‹ Clément XIV et les JésuitesChapitre 20 sur 36 · PA · texte numérisé non relu

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, à Forli; Jules-César Pallavicini, à Sareza ; Jérôme Pavesi, à Ponteremo : Michel Sailer, à Ratisbonne ; et plus tard, sous le règne de Napoléon, Imberties à Autun. Le Père du Gad, un vieux Mission: naire français, prisonnier de Pombal, fut, en 1777, nommé procureur -général des Missions françaises en Chine et aux Indes.

Pour les Jésuites, proscrits en “aps el vénérés comme in-

. dividus, la dignité épiscopale ne fut qu’un fardeau dont p'usieur s

déclinèrent la responsabilité. Les uns, comme les Pêres Engelbert Belasi et Charles Viel, confesseurs du duc et de la duchesse de Bavière, restèrent attachés aux princes qui les avaient choisis pour directeurs; les autres se contentèrent de fonctions plus modestes. On les chassait de la Compagnie, leur patrie adoptive; les villes d'Italie, si difficiles pour accorder droit de cité À des étrangers, les accueillirent dans leur sein. Les Jésuites étaient portés à tous les emplois; on en trouve partout, même aux Etats-Généraux et à l'Assemblée constituante, où

Re « \ e \ ê $ siégèrent les Pères Delfau, Leissègues de Rozaven, San-Estevan

et Allain. | Ceux qui ne furent pas voués aux honneurs de l'épiscopat

se virent mêlés, par leurs proscripteurs, au bruit du monde et

aux travaux littéraires çu scientifiques de l’époque. Ils avaient eu pour maîtres ou pour modèles lès Pères Emmanuel d’Aze-

452 CLÉMENT XIV vedo et Sr Maire, l'un et l’ autre estimés de Benoît XIV

a science ne leur fat pas aussi P'étale qu’ au Père ma AHyonIg. Be. roi de Portugal avait. demande en

pour AR Ber les limites des possessions ec et espagnoles dans l'Amérique méridionale. Le Jésuite hongrois et le Père Haller furent choisis. Szentmartyonig part avec le titre d’astronome et de géomètre du Roi. Le Roi a promis de rémunérer dignement ses utiles travaux. Le Jésuite consacre dix années de sa vie au service du Portugal. En 1760 :il débarque, à Lisbonne ; il est arrêté, mis aux lers, et Pombal le retient dans ses cachots jusqu’au jour où la mort délivre le royaume de l’impéritie du Souverain et de la cruauté du ministre.

Les Jésuites avaient étudié dans l’Institut les diverses branchesdes sciences; ils répondaient, après comme avant lasuppression, à tous les besoins. [ci, la cour de Vienne envoyait le Père Walcher visiter le lac Rofnerlise, et, en réparant ses digues, il

préservait les contrées voisines des désastres de l’inondation. Marie-Thérèse, en récompense de ces travaux, le nomaait directeu dela navigation et des sciences mathématiques: Là, le Père al ral arrêtait, par un ingénieux système, la chute du Vélino, qui ruina si souvent la ville de Terni; puis, quand le

retour dans sa patrie fut permis au Jésuite, il paya dix-huit ans d’exil par un nouveau bienfait : il encaissa le Tage dans son lit, et sauva ainsi les campagnes des débordements du fleuve. Jean-

Antoine Lecchi réparait les routes militaires du Mantouan ; Vincent Riccati préservait Venise des inondations en réglant le cours du Po, de l’Adige et de la Brenta; Léonard Ximenès, en Toscane et à Rome, procurait les mêmes bons offices; 1l aplanissait Les routes, il établissait un nouveau système de ponts. Par ordre de Frédéric I de Prusse, le Père Zeplichal, en 1774, mettait à profit ses connaissances en minéralogie, pour rechercher les métaux que recélait le comté de Glatz.

ET LES JÉSUITES. 453 Mais ce fut surtout par l’enseignement scientifique ou littéraire que l'estime des Pontifes, des Rois et des peuples invita les Jésuites à signaler leur aptitude. Les Pères Joseph Zios, Bernard Zarzoza, André Galan, François Villalobos, Ignace Julian, Pierre Cadon, Jacques Basili, Vincent Rossi, Joseph Pons, François de Sandoval et Pierre Segers sont placés à la tête des séminaires de Tivoli, de Segni, d’Anagni, de Gubio, de Verula, de Centi, de Velletri, de Seti, de Sinigaglia, de Cita del Castello et de Ferentino. C’est le choix des Evêques qui détermine ces nominations; Pie VI s’y associe en confiant le séminaire de Subiaco, fondé par ses soins, au Père Alexandre Cerasola. Une Académie ecclésiastique s’est créée à ‘Rome. Maison des fortes études sacrées et pépinière d'Evêques, de Nonces, de Cardinaux, de Légats et de Papes, cette Académie renferme dans son sein tout l’avenir de l'Eglise romaine. Pie VI lui donne pour maître le Père Antoine Zeiss La principale mission du Jésuite consiste à former les Nonces : sa ipostoliques (4 ); il était donc le maître de ceux qui allaïent nstruire les peuples et discuter avec les Rois. Après Zaccaria, un autre Jésuite, Joseph Sozzi, remplit les mêmes fonctions.

En France, on avait détruit les Jésuites pour leur enlever l'éducation, et Frédéric IE, le roi philosophe, ne cachait pas ses appréhensions sur l'avenir lorsque, le 22 avril 1769, il écrivait à d’Alembert(2): « Vous vous ressentirez avec le temps, en France, de l’expulsion de cet Ordre, et l'éducation de la jeunesse en souffrira les premières années. Cela vous vient

(1) Dans ses Mémoires historiques sur les affaires de l'Allemagne pendant sa nonciature, page 9, le cardinal Pacca raconte que le Souverain Pontife, aprés lui avoir déclaré qu’il le choisissait pour une mission ‘aussi importante que difficile, ajoute : « A partir de ce moment, vous devez diriger toutes vos études vers les sciences sacrées et prendre leçon de l'abbé Zaccaria, source inépuisable d’érudition, qui vous donnera les connaissances ecclésiastiques dont vous avez besoin pour vous tirer avec honneur de votre nonciature. »

(2) Œuvres philosophiques de d’'Alembert, t. xvux.

