‹ Clément XIV et les JésuitesChapitre 3 sur 36 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

triompher la vérité. Les révélations qui tombaient de ma plume, les documents que j’évoquais, leur authenticité même dont on paraissait douter comme pour mieux assurer la victoire du droit en me forçant à déposer les pièces originales chez mes éditeurs, MM. Mellier frères, place Saint-André des Arts, n° 41, à Paris, l’ardente polémique suscitée autour de ce livre, tout a contribué à lui donner presque l'apparence d’un événement.

J'ai répondu vivement à des critiques passionnées ; mais ces critiques, qui avaient leur bon côté, m'ont fait étudier avec encore plus de soin les manuscrits qui sont toujours à la disposition du public, dans la librairie de MM. Mellier frères. Ce dépôt, auquel on semblait tenir avec tant de convoitise pour essayer de m’accuser de légèreté ou de mauvaise foi, a dù dessiller les yeux des plus soupçonneux ou des plus exigeants. Je me suis exécuté à la première sommation, et je crois que trèspeu d’historiens pourraient, dans le même cas, donner une semblable preuve de probité. On n'est pas, toujours maitre, en eflet, des pièces qu’on cite; elles se trouvent tantôt dans des archives d'Etat, tantôt dans des portefeuilles particuliers. Il est souvent impossible de les déplacer. Peut-être la critique comptait-elle un peu sur ces obstacles et voulait-elle triompher d'une difficulté qu'elle avait tout lieu de croire insoluble ?

On a voulu savoir, on m'a demandé avec instance

AVANT-PROPOS. ET comment tant de matériaux précieux étaient tombés entre mes mains. Je me suis contenté de les montrer ; les hommes sensés ont respecté mon secret. D’autres n’eurent pas cette réserve, et les fables les plus mvraisemblables sont mises en circulation. Je les lis même dans des ouvrages qui aspirent à passer pour sérieux. Les uns me déclarent le complice ou le corrupteur de toutes les chancelleries et de tous les diplomates; on en voit même qui tirent de cette découverte historique toute une conspiration des plus riches capitalistes de France. Un sourire de pitié peut seul répondre à de pareilles suppositions.

De nouveaux documents dont j'ignorais l’existence m'ont été adressés; je les ai encadrés dans le récit. Un grand nombre de personnes me témoignaient, par écrit ou de vive voix, le désir de trouver dans Clément XI” et les Jésuites, des fragments plus étendus de la Correspondance des cardinaux de Bernis et Malvezzi, ainsi que de celle du marquis d’Aubeterre. Jai compris tout ce que l’histoire avait à gagner à l’accomplissement de ce vœu; je me suis empressé d'y adhérer dans cette nouvelle édition.

La question soulevée par moi étaitgrave et très-grave. Jai cherché à la résoudre froidement, logiquement, ainsi qu'il convient à un écrivain qui, après s'être démontré à lui-même la vérité, veut la démontrer aux autres. Il n’est plus possible de tergiverser avec l’histoire, de cher-

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cher des faux-fuyants en révoquant en doute l’existence des manuscrits, de se rejeter sur le plus ou le moins de culpabilité des Rois de la maison de Bourbon, de leurs Cardinaux ou de leurs Ministres. Il faut avouer ce qui est patent, ce qui frappe tous les yeux, et c’est cette lumière répandue sur la destruction des Jésuites qui a si grandement ému l'opinion publique.

Tout avait été dit sur la Société religieuse fondée par saint Ignace de Loyola. Il ne restait plus qu’à faire connaître de quelle manière un Pape avait été amené à licencier les prêtres que d’Alembert et Frédéric IT appelaient les grenadiers, les gardes du corps du Saint-Siége. Nous croyons qu’à présent ce point si difficile et si controversé est à tout jamais éclairci. On pourra bien encore calomnier ou louer les Jésuites, les livrer aux disputes des hommes, comme Dieu y livra le monde ; il ne sera plus possible d'élever un piédestal à ceux qui les détruisirent et de faire de Clément XIV le modèle des pontifes. Les choses sont remises à leur place; maintenant chacun peut dire avec plus de raison que don Manuel de Roda : «Tôtou tard la vérité se fait jour et l’on rend justice à qui la mérite. »

La vérité est venue avec ïa justice; par malheur c’est sur un Pape, sur des Rois, des Ministres et des Princes de l'Eglise qu’elle frappe sans pitié.

Paris, 5 novembre 1847.

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