforce d'enivrer du vin de la colère et de l'égoïsme. Fasse le ciel que le monde catholique n'ait plus à gémir sur les funestes condescendances d'un Pape ! Puissions-nous ne jamais voir sur le trône apostolique des Pontifes qui auraient encore le cœur plus grand que la (été , et qui se croiraient destinés à faire triompher la juslice de i)aix , parceque les ennemis du Siège romain les pousseraient de flatterie en flatterie vers un abîme couvert de fleurs.
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