454 CLÉMENT XIV à

d'autant plus mal à propos que votre littérature est sur son déclin, et que, de cent ouvrages qui paraissent, c’est beaucoup d'en trouver un passable. » Châteaubriand a vu ce que Frédéric le Grand ne faisait que pressentir, et Châteaubriand dit (4) « « L'Europe savante à fait une perte irréparable dans les Jésuites. L'éducation ne s’est jamais bien relevée depuis leur chute. » Dans un autre ouvrage, le même écrivain s'exprime ainsi (2) : « Les Jésuites se soutinrent et se perfectionnèrent j jusqu'à leur dernier moment. La destruction de cet Ordre à “fait un mal irréparable à l'éducation et aux lettres. On en convient aujourd? hui. » es : L Au sortir de la Révolution, quand tous les souvenirs, quand toutes les imaginations étaient encore frappés des spectacles démoralisateurs auxquels on avait convié le peuple, lorsqu'à chaque pas le pied craignait de heurter un pavé ensanglanté , où que la tête reculait involontairement pour ne point se courber sous l'échafaud , il était permis d'émettre de semblables opinions. Maintenant que le principe révolutionnaire à passé dans les mœurs d’une partie de la nation, et qu'elle l’accepte comme la sanction de son héritage paternel ou de son matérialisme industriel, ces opinions seraient étouffées,sous les clameurs universitaires. Dans ce temps-là , elles retentissaient au loin, Si la France des Parlements et des Encyclopédistes jugea utile de ne plus laisser aux Jésuites la direction de la jeunesse, les autres peuples, l'Allemagne surtout et même quelques Etats protestants, ne consentirent pas à ce suicide littéraire, que Frédéric LL signalait et que Châteaubriand à constaté. Quand le roi de Prusse adressait ces lignes prophétiques à d’Alembert, le collége de Louis-le-Grand tombait en décadence ; mais alors les Jésuites faisaient éclater sur un autre point la puissance de leur système d'éducation. Un voyageur, Rossignol de Vallouise, visita, en 1767, le collége Thérésien de Vienne ,

(1) Génie du Christianisme, t. 1v, p. 300, (2) Mélanges du vicomte de Châteaubriand.

ET LES JÉSUITES. | 455 dont les Pères avaient la direction , et, après l avoir proclamé la première école du monde, il continue (1):

« On voyait rassemblée dans cette maison la fleur de R; noblesse de tous les Etats de la maison d'Autriche, Allemands,

beaux-arts, L’ res Datiralle yétait particulièrement en NU peur. On y faisait des collections; on apprenait à dessiner et à colorier au naturel les productions de la nature. Mathématiques, physique, musique, danse, escrime, géographie, histoire, rien n’était négligé pour former des cavaliers accomplis de tout point. Une trentaine d'élèves s’appliquaient à la jurisprudence. Ils étaient séparés des autres, comme déjà plus âgés. La Philosophie aura de la peine à en goûter le motif. Ces enfants se confessaient et communiaient régulièrement une fois le mois. Ce n’était point l’usage de le faire plus souvent. On entendait de les monter sur un ton qu'ils pussent conserver à la fin de leur éducation en entrant dans le monde. Mais ce qui intéressera particulièrement nos Français, rien n'égalait le ton d'aménité, de politesse, d’urbanité qui régnait parmi cette jeunesse. Un étranger, en se présentant, était assuré d’être accueilli avec la plus grande honnêteté et de se trouver en pays de connaissance. Il n'avait que faire de se pouvoir d’un truchement. Ces jeunes gens parlaient toutes les langues, avec le même degré de facilité, sans que cette étude prit sur leurs occupations littéraires, et voici comment : un jour de la semaine, tous étaient obligés de parler allemand ; un second jour était pour le latin; un autre jour l’italien ; on en avait assigné deux pour le français, Ainsi, je fus moins étonné qu’on ne le sera de ce que je vais dire. Je me trouvai à table à côté du jeune comte Bathiani, Hongrois, âgé de onze ans. Îl soutint avec moi de longues conversations. Je l'ai en-

(1) Lettre à M. Noël, éditeur de la Géographie de Guthrie, p. 16 (Turin, 4805).

tendu parler latin avec la rapidité et la précision d’un vieux professeur de philosophie. Quand il parlait français, vous eussiez, dit qu'il avait été élevé sur les bords de la Loire, à Blois ou à ( Orléans. C’est principalement à table que j'ai conversé avec lui. On ne faisait point la lecture ; on voulait que les enfans | Profitassent de ce temps pour se former aux langues et aux manières de la bonne compagnie. Dans cette vue, on les faisait manger à des tables rondes ou ovales, qui admettaient douze convives, huit pensionnaires et quatre Jésuites , distribués en symétrie, qui avaient l’œil à tout. Chaque enfant servait ses camarades à tour de rôle, et se trouvait engagé à apprendre à le faire avec décence. Elle régnait tellement dans tous leurs procédés, dans toute leur conduite que, quoique j'aie demeuré assez longtemps au milieu d'eux, je n’ai pas entendu une seule fois un propos, une parole, qui donnât la moindre atteinte au respect qu'on doit à la Religion, à la pureté des mœurs, aux égards mutuels que prescrit l'esprit desociété. » On exalte à Vienne l'éducation que les débris de la Compagnie propagent par le système de Loyola ; à Breslau, un des élèves du P. Kœbhler, Auguste Theiner, qui deviendra un écrivain distingué, offre, en 1833, à son vieux maître cet hommage aussi juste que touchant : « Je dois, dit Theïner (1), l'éducation de ma jeunesse à ce Kœhler, si connu de tous les habitants de la Silésie, qui a eu la gloire d’être le premier à introduire dans cette province l'étude solide des langues orientales. Kœæbhler a rendu à l'instruction publique en Silésie des services que reconnaissent également les Catholiques et les Protestants. D’après la connaissance que j'ai acquise maintenant des Jésuites, je puis certifier que Kæhler est digne de son Ordre illustre. Je jouissais souvent quand je l'entendais, avec la plus aimable simplicité, exprimer le pieux désir de mourir, s’il était possible, dans l’habit de son Institut. »

(4) Histoire des Institutions d'éducation ecclésiastique, t.r, introd., p. 51.

Marie-Thérèse avait subi la loi des nécessités de position en donnant son assentiment à l'abolition de la Compagnie de Jésus; mais elle ne permit pas qu’ils désertassent son Collége. En Bavière, le P. Bonschab est choisi comme Recteur de celui de Munich. Le P. Joseph Mangold remplit la même place à Augsbourg. Quarante Jésuites le dirigeaient , et il citait avec orgueil parmi ses professeurs François Neumayr, Aloys Merz et Joseph Stark : les deux premiers, predicateurs et controversistes célèbres ; le dernier, érudit qui a traduit en allemand les meilleurs ouvrages de la langue française. Après l'extinction de l'Ordre, l'électeur de Cologne nomme Jean Carrich supérieur du collége des Trois-Couronnes et recteur de son Université. Le prince Charles-Théodore , électeur palatin, laisse son Collége de Manheim à leur disposition. C’est là que vécut et mourut le P. Desbillons, exilé de France.

