AVIS AU LECTEUR
Cette brochure, composée depuis un mois, aurait paru beaucoup plus tôt si je n’avais pas été obligé de réunir, pour être déposés à Paris, les documents autographes. La plus grande partie des manuscrits qui m'ont ins— piré et dirigé dans le travail sur Clément XIV et les Jésuites est à ma disposition, et je crois qu'il est temps de répondre aux attaques dont cet ouvrage se voit l’objet.
La défense du Clément XIV à fait naître quelques appréhensions ; des amis de la Compagnie de Jésus m'ont
ES exprimé leurs craintes et leurs mquiétudes. Sans connaître ni le fond ni la forme de cet opuscule, ils disaient qu’en Italie, dans ces moments d’effervescence, l’opuscule pouvait être mal interprêté et devenir l’innocente occasion de quelque fâcheux événement. On allait plus loin : on semblait redouter qu'il ne plaçàt les Jésuites d'Italie sous le coup d’une émeute qui, de dires en dires et de terreurs en terreurs, s'élevait peu à peu jusqu’à des proportions sanglantes.
J'ai répondu que rien, dans ma brochure, ne me paraissait susceptible de provoquer de pareilles sollicitudes ; qu’en supposant même ce qui n’était pas, je croyais apprécier assez bien le caractère des habitants de l'Italie et de Rome principalement , pour être sûr que mes paroles ne soulèveraient aucune tempête. Jai ajouté : les Italiens viennent de conquérir la liberté de la presse ; ils en ont les avantages ; ils comprennent trop parfaitement la dignité de l’homme pour ne pas se soumettre aux inconvénients de la publicité. Ils expriment librement leurs vœux, leurs pensées et leurs jugements ; ils ont trop d'intelligence pour ne pas laisser ce droit aux autres. Il ne faut donc pas redouter des insurrections. que leur piété et leurs sentiments repoussent comme une tentation indigne d'eux. Les massacres de septembre 41792 sont rares partout ; en Italie, ils sont impossibles. La meilleure preuve qu’en puisse donner l’auteur de Clément XIV et les Jésuites, c'est qu'il laisse son fils
RUN, =—— à Rome, sur la foi des traités, et que l’idée de le rappeler auprès de lui n’est même pas venue à son esprit. On peut différer d'opinion sur tel ou tel point du caractère et des espérances d’un peuple, mais cette diversité d’opinions , plus ou moins fondée, ne va pas jusqu’à faire soupçonner le crime et l’égorgement.
L’auteur de la Défense de Clément XIV n’a pas besoin de se rassurer sur les conséquences de son livre. Fait dans un but honnête et catholique, il peut contenir des appréciations politiques qui sont pour lui la vérité, et qui pour d’autres seront l'erreur. Cette discussion se vide avec un peu d'encre et beaucoup de bonne foi, jamais avec du sang. Bien tranquille sur ce premier point, Je crois indispensable de faire ici une déclaration que la vérité et la justice me commandent, déclaration qui sans aucun doute sera complétement inutile pour le plus grand . nombre de mes lecteurs.
Certains hommes, accoutumés à juger légérement des choses, voudraient peut-être établir une espèce de solidarité de pensées et de vues entre l’auteur de l'AÆistoire de la Compagnie de Jésus et les membres de cet Institut. Une fois pour toutes, je déclare que cette solidarité n’exista jamais, même pour l'Histoire de la Compa gnie. Il en eût trop coûté à mon indépendance et à ma franchise. À plus forte raison dois-je assumer sur moi seul la responsabilité de mes écrits antérieurs où posté-
+ MH ee rieurs, notamment de tout ce qui, dans Clément XIF et sa Défense, tient à l'appréciation des actes du Saint- Siége. Ici, je dois le dire hautement, il y a non-seulement défaut d'accord, mais désaccord complet entre l’auteur et les pères de la Compagnie de Jésus.