Partout la même réaction se produit en faveur des Jésuites. Jean de Ossuna est appelé à diriger le collége des Sabins, Antoine Pinazo à inspecter les études à Milan; Jean-de-Dieu Nekrepp préside à Vienne l’Académie impériale des langues orientales, Jean Molnar l’Université de Bude. L’électeur de Mayence convie les Jésuites à venir enseigner dans ses Etats : il leur garantit des pensions viagères et d’immenses avantages. On les conserve à Ratisbonne ainsi qu’à Liége, où le P. Hawart forme les jeunes Anglais à la piété et à la littérature. A Prato, Panizzoni, professeur de mathématiques, s’est retiré à l'apparition du Bref de Clément XIV. Les élèves partent avec lui. Hs ne reviennent que lorsque Léopold , grand-duc de Toscane , l’a réinstallé. Les chaires des hautes sciences furent l’apanage à peu près exclusif des Jésuites. Paul Mako, Etienne Schænwisner, Baptiste Horwath', François Luino et Antoine Lecchi sont désignés par Marie-Thérèse, les uns comme assesseurs, les autres comme maîtres de numismatique, d’antiquités, d'architecture militaire ou d’hydraulique. L'Université de Ferrare nomme Antoine Villa professeur d’éloquence et d’'antiquités grecques et latines. Le grand-duc Léopold charge

458 CLÉMENT XIV Léonard Ximenez de répandre en Toscane l’enseignement de la physique et de la géométrie. Oracle des Académies de Paris, de Sienne, de Bologne et de Pétersbourg , il crée l’'Observatoire de Florence, Dans le même temps Eckel met en ordre le Musée numismatique de cette ville, Joachim Pla professe à Bologne la langue chaldaïque, et l'Académie de Mantoue couronne la dissertation de la mécanique sublime du P. Antoine Ludena. | Roger Boscovich était libre enfin. Toutes les Universités et les Académies de l’Europe se disputèrent le savant Jésuite ; mais il ne consentit jamais à se séparer de sa mère la Saciété de Loyola. Quand Clément XIV eut prononcé l'arrêt de mort de l’Institut, Boscovich se rendit au vœu de Louis XVE, qui l’engageait, par une lettre autographe, « à se retirer dans ses Etats pour se livrer aux méditations sublimes et pour satisfaire son ardeur pour les progrès de la science. » La France bannissait les Jésuites français; son roi, plus juste, ouvrait sa capitale aux Jésuites étrangers. Louis XVI le nomma directeur de l’optique pour la marine, avec une pension de 8,000 livres tournois. Mais, soit haine contre le Père, soit sentiment de jalousie à l'égard du savant, Boscovich se trouva en butte aux intrigues de d’Alembert ({) et de Condorcet. Il n’était pas habitué à ces passions qui absorbent le génie et tuent l'émulation : il abandonna la France, afin d'aller chercher le repos à Milan.

(1) On a nié que d'Alembert ait suscité des chagrins à Boscovich ; voici une note de Lalande, que transcrit Montucla dans son Histoire des mathématiques, t. xv, page 288.11 dit : « Le P. Boscovich, qui avait donné, sur cette espèce d'équilibre, des recherches ingénieuses et savantes en 41755, fut attaqué par d’Alembert (Opusc., 1761, t. x, p. 246) ; il n’aimait pas les Jésuites, parce que l’on avait critiqué l'Encyclopédie dans le Journal de Trévoux ; et il a persécuté le P. Boscovich toute sa vie. Mais celui-ci prouva complétement que d’Alembert avait tort, dans une note insérée, en 1770, dans la traduction de son ouvrage sur la mesure de la terre (Voyage astronomique et géographique, p. 449). Le P. Boscovich ne faisait pas autant de calcul intégral que d’Alembert, mais il avait bien autant d'esprit. »

Ce repos devint une Routes source ii 0 pour lui et pour Ses freres re Male

Tandis que Réscoidh attire sur ses travaux les regards du monde savant, un autre Jésuite, à l'extrémité de l'Europe, fait applaudir ses tentatives. Poczobut est à l'Observatoire de Vilna:, qu'il a restauré. En 1675 il compose la constellation du Taureau royal de Poniatowski. Le compagnon fidèle des labeurs astronomiques de Poczobut, c’est encore un Jésuite, André Strecki le mathématicien. Maximilien Hell, cet inventeur si profond dans les sciences exactes, se rend à Ward’ hus, en Laponie, sur l'invitation de Christian VII de Danemar k L'auteur des Ephémérides astronomiques doit sur ce point étudier le passage de Vénus. C’est l’une des observations qui ont fourni les résultats les plus satisfaisants (D).

Le nombre des Jésuites qui, comme Boscovich, Poezobut et Hell, grandissaient la Compagnie à l’époque de la suppression, est véritablement extraordinaire. À Rome, ce sont les Pères Asclépi et Véiga; à Vienne, à côté du père Hell, l’astronome, le mathématicien impérial, Pilgram, Mayr, Sainovicz; en France et en Italie, Carboni de Sassari, Rivoire, Béraud, Rossi, Monteiro, Troili, Mourin, Euneau de Boisgermain :

(1) Lalande avait prié les divers astronomes de lui envoyer leurs observalions, pour qu'il püt les calculer, les comparer et en déduire la distance du soleil à la terre. Hell n’envoya pas les siennes à Paris; il les publia en Allemagne, et leur résultat fut plus décisif et plus exact que celui de l’astronome français. Lalande se vengea dans le Journal des savants de 1770 ; Hell répliqua. Mais, quand la mort eut amené le jour de la vérité et de éloges, Lalande rendit justice à son rival. Il dit, à la page 729 de la Bibliographie astronomique, année 1792 : « L'observation du P. Hell réussit complétement ; elle s est trouvée, en effet, une des cinq observations complètes faites à de-si grandes distances, et où l’éloignement.de Vénus changeant de plus la durée du passage nous a fait connaître la véritable distance du soleil et de toutes planètes à la terre, époque mémorable de l’astronomie à laquelle se trouvera lié, à juste titre, le nom du P. Hell, dont le voyage fut aussi fructueux, aussi curieux et aussi pénible qu'aucun de ceux qui ont été entrepris à l’occasion de ce passage, »

Mourgues, Duparc, Paulian, Vautrin, Gainella, ses frères dans l’Institut, ses collaborateurs ou ses dites dans la science. Le père Liesganig, dont Lalande admira le génie, s’est retiré à Lemberg. Rien ne l’attache plus à à la terre depuis qu'on a rompu les liens qui l’unissaient à la Société de Jésus. Liesganig, l’auteur d’une Mesure de plusieurs degrés du méridien, semble oublier ses travaux pour la prière. Weiss à Tirnau, Mayr et Tirneberger à Gratz n’abandonnent pas le champ de bataille astronomique. D’autres ont aussi le courage de la science. vec celui de la résignation. « [l y avait, dit Montucla (ei peu de grands colléges de la Société, soit en Alle-

LA. dans les pays circonvoisins, où l'astronomie n’eût un observatoire, comme ceux d'Ingolstadt en Bavière, de Gratz en Styrie, de Breslau et Olmutz en Silésie, de Prague en Bohême, de Posen en Lithuanie, etc. Mais plusieurs de ces observatoires paraissent avoir subi le sort de la Société. Cependant il y en a qui ont surnagé à la submersion de cette Société, comme celui de Prague. Cet Observatoire, achevé en 1749 , fut occupé, un assez grand nombre d’années , par le Père Steppling, habile géomètre et astronome, à qui l’Université de Prague doit principalement F introduction des sciences exactes dans son sein. »

Christian Mayer à Manheim, Esprit Pezenas à Marseille, Reggio, de Cesaris et Oriani à Milan, Lecchi à Vienne, Scheffer à Augsbourg, sont estimés par les peuples et aimés par les Rois. François Schrank devient le naturaliste de l’Allemagbe, l’'émule de Buffon et l'ami de Daubenton. Le Frère coadjuteur Michel Zabala, exilé à Rome, se livre à l’étude de la médecine pour offrir aux pauvres comme lui les secours de son art. Il est bientôt nommé médecin en chef de l’hospice royal de Saint- Jacques. Le Père Xavier de Borgo, ascète, orateur et ingénieur, poursuit sa triple carrière dans le monde, tandis que le Père Eckel, le numismate du dix-huitième siècle , publie sa

(1) Histoire des mathématiques, 1. 1v, p. 344.

ET LES JÉSUITES. 461 Sorence des médailles, et que Roqueno devance l'abbé Chappe dans l'invention des signes télégraphiques.

Ce que les uns entreprenaient pour glorifier Dieu par les scigices humaines, d’autres l’accomplissaient dans les études sacrées, dans l’histoire, dans la philosophie, dans la littérature. Le Père Baptiste Faure était leur maître. Erudit consoguné, dialecticien aussi brillant que vigoureux, il avait passé sa vie dans les luttes de la pensée. La cité et le sénat de Viter be lui érigèrent une statue et un tombeau. Le Père Lazeri, habile linguiste et théologien profond, a été, sous différents règnes, consulteur de l’Index et correcteur des livres orientaux. Clément XIV le maintient dans ces emplois. Il abolit les Jésuites, et il supplie Lazeri de ne pas résilier les fonctions d’examinateur des Evêques. En montant sur le trône, ce même Ganganelli trouve le Père Angeri revêtu du titre de théologien du Pape; il le lui conserve après avoir détruit la Société de Jésus. À la mort d’Angeri, Pie VI ne voulut pas faire moins que son prédécesseur. Les Jésuites étaient frappés de mort ecclésiastique, et les Pontifes ainsi que les Evêques de la Catholicité les plaçaient auprès de leurs personnes Pré ‘à dans leur conseil. 4

Hyacinthe Stoppini, Vincent Bolgeni , Joseph Ou ; Vincent Giorgi, Alphonse Muzarelli, furent successivement appelés à ce poste de confiance. Depuis la suppression jusqu'au rétablissement de la Compagnie ils s’y perpétuèrent. Muzarelli suivait Pie VIL, arraché du Quirinal par une escouade de gendarmes ; un autre Jésuite, Faustino Arevalo, fut installé au centre de la Catholicité, comme théologien du Pape, par le cardinal di Pietro, son représentant. Le Père Marotti est secrétaire des lettres latines, et Acquasciati, consulteur des rites. Chaque évêque avait choisi pour guide un Père de l’Institut. Diégo Fuensalida était à ce titre à Imola, auprès du cardinal Chiaramonte, Berti à Reggio, Novaës à Sienne, Ocampo à Forli et à Comachio, Xavier Perotès à Ancône , Antoine Masdeu à Ravenne, Cominelli à Padoue, Bellini à Vicence, Ercé à

162 | CLÉMENT XIV Ferrare, Perez de Valdivio à Fano, Franciosi à Savone, Catani à Césène. Ils devenaient dans chaque diocèse les directeurs du prélat, les examinateurs synodaux, les casuistes les plus expérimentés. Lé Père Benoit Statler, théologien et philosophe , est le conseiller ecclésiastique de l'électeur de Bavière; il combat le Kantisme et publie son Ethica christiana. Thomas Holtzklau avec les Pères Kilber, Neubaer et Munier, comf sent la Théologie de Wurzbourg. Edmond Voit, Burkau Wyrwick, Para du Phanjas, Spagni, Kilian, Guénard et Tturriaga, éclairent par leurs écrits les questions les plus obscures; ils sont les héritiers de cette dernière génération de Jésuites qui verra les malheurs de l’Institut; ils remplacent dans le monde savant les Pères Juan d’Ulloa, Georges Hermann, Reuter et de la Marche (1), morts de l’année 1760 à 1766. Ils marchent sur les traces du Père Zech, le plus grand canoniste allemand du dix-huitième siècle. ME Disséminés dans le monde, ils portent partout l'amour de l’érudition et des lettres. Ici ce sont les exégètes Pierre Curti, Hermann, Goldhagen, Jean Gener, Alphonse de Nicolaï et Champion de Cicé-Nilon; là, Weith, Xavier Widen-Hoffer, Ignace Weitenaver et Nicolas de Diesbach , tour à tour soldat, protestant, prédicateur et controversiste de la Société de Jésus. Charles Sardagna, Mutschell, Antoine Weissembach , l'adversaire des Joséphistes, Sigismond Storchenau, Nonnotte, Schvenleld, Noghera et Augustin Barruel, l'ingénieux auteur des Helviennes, sont les derniers athlètes de la Compagnie: « Dans les démêlés survenus entre les Nonces du Pape et les Electeurs ecclésiastiques d'Allemagne, de 1786 à 1792, raconte le cardinal Pacca (2), ce furent encore les anciens Jésuites qui se présentèrent dans la lice contre les ennemis du

(1) Le P. François de la Marche qui fut envoyé à la Martinique ety condamna Lavalette, est l'auteur de la Foi justifiée de tout reproche de contradiction avec la raison. C’est donc à tort que les biographes l’appellent ordinairement de la Marre.

(2) Mémoires historiques du cardinal Pucca, t,.1, p. 405.

ET LES SJÉSUITES. 163 Saint-Siége; ils vinrent éclairer et fortifier les fidèles par des écrits solides et victorieux. » Le Cardinal cite au premier rang de ces hommes qui défendaient l'Eglise contre les attaques mêmes du Clergé, le savant canoniste Jacques Zallinger et l’infatigable Feller. Feller, c’est le génie du travail joint à la plus vive intelligence et à une érudition de toutes les heures. Il apparaît historien, philosophe, géographe, théologien et polémiste. Encyclopédie faite homme, il jette à la publicité ses inspirations, sans prendre le temps de donner le coloris à sa pensée. Il protégeait la Belgique, sa patrie, contre les empiétements de Joseph El ; il soutenait les droits de ses concitoyens en leur apprenant à résister aux innovations tyranniques, et, selon le témoignage de M. de Gerlache, historien moderne des Pays-Bas, les écrits de Feller exercèrent une grande influence sur le congrès belge de 1790. Feller fut le chef de la croisade contre les doctrines de Joseph IL et de l’évêque Jean-Nicolas de Hontheim, plus connu sous le pseudonyme de Fébronius; mais dans cette guerre de l'Unité aux prises avec les innovations, Feller trouva des appuis parmi ses anciens frères de l'Institut. On battait l'Eglise en brèche, tantôt par le sarcasme, . tantôt par des systèmes décevants; les PP. Pierre de Doyar, Ghesquier, Navez, de Saive (1) et Corneille de Smet, se précipitèrent audacieusement dans la mêlée théologique ; ils s’y firent remarquer par une polémique aussi vive que sensée. Ces Jésuites défendaient l'autorité sur le point attaqué; un autre jésuite, le P. Zaccaria, vient, du fond de l’Ltalie, offrir à la Catholicité un concours qui tranche la question en sa faveur. Zaccaria avait été l'ami de Benoît XIV et de Clément XILL. Clément XIV lui-même l’affectionnait, Pie VL mettait toute confiance en lui. Zaccaria ne fut pas insensible au péril de l'Eglise.

(1) Le P. de Saive avait consacré son existence au triomphe de la Foi, En 1811, quand le prétendu Concile de Paris menaçait les libertés de l'Eglise, ce Jésuite était vieux et infirme, 1l se fit néanmoins transporter en France pour soutenir le courage des évêques de Belgique dont il était le conseil.

Il combattit, il réfuta Fébronius avec tant de force que Nicolas de Hontheim, convaincu de ses erreurs, eut assez de courage pour les avouer.

Capitani de Mozzi, Berthier, Panizzoni, Daguet, Budardi, Griffet, Baudrand, Minetti, Beauvais, Couturier, Tartagni, Gravina, Fontaine, Champion de Pontalier, Jean Grou et Stark achèvent dans le monde où ils sont exilés les œuvres ascétiques qui donnent à leurs noms une pieuse célébrité. « Si vous rencontriez, dit Châteaubriand (1), un ecclésiastique âgé, plein de savoir, d’esprit, d'aménité, ayant le ton de la bonne compagnie et les manières d’un homme bien élevé, vous étiez disposé à croire que cet ancien prêtre était un Jésuite. » Le Jésuite régnait encore dans la pensée du Chrétien. Il dominait par la simplicité de ses vertus, il se faisait aimer par les grâces de son esprit, par la justesse de son raisonnement, par sa politesse pleine de tact. Il n’y avait plus, il est vrai, de Laynès et de Bellarmin, de Petau et de Bourdaloue dans leurs rangs; l'affaissement littéraire du xvim® siècle s'était fait sentir jusque parmi les disciples de Loyola. Ils ne l’emportaient pas en génie et en élévation d’idées sur leurs prédécesseurs ; mais ces écrivains, essuyant, malgré eux, le contre-coup de la décadence qu'ils combattirent si longtemps, se révélaient encore orateurs et historiens, philosophes et critiques, érudits et littérateurs.

Berthier marche à la tête de ceux dont la proscription ne suspend pas les travaux. Il a rédigé avec tant d'éclat le Journal de Trévoux, il s’est montré si formidable par ses lumières et sa modération, qu'il neutralise les outrages sous lesquels les philosophes s'efforcent d’ensevelir son nom. Berthier est le continuateur de l'Histoire de l'Eglise gallicane du Père Longueval, et son talent comme annaliste ne lui fait rien perdre de ses qualités philosophiques. Gabriel Brotier, ainsi que les autres Jésuites, consacre à l'étude le reste de sa vie. Archéo-

(1) Mélanges de Châteaubriand.

ET LES JÉSUITES. 165 logue, chimiste, médecin, il acquiert, par son édition de Tacite et par ses autres ouvrages, une réputation plus solide que brillante, à qui le temps ne peut rien enlever. Buttler, Morton et Stukeley, les maîtres de l'Université d'Oxford, encouragent le Jésuite dans ses travaux. Le Père Desbillons, le dernier des Romains ; Bonaventure Giraudeau, Lenoir-Duparc, Coster, Laurent Paul, Féraud, Théodore Lombard, Ansquer de Poncol, Cunich, du Hamel, Blanchard, Yves de Querbœuf, Michel Korycki, Domairon et Corret se rendent utiles à leur patic par des ouvrages instructifs et moraux. Grosier remplace à l'Année littéraire ce redoutable Fréron, que la Compagnie de Jésus forma dans sonsein, et qui, mutilé par Voltaire, grandit maintenant dans la mémoire des hommes comme un de ces athlètes de critique que le génie n’a pu tuer sous ses colères. Au même instant que Grosier s’emparait de la succession de Fréron, un autre Jésuite, qui fera la fortune du Journal des Débats, le Père Geoffroi, commençait sa carrière dans l'Année littéraire. Claude de Marolles, Reyre, Perrin, Papillon du Rivet, Roissard, de Bulonde, Richard Trento, Pellegrini, Saracinelli, Venini, Masdeu, Wurz, Merz, Larraz et Winkelkofer sont encore les prédicateurs les plus estimés de leur temps. Michei Denis devient le poëte de l’Allemagne. Ami de Klopstock, de Schiller et de Goœthe, tendant comme eux à une régénération littéraire, il popularise par ses vers et par son Ossian l’idiome national en Autriche. Il est conseiller aulique et directeur de la Bibliothèque impériale de Vienne. Volpi et Santi, Granelli et Lagomarsini n’ont pas vu la chute de la Compagnie. Poëtes ou orateurs, ils précédèrent leur Institut dans le tombeau. Bettinelli, Rubbi, Giorgi, Raffer, Novaës, Antonio Ambroggi et Tiraboschi les remplacent dans la gloire qui s'attache aux œuvres de l'esprit. Tiraboschi compose son Histoire de la littérature italienne ; Andrès n’embrasse pas un cadre aussi étroit, il entreprend l'Origine et les progrès de la littérature. « L'Ordre des Jésuites, à l'époque de leur expulsion d'Espagne, ainsi parle l’anglican

Coxe, 4), se trouvait posséder des littérateurs, des savants et des mathématiciens distingués. Les noms d’Andrès, Arteaga,

Eymer ich, Burreil, Cerda, Colomes, Eximenos, Isla, Lampillas, Lasala, Masdeu, Montengon, Nuix et Serrano seront toujours chers aux lettres. »

Le chevalier d’Azara, ce diplomate dont l'esprit de conversation est aussi célèbre que son amour pour les arts, avait contribué de toute son influence à la destruction de la Compagnie de Jésus. À Rome, il se faisait une fête de recevoir dans son palais Andrès, Requeno, Ortiz, Clavigero et Arteaga. Leurs talents l’amenaient à oublier ses préjugés philosophiques, car, dit encore l'historien anglican : « Pendant le séjour des Jésuites espagnols en Italie, un nombre considérable d’entre eux culuivaient avec distinction les sciences et les lettres. Les bibliothèques publiques étaient fréquentées par ces hommes avides d'instruction, que le malheur poussait encore plus vivement vers cette occupation consolatrice. Les académies, les théâtres eux-mêmes retentissaient de leurs dicours et de leurs ouvrages. Lis déposaient dans les feuilles littéraires le fruit de leurs recherches continuelles; et, 1l faut l'avouer à leur gloire, leurs discussions avaient souvent pour but de venger l'honneur de cette même patrie, dont il venaient d’être si inhumainement bannis, contre les assertions violentes de quelques écrivains italiens qui cherchaient à déprécier la richesse et la gloire de la littérature espagnole. »

Ce que Coxe raconte des Jésuites exilés de la Péninsule peut à aussi juste titre s'appliquer aux Pères de toutes les contrées. Hobrizobfer, Cordara, Reiffemberg et Nicolas Muszca vivaient encore ; Bérault-Bercastel composait son Histoire de l'Eglise, Guérin du Rocher l'Histoire véritable des temps fabuleux, et François de Ligny son Histoire de la vie de Jésus-Christ. Dans le même temps, Stanislas Naruszewiez, poëte lyrique et prosateur, mettait la dernière main à son His-

(1) L'Espagne sous les Bourbons, 1. v, p. 29:

ET LES JÉSUITES. #67 toire de Pologne. Daniel Farlati débrouille le chaos des antiquités de l'Hlyrie, et, sous le titre Ayricum sacrum, il élève un monument dont les auteurs protestants des Actes de Leipsiq exaltèrent le mérite et la grandeur. Langier retrace l'Hostoire de Venise. Kaprinai écrit, par ordre de Joseph IE, les annales de Hongrie, que développe le Père Georges Pray. Lanzi se fait tout à la fois narrateur, antiquaire et poëte; Schwartz publie ses Collegia historica, Burriel rédige son Trauc de l'égalité des poids et mesures, Walstelein publie sa Description dela Gaule Belgique selon les trois âges de l'histoire. Nelly, Millot, Duport-Dutertre, anciens Jésuites ; Emmanuel Correa, Xavier Panel, Nicolas Schmidt, Katona, Marc Hansitz, Joseph Biner, Hartzheim, Schall et Benedetti s'occupent de reconstituer les annales des peuples en fouillant les vieux manuscrits, en étudiant les médailles ou la jurisprudence ecclésiastique. Guillaume Bertoux narre l'Histoire des poëtes français ; Legrand d’Aussy réunit ses Fabliaux des xu° et xu siècles; il écrit la vie d'Apollonius de Thyane ; Jean Masdeu commence en ftalie l’histoire de son pays. Louis Jacquet, une des gloires scientifiques de Lyon, donne à l'académie et au barreau des règles de bon goût, de jurisprudence et de probité littéraire, tandis que Georgel (4) rédige ses Mémoires partiaux et que Gusta compose ceux du marquis de Pombal, ouvrages où trop souvent la passion se substitue à la vraisemblance.

La charité des Jésuites de Buenos-Ayres à rendu désuite Thomas Falkner, chirurgien anglais, que la mort allait frapper sur ces rives étrangères. Îl doit sa vie à [a Société de Jésus, il la lui consacre. L’Anglican se fait Missionnaire catholique ; puis, lorsqu'il ne lui est plus permis d'évangéliser les Sauvages,

(4) Au moment de l'abolition de l'Ordre de Jésus, Georgel s'attacha à la fortune du cardinal Louis de Rohan. Il le suivit à Vienne, en 1772, en qualité de secrétaire d’ambassade ; par affection pour le Cardinal, il se montra injuste envers la reine Marie-Antoinette dans l'affaire du Collier, et, en 1809, après le Concordat, un évêché lui fut offert De le premier Consul. Il refusa cette dignité.

il revient en Angleterre, et là il déerit la Patagonie. Morcelli,

le maitre de l'épigraphique, détermine les principes de l’inscription monumentale ; Coletti, Lineck, Haiden, Routh, Oudin,

Patouillet, de Menou, Dobrowski, de Rossi et Thmlen (4) remuent, chacun en l'honneur de sa patrie et du lieu de son exil,

les traditions et les événements qui étendront le cercle des études historiques.

* Ce fut dans cet incessant sacrifice à l'humanité et à la science que les Jésuites consumèrent leurs derniers jours. Par des travaux aussi variés que l'imagination, ils avaient honoré leur Insüitutänéanti; d’autres l’illustrent par la naissance et par les grands noms qu'ils y rattachent. Les hommes de piété, de savoir, d'intelligence et de dévouement apostolique avaient jeté un vif éclat sur les deux premiers siècles de la Société, ils ne lui firent pas défaut dans le xvi. Alors, comme jadis, elle compta dans ses rangs des héritiers de toutes les noblesses. Quelques années avant sa destruction, elle voyait au nombre des disciples de Loyola les Pères Gabriel de Clermont, Joseph de La Ferté, François de Seedorf, Vincent de Serrant, Gilbert de La Châtre, Spinola, Armand de Montesquieu, Dudon, Corradini, François d’Armaiilé, quatre Fleuriau d’Armenonville, Antoine de Beauvilliers, Olivieri, de Kerivon, René et Philippe Descartes, Gabriel de Kergariou, de Fegeli, du Botderu, de Fontenelle, Sagromoso, de Blainville, Antoine de La Boëssière, François de Hamal, Saint-Gilles, de Bordigné, François de

(1) Né en 1746 à Gothembourg, Thmlen, élevé dans le luthéranisme, se trouvait à Cadix au moment où les Jésuites du Mexique y abordérent. On allait les déporter en Italie, il s’embarqua secrétement avec eux. Il parlagea leurs privations sur la mer, leur captivité dans l’île de Corse. Le commandant français, à Ajaccio, le rend à la liberté. On lui propose un riche mariage. Thmlen, qui a été touché de la résignation des Jésuites, sollicite la faveur de courir avec eux la chance des misères. Il est envoyé au Noviciat de Bologne, où il fait ses premiers vœux ; puis, aprés la Suppression, il s’adonne aux études historiques et AUopales dans lesquelles il sut se distinguer.

ET LES JÉSUITES. 469 Coëtlogon, trois La Granville, Radominski, Hervé de Montaigu, de Voisvenet, Bonneuil et Tanneguy du Chastel.

Ces Jésuites étaient descendus dans la tombe lorsque la Compagnie se trouva aux prises avec l’adversité, mais d’autres rejetons des grandes familles conduisirent son deuil dans de lointains exils. On vit, parmi ces bannis au nom de l'honneur national , les Pères [diaquez, duc de Grenade, Nicolas et Joseph Pignatelli de Fuentès, Raymond de Aguire, Pierre de Cespedes, Salazar, Gaëtan del Giudice, Sandoval, [turriaga, San-Estevan (1), Zuniga, Carraciolo, Janvier de Luna, Parada, Pallavicino, Joseph Gravina, Juan de Gusman ; Noronha de Arcos, Jacques de Camera, François de Portugal, Nuügnez de Cunha, Rodriguez de Mello, Jean de Ossuna , Charles de la Serna-Santander, Correa, Timothée de Oliveira, Manuel d’Azevedo, Frédéric Pallavicini et Mendoza.

L'Allemagne, la France, la Pologne et la Suisse ont, comme l'Espagne, le Portugal et Flialie, leur contingent de noms illustres à offrir à la Compagnie de Jésus. Icice sont les Pères Ignace de Wrède, Frédéric de Reiffemberg, Léopold Apfalter, Nicolas de Diesbach, Odiltz, de Wulfen, Sigismond d’'Hohenwart, Etienne Michalez , Jean Sainovicz, Joseph d’Huberth, Antoine de Sonnenberg, Henri de Baring, Jérôme de Wymar, Jean Pezytuski, Ferdinand de Hexthausen, Benislawski, Stanislas Kanouski, Naruszewicz, Charles Palma, Casimir Swirski, et Popiel. Là paraissent François de Durfort, Louis de Grosbois, Guillaume de Rességuier, six Villeneuve, de Noë, de Reissac, de Monteil , Stanislas de Beaumanoir, de Sinety, de Montégut,

(1) Le P. de San-Estevan, d’une des plus anciennes familles d'Espagne, se fit naturaliser Français. 11 fut agent général du Clergé ; puis, étant entré dans la Compagnie de Jésus, il sollicita la Mission des Indes. Les supérieurs se rendirent à sa prière. Il se trouvait à Pondichéry au plus fort de la guerre de 1760, entre les Français et les Anglais. De concert avec le P, Lavaur, il procura souvent des secours à l’armée du comte de Lally. Le Béarn envoya le vieux Jésuite aux Etats-Généraux, et il fit partie de PAssemblée constituante. |

de Saint-Jean, de Pontevès, de Matha, de Coriolis, de Montépin, de Gueydan, de Castellane , de Champagny, de Savignae, de Vaubonne, de Choin, de la Tourette, de Vertrieu, de Saint- Germain, de Beaupré, de La Peyrouse, de Châäteaubrun, de Montalembert, de La Condamine, de Vaujours, de Cour- A Ripert de Monclar, de Châteauneuf, de Séguiran, de Monigenet, de Villette, du Fougerais, de Portula, de Montjustin, du Châtellard, Noyelle, Gantheaume, Jean-Baptiste Portalis, Tharin, Courvoisier, de Serres, Albert de Rhodes, Montméjan, de Fumeron, Georges de Colgrave, de Fournel, de Camus, La Valette, de Réals, Champion de Cicé-Nilon et Cicé de Pontalier, Lascaris, de la Fay, Fabricio Caraffa , Mattei, Grimaldi, Jean Strozzi, Charles de Brignole, Visconti, Durazzo, Rospigliosi, Pianciani, Reggio, Oderico, Manciforte, Tartagni, Sanseverino, Rezzonico, Jacques Belgrado, Nicolas et Jean Tolomei, César de Cordara, Roberti, Joseph de Médict, Aloys de Mozzi, Granelli, Pellegrini, Muzarelli, Thaddée Nogarola, d’Elci, Borghèse, de Cardito, Riccati, Litta, Calini, Guy Ferrari, Oddi, Ghisleri, Albergotti, Marsiliet Doria.

C’est en s'appuyant sur ces noms, célèbres dans l'Eglise, dans la guerre, dans la magistrature, dans la diplomatie et à la cour, que la Compagnie de Jésus prêchait, instruisait et écrivait. En calomniant ses doctrines, en déshonorant son passé et son avenir, on essaya de persuader à l'Europe que, dans chacune de ces illustres familles , ainsi qu'au plus humble loyer, il se rencontrait des natures assez perverses pour renoncer aux richesses, au bonheur, à la gloire ou à l'obscurité, afin de condamner son dévouement à la corruption de l'espèce humaine. Les Parlements et les Rois de la maison de Bourbon essayèrent de flétrir l'Ordre de Jésus, sans songer qu’ils s'accusaient euxmêmes dans leurs familles, dans leurs plus fidèles sujets, ou dans les gloires de la patrie. Ils déclarèrent que l’Institut de Loyola était dangereux pour l'Église, pour les monarchies, pour les peuples; tandis que tous ces Jésuites, dont les ancétres avaient glorilié leur pays, dont les petits-neveux allaient

ET LES JÉSUITES. 4TA combattre pour les trônes ébranlés, proclamaient par la sainteté de leur vie l’habile prévoyance des Philosophes, l'erreur de la justice et l’aveuglement des princes.

Cet aveuglement n'avait point échappé aux hommes qui s’imposaient à la direction de l'esprit public. Le 4 mai 4767, d’Alembert, dans sa correspondance avec Voltaire, prenant corps à corps le roi Charles LI d'Espagne, flétrissait en cachette les actes de despotisme antijésuitique qu'il se plaisait à célébrer tout haut. « Croyez-vous, mandait-1l au patriarche de Ferney (1), croyez-vous à la lettre de M. d'Ossun lue en plein conseil et qui marque que les Jésuites avaient formé le complot d’assassiner, le jeudi-saint, bon jour bonne œuvre, le roi d'Espagne et toute la famille royale? Ne croyez-vous pas comme moi, qu’ils sont bien assez méchants, mais non pas assez fous pour cela, et ne désirez-vous pas que cette nouvelle soit tirée au clair? Mais que dites-vous de l’édit du roi d’Espagne qui les chasse si brusquement? Persuadé comme moi qu'il a eu pour cela de très-bonnes raisons , ne pensez-vous pas qu'il aurait bien fait de les dire et de ne les pas renfermer dans son cœur royal? Ne pensez-vous pas qu'on devrait permettre aux Jésuites de se justifier surtout quand on doit être sûr qu’ils ne le peuvent pas? Ne pensez-vous pas encore qu'il serait trèsinjuste de les faire tous mourir de faim, s: un seul frère coupechou s’avise d'écrire bien ou mal en leur faveur? Que ditesvous aussi des compliments que fait le roi d'Espagne à tous les autres moines, prêtres, curés, vicaires et sacristains de ses Etats qui ne sont, à ce que je crois, moins dangereux que les Jésuites que parce qu’ils sont plus plats et plus vils? »

La chute des disciples de saint Ignace, on le sent par ces aveux de d’Alembert, n’était que le premier coup de hache porté à l'Eglise catholique. À la même époque, Duclos, moraliste, historien, anecdotier à la suite des Philosophes, laisse dans son Voyage en [tale percer une pareille espérance. « Les

(4) Œuvres de d' Alembert, t, xvr, p. 14.

472 CLÉMENT XIV Ordres réguliers, dit-il(1), ont, sans doute, été charmés de l'expulsion des Jésuites ; mais ils ont eu la décence de renfermer leur joie, qui d’ailleurs est tempérée par la crainte qu'ils Ont pour eux-mêmes A l'égard des provinces, si les opérations du Par ment n'avaient pas été confirmées par un édit presque arraché au Roi, je doute fort que les autres Parlements, excepté celui de Rouen, eussent suivi l'exemple de celui de Paris. Je ne crains pas d'assurer (et j’ai vu les choses d'assez près), que les Jésuites avaient et ont encore sans comparaison plusde partisans que d’adversaires. La Chalotais et Monclar ont seuls donné l'impulsion à leurs Compagnies. 11 à fallu faire bien jouer des ressorts dans les autres. Généralement parlant, les provinces regretient les Jésuites et ils y reparaîtraient avec acclamation par des raisons que je développe dans un ouvrage particulier. » Dès ce temps-là, c'était ainsi que le philosophisme respectait l'opinion publique et préparait la souveraineté du peuple. Mais Duclos n’a pas encore tout dit; il arrive de Rome, il y a étudié le mouvement des esprits et il continue en ces termes : «Tous les moines, surtout les Dominicains et les Franciscains, qui ont fourni plusieurs Papes, ce qui n’est pas encore arrivé aux Jésuites, quoiqu’ils aient eu des Cardinaux , regardent la Société comme une colonie étrangère, qui est venue mettre la faux dans leur moisson. Ils sont jaloux de la faveur dont ces hommes nouveaux jouissent à la cour de Rome et ne les craignent pas assez pour contraindre et dissimuler leurs sentiments. Aussi, ont-ils fait éclater, à la nouvelle de la disgrâce des Jésuites en France et en Espagne, une joie qui allait jusqu’au scandale. J'en ai été témoin et je pris la liberté de dire à des moines qu'ils étaient bien aveugles, s'ils ne voyaient pas le nuage s'étendre et s'épaissir sur eux tous. Le premier coup de tonnerre est tombé sur la Société, arbre dont la tige perçait la nue; mais que de moines doivent penser que, si l’on coupe les chênes avec là cognée, on fauche l'herbe. »

(1) Voyage en lialie, p. 40.

Ces prédictions se faisaient en plein dix-huitième siècle; elles n'amenaient aucun des quelques Ordres rivaux ou adversaires de la Compagnie de Jésus à réfléchir. La tempête qui devait les emporter grondait de toutes parts et on les voyait jeter le pilote à la mer comme pour se ménager par ce sacrilice des vents moins contraires. La philosophie déclarait une guerre mortelle aux Réguliers, et ces derniers ne comprenaient pas que la destruction des Jésuites n’était que l'avant-coureur de la mort de tous les autres Instituts.

Quand les Pères de la Compagnie furent forcés de sortir d'Avignon militairement occupé par les troupes de Louis XV, ils rencontrèrent sur leur passage des religieux de divers couvents. Ces religieux saluaient d’un sourire railleur les Jésuites prenant la route de l'exil : « Riez, riez, mes Pères, leur dit le Recteur, nous portons la croix en tête de la procession; nous ouvrons la marche, vous la fermerez bientôt. »

Quelques années après, le cardinal de Loménie-Brienne, ambitieux fauteur de réformes philosophiques, qui, par lcheté, se condamna à l’apostasie et au suicide, travaillait à la sécularisation des Réguliers. L'Assemblée nationale brisa leurs vœux ; elle s’empara de leurs biens. Trois ans plus tard, sur les ruines de toutes les croyances, de tous les droits et de tous les temples, la Convention proclamait le culte de la Raison comme le seul digne de l'univers civilisé. La victoire promenait l’athéisme et la révolution aux quatre coins de l'Europe. Les Rois, les Prêtres, les riches, les pauvres mouraient indis- Linctement sur l’échafaud. Par grâce singulière on accordait un certificat de vie à J'Etre Suprême; Rome, veuve de son Pontife, Rome pressurée par d’avides vainqueurs, se transformait en république sans liberté. Pie VI captif expirait loin de la ville sainte dans les bras d’un Jésuite; et le monde catholique, frappé de consternation, n’avait pas assez de larmes pour déplorer la chute de ses autels et de ses trônes. Tant de calamités inouïies, qui suivirent de si près la mort des disciples de saint Ignace de Loyola, ne furent pas la conséquence immé-

diate d’un si grand événement ; mais cet événement les prépara ou les accéléra. Il fortifia l'audace des méchants, il attiédit le courage des bons. Les uns comprirent que l'autorité céderait toujours, les autres qu'elle ne les soutiendrait jamais. La lutte n’était plus égale; elle dégénéra en honteuse défaite. La maison de Bourbon avait compromis son prestige, elle le perdit dañs l'exil; elle le perd encore sur le trône. L'Eglise seule à survécu, car seule elle porte en elle un principe indestructible. Clément XIV affaiblit, autant qu'il était en son pouvoir (4), ce principe qui repose sur des promesses de vie éternelle : il sacrifia l'honneur, la dignité du siége apostolique à des considérations humaines ; il s'annihila sous la main des princes et de leurs diplomates. Son Pontificat restera dans l’histoire plutôt comme un monument de faiblesse que comme une terrible leçon donnée à ses successeurs qui n’en auront sans doute jamais besoin. La foi des peuples a été assez éprouvée et un nouveau Clément XIV est impossible.

(4) La cour romaine a toujours sévèrement jugé le bref Dominus ac Redemptor que les impies de tous les pays et de toutes les castes ont pris à tâche de glorifier. En 1825, le cardinal Della Somaglia, doyen du Sacré Collége et secrétaire d'Etat sous Léon XII, disait au duc de Laval, ambassadeur de France à Rome, et c’est dans une dépêche de ce digne descendant des Montmorency que nous trouvons ces paroles : « Citez une faute de la cour romaine dans les deux derniers siècles, ainsi s’exprimait le Cardinal, une faute qui atteste sa tyrannie et son ambition ; il n'yena pas. Il y a eu une faute qui démontre sa faiblesse : Clément XIV en rend compte. » ;